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 L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]
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Iskupitel

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Sire de Picardie, Souverain des Isles de Coupe et de Pitel
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MessageSujet: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Mar 9 Déc - 8:45

Suite à la demande de Gra, je poste le début de ma pièce de théâtre favorite.
Afin de faciliter la compréhension, il me faut vous préciser que c'est une tragi-comédie bien comme on les aime, avec de la tragédie mais aussi des passages drôles (qui n'ont fait rire que moi, hélas). Ainsi, si certains passages vous paraissent absurdes (Dieu qui dit "Dieux que non", petit clin d'œil à Lulla), sachez qu'ils sont faits pour attirer votre œil et vous faire vous poser des questions ; ici, sur la place de Dieu : Dieu n'a-t-il pas lui aussi des Dieux ? ne sommes-nous pas nous-mêmes des Dieux ? J'aime beaucoup le gnosticisme (en plus c'est la religion de Gno, alors... :3). Ces passages sont étudiés et soit drôles soit interrogatifs. Ce n'est pas une pièce écrite à la va-vite, elle est réfléchie et achevée (bien que je ne la poste pas en entier pour le moment, on me l'a déjà reproché et je ne souhaite pas vous inciter à ne pas la lire car c'est trop long d'un coup.
Autre chose : cette pièce de théâtre n'est pas faite pour être jouée, bien qu'elle puisse être mise en scène. Elle est d'abord, comme l'avait fait Musset avec Un spectacle dans un fauteuil, du théâtre à lire et apprécier ainsi.
Citons Gaspard Proust pour terminer par un peu de rire : “J'ai toujours préféré un monologue ouvert et franc. Donc si dans le spectacle vous voulez faire des remarques, surtout hésitez.”

Bonne lecture farao

-----------------------------------------------------------------------------------------------

L'Obligé,
ou
Tragédie Contemporaine et Deux Actes

Citation :
Acte I
Scène I

Une grande pièce claire, au milieu de laquelle est, prosterné, Rizla.

Rizla

Dieux, qu'ai-je fait ? Pourquoi dois-je tant souffrir pour ne pas même obtenir ce pour quoi j'ai souffert ? Je sens ma tête tourner, et mes jambes se font moins puissantes, fléchissant ostensiblement. Que diable, Rizla. Que diable ! Seront-ce quelques tracas qui à terre de nouveau te mettront ? Voilà des pas qui approchent... Qui cela peut-il être ? Si c'est Sovana, les Dieux savent que mes jours verront sa fin. Je sens cette rage bouillir au fond de moi, et je me sens déjà brandir cette épée, la plantant en son flasque corps, déchirant successivement chaque derme de sa poitrine, sentant la résistance de la cage thoracique puis sa sonore fracture, faisant couler le sang à sa source, abrégeant sa vie pauvre, inutile et exaspérante faite de rapines et autres vols, ressassant sans cesse ses fautes et ses actions à ses victimes. Moi-même, j'ai été perdu par cet affreux personnage. J'en ai honte, et à présent ma famille a honte de moi ! Que faire pour retrouver l'amour de ma femme, de ma fille et de ma mère ? Que faire pour laver cet affront ? Que faire pour retrouver cette tranquillité d'antan ? Où se peut trouver ce Dieu, dont l'on m'a si souvent vanté les mérites, les actions et les pouvoirs ? Où se peut trouver mon salut ? Où se peut trouver ma rédemption ?

La porte s'ouvre et un homme entre.

Sovana

Te voilà donc, cher ami ! Te cacherais-tu ? Sache que te trouver fut plus difficile que ce que j'espérais. Signeras-tu mon offre ?

Rizla

Que viens-tu encore me tourmenter, affreux personnage !

Sovana

Te tourmenter ? Pourquoi donc ? Qu'ai-je fait pour provoquer un tel courroux de ta part ?

Rizla

Dieux que oui, tu me tourmentes de fond en comble ! C'est ton hypocrisie qui dans cet état me met ! Que ne poursuis-tu tes rapines chez un autre homme fragile ? Ton offre, je la refuse. Pourquoi accepterais-je l'offre de quelque malvenu ? Tu ne fais que m'offrir la garantie d'être riche une fois mort. Quel usage en aurais-je ?

Sovana

Pose le contrat, sorti de son porte-feuilles, sur une table.

Je dois aller, Rizla. Je ne sais réellement pourquoi tu ne daignes ni le signer ni m'entendre comme je suis, mais voilà le contrat ; si tu l'acceptes tout de même, signe-le. Sinon, déchire-le, brûle-le, donne-le à ton chien. Mais informe-moi de ta réponse, je t'en prie.

Il sort.

Rizla

s'approche et prend le contrat, le lit puis prend une plume, résigné.

Hélas ! Que ne puis-je le refuser ! Je n'ai le choix, et l'envie de résister ne m'anime plus. Qui pourrait me conseiller ? Dieu ?

Il rit.

Dieu

apparaissant dans une éblouissante lumière blanche.

Rizla, je sais que tu doutes. J'ai la réponse à tes questions, si tu les acceptes.

Rizla

C'est bien la première question que je me pose. Accepté-je les réponses à mes propres questions ou préféré-je oublier tout cela ?

Dieu

Je peux te répondre.

Rizla

Alors, réponds !

Dieu

Comment oses-tu me parler sur ce ton ? Ne suis-je pas Dieu ?

Rizla

Tu l'es, pour sûr. Mais Dieu ne se doit-il pas de mettre la compréhension au service des Hommes ?

Dieu

Dieux que non ! Je comprends, et je sais, que tu t'égares, Rizla. Dieu n'est pas la source du savoir des Hommes ; il n'est que le relais entre Æ'C'psethnorothkyuu* et les Hommes. Vous avez d'ailleurs plusieurs façons de me voir. Certains pensent que je suis le père d'un certain Jésus ; d'autres pensent que j'ai donné le savoir à un certain Mahomet ; d'autres encore me considèrent comme Justice ; d'autres enfin décuplent ma magnificence. Je ne suis aucun des quatre et toi, Rizla, tu as l'honneur de le savoir. Alors, me diras-tu, que penser des agnostiques et autres athées ? Alors, te dirai-je, ce ne sont que d'autres formes de moi. Entends-tu bien ce que je te dis ?

Rizla

Je t'entends. Mais que dois-je faire quant à ce contrat ?

Dieu

Je peux te conseiller. Mais sache que je connais la suite des événements. Je connais les malheurs qui parviendront à toi. Je connais les bonheurs qui te réjouiront.

Rizla

Alors, que me conseilles-tu ? Dois-je attendre, le signer ou le brûler ?

Dieu

Attendre te fera perdre la raison. Le signer te fera perdre ton âme. Le brûler te fera perdre la vie.

Rizla

Est-ce là le choix que tu me proposes ?

Dieu

En effet. Mais ce n'est pas mon choix. C'est ce que tu as entraîné par tes actions.

Rizla

Lesquelles furent mauvaises ?

Dieu

Aucune. Ce n'est pas une question de bien ou de mal, mais une question de choix ; des choix faits depuis bien avant ta naissance.

Rizla

Qu'est-ce-à-dire ?

Dieu

Ta naissance fut impactée des choix de tes parents, qui eux-mêmes naquirent grâce aux choix de leurs géniteurs, et leur rencontre fut le résultat d'autres choix perpétués. Tout est occasion de choix, et chaque choix est une occasion. Entends-tu cela ?

Rizla

Je l'entends. C'est donc à moi de faire ce choix ?

Dieu

Entièrement. Et n'oublie pas que ce choix aura toujours une incidence sur toi, ta façon d'être, ta façon de penser.

Rizla

Ne puis-je savoir exactement le résultat de chaque choix ?

