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 La complainte du vieux machin [P]
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Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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Date d'inscription : 29/07/2014
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MessageSujet: La complainte du vieux machin [P]   Lun 29 Sep - 20:26

Le temps, c'est la peur. Plus le temps passe et plus tu flippes, c'est la vie...

Tu arrives à un moment de ta vie où la peur est omniprésente, parce que tu sens que tu approches de la fin. Tu regardes derrière toi et tu as le vertige en voyant tout le chemin que tu as parcouru. Tu te retournes vers l'avant et ce que tu vois te semble ridicule en comparaison. Ce que tu as vécu est plus long que ce qu'il te reste à vivre...

Tu as peur de la mort à en crever. Chaque seconde est un pas de plus vers elle, chaque seconde est la manifestation d'une crainte toujours plus vive. Il y a une boule dans ta gorge quand tu penses à elle. Généralement ça t'arrive dans ton lit le soir. Dans le noir. Oui, tu recommences à avoir peur comme un gosse, tu ne supportes plus le noir, ça te rappelle trop le vide, l'inconnu, le rien qui t'attend après.
Tu te souviens de toutes ces fois, quand tu avais sept ou huit ans, où tu t'allongeais pour ne plus bouger, le dos bien droit et les yeux fermés. Et tu imaginais passer l'éternité comme ça. Tu t'efforçais d'arrêter de penser, de jouer au cadavre figé.
Et là, dans le silence total, tu entendais ta respiration, les battements de ton cœur et la vie qui coulait partout dans ton sang. Alors tu te relevais brutalement, terrorisé à l'idée que ça s'arrête, et tu répétais : « J'ai encore le temps... J'ai la vie devant moi... ».

J'ai le temps. Aujourd'hui tu trembles à chaque fois que tu prononce cette phrase. Parce que justement, du temps tu n'en as plus. Tu prends des rendez-vous pour dans un mois et tu ne peux pas t'empêcher de te demander si tu seras toujours de ce monde au moment d'y aller. Tu achètes un paquet de gâteaux, tu regardes la date de péremption et tu te dis : « Et si ces gâteaux me survivaient ? ». Et tu as peur, tu as peur, ça te terrorise de te dire que même un paquet de gâteau est plus fort que toi.
Tes parents, tu les croyais invincibles. Mais tu les as vu mourir de leur belle mort et tu as pensé : « Je suis le prochain ». Ton dernier rempart contre la mort est tombé, tu es seul désormais, tu fais partie des ancêtres de ce monde, ceux qui n'en ont plus pour longtemps. Tu seras la prochaine victime du temps.

Tu te rends compte que tu es obligé de porter des lunettes pour y voir clair. Tu as attendu longtemps avant de les mettre parce que tu ne voulais pas admettre que ta vue baissait, que ton corps s’affaiblissait.
Tu es obligé de demander aux gens de répéter ce qu'ils disent pour les comprendre, tu commences à regretter ces folles années de ta jeunesse passées à écouter du Rock N' Roll à fond. Ta jeunesse... Tu n'es plus jeune, c'est justement ça qui te terrorise, ça te rend malade de voir tes joues se creuser, ta peau se rider, tes cheveux blanchir et tes membres trembler devant le moindre effort.

Tes collègues te charrient : « Alors, bientôt la retraite ? ». Et toi tu ne réponds pas, tu frémis mais tu ne réponds pas.
Bientôt cette société considérera que tu n'es plus capable de travailler, que tu ne peux plus lui être utile. C'est vrai, ça devient dur pour toi de travailler autant, mais ce travail il te faisait dire que tu avais le temps, qu'on avait encore besoin que tu sois en vie...
Tu veux pas finir alité, assisté, tu veux être libre et indépendant, ne pas ressembler à ces vieux légumes dans leurs lits qui sentent déjà le formol. La prochaine étape après ça c'est le cercueil. Tu ne veux pas, tu as peur, tu n'es pas prêt...

