Zéphyr Embrasé
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 [P] Lettres anonymes
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Dystopies Elliptiques

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Baleine Impériale
Messages : 273
Date d'inscription : 06/08/2014
Localisation : sur son piano
MessageSujet: [P] Lettres anonymes   Jeu 16 Oct - 17:18



LETTRES ANONYMES





De Moi à Toi, ou Vous, au choix.

Quelque part près de Paris, le jeudi seize octobre deux mille quatorze.




Cher Toi,





    J’imagine d’avance le regard surpris que tu auras lorsque la lettre parviendra entre tes mains, je me demande d’ailleurs à quelle catégorie de personnes tu appartiendras mais nul doute est que si tu es comme la plupart des gens tu déposeras la lettre sur le haut de la boîte en te disant qu’il y a sûrement erreur d’adresse. Souvent, les gens repoussent d’un geste pudique ce qu’ils pensent ne pas leur être destiné, mais je crois au destin, et je pense que tout ce qui tombe entre nos mains a été décidé par le hasard et que par un certain voyeurisme, il faut s’y soustraire. Je pense faire partie de ce type de personnes, celles qui croient en chaque mouvement infime, chaque écart de calcul distordant la routine. J’attends ce genre de choses, j’attends de m’extirper de la torpeur du quotidien pour que la vague d’adrénaline de l’inconnu m’enveloppe. Et me revoilà à mon babillage égoïste.

     Toi, n’es-tu pas dérouté de tâter cette enveloppe douce, à l’adresse écrite à la main, l’odeur de l’encre séchée persistant, noir sur blanc ? Tandis que nos boîtes aux lettres débordent de prospectus et de courrier administratif, vas-tu céder à la tentation que représente ce petit carré d’intimité ou vas-tu l’enfouir dans ta poubelle en pensant à quelque canular ?

    J’aime à m’imaginer ce que font les autres, ce qu’ils feraient, ce qu’ils auraient fait. Il est étrangement fascinant d’observer les gestes d’inconnus de manière anonyme. Un soupir, dans la rue, une œillade appuyée,… Mais au travers d’une lettre, c’est le fantasme qui est exacerbé. La rêverie et une confiance déchue que de se livrer à corps perdu dans ses mots — qui ne comptent pour rien chez l’inconnu.

Cela tient presque d’un effeuillage burlesque de l’esprit. L’anonyme entrant dans le jeu d’un corps nu, de courbes et d’abstraction.

    Quel âge auras-tu ? Peut-être vingt, peut-être quarante, peut-être soixante, un peu plus, un peu moins. Peut-être n’existes-tu même pas et la lettre devra m’être retournée, ou finira parmi les millions de lettres non expédiées des bureaux de poste. Peut-être, au contraire, elle passera de mains en mains, dans l’optique de choir au final dans celles d’un destinataire consentant.

    Mais, assez d’interrogations sur ton identité, aussi anonyme et inconnue qu’elle soit, il s’agit bien après tout de ma lettre. Une missive de confessions et d’aveux ou d’inepties sortant de mon imaginaire tournant autour d’un égoïsme débordant.




    J’ai commencé ce projet sans préambule. Sur une impulsion ? Monsieur G. nous avait souligné, il y a deux jours, l’importance de l’impulsion. Ce sont les impulsifs qui changent le monde. Vraiment ? En réalité, je n’y crois pas trop, mais il a tant insisté sur le point que j’ai été forcée de l’imprimer dans mon crâne et dans mes notes. On an impulse, she stood against… blablabla. It’s due and thanks to that impulse that she was able to… blablabla. Je ne nie pas que ses cours sont très instructifs et particulièrement construits mais lorsque j’en ressors, un spectre flou persiste dans ma conscience. La confusion écarte les idées reçues telles quelles et des fois, j’en viens à conclure des absurdités.

    Ce projet par ailleurs est un exemple d’absurdité. Il y a encore quelques heures, mon ventre me pliait en deux — douleurs courantes et chroniques — et j’en sais bien la cause : il me plaît d’être tendue comme le cordon métallique de suspension des ponts. Dans ces moments, il me faut évacuer, et d’habitude, j’aurais choisi la manière la plus banale : aller sur l’ordinateur. Mais le petit écran noir ne me plaisait pas aujourd’hui comme mon estomac ne s’est pas calmé. Je ne sais pas si la thérapie sera efficace longtemps mais tout de même, je t’écris.

    J’ai dû m’absenter deux longues heures entre ces mots et ceux de la phrase d’avant. Je crois que je suis légèrement fiévreuse. Et déçue. De moi ? Même le chocolat n’y fait rien. C’est absurde.

    Pendant ces deux longues heures, j’ai l’impression d’avoir disparu, que ma présence a été effacée. Et pendant ce temps, j’ai pu réfléchir — si l’on considère que laisser sa tête s’imprégner de pensées inutiles liées par un semblant de connexion logique illustre la réflexion — et j’en suis venue à une conclusion triste et simple. J’ai peur. Je suis effrayée. Je suppose que ça doit t’indigner une nouvelle fois d’apprendre que mon monde n’est qu’axé sur moi-même. Je pense que c’est naturel. Toutes mes réflexions tirent de loin ou de près de l’introspection. Je laisse les grandes causes et problèmes de l’humanité aux grands philosophes. Rien ne m’intéresse tant que ça en dehors des proportions de ma propre pomme. Mais pour revenir à cet effroi que j’ai mentionné plus haut, j’ai commencé à avoir des réflexions démesurées. Ce qu’on pourrait appeler des questions existentielles — bien évidemment, je n’y ai pas réfléchi pendant les deux heures sans interruption, — mais dont, au final, j’ai tout de même pu bien analyser la source — ou peut-être juste un branchement logique inférieur — et le malaise.

