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Alfy

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Masculin Messages : 96
Date d'inscription : 02/11/2014
Age : 21
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MessageSujet: Portrait [P]   Mer 5 Nov - 22:17

Lever de soleil.
Le crayon virevolte sur le papier froissé, plié et replié entre ses mains crispées, une figure maculée s’esquisse au bout de sa triste mine, visage claqué et décalqué ; les traits saillants se charbonnent et les rondeurs se gomment, formes corrompues par la pointe acérée. Un sourire se dessine sur ses lèvres de fusain, noires et arrondies ; un éclat bleuté, pointe pastel au creux de son iris attristé tandis que coule l’aquarelle sur ses joues éplorées. Le dessin devient une poupée de chiffon, déformée, défigurée au gré des tracés, silhouette croquée et escroquée de son visage angélique, vulgairement recopiée sur ce papier plissé.
La conversation est silencieuse et il fixe son maigre visage crayonné tandis qu’elle fige son regard sur le macadam enneigé. La voiture cahote et la pointe sursaute sur le grain de la feuille, une écorchure de plomb sur sa pommette, une cicatrice noirâtre sur sa bouche, son front. Une flèche ensoleillée darde son visage, un halo se dessine autour de sa face crispée et son profil à contre-jour s’ombrage, se noircit. Le trait s’accentue et ses lignes s’épaississent, se plombent puis s’estompent au bout de son doigt. La pointe de son index est obscure, tachetée de ce métal ténébreux, de ce grain noir, ce visage, cette femme qu’il aime tant.

Une biche sur son épaule ; le tatouage encre sa peau délicate, encre le dessin de ses traits fins ; une biche sur le papier. Une flèche en son flanc, effusion pourpre sur son pelage, couleur écarlate ; ses jambes se dérobent et elle semble s’effondrer, ôtée de son sang et de ses forces. Elle se meurt. Le crayon redessine ses courbes animales et les lignes humaines de la belle deviennent bestiales, son épaule est le territoire d’une nature souffrante.
Elle est si fatiguée que son visage n’est plus humain, plus qu’une chose effacée, meurtrie par la fatigue et le désespoir. La voiture ralentit et s’arrête au bord d’un fossé, étouffée par la brume vespérale et les sévères conifères, emprisonnée dans cette prison naturelle. Le brouillard est si blanc, si radieux, une oppression de lumière et de clarté et les bas nuages deviennent des plumes nébuleuses, un édredon ouateux. Une bruine se lève et leurs corps se soustraient, deviennent deux masses inertes, endormies, bercées par le clapotis des gouttelettes sur le capot, douce résonance métallique, tendre écho aquatique, et leurs esprits se délitent dans d’obscures chimères, la réminiscence d’un rêve, le songe d’un souvenir.

Un bâtiment ombragé se dessine à l’horizon, contours abrupts, architecture droite et austère, enclavé à l’orée des cèdres. Un néon gazoline rougeoie entre les branches, pastelle de carmin la route grisâtre, couleur si pâle qu’elle semble se briser sur le livide macadam. Le soleil étreint l’horizon et les rais orangés plongent dans l’océan de bitume ; le ciel se déchire, bandes rougeâtres, roses remplacent l’azur tandis que le crépuscule envahit les bois. Son pendentif s’illumine, une croix d’or et d’argent au creux de sa poitrine. Ses doigts se crispent violemment autour de la croix et le sautoir se tend ; elle mord sa lèvre vermillon et une goutte de sueur coule sur son front, dévale ses joues, son cou, sa poitrine.
Soudain, la nuit. Seul le néon écarlate protège la route des ténèbres ; un faisceau incandescent jaillit des phares et écarte l’obscurité ; le ronronnement mécanique s’adoucit et ils s’arrêtent au bord de la pompe. Elle relâche son pendentif et ouvre sa portière, étire ses membres raides, déambule autour de la voiture, laisse errer ses bras sur les sèches branches et les vertes épines. Il fait tourner le stylo entre ses doigts et regarde son dessin imparfait, le dessein d’une vie.
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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Date d'inscription : 29/07/2014
Age : 19
Localisation : Between the peanuts and the cage
MessageSujet: Re: Portrait [P]   Jeu 6 Nov - 19:08

WAHOU *.*
Mais... je ne trouve même plus mes mots Shocked

Il y a des rimes partout, c'est doux comme une musique et tu sais jouer avec les mots avec une virtuosité incroyable, j'ai relevé notamment :

Alfy a écrit:
une figure maculée s’esquisse au bout de sa triste mine

Alfy a écrit:
silhouette croquée et escroquée

Alfy a écrit:
Il fait tourner le stylo entre ses doigts et regarde son dessin imparfait, le dessein d’une vie.

J'adore les textes qui jouent avec les couleurs, les textures, la lumière... Etant donné le titre de ton texte c'est encore plus justifié et tout a un sens, c'est grandiose !
J'adore ces moments capturés, ces couples maudits que tu créé et dont on veut connaître l'histoire *.*

Ça m'a fait penser au portrait de Dorian Gray, un peu différemment, certes, il se gâte comme dans ton texte. Et la présence du pendentif en forme de croix évoque pour moi évoque pour moi la rédemption ou quelque chose comme ça ce qui reviendrait à dire que la fille a vendu son âme au diable comme Gray dans le roman de Wilde, moi extrapoler, jamais ! Wink

Si je devais te faire quelques petits reproches :
- Tu utilises quatre fois le mot "pointe" dans ce court texte, c'est peut-être un peu beaucoup ^^ Symbole phallique ?
- Pareil, à un moment tu utilises deux "poitrine" très proches. D'un autre côté, niveau musique partir de la poitrine pour y revenir après l'énumération est plutôt joli donc c'était peut-être volontaire ?

Bref, j'ai encore plus aimé que ton texte précédent, si tu continues comme ça je vais devenir ta fan numéro un



 
Tout ce que j'écris
Est vain, ridicule et insignifiant.
Vain comme mon amour,
Ridicule comme mon ambition
Insignifiant comme mon existence.
 
Alfy

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Date d'inscription : 02/11/2014
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MessageSujet: Re: Portrait [P]   Dim 9 Nov - 1:39

Je t'avais déjà remerciée mais j'avais oublié de répondre précisément.
Alors, pour le pointe, je n'avais pas fait attention, oui, peut-être mon égo de mâle... Mais bon peu probable. Il faut que je cherche quelques synonymes autre que pointe et mine.
Pour le poitrine c'était un peu voulu, et puis ça faisait sensuel.
Sinon, concernant le pendentif, je voulais montrer un peu que la femme se réfugie ici dans une sorte de croyance en fait, son porte bonheur ou je ne sais quoi.
En tout cas, encore merci ! Pour ma fan numéro 1, en voyant tes textes je dis oui oui oui, mais je ne sais pas si j'arriverai à faire mieux, on verra, pour l'instant je cherche un peu l'inspiration.
Encore merci et à bientôt !
 
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Portrait [P]

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