Tu repenses à tout ce qu'il te reste à faire, à toutes ces promesses que tu dois tenir, à toutes ces choses que tu n'as pas dites, à tous ces rêves que tu aurais aimé réaliser... Tiens, tu n'as jamais fait de planche à voile avant de mourir...
Et puis, tu te demandes si tu as fait ce qu'il fallait, si tu ne devrais pas avoir des remords, des regrets. Cette fille au collège que tu n'avais pas osé aborder... Elle s'appelait Sandra, ou Clara ou Barbara, et puis ça n'a pas tellement d'importance, elle s'appelait peut-être bien Camille après tout...
Ta mémoire flanche et tu le sens. C'était il y a quarante-neuf ans... Pourquoi tu ne peux pas te souvenir de ce qui s'est passé il y a quarante-neuf ans ? Tu t'en rappelais parfaitement il y a... longtemps.
Tu ne comprends pas ce qui t'arrive, avec ta mémoire tu ne perds pas seulement tes facultés intellectuelles, tu perds ton passé, tu perds les dernières miettes de jeunesse que tu possédais encore.
Et ces jeunes, ces jeunes qui te l'ont volée, ils te regardent avec pitié, avec condescendance, il te voient comme un arriéré. Tu voudrais leur dire : « Je ne suis pas vieux ! Je ne suis pas fini ! Je ne suis pas mort ! J'ai encore des choses à dire, des choses à faire, des choses à vivre ! ». Mais tu doutes toi-même de la véracité de ce discours et ça te fout les jetons.

Alors ce soir, comme tous les autres soirs jusqu'au soir de ta vie, tu pleureras sur l'oreiller. Tu pesteras contre la vie, contre l'espoir, contre les rêves, contre cette condition atroce dans laquelle tous les hommes sont plongés, et tu pleureras.
Tu adresseras une prière à personne, à tout le monde, à des entités auxquelles tu n'avais jamais cru auparavant mais qui deviendront tes idoles pour un temps, et tu pleureras. Il faut bien se raccrocher à quelque chose, il faut bien qu'il y ait quelque chose après, tu as besoin de le croire.
Seul dans le noir, tu murmureras et tu pleureras.

J'ai peur, j'ai peur... J'ai besoin de temps, donnez-moi encore du temps, juste un peu de temps... Je veux pas mourir, je veux pas mourir...

Je veux pas mourir.



Dernière édition par Meredith Epiolari le Dim 19 Avr - 10:27, édité 1 fois
 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: La complainte du vieux machin [P]   Dim 19 Avr - 10:17

Eh bien ~

Je m'occupais, de manière très matinale, en comparant certains auteurs par le biais de statistiques, et voilà que je tombe sur un texte de Dedarimi n'ayant pas de commentaire Surprised
Alors comme je suis quelqu'un de véritablement sympathique, voilà, Dedarimi, un petit commentaire qui saura, je l'espère, te ravir.

Après lecture de ce texte, j'ai une sorte de frisson continu, un sentiment partagé entre « ce que tu écris est magnifique » et « as-tu peur de la mort à ce point ? ». Moi, j'aime la vieillesse. J'aime la proximité avec la mort. J'aime cette idée que l'ancêtre a sa vie derrière lui et qu'il est fier de ce qu'il a fait. Ton texte, lui, que je considère, comme tous les autres textes du monde, comme au moins un petit bout de ta pensée profonde, il est triste et mélancolique. Moqueur par endroits. Il oscille entre qualité brute et pointes acérées à l'encontre du sujet.

Tant de... mélancolie, c'est attristant. D'ailleurs, je vais monter une association pour remplacer le titre de ce texte, parce que ce n'est pas du tout une complainte, mais bien davantage une moquerie, une attaque directe, une mauvaise voix qui prend en grippe ce pauvre vieux qui n'est pas si vieux puisqu'il n'est même pas à la retraite.

J'ai fini de lire ton texte, et j'en ressors les sourcils froncés. Je n'aime pas qu'on réduise les vieux à la mort. Comme tu le dis si bien à la place dudit vieux, « “[...] J'ai encore des choses à dire, des choses à faire, des choses à vivre !“ ». Un vieux, ce n'est pas que de la vieillesse. Il ne peut être réduit ni à son passé, ni à son futur. Un vieux, c'est comme tous les êtres de ce monde : un présent. Et lorsque le présent rencontre la mort, le présent devient éternellement passé. Mais le vieux est autant susceptible de passer qu'un jeune. Combien d'entre nous ont vu des proches (ou non) mourir sous les coups d'un train ou de tout autre objet du destin ? L'avantage du vieux, dans tout cela, c'est qu'il est prêt à sa mort. Il y est préparé et a pu accomplir ses rêves en amont. Il n'est pas pris au dépourvu par la mort, et ça ton texte le montre bien. Pour autant, je ne pense pas que le vieux en présence soit bien représentatif de l'ensemble des vieux. Le vieux n'est pas obligé de vivre dans le passé ou d'avoir peur du futur. Il peut se prendre en main et accomplit ce qu'il lui reste à accomplir en en étant fier. Et si jamais il meurt pendant qu'il se démène pour accomplir de nouvelles choses, il mourra heureux (Et sinon, bah il a bien fait de mourir *fuit*). Voilà ma pensée ~