Dieu

Tu le peux. Vois, si tu le souhaites.

* Æ'C'psethnorothkyuu : /expsetnolotciy:/
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Mer 10 Déc - 17:43

OOOOOH ! Isku, j'adore ton univers
Je t'avoue que la longueur m'avait un peu découragée de lire cette pièce sur EN, mais maintenant que je suis une dévoreuse de mots je ne regrette pas ma lecture !
Donc j'aime ce côté décalé et très philosophique qui est propre à tes textes et je ne connaissais pas le gnosticisme mais je trouve ça hyper intéressant (même si un peu... difficile à croire x) ).

J'aime beaucoup la manière dont Dieu apparaît, comme ça, parce qu'on l'a appelé. Et j'ai trouvé sa manière d'exposer le déterminisme super intéressant.
En fait, c'est encore mieux que le Dieu des pinces à linge

J'adore ton style, c'est beau, du vrai papier à musique, si tu avais dit avoir écrit cette pièce comme ça sans réfléchir je ne l'aurait pas cru Wink

J'ai hâte de connaître la suite mais il faut peur-être que tu attendes d'avoir plus de lecteurs ? :3

 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Mer 10 Déc - 18:53

Tout à fait, je publierai la suite lorsque j'aurai au minimum un autre commentaire ~

En tous cas merci pour le tien

 
Midnight

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Jeu 11 Déc - 17:53

A partir de maintenant tu n'as plus aucune excuse, on veut la suite
J'ai une relation à mon nom (Et j'ai aussi l'adèlation )
Que dire sur ce texte... C'est... Du Isku, tout simplement, et donc j'ai lu ça avec grand plaisir, comme d'habitude ! Wink



La Mère Patrie vaincra ~

"Je croyais qu'on allait jouer à cache-cache..."
Le petit Arthur, sept ans


 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Jeu 11 Déc - 18:12

Citation :
Scène II

Une pièce sombre, à peine éclairée, dans laquelle est une chaise.

Rizla

Assis sur la chaise.

J'attends, j'attends toujours... Dieu, réponds-moi ! Que dois-je faire, à présent ? J'ai mal choisi, permets-moi de mieux décider, je t'en prie ! Je te vois de nouveau... ou peut-être est-ce mon imagination ? C'est mon imagination, je le sais à présent.

il se lève.

Voilà qu'approche quelqu'un ! Peut-être est-ce Sovana, qui vient recueillir ma réponse. Que vais-je lui dire ? Pourquoi ne pas le tuer pour lui faire mériter ses actes ? Il me semble être trop cruel, à présent. Et dans le même temps, c'est lui a causé tous mes soucis, lui et lui seul ! Peut-être est-ce un charme qu'il a jeté contre moi ? Ainsi, sa mort libérera tous les êtres charmés et ainsi me libérera et me permettre de vivre en paix ! Oui... oui... oui, je vais le poignarder et faire jaillir le sang noir de son âme. Mais où se peut trouver son âme ? Je le poignarderai sur tout le corps, le faisant plus encore souffrir, expiant ses péchés. Je lui ferai voir le paradis et l'y mènerai ! Il approche... et voilà un beau poignard !

prend le poignard niché dans la poche intérieure de son habit.

Voilà... maintenant, je n'ai plus qu'à me dissimuler derrière cette porte, et dès qu'il sera entré, me tournant le dos, je ferai jouir cet homme des représailles qu'il a mérité. Il va bientôt frapper le bois, et moi je frapperai la chair. L'on verra bien qui souffrira le plus !

Quelqu'un frappe à la porte à trois reprises : trois fois six coups.

Entrez, cher ami ! Je vous attendais avec impatience !

La personne entre.

Sovana

Rizla, où es-tu ? As-tu enfin la réponse au contrat que je t'ai proposé ? Préfères-tu le signer et venir à la raison ?

Rizla

brandit le poignard et le plonge dans le cou de Sovana. Puis, une fois la victime à terre, il ne cesse de planter le poignard sur tout le corps de l'inanimé, sa main s'appuyant sur l’omoplate gauche de l'homme.

Enfin ! Enfin, je peux sentir ton âme maudite s'échapper par les orifices de ton cou, que je perce de ma propre main, ma propre main armée de ce propre poignard, faisant couler ce diable sang en provenance de ce diable cœur. Et que peux-tu faire à présent, Sovana ? Souffres-tu ? Peux-tu ressentir la souffrance du cœur que tu as provoquée en chacun de tes clients ? Oh, du sang ! Beaucoup de sang ! Est-ce le tien, Sovana ? Oui, c'est le tien ! Il se perd, tu aurais du faire attention à cela, lorsque tu as choisi de venir me harceler, non ? Car maintenant, tu comprends ma souffrance ! Et pourquoi dois-je abreuver ces fraises de ton sang ? Et pourquoi ne réponds-tu plus ? Et pourquoi sens-je cette douleur dans ma main ? Tu peux contrôler les autres Sovana. Mais je sais. Et cette Sapience me permettra de relativiser ta matérialité. Car que n'es-tu un calque qu'un être appliquerait à notre monde ? Que ne le sais-je ? Que ne le fuis-je ? Ah, que j'aime planter cette lame dans ton corps replet ! Que j'aime te voir souffrir ! Que j'aime me venger moi-même !

Il arrête de planter-déplanter la lame, et s'aperçoit qu'il s''est blessé à la main.

Ah ! Tu tentes de me gangrener, pauvre fou ! Ta mort ne t'aura donc pas suffi, à toi et ton âme ! Éloigne-toi de moi !

il se lève, lâche la lame au sol et, la main en sang, se tape la tête contre le mur.

Si tu es entré dans ma tête, corniaud, tu vas en sortir !

il tape.

Crève, et retourne en enfer, ne viens pas ici !

il tape.

Tu n'as aucunement ta place dans ma tête, si pure !

il tape.

Ne m'entends-tu pas ? Tu n'as rien à faire là !

il tape.

Pars ! Pars ! Deiteke ! Deiteke !*

il tape.

Si je dois perdre la vie pour te faire sortir, je le ferai !

il tape.

Si cette violence n'est pas suffisante, dis-le !

il tape.

Je te sens enfin sortir... je... ne peux... que... te... remercier......

Il tombe à terre, le front en sang, les yeux rouges.

Dieu

Rizla, tu t'es égaré. La mort t'appelle à présent, et toi tu as préféré emmener avec toi cet homme. Certes, il n'a pas toujours été parfait, mais est-ce là une raison pour le mener à tes côtés vers la vie éternelle ? Et que diras-tu lorsque durant le Purgatoire tu auras ton trône de sang entre le sien et celui de cet homme, mort, autre part, en se suicidant ? Quel sera ton sentiment ? Ta souffrance sera-t-elle amplifiée par ton erreur ? Que diras-tu à Ormazd le mazdéen** lorsqu'il te fera entrer dans son territoire et te placera une couronne de nœud éternel*** brisé ? Ne réponds pas Rizla. Il est temps pour toi de partir vers ce purgatoire, temps pour toi de trôner de souffrance, de mêler cette souffrance au tout commun, de faire vivre par ta mort et ta souffrance, ta passion. Ce choix n'était pas bon.

* Deiteke peut se traduire du japonais par "pars" ou "vas-t-en".
** Ormazd le mazdéen : principe du bien en Iran, à relativiser donc.
*** nœud éternel : symbole de la protection contre la souffrance bouddhiste.

 
Midnight

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Jeu 11 Déc - 18:17

C'est tellement bien écrit et bien pensé, j'ai adoré le monologue !