    Je crois, sans pouvoir m’aventurer en quelqu’affirmation trop péremptoire, que j’ai peur du futur. A. Mosshart, que j’écoute avec paradoxe depuis deux jours suppute que le futur ne vient pas assez rapidement. Non, pour ma part, la frustration réside là où j’ai l’assurance qu’il me dépassera. Ce n’est pas la mort qui me hante, ni les douleurs de telles ou telles pertes futures potentielles. Tout le monde disparaît un jour. Ce n’est pas tant ces peines passagères qui m’angoissent que d’être plongée dans un gouffre incertain. Le futur m’apparaît comme un monstre insondable, tapi dans l’obscurité et dont la gueule me sert actuellement de potence.

    C’est cette même frustration je pense qui me fait penser à la routine, celle qui nous déchire membres à membres, vicieusement, en nous plongeant dans des illusions et nous conditionnant dans nos réactions. Cette routine écœurante qui nous fait dire « bonjour » le jour, « bonsoir » le soir.

    N’as-tu jamais eu l’envie irrépressible d’enjamber cette ligne tacite et pourtant ridicule en donnant le bonsoir à quelqu’un que tu salues en pleine matinée ? C’est absurde, on s’accordera, mais pourtant, quelque part, ça nous change. Bien évidemment, même si dans sa perception du soi, cette absurdité peut déboucher en un grand soulagement, dans les yeux des autres, aussi mornes et plongés dans la routine qu’ils sont, tu n’apparaîtras en rien comme un révolutionnaire mais plutôt un énergumène excentrique au possible.

    L’excentricité a sa part de non-dits et de faux semblants. Est-on excentrique si on s’habille toujours de manière étrange ? Je ne pense pas. L’excentricité, dans ma définition, est impulsive. A ce propos, je pense que Monsieur G. aurait apprécié un aparté. Peut-être même accepterait-il de m’augmenter un peu mes notes ? Sait-on jamais, je pense qu’il s’agit de quelque chose digne d’essai.

    A force de m’égarer, cette lettre perd sa tête et n’a pas de queue. Sans aucun doute, à ces lignes, ta lecture s’est déjà arrêtée. Ou peut-être, dès que tu as ouvert la lettre et parcouru le contenu en diagonale, tu l’as jeté du revers de la main dans la corbeille à papier par effroi de la longueur ? Soit, le temps est précieux, j’aurais vraisemblablement fait la même chose.

    Mais tout de même, tu ne peux pas savoir à quel point la rédaction de cette missive dont l’acte est presque plus absurde que le contenu me soulage. C’est comme déverser toute sa frustration en une seule fois, on balançant des balivernes au premier venu ce qui m’évite de balancer mon poing en cas de litige.

 Après tout, nous sommes en octobre, la grisaille est revenue, autant dans les yeux que dans le cœur et le spleen automnal ponctuera peut-être mes nuits.




En tout égoïsme, et sachant que tu ne répondras jamais,

Merci.




C.


Souvent, les gens repoussent d’un geste pudique ce qu’il pense ne pas leur être destiné => ils pensent
où finira => ou
quelques canulars  => quelque canular
aussi anonyme et inconnue qu’elle est => soit
quelqu’affirmations trop péremptoire => quelqu'affirmation
plongé => plongée
C’est cette même frustration je pense que me fait penser à la routine => qui me fait penser
spleen automnale => auntomnal
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: [P] Lettres anonymes   Jeu 16 Oct - 18:05

Dis-moi que tu l'as fait *.*
Non parce que si tu l'as fait tu es vraiment vraiment vraiment trop trop trop trop trop géniale

Dys a écrit:
N’as-tu jamais eu l’envie irrépressible d’enjamber cette ligne tacite et pourtant ridicule en donnant le bonsoir à quelqu’un que tu salues en pleine matinée ?
Déjà fait, je souhaite parfois une bonne nuit à la chauffeuse du bus en montant à l'intérieur (du bus, pas de la chauffeuse) ^^
Je suis une énergumène excentrique Very Happy (bon en vrai je suis juste fatiguée MAIS c'est un départ Razz )

C'est foutrement intéressant comme texte, ça ne ressemble pas à ce que tu fais d'habitude et ça te ressemble pourtant ~ Tu sors des sentiers battus, de la routine, you did it honey !

En fait, ce texte en plus impressionnant par sa simple existence que par son contenu ou sa forme, c'est... absurde, inattendu et c'est ça qui rend cette lettre aussi forte Smile

Un détail stylistique : le "des fois" sonne un peu mal au milieu de ce niveau de langue délicieux (c'est le niveau qui est délicieux, pas ta langue Wink ) remplace-le par "parfois" Very Happy



 
Tout ce que j'écris
Est vain, ridicule et insignifiant.
Vain comme mon amour,
Ridicule comme mon ambition
Insignifiant comme mon existence.
 
Vivlevendhiver (Tom)

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MessageSujet: Re: [P] Lettres anonymes   Lun 12 Jan - 20:41

WOW

"En tout égoïsme"
Tu arrives à mêler insupportable égocentrisme humain et beauté de la vie, enfin c'est génial **
 
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[P] Lettres anonymes

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