Pour en revenir un peu au texte en lui-même mais en me centrant à présent sur la forme davantage que sur le fond, je dirais que l'énumération est graduelle et bien trouvée. Pas trop de phrases intéressantes en elles-mêmes, en l'occurrence il y a davantage une impression positive sur tout l'ensemble du texte. Même si le texte fait, du début à la fin, très « oral » (surtout à cause des points de suspension. Je hais les points de suspension), le tout reste très agréable à lire et transporte à la perfection les sentiments et émotions de ce pauvre petit vieux (* Iskupitel le petit vieux). En cela, je ne peux que t'applaudir.

Voilà. En conséquence, je n'aime officiellement pas ce texte Laughing

Je préfère tes textes les plus récents

 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: La complainte du vieux machin [P]   Dim 19 Avr - 16:45

Et alors, qu'ont donné tes comparaisons ? Smile

Merci beaucoup pour ton commentaire Isku, je suis ravie à chaque fois que je me connecte sur ZE et que je constate que tu m'as éclairée de ton avis, c'est une superbe récompense

Le vrai vieux machin ici c'est ce texte, je vois plein de choses qui me font grimacer parce que je ne les aime pas mais il y en a d'autres qui me font sourire parce que je n'y aurais pas pensé aujourd'hui. Je supporte de moins en moins d'écrire en style oral et tu m'as contaminée avec ton aversion pour les points de suspension xD

Si j'ai peur de la mort ? Oui, parfois, jamais longtemps. Je pense que tout le monde appréhende l'âge différemment et je ne sais pas s'il pourrait exister une personne qui flippe à ce point là mais j'avais envie de voir ce que donnerait cette peur poussée à l'extrême (encore que je crois que j'aurais pu aller plus loin).

Quel titre suggères-tu en remplacement ? Smile

Je préfère également mes textes les plus récents
Encore merci

 
Iskupitel

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Sire de Picardie, Souverain des Isles de Coupe et de Pitel
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MessageSujet: Re: La complainte du vieux machin [P]   Dim 19 Avr - 16:52

Mes comparaisons ont donné que j'avais écrit largement moins de textes que toi, donc je suis triste x)
Mais au nombre de mots et de caractères je passe devant Isku classe
(Oui, mes comparaisons n'ont pas beaucoup d'intérêt.)

C'est toujours un plaisir de commenter tes vieux textes, parce qu'eux au moins je ne les aime pas et que j'aime dire que je n'aime pas les choses que je n'aime pas Very Happy

Je suis nul pour trouver des titres (J'ai intitulé mon roman Marie-Odile, quand même, ce n'est pas rien et ça montre bien que je suis très mauvais x)). Mais n'importe quel titre qui aurait montré que c'est quelqu'un qui harcèle le vieux et lui rappelle son âge aurait été mieux que ce concept de complainte qui n'a pas beaucoup de sens ~

 
Daemoon

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MessageSujet: Re: La complainte du vieux machin [P]   Lun 10 Aoû - 14:06

Personnellement j'aime beaucoup ton texte et ça donne envie de faire les choses qu'on a toujours voulu faire, ça donne envie de se surpasser pour qu'à notre tour on regarde en arrière en se disant "J'ai vécu plein de choses, et je suis fier(e) de ce que j'ai accompli."

Et je suis étonnée que tu réussisses à avoir des pensées telles que :

Meredith Epiolari a écrit:
Tu te rends compte que tu es obligé de porter des lunettes pour y voir clair. Tu as attendu longtemps avant de les mettre parce que tu ne voulais pas admettre que ta vue baissait, que ton corps s’affaiblissait. 

C'est tellement vrai ! Combien de personne se disent ça ?
Tu racontes des vérités qui en soi ne sont que des pensées qu'on garde pour nous et je trouve ça beau.
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: La complainte du vieux machin [P]   Lun 10 Aoû - 22:46

Merci beaucoup, ce truc date un peu, je ne m'en souvenais que vaguement et en le relisant j'ai l'impression qu'il pourrait être un peu meilleur ^^

Daemoon a écrit:
Et je suis étonnée que tu réussisses à avoir des pensées telles que [...]

Ah ah, c'est juste une question d'observation Wink

En tout cas, merci encore ! :3

 
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La complainte du vieux machin [P]

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