La Mère Patrie vaincra ~

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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Jeu 11 Déc - 19:25

Moi pareil
Je n'arrive même plus à faire une vraie critique, c'était du pur théâtre comme je l'aime *.*

 
Iskupitel

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Sire de Picardie, Souverain des Isles de Coupe et de Pitel
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Jeu 11 Déc - 20:51

Vous lisez et commentez vite, alors on continue, je respecte mes dires ~

Citation :
Scène III

Une pièce claire, garnie d'un banc noir.

Rizla

assis sur le banc, le contrat entre les mains.

Eh bien, il ne me semble pas pouvoir choisir autre chose. Comparé à la vie et la raison, qu'est mon âme ? Rien d'autre qu'une représentation invisible de ma conscience. Un homme peut vivre sans son âme, j'en suis persuadé. Et si je ne l'avais pu, Dieu autrement me l'aurait formulé, n'est-il pas ? Voilà des pas... sûrement est-ce Sovana. Je m'en vais lui ouvrir, car je l'excuse.

il s'en va ouvrir la porte.

Sovana

entrant.

Merci, mon ami. Voilà un admirable changement de personnalité ! À l'instant, vous me hurliez et vous hurliez à l'affreux personnage ! Entre nous, je préfère cela ainsi. Que ne pouvons-nous faire mariage ; j'aurais dit oui, assurément. Que ne pouvons-nous faire ripaille ; j'aurais dit oui, assurément. Que ne pouvons-nous faire affaires ; j'aurais dit oui, assurément. Mais pardonnez-moi, je m'égare. Nous pouvons faire affaires, et c'est d'ailleurs pour cela qu'ici je me suis rendu, attendant avec impatience de découvrir votre réponse, que je me permets espérer positive, apposant votre sceau manuscrit au bas de ces quelques pages, remplies de mots complexes et de différents jargons de métier dont nous nous contrefichons. Ainsi, Rizla, avez-vous fait votre choix ? L'avez-vous signé ?

Rizla

tendant le contrat à Sovana.

J'ai fait mon choix ; et je viens de le signer. J'ai réfléchi à tout cela, et il me semble avoir eu tort.

Sovana

prenant le contrat.

Merci mille fois, cher ami. Voilà une bonne chose de faite.

se transforme en Satan.

Et maintenant, toi, Rizla, innocent ignorant, tu feras partie de ces âmes qui à mon service se sont mises ; et de leur plein gré ! Tu sais, Rizla, l'ère où Dieu était seul maître de tous les Mondes est révolue. Maintenant, chaque Monde a son souverain, et chaque souverain se déteste lui-même et déteste les autres. J'ai réussi, Rizla. J'ai semé la discorde et la zizanie entre les Mondes, et plus rien ne pourra les unir de nouveau, sois-en sûr ! Alors, me diras-tu, quel rôle ai-je dans tout cela ? Ton rôle, Rizla, est de passer l'éternité sur un trône de feu, enchaîné, souffrant afin d'alimenter de l'énergie de ta souffrance et de tes cris de douleur les œuvres toutes-puissantes que j'ai mises en place. Cela ne semble être très divers du royaume d'Ormazd le mazdéen, me diras-tu ; et je te l'accorderai. Mais il y a une différence, Rizla ; elle est simple et claire : tu ne peux espérer sortir de l'Enfer. Ce n'est pas une prison ; c'est pire encore. La seule chose qui aurait une infime chance de te sauver, avec effort d'une grande quantité de chance, ce peut-être la mort. Hélas pour tous ceux qui y sont enfermés, ils le sont déjà, et leur âme ne peut pas passer dans le monde d'après - celui qu'on nomme au-delà dans le tien, et que d'autres voient comme l'"avant-tout". Tu peux vivre, Rizla ; pour l'instant.

Dieu

apparaissant dans une claire lumière, devant Sovana.

Te voilà donc, Satan. Dieu sait que je t'ai longtemps recherché. Mais ta cavale prend fin ; et ta cabale est loin. Tu n'as plus personne derrière qui fuir, couard !

Sovana

Comme toujours, tu fais erreur, Dieu. Je ne suis pas seul ici.

il montre Rizla, abrité derrière le banc noir.

Vois-tu ce mortel ? Il vient de se vouer à moi. Tu ne peux agir davantage sur lui. Lorsque j'ai su que tu lui avais fait voir les trois lignes temporelles, j'ai espéré - je le dis - qu'il fasse le meilleur choix pour servir mes intentions. Et il l'a fait, sans hésiter plus avant ! La faiblesse des Hommes est palpable, c'est agréable. Ne le penses-tu ? À présent, j'ai à faire autre part. Fais bien, Dieu, puisque c'est ton seul pouvoir.

Dieu

Comment oses-tu, Satan ? Comment oses-tu, Rizla ? Toi, Mal absolu, tu as corrompu peut-être le seul homme incorruptible !

Sovana

Je ne l'ai pas corrompu, tu fais erreur ! Il s'est offert à moi, selon les termes de ce contrat ! Mais toi, n'étais-tu pas cet être omniscient tant vanté ? Ne le savais-tu pas ?

Dieu

J'aurais pu le savoir. Mais mon pouvoir d'omniscience ne se peut surpasser les limites du temps. Certes, je connais l'avenir. Certes, je connaissais cette fin. Mais je ne pouvais prévoir que Rizla ferait ce choix. Il est nombre de choses que les mortels ont pouvoir de décider.

Rizla

Tu les as créés, ces mortels, si j'en crois certains textes te mentionnant, n'est-il pas ?

Dieu

Je vous ai effectivement créés, mais jamais je ne vous ai donné vie. Là n'est pas mon œuvre.

Rizla

Alors, qui ?

Sovana

Moi ! Dans le moment où le monde qui est le tien était vide, et où les corps inanimés des Premiers Hommes attendaient la vie, que Dieu souhaitait voir venir seule, comme cela aurait été le cas au terme d'un certain laps de temps plus ou moins conséquent, j'ai moi-même infesté les Hommes de ma magnificence maléfique, faisant de vous la lie des Mondes.

Rizla

Pourtant, certains Hommes sont bons.

Dieu

Tu as raison, Rizla. Comme toujours, les œuvres de Satan sont incomplètes et imparfaites ; car la perfection et la complétion sont du domaine du Bien ; mon domaine.

Sovana sort.

Rizla

Mais, bien que ta magnificence soit effective et vérifiée, Dieu, tu ne sembles pouvoir te contraindre à en être modeste.

Dieu

Il est vrai que la modestie est parfois symbole de pureté ; mais pourquoi, si l'on possède une compétence qui, plus que d'autres, est remarquable, pourquoi se priver de la partager aux autres êtres ? Que gagne-t-on à ne pas le faire ?

Rizla

Tes questions sont assurément rhétoriques ; car qui mieux que Dieu peut répondre à de telles interrogations ? Point autre que toi. De même, point autre que toi n'aurait pu savoir quel choix j'allais faire, et, pour preuve, Satan lui-même ne pouvait qu'espérer que je respecterais ses volontés. Le fait est que je les ai respectées, mais là n'est pas le problème. Le problème te concerne. Comment peux-tu gémir de ne pas tout savoir quand tu te vantes de ta propre magnificence et de la puissance du bien ? Cela me semble diablement illogique. Et la logique n'est-elle pas bénéfique ?

Dieu

Je savais qu'un jour tu serais entraîné par le vent. Mais je ne savais pas que ce jour si vite arriverait.

Rizla

Tu aurais du le savoir, puisque c'est Dieu que te nomment les Hommes. Æ'C'psethnorothkyuu t'aurait-il trompé ?

Dieu

Le fleuve du Savoir ne me dit pas tout.

Rizla

Ainsi, tu es comme un fonctionnaire, perdu par le Savoir et la complexité de ta tâche !

Dieu

Ne te moque pas de moi, Rizla ! Si la Bible des chrétiens dit une seule chose véritable sur mon illustre personne, c'est bien que mon courroux n'est jamais souhaitable, et que toute ma miséricorde ne peut le compenser.

Rizla

Tu ne peux être courroucé ; voilà ce que je crois.

Dieu

Mais tu te trompes, Rizla !

Rizla tombe à terre, pris de convulsions.

Je ne te tuerai pas, car ton heure n'est pas arrivée. Mais si cela en avait été autrement, la Faux t'aurait gardé contre elle. Il est dans l'au-delà quatre royaumes : le Paradis, dont je suis le seul et unique maître ; l'Enfer, dont le maître est Satan ; le Purgatoire, dont le maître est Ormazd le mazdéen.

Rizla

se relevant, tremblant.

Et le quatrième ? Quel est-il ?

Dieu

Le quatrième est le Styx ; ce fleuve, connu des grecs et oublié par leurs descendants. Son roi est la Faux, le Passeur, et tout autre nom présent dans toute autre religion. C'est cet être qui mène les morts dans l'au-delà ; et c'est lui qui répartit les âmes entre les quatre royaumes.

Rizla

Pourquoi me parles-tu de cela ?

Dieu

Car le Styx sera ta résidence éternelle.

Rizla

Ne sera-ce le Purgatoire, comme tu me l'avais dit ?

Dieu

Non ; tes choix ont impacté ta mort ; et le Styx à présent t'attend.

Rizla

J'implore ton pardon, Dieu ! J'ai péché, c'est vrai, mais telle n'était pas mon intention.

Dieu

Toute ma miséricorde ne te sauvera pas, Rizla. Comme tu l'as si bien évoqué toute à l'heure, je ne suis pas tout-puissant et parfait. Quoi que je fasse, tu arpenteras les rives du Styx pour l'éternité. De sa source à l'infini de son écoulement, ta marcheras, un pas après l'autre, vers l'inexistant estuaire. Jamais ton âme ne sera en paix, et, tourmenté, tu erreras. Admire les conséquences de tes choix, Rizla. Car tu ne peux rien faire d'autre.

il disparaît.
 
Eilift

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Jeu 11 Déc - 21:41

Ooooh
Comment dire ? J'ai adoré, c'était génial ? Oui je m'améliore pas pour mes commentaires /PAN/
Sinon, Sku, d'habitude je n'aime pas trop lire des pièces de théâtre, enfin, je les adore quand elles me plaisent et je m'amuse même à les jouer dans ce cas là. Devine dans quelle catégorie ta pièce va ? J'ai adoré, c'était vraiment cool, ton style va vraiment bien avec l'histoire qui me semble superbement bien pensée ! Wala /o/
 
Nyx

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Ven 12 Déc - 10:33

Bruh. J'avais posté une réponse (en premier en plus !) mais mon portable a pas voulu TTwTT
Alors j'ai la flemme et je me contenterais de citer Hugo "Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre: par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses, le vrai saisit l'individu". Tu es dans le cool
Mais j'ajouterais que, comme le dit Ionesco, dont je n'arrive pas a retrouver la citation exacte alors je paraphrase, le théâtre amplifiant tout, il est donc impossible pour lui de nuancer, et il est donc naïf de tenter cela. Mais, cey cool ton texte
 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Ven 12 Déc - 16:06

Citation :
Scène IV

Une pièce claire, garnie de deux chaises et d'une table blanches.

Rizla

Assis sur une chaise.

Faire un choix est plus dur que ce que j'aurais pensé. Le signer me semble une mauvaise idée. Je vais le brûler, cela me semble la meilleure chose à faire. Oui, je vais faire le choix le moins choisi. Quoi de mieux que détruire la cause de mes problèmes ?

Il saisit le contrat, posé sur la table.

Toi, affreux papier, vois tes derniers jours. Que dis-je ? Tu ne vois rien, tu es une feuille tout ce qu'il y a de plus normal, assemblage pâteux d'arbres sous l'égide des artisans du papier. Mais, pourtant, tu me sembles différent des autres morceaux de papier que j'ai tenu dans mes pauvres mains. Je ne peux te lire, bien que j'aurais voulu avoir la Connaissance nécessaire à cela. Si seulement Dieu avait pu m'inculquer cela ! Si seulement la lecture avait pu être plus aisée pour ceux de mon espèce... Après tout, parler n'est pas sorcier, comprendre les autres Hommes ne l'est pas plus. Alors quelle invisible barrière peut bien nous empêcher de faire le lien entre ces tracés noirs et ces sons que prononcer n'exige aucunement une gymnastique mentale ? Et dans quel fol esprit ont pu germer ces glyphes que ses congénères ne peuvent décrypter sans sa science ? Voilà une belle question dont la réponse doit être simple pour Dieu ! J'aimerais pouvoir la lui poser... hélas, il n'est pas ici. Et j'ai la conviction que, contrairement à ce que dit ce bel écrit qu'est la Bible de Jérusalem, suivie par toute cette série de prêtres dont l'on peut entendre les enseignements sacrés dans ces grands bâtiments nommés églises, cathédrales et chapelles, Dieu ne se trouve aucunement dans mon cœur. Qu'y ferait-il ? Quel serait son intérêt ? Et comment pourrait-il se trouver en chacun des Hommes ? Quel serait ce terrible pouvoir qui lui permettrait de se démultiplier et de se mettre à la taille de chaque cœur ? Mais je m'égare, et cela ne me donne aucune réponse. Pourrai-je seulement avoir des réponses ? Le monde c'est-il pas une terre où chaque Homme ne peut que souffrir l'ignorance ? Si c'était le cas, qu'y ferait Dieu ? Quel serait son rôle ? Quel serait, de nouveau, son intérêt ? Non, la Connaissance doit être mise à disposition des Hommes, je suis et reste persuadé de cela. Ainsi, en toute logique ignorante, je devrais avoir la capacité de lire. Bien qu'ignorant, cette simple chose doit être maîtrisable par le pauvre être, bien que frappé par la vie, que je suis. Dois-je plutôt apprendre de la vie et devenir sage, ou plutôt rechercher la Sapience et devenir savant ? Que n'es-tu là, Dieu ! toi au moins, tu aurais pu me révéler la meilleure de ces deux choses à faire. Voilà de nouveaux pas... Sovana reviendrait-il aussi tôt ? Si c'est bien le cas, je me dois de brûler ce contrat au plus vite. Quel intérêt à cette "assurance-vie" ? Me permettra-t-elle de revoir ma mère, ma femme et ma fille ? Aucunement, hélas. Et à qui reviendrait cette importante somme sinon à Sovana lui-même ? Il le sait, et je refuse de le rendre riche par ma mort. Les pas se font plus pressants, et ma décision se fait plus précise mais ne se concrétise pas. Quelle anormalité, Rizla ? Qui brûlera ce contrat sinon toi ? Agis, personne ne le fera à ta place, cette fois.

Il déchire le contrat.

Brûler est une œuvre sataniste. Toi, contrat, tu n'as droit qu'à la dilacération. Meurs, toi qui sens Satan !

quelqu'un frappe trois séries de six coups à la porte.

Sovana

entrant.

As-tu fait ton choix, Rizla ?

voit les lambeaux de papier sur la table.

Il me semble que oui. Ce n'est hélas pas le choix auquel je m'attendais ; plutôt, pas le choix que j'espérais. Tu me déçois terriblement, Rizla. Quelle fut ta motivation ? Pourquoi as-tu choisi cette issue ?

Rizla

Ma motivation fut l'éclairage que Dieu m'a fourni à ce sujet. En es-tu étonné ?

Sovana

Quelle question ! Oui, j'en suis étonné ! Je te pensais plus humain, Rizla.

Rizla

C'est-à-dire ?

Sovana

Comment crois-tu pouvoir subvenir aux besoins de ta famille ?

Rizla

Je ne le peux.

Sovana

Tu ne le peux plus, Rizla. Certes, tu ne peux pas les faire vivre pour l'instant, mais l'argent nécessaire leur aurait été prodigué grâce à ta mort, si tu avais signé ce contrat. Je te l'aurais bien promis, mais je ne le peux plus, à présent.

Rizla

Ce qu'ici tu me dis est-il véridique ?

Sovana

Je te le promets.

Rizla

Hélas, je ne peux plus changer d'avis.

Sovana

C'est le cas.

Rizla

Non, quoi que tu puisses me dire, jamais je n'aurais souhaité être rémunéré par ma mort.

Sovana

Préférerais-tu mourir simplement ?

Rizla

À choisir, oui. Je trouve cela malsain de devenir riche par la mort d'un proche ; je dis cela pour ma famille.

Sovana

Pourquoi donc ? Qui cela blessera-t-il ?

Rizla

Ma famille ; mes proches.

Sovana

Quitte à ce que tu meures, ne pourraient-ils être rémunérés ?

Rizla

Je n'aime pas ce terme de rémunération. Pour moi, une rémunération se mérite par un travail ; pas par un acte de Dieu.

Sovana

Mais que fais-tu des assassins et autres militaires ?

Rizla

Ils ont fait un travail résultat d'une préparation ; leur rémunération est donc honnête.

Sovana

Je t'entends. Mais je ne raisonne pas ainsi.

Rizla

Alors, comment raisonnes-tu ?

Sovana

Chaque choit doit pouvoir permettre d'obtenir une quelconque somme d'argent. C'est ainsi que je comprends la rémunération. C'est la raison de ma profession. L'on pourrait me nommer "indemnisateur" que cela ne me gênerait nullement ; car là est ma mission, mon devoir. Cela n'est-il pas honnête, Rizla ?

Rizla

Non, je ne trouve pas cela honnête. Comment peux-tu accepter de vivre grâce à la mort de tes congénères ?

Sovana

Je ne vis pas uniquement de cela, détrompe-toi.

Rizla

De quoi d'autre, alors ?

Sovana

De leurs maladies, de leurs accidents, de leurs incidents ; voilà de quoi je me nourris, voilà de quoi je nourris les miens. Certes, cela n'est pas des plus glorieux, mais une fois encore je pense davantage aux proches qu'aux contracteurs de mes assurances. Si je devais chaque jour penser à ces honnêtes gens et à leurs nombreux malheurs, je n'en aurais fini de déprimer. Je suis humain, Rizla, et je souhaite le montrer. Tu me fais perdre un précieux montant, et je ne sais comment te le faire payer.

Rizla

Pourquoi me le faire payer ? Pourquoi me faire des malheurs ?

Sovana

Peut-être qu'à cause de toi je ferai faillite.

fait se lever Rizla et, en face de lui, lui plante une lame dans le ventre.

Voilà une bonne chose de faite.

Rizla

Que ? Pourquoi ? Pourquoi tant de... folie ?

Sovana

Savoure ; et mérite, mauvais client. Tu es le premier que je récompense ; mais tu paies pour tous les autres !
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Ven 12 Déc - 20:06

*est en train de comprendre la pièce*
Là, Rizla a perdu la raison, puis son âme, puis la vie dans les "futurs" que Dieu lui a montré
J'ai hâte de connaître la suite ! Very Happy
C'est délicieux, ça se lit comme du petit lait

Mention spéciale pour ces phrases :

Isku a écrit:
Toi, Mal absolu, tu as corrompu peut-être le seul homme incorruptible !

Isku a écrit:
Oui, je vais faire le choix le moins choisi.

Et je voulais dire aussi que je voyais le fait que Rizla ne puisse lire le contrat comme une sorte de métaphore de son ignorance face à la condition humaine, les questions qu'il se pose sur sa vie et son sens (qui rejoignent la religion). Et... je trouve ça brillant
(si je n'ai pas compris comme il fallait, tu resteras quand même brillant pour le ressenti que tu m'as donné )

 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Dim 4 Jan - 1:11

Citation :
Scène V

Une grande pièce claire


Rizla

Je vois donc les trois fins que tu me proposes ; aucune n'est alléchante.

Dieu

N'aie pas peur de la mort, Rizla. Tôt ou tard, elle t'emportera.

Rizla

Pour autant, la plus intéressante - ou la moins affreuse - est la signature. Perdre son âme ne doit pas être des plus horrible ; et si je crois ce que j'ai vu, c'est plus un changement de camp qu'une véritable perte d'âme. Il me semble que Satan se respecte, et que c'est plus un autre Dieu, avec une vision différente des choses. Il me semble que vous le diabolisez - c'est le cas de le dire !- davantage que ce qu'il ne mérite. Imaginez que ce que vous faites est peut-être reproduit de son côté ; cela ne me choquerai point.

Dieu

Comment peux-tu oser, Rizla, douter ainsi de ton Dieu ? Sache qu'un tel péché est capital. N'ai-je pas dit "tu n'auras pas d'autre dieu que moi" ?

Rizla

Je le sais bien ; et je ne fais que m'interroger sur de possibles issues. En aucun cas je ne remets ta Parole en doute !

Dieu

Bien. Quoi qu'il en soit, il te faut à présent choisir.

Rizla

Mais choisir est inutile pour le moment : si je prends une décision, l'avenir en sera chamboulé ; et les conséquences ne seront pas les mêmes. Ainsi, sachant ce qui arrivera si je signe le contrat, tu seras déjà présent et tu n'auras pas recherché Satan. D'ailleurs, tu sais à présent sous quelle forme il se dissimule.

Dieu

Cela est vrai. Les lignes temporelles sont en constant mouvement, et tu en as créé de nouvelles : maintenant que tu connais ces trois choix, un quatrième et un cinquième te semblent couler de source, n'est-ce pas ?

Rizla

En effet, je vois deux autres issues qui aux trois premières se sont ajoutées.

Dieu

Énonce-les.

Rizla

La première constitue en une fuite des problèmes. Le suicide le permet.

Dieu

Mais te donner toi-même la mort te refusera l'accès au jardin originel de l'au-delà.

Rizla

Cela est vrai. La seconde rejoint cette idée mais n'est pas à ce point extrême : la fuite vers de nouvelles contrées et une nouvelle identité ; de nouveaux environnements entraînant de nouvelles conditions et me permettant de ne jamais plus revoir Satan.

Dieu

Voilà les deux nouvelles possibilités. Laquelle des cinq choisiras-tu ?

Rizla

Ai-je le temps de la réflexion ?

Dieu

En aucun cas. Sovana est en route pour cette pièce, et il te faut choisir rapidement.

Rizla

Alors, que dois-je choisir ?

Dieu

L'option qui contiendra le moins de contre-parties.

Rizla

Quelle est-elle ?

Dieu

C'est à toi de réfléchir.

Rizla

Je vais fuir, et je pars de suite vers de nouvelles contrées. Voilà le meilleur choix que je puisse faire.

Dieu

Si telle est ta décision, je ne peux que t'accompagner et te souhaiter les meilleures choses, que je tenterai de te faire atteindre.

Ils sortent, Rizla courant

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Dim 4 Jan - 19:47

Ah, j'ai cru que tu avais oublié
Je suis toujours autant sous le charme

 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Dim 8 Fév - 16:42

Citation :
Acte II
Scène I

Une pièce sombre ; deux chaises.

Rizla

Une nouvelle vie commence, pour moi. Que ne puis-je espérer qu'aucun tracas ne me troublera ! Hélas, j'ai cette expérience de la vie qui ne me permet de formuler de telles espérances. Tôt ou tard, je sais que quelqu'un frappera à la porte de ma tranquillité et parviendra à me provoquer des soucis.

quelqu'un frappe à la porte et entre

Kai Fen

Rizla, toi qui nouvellement t'es installé ici, je te souhaite la bienvenue.

Rizla

se lève et se courbe

Quel honneur, majesté ! Je ne peux que louer ma bonne étoile d'être parvenu jusqu'ici dans ce temps où vous fûtes sur ce trône dont on m'a souvent vanté les qualités lors de mon voyage et que vous semblez mériter parfaitement. Que ne vous ai-je rencontré plus tôt ! Que ne suis-je né ici ! Assurément, mon destin aurait été différent. assurément, mes malheurs n'auraient été si vastes. Assurément, je n'aurais eu ma mère, ma femme, ma fille.

Kai Fen

Ne désespérez pas de cela, mon ami ! Que puis-je pour vous être agréable ?

Rizla

Le fait est que mes possessions sont à présent nulles. Pour un grand homme influent de l'autre côté de l'Océan, c'est déroutant.

Kai Fen

Comment puis-je être assuré que vos dire sont vérité ?

Rizla

Vous ne le pouvez, et je ne peux vous le prouver. Mais tentez de voir la chose différemment. Plutôt que de chercher si mes dires sont véridiques, cherchez à savoir ce qui mettrait mes dires en mauvaise posture.

Kai Fen

Vous ne semblez ni riche, ni influent : vous êtes habillé de façon pauvre et avez débarqué en coque de noix.

Rizla

Cela est la conséquence de mon exil. Voyez-vous, on m'a expulsé et exproprié, et ensuite seulement je suis parti.

Kai Fen

Alors je ne peux rien vous exposer de plus.

Rizla

Dans ce cas, faites-moi confiance, et offrez-moi de quoi prouver être un homme de premier rang. Votre Cour me sera bien vite familière, et je vous rembourserai bien vite l'or que vous m'aurez donné. Appelez cela un fond de commerce, qui me permettra de faire fortune seul.

Kai Fen

Soit. Et lorsque j'aurai besoin de vous, m'accompagnerez-vous ?

Rizla

Oui, majesté. Et avec le plus grand honneur qu'on puisse imaginer.

Kai Fen

Bien. Voyez ce dont vous avez nécessité avec on maître-surintendant-exceptionnel de la Couronne. Il sera ravi, humblement, de vous aider à redevenir important.

Rizla

Je vous remercie mille fois, majesté. Que Dieu vous bénisse.

Kai Fen

Pour cela, ne vous en faites pas : personne ici ne croit à Dieu, mis à part vous peut-être.

Rizla

Absolument personne ? Permettez-moi d'en douter, majesté.

Kai Fen

Doutez-en ; mais une fois à ma cour, si vous n'en êtes pas convaincu, tâchez de faire abstraction de vos doutes : il ne sied à quiconque de faire figure Tartuffe. En conséquence, ne soyez pas démasqué. De plus, il ne sied à quiconque de croire en Dieu. En conséquence, ne soyez pas démasqué. Je compte sur votre talent d'orateur et de gymnaste qui doivent vous avoir rendu important dans votre pays.

Rizla

Comme vous le souhaiterez, majesté.

Kai Fen

C'est parfait, alors.

Il sort.

Rizla

Me voilà parti dans la beauté de la Cour d'Orient. Ou est-ce celle d'Occident ?

Kai Fen

Cela dépend du sens du monde.

Rizla

Comment le voyez-vous ?

Kai Fen

La Cour d'ici est la nôtre ; cela semble logique. Celle d'où vous venez est celle d'Orient.

Rizla

Je ne connais aucune Cour d'Occident.

Kai Fen

Je n'en connais pas davantage.

Rizla

Alors peut-être désignons-nous chaque Cour étrangère comme étant d'Orient, sans se poser réellement la question de sa position quant à la nôtre. Alors, l'Orient serait redéfini, non pas tel une orientation, mais bien comme une différence. Un peu comme une façon de préférer sa Cour à celle des autres ; sans se soucier d'une quelconque diversité entre elles.

Kai Fen

Comme le nom de barbare ?

Rizla

À son origine, peut-être. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, si vous voulez mon avis.

Kai Fen

Ici, est considérée barbare toute personne étrangère. En revanche, est nommée barbare toute personne ne parlant pas notre langue.

Rizla

Ainsi, je suis considéré barbare, mais pas ainsi nommé ?

Kai Fen

Exactement ; vous avez saisi le profond du terme.

Rizla

Si je prends cette définition, je dois m'incliner et avouer mon erreur précédente.

Il s'incline. Kai Fen sort, alors que Rizla se rassoit.

cette expérience de la vie qui ne me permets => permet
louver => louer
avex => avec

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Lun 9 Fév - 18:12

Heeeell yeaaaah
La suite !

 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Lun 9 Fév - 18:33

Citation :
Scène II

Le Palais asiatique, regroupant la Cour.

Un valet

Monsieur Rizla, cadet de la Cour d'Orient !

Rizla

entrant.

Altesses, il est un plaisir pour moi d'être parmi vous invité. Là d'où je viens, la Cour se rassemble autour du Prince de l'état. Pourtant, je ne le vois nullement. Quelle en est la raison ?

Cho Mo

se levant des membres de la Cour.

Étranger, ta question est fille de sens. Hors de ton monde, là où les Hommes sont civilisés, le Prince rejoint ses suivants lorsque l'envie lui prend. En ce jour, il n'est encore paru à quiconque.

Rizla

Je comprends. Mais que fait une femme d'une telle beauté ici ?

Kai Fen

entrant.

Ah, Rizla ! Te voilà enfin ! Bienvenue à toi. Je vois que tu as pris connaisse de Cho Mo, ma fille unique. N'est-elle pas sublime ?

Rizla

Je ne peux que l'avouer, Majesté.

Kai Fen

Mais prends garde. Elle est fiancée, alors ne succombe pas à la tentation amoureuse.

Rizla

Soyez assuré que telle n'est pas mon intention. Voyez, bien que je sois seul, non seulement l'âge commence à me rattraper, mais la mort de ma femme m'oblige tant que depuis plusieurs longues années je suis en deuil. Oh, bien sûr, je ne le montre pas ! Certains à votre Orient pensent cela idiot d'être trop longtemps endeuillé. Mais je n'en suis pas moins meurtri et esseulé.

Kai Fen

Ayez nos condoléances. À mon grand âge, le deuil est si permanent et soutenu que je ne peux dire qu'il change ma vie ; la normale de deuil s'est déplacée. Néanmoins, sachez que je compatis.

Rizla

Votre réaction est honorable, Majesté.

Kai Fen

Je vous en prie, cessez.

Rizla

Que dois-je cesser pour vous plaire, Majesté ?

Kai Fen

D'ainsi me nommer. Ce n'est ni agréable ni habituel. Pourquoi suis-je Roi, d'après vous ?

Rizla

Par la naissance ?

Kai Fen

Non, mon ami. Si je suis aujourd'hui capable de siéger sur ce trône, c'est parce qu'hier un homme l'a forgé ; s'y est assis. Puis, un jour, il mourut, et son esprit intégra le mien à la naissance Mais cet esprit second, j'ai du l'extraire pour avoir la possibilité de travailler et d'être élu à siéger ici.

Rizla

Cela n'est pas clair ; avez-vous été élu ou êtes-vous le descendant du Roi précédent ?

Kai Fen

J'ai été élu. Et cette élection s'est fait entre les cinq réincarnés monarques.

Rizla

Je comprends mieux. Mais alors pourquoi ne pas vous nommer Majesté ?

Kai Fen

un peu décontenancé.

Car il ne me plaît guère que vous me nommiez ainsi !

Rizla

Alors, je cesserai.

Kai Fen

Voilà qui est bien ! Que diriez-vous d'à présent assister à la réunion de mon conseil de guerre ?

Rizla

Serions-nous en guerre ?

Kai Fen

Hélas, cela ne saurait tarder.

Rizla

Pourquoi donc ? Quelles sont les diaboliques raisons qui bientôt pousseront deux groupes d'êtres humains à s'infliger une mort évitable ?

Kai Fen

sortant.

Mon ami, votre pensée est noble ; pourtant, la mort ne me semble pas évitable.

Rizla

le suivant.

Est-ce grave à ce point ?

Kai Fen

Ça l'est.

ils sortent.

 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Lun 9 Fév - 19:11

Isku ! Tu poste trop vite ! XD Donc, je n'ai lu que la scène un et je lirais la suite quand mes yeux me feront moins mal. Pour l'instant, je commente le début :

Alors, tout d'abord, c'est sûrement mon côté croyant qui ressort mais j'ai du mal avec Dieu cependant, tu écris tellement bien, avec un style si singulier que j'arrive à passer au-dessus. Par contre, on est à quelle époque ? Parce qu'il y a vraiment un décalage entre l'époque et la façon de parler j'ai l'impression, ce qui n'aide pas franchement à la compréhension.

En tout cas, cela ne fait aucun doute : tu es vraiment un des meilleurs dramaturge que j'ai lu et tu débordes d'une ... créativité philosophique extraordinaire. Ajoutons à cela la poésie qui suinte de tout tes mots, tes tournures de phrases ...

Mais, je vais être totalement sincère avec toi, j'ai lu meilleur de ta part, ou plutôt, ce n'est pas celui que je préfère. Je reviendrais pour lire la suite. Je reste assez mitigée. Oh et ... JE T'AIME TU SAIS ?
 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Lun 9 Fév - 19:24

Merci de ton commentaire constructif, Paj

Je vais répondre à un ou deux trucs. Il n'y a pas d'époque. Je refuse (ne voyez pas ça comme l'artiste qui refuse des choses pour se sentir différent, hein, parce que j'aime pas ces gens ^^) le fait qu'une époque soit obligatoire, et je trouve que ça perd un peu plus le spectateur, qui est déjà ballotté entre les différentes croyances et visions de la figure divine. Donc, en effet, le phrasé peut sembler en décalage avec l'époque, mais ça c'est uniquement car ce que tu imagines comme époque ne correspond pas au phrasé Very Happy

Toutefois, il est vrai que ce n'est pas ce que j'ai écrit de mieux, j'en suis tout à fait persuadé comme tu l'es. Mais cette pièce de théâtre m'a forgé en tant que modeste auteur de textes et d'autres, donc je suis heureux de voir que certains la lisent. Si tu le veux, Paj, je ralentirai le rythme de publication et reviendrai à la règle du 2 commentaires = 1 nouvelle scène Smile

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Lun 9 Fév - 21:21

Je plussoie le fait que je préfère les pièces intemporelles
Et si vraiment il faut qu'il y ait deux commentaires pour que tu postes, je doublerai les miens
Cette histoire de mort évitable est en train de me faire réfléchir très intensément xD

 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Lun 9 Fév - 21:34

Citation :
Scène III

La sortie du Palais, une foule amassée devant le Roi.

Kai Fen

Mes amis, l'heure n'est pas aux réjouissances. À notre Orient, où les scènes de liesse s'accumulent, le départ à la guerre n'est que bonheur et espoir de bataille. Auraient-ils omis le fait que la guerre engendre la mort et le massacre ? Qu'elle est un désastre, et que cela ne doit être qu'un ultime recours, loin derrière les négociations ? Il me semble que oui, et je peux le prouver aujourd'hui ; car comme vous le savez, je dois partir me battre. Et j'espère que je ne serai pas seul à y aller. Puissent nos valeureux citoyens m'accompagner, car l'ennemi sera fort. Que quiconque souhaitant me suivre se déclare ici ; je le recevrai.

Rizla

s'avançant depuis la foule.

Sire, je serais honoré de pouvoir vous accompagner.

Kai Fen

Alors, accompagne-moi ; et soyons victorieux.

Rizla

Immense soit mon plaisir.

Il se met aux côtés de Kai Fen.

Immense soit notre gloire.

Ils sont rejoints par d'autres membres de la foule ; Kai Fen, suivi, commence à marcher vers la sortie.

Cho Mo

courant vers Kai Fen.

Père, je vous en supplie ! La guerre peut encore être évitée ! Pensez aux morts qu'elle apportera.

Kai Fen

Ma chère et tendre fille, je comprends ton désarroi. Mais le temps de la paix est passé, et aujourd'hui je ne puis plus faire marche arrière. Vois-tu, le pied de la Nation s'est avancé, et son poids est trop grand pour qu'elle recule, à présent.

Cho Mo

Père, je sais que vous pouvez annuler votre ordre et faire rentrer ces soldats chez eux.

Kai Fen

Tu ne sais pas, ma fille ; tu penses, tu espères. Tes intentions sont pures mais irréalisables. Cesse, maintenant, et rentre.

Cho Mo

Comment pourrais-je rester en te sachant loin de moi, dans un lieu plus que dangereux ?

Kai Fen

Sois assurée que j'ai toute une armée pour me protéger !

Cho Mo

Mais ne suis-je pas moi-même mise en danger des assassins ennemis ?

Kai Fen

Je ne peux te mener à mes côtés, ma fille. Tu y serais plus en danger qu'ici ; et sache que je tiens plus à toi qu'à n'importe quoi, en ce monde ou en l'autre. Je ne peux te protéger avec une armée ; mais je peux te protéger avec un homme.

Cho Mo

Quel est cet homme, père, qui sera responsable de ma vie ?

Kai Fen

Rizla est son nom ; le voilà.

Rizla

approchant.

Eh ! Il semble que ma mission soit plus que sacrée.

Kai Fen

Pardonne-moi, Rizla ; je ne te mènerai pas au combat.

Rizla

C'est un plaisir pour moi, et je vous suis fidèlement reconnaissant de me confier la sécurité de votre fille.

Il s'agenouille.

Encore une fois, merci !

Il sort, accompagnant Cho Mo, alors que Kai Fen emprunte une autre issue.

 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Mar 10 Fév - 0:10

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne sens pas du tout Rizla comme unique protecteur d'une jolie jeune femme xD
La suuuuuite

 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Mar 10 Fév - 0:32

Citation :
Scène IV

la chambre à boire le thé du Palais.

Cho Mo

prenant le thé à l'asiatique.

Pourquoi n'as-tu pas refusé la tâche que t'a confiée mon père ?

Rizla

également.

C'est ma façon de montrer mon allégeance.

Cho Mo

Ne l'as-tu fait pour me voir ?

Rizla

Que dois-je dire ?

Cho Mo

déposant sa tasse lentement, ne bougeant plus.

Que c'est le cas.

marque une pause.

Mais ne le dis pas pour me faire plaisir uniquement.

Rizla

buvant.

Je ne sais que dire.

Rizla

Je suis resté, car je n'aurais pu partir sans que vous soyez en sécurité ici-même. J'aurais déserté, si vous n'aviez été en sûreté, et cela je le promets !

Cho Mo

reprenant la boisson.

Cela vous honore au plus haut point, homme de l'Orient. Qu'auriez-vous fait si mon visage avait été tout autre ?

Rizla

Quel que soit votre visage, vous êtes la fille de votre père.

Cho Mo

Cela est vrai. Mais l'auriez-vous fait avec autant de fougue ? Avec autant de zèle ? Avec autant de volonté ?

Rizla

Je ne saurais dire.

Cho Mo

Me trouvez-vous belle ?

Rizla

Oui.

Cho Mo

Dites-le.

Rizla

Il cesse d'observer sa tasse et se tourne vers Cho Mo.

Je vous trouve belle.

Cho Mo

Voilà qui me réjouit.

Rizla

Quel est votre sentiment ?

Cho Mo

Je partage le vôtre, bien que je n'y sois pas autorisée par mon honorable Père.

Rizla

Ce père dont vous parlez est parti loin de nous.

Cho Mo

Et pourtant, il est toujours là, au moins dans mon cœur.

Rizla

Il n'a aucunement un tel pouvoir.

Kai Fen

entrant, le côté rougeoyant : il est visiblement blessé et rampe vers Cho Mo et Rizla.

Rizla, je reviens de la guerre, comme vous le voyez, et la fin de celle-ci n'est pas des plus intéressante, j'en ai bien peur.

Cho Mo

Père ! vous êtes blessé, vous devez vous faire soigner !

Kai Fen

Silence, ma fille !

Cho Mo

Pardonnez-moi, père. Je ne voulais rien dire pour vous offenser.

Kai Fen

Comme je le disais, Rizla, et comme tu peux le voir, j'ai subi la guerre, de plein fouet, dans toute sa splendeur combattante. Je sens que je m'apprête à mourir ; je ne peux le renier. Mais je ne veux pas mourir sans avoir d'héritier. Je n'ai au long de ma vie enfanté qu'une fille Et dans mon intérêt, il est préférable que je la marie à un homme moins titré et fortuné qu'elle. C'est pourquoi je t'offre sa main, Rizla. Je te demande d'accepter et de sceller une union maritale entre vous.

Rizla

Mais...

Kai Fen

Si tu as peur de n'avoir aucun sentiment pour elle, sois rassuré : ils viendront avec le temps. Si tu as peur car elle est ma fille, sois rassuré : moi mort, elle ne le sera plus ; et cet instant approche où ma vie prendra fin.

Rizla

Que dois-je dire ?

Kai Fen

Que tu l'acceptes, que tu l'aimeras, que tu monteras sur le trône à ma suite, que tu auras un héritier, que tu régneras jusqu'à ta mort.

Rizla

Considérez tout cela comme dit.

Kai Fen

Alors, je peux mourir en paix. Embrasse tendrement ton père une dernière fois, ma fille, je t'en prie.

Cho Mo

en pleurs.

Père ! Oh, père ! Ne mourez pas !

Kai Fen

la coupant.

Il est trop tard, le mal est fait. Accepte-le, et permets-moi de rejoindre mes ancêtres de l'autre côté.

Il s'éteint paisiblement.

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Mar 10 Fév - 0:39

Isku a écrit:
Quel que soit votre visage, vous êtes la fille de votre père.

Cette phrase m'a tellement impressionnée que je me suis exclamée tout haut avec ma voix complètement cassée : "Oh, c'est beau !" xD

Mais quid du fiancé de Cho Mo auquel elle était promise deux scène plus tôt ? Smile

 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   Mar 10 Fév - 0:52

Citation :
Scène V

une pièce quelconque.

Rizla

seul.

Me voilà de nouveau engagé, et ça sur la parole d'un mort...  dans quoi me suis-je encore fourré ?

Dieu

apparaissant derrière Rizla.

N'es-tu pas heureux, Rizla ?

Rizla

Pourquoi le serais-je ?

Dieu

Tu es loin de tes problèmes avec Sovana, n'est-ce pas ?

Rizla

C'est vrai. Pourtant, je dois hélas dire que j'ai eu d'autres, nouveaux, problèmes...

Dieu

Lesquels préfères-tu ? Lesquels sont, relativement, bons ?

Rizla

À vrai dire, pas ceux-ci.

Dieu

Pourquoi ?

Rizla

J'avais une porte de sortie - que j'ai emprunté -, et un être pour me conseiller. Cela, je ne l'ai point, dans cet Orient dont je dois être le Roi.

Dieu

Me remplaçant, Kai Fen a fait office de conseiller, n'est-il pas ?

Rizla

Je ne sais... Bien que mon conseiller, il a aussi été mon Sovana. Je lui dois beaucoup, et mes soucis également.

Dieu

Ainsi, tu as réussi à trouver l'homme étant Satan et Dieu dans le même temps, et par ta faute il est mort.

Rizla

Je n'ai rien à voir avec sa mort !

Dieu

Je sais que tu penses ainsi. Pourtant, ta venue à la Cour de Kai Fen a renforcé l'animosité de son voisin, qui concrétisa cela par une déclaration de guerre. Dois-je t'apprendre que c'est lors de celle-ci qu'il fut blessé ? Et si tu avais été là, tu l'aurais protégé. C'est donc ta faute. Pardonne-moi si je te l'apprends aussi froidement, Rizla. Mais la vérité est, hélas pour toi.

Rizla

Je suppose alors que j'ai effectivement un lien plus ou moins direct avec sa mort. Cela me fait de la peine, vraiment.

Dieu

Quoi qu'il en soit, tu dois à présent assumer tes actions, Rizla, et te marier à Cho Mo.

Rizla

Mais je suis déjà marié !

Dieu

C'est vrai ; à une femme que tu n'as plus vu et qui ne t'aime plus depuis bien long-temps. Cho Mo, elle, t'aime. Profite-en, te dis-je.

Rizla

Soit ; je m'y résignerai, alors.

Dieu disparaît.

Cho Mo

entrant.

Rizla ! Ici tu étais ! Je te cherchais, afin de terminer l'organisation de notre mariage. Nous pourrons nous unir dès demain.

Rizla

J'en suis plus qu'heureux, Cho Mo, tu peux me croire ! Heureusement que le divorce est proscrit, ici !...

Cho Mo

Je te sens hésitant ; sûrement est-ce à cause de la cérémonie. Ne t'inquiète pas, tous réagissent ainsi.

Rizla

Ah...

Cho Mo sort.

Je n'en veux pas, de ce mariage... Ce sont des fers qui entravent mon bonheur, me semble-t-il, et je n'en veux pas.

Sovana

apparaissant.

Je peux t'aider à régler ce problème, Rizla.

Rizla

Satan... comment le pourrais-tu ?

Sovana

C'est simple : il me suffit de te prendre la vie pour que tu sois libéré de tout cela. Dans ton pays d'origine, tu pouvais t'enfuir. Cet astuce ne pourra te sauver, cette fois-ci. Les orientaux sont réputés pour leurs ardues recherches qui toujours obtiennent un résultat. Est-ce une cavale permanente et ad vitam eternam que tu souhaites ?

Rizla

Si ce que tu dis est vrai... En effet fuir n'est pas des plus agréable. Mais mourir ne doit pas être, non plus, une chose dont on raffole. Et j'ai ici des gens qui m'aiment et qui attendent beaucoup de moi.

Sovana

N'est-ce pas justement ce que tu cherches à fuir ?

Rizla

C'est vrai. Dans ce cas, j'accepte ton aide de suite. Je n'ai plus la force de perpétuer cette vie infâme et que je qualifierai presque de couarde, dans mon cas.

Sovana

Voilà une réponse intéressante et des plus alléchantes ! Fais tes adieux, Rizla, ton vœu s'apprête à être exaucé.

Rizla

Vas-y.

Sovana tue Rizla.

une cavale permanent => permanente
ne doit as être => pas

 
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MessageSujet: Re: L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]   

 
 

L'Obligé, ou Tragédie contemporaine en deux actes [S]

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