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 Asmar [S]
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Lovelyrosella

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Féminin Messages : 39
Date d'inscription : 02/11/2014
Age : 20
MessageSujet: Asmar [S]   Sam 3 Jan - 16:31

Voici une nouvelle dans son intégralité (divisée en 3 parties par des tirets, ce sera facile pour ceux qui s'étaient arrêtés a la 2ème partie). J'espère qu'elle vous plaira !




Asmar était le genre d’homme à collectionner les regards d’autrui. Ces derniers se jetaient sur lui comme des hommes avides sur l’argent. S’il allumait de telles ardeurs, elles étaient cependant toujours furtives, car jamais partagées.

C’était un arabe aux grands yeux verts. Ceux-ci reflétaient tout l’exotisme de ses origines, comme sa personne entière d’ailleurs. Il était, rien qu’à lui, un voyage intense vers les côtes marocaines. Et qu’il était plaisant de voyager à travers lui ! Ses cheveux ébène étaient d’une finesse impressionnante. Je me souviens au toucher de leur douceur. De ses mèches rebelles qui filaient entre mes doigts. Elles étaient comme un liquide, glissant sur mes paumes pour caresser le dos de mes mains. Très vite, je délaissai ce plaisir tactile pour un plaisir olfactif plus puissant. Je me souviens avoir été fascinée par son odeur. Je la sentais venir me chatouiller le bout des narines, avant de fuir et revenir plus audacieuse encore, pénétrant en moi comme une bombe, m’enivrant. Je le sentais avec mon nez, ma bouche, mes yeux, mes oreilles. Chaque pore de ma peau s’ouvrait pour le respirer, l’engloutir comme une force. Il jetait sur moi des arômes charmants. Son parfum magique me menait vers les rivages de Casablanca, les mines de Khouribga et les merveilles atypiques du Maroc qui me submergeaient. J’ai pu avec Asmar, dès mon enfance, être transportée dans des univers inconnus, qui me paraissaient à la fois si loin et si proches. Et dans mes souvenirs les plus anciens, il m’apparaît qu’il inventait pour moi des royaumes imaginaires qui prenaient vie dans nos secrets. 

Si enfants, nous fûmes intimement liés, à l’adolescence, il retourna dans son palais doré. Notre amitié perdura toutefois. Assez tôt, je compris qu’il était davantage attiré par les hommes, et qu’il donnait bien moins en amour. Je ne le revis que quelques fois, mais pendant l’année de mes seize ans nous nous écrivîmes sans arrêt.  Il me racontait sa vie avec la sincérité d’un homme libre, l’innocence d’un enfant, la sensualité d’une femme, l’éloquence d’un conteur. Ses amours, toujours éphémères et violentes, me passionnaient. Je me souviens encore d’une lettre sur laquelle je m’étais attardée, tant elle était plaisante à lire. Il me narrait ses aventures avec Nathan, un homme de dix ans son aîné. Cette différence d’âge m’avait dans un premier lieu interloquée. Je trouvais cela audacieux et dangereux, et sans doute est-ce cela qui me poussa à lire la lettre, davantage intriguée. Nathan était un immigré, il travaillait depuis quelques temps dans les mines de Khouribga, proches d’une des demeures familiales d’Asmar. Ils s’étaient rencontrés par pur hasard, et leur relation secrète – il s’agissait là d’une relation purement charnelle - très vite prit de l’ampleur. Ce fut son premier amant.  Je ne savais ni les circonstances exactes de la rencontre, ni comment ils finirent par être amants, ni les lieux dans lesquels ils se retrouvaient. Il planait sur cette lettre un mystère délicieusement horrible qui torturait ma curiosité. Bien évidemment, je ne me risquai pas à demander plus de détails (nos lettres n’avaient rien de secret, mais j’avais peur à l’idée qu’un membre de sa famille découvrît nos sujets de conversation qui n’avaient rien de musulman). Je laissai donc à mon imagination le doux plaisir d’inventer les réponses qui me restaient muettes. Je dessinais ainsi, avec la légère plume de ma fantaisie, un Nathan blond (je savais très bien qu’il ne l’était pas, mais enfin, étant donné que la lettre manquait cruellement de détails, il me plut d’en faire des tonnes). J’imaginais en la personne de Nathan, un être étonnant – car autrement, il aurait été impossible selon moi qu’il attirât l’attention d’Asmar. Je visionnais ses yeux fins brillants auxquels Asmar accorda des dizaines de lignes dans cette lettre. Asmar était le genre d’homme à s’éprendre par de délicieux détails.  Sous son regard, le plus laid devenait somptueux, et il était formidable d’être ainsi admiré par ce jeune garçon. Je voyais, tandis que je sentais les doux arômes qui parfumaient la lettre, les baisers fugaces que s’échangeaient les deux amants, et il me plaisait de croire qu’un jour ils pourraient vivre leur aventure sans cachette. Mais j’oubliais là, que cette hypothèse –trop naïve d’ailleurs - était impensable, car je crois bien qu’Asmar n’était à cette époque qu’avide de connaissances. Et ses études se portaient sur le plaisir et le corps de l’homme. Quel drôle d’étudiant, n’est-ce pas ? Au fur et à mesure que défilaient nos échanges épistolaires, je compris que Nathan n’était qu’un professeur parmi d’autres qui sut procurer à Asmar des savoirs amusants.

Nous perdîmes contact pendant plusieurs mois. Je sus la raison de cette longue absence durant l’été de nos dix-sept ans. Cet été-là, j’invitai des amis à ma résidence sétoise. Je ne m’attendais pas à la visite d’Asmar, bien que j’eusse secrètement espéré qu’il puisse venir, l’ayant prévenu plusieurs mois auparavant par mail. Pourtant il vint, et quand je le vis de la petite fenêtre de ma chambre donnant sur la mer et l’entrée de la demeure je m’empressai de dévaler les escaliers.


- Oh ! Asmar ! m’exclamai-je.

- Bonjour Love. 

Un long sourire étira ses lèvres et il déposa un baiser sur mon front. Je le regardai, reculai, puis fermai les yeux. Cela était un geste involontaire pour m’assurer que ma vue ne m’avait pas trompée. Je les rouvris et laissai gaiement sortir un rire de ma bouche. Je le scrutai du regard, tournant autour de lui.

- Mon prince arabe ! Ce n’est que maintenant, donc, que tu décides de me faire signe ? 

Il rit. Son rire était énorme. Il faisait résonner avec lui tous les rires du monde, le rendant ainsi magnifique et unique. Il m’agrippa par la hanche et me souleva. Puis me serrant contre lui, il me murmura que je lui manquais, et que même dans mes bras, ce manque ne s’estompait. Je pensai à ce moment précis qu’il avait une allure d’homme mais restait toujours aussi adorable qu’enfant. Je lui saisis le bras et le traînai vers le salon.

- Viens je vais te présenter des amis.

Raby et Lili étaient dans la pièce. Tandis que Raby tenait dans ses bras un plateau rempli de spécialités asiatiques, Lili était allongée sur le canapé, un pied sur la table, l’autre en hauteur, posé sur le dessus du mobilier. Elle venait de se réveiller, et l’on lisait encore la fatigue sur son visage. Elle baillait, et son sein gauche dépassait de sa chemise de nuit. Je remarquai au visage rougi d’Asmar, la gêne qu’il ressentait.

- Je t’en prie, tu ne vas pas rougir à la vue d’un sein ! Je croyais que tu avais déjà dépassé ce stade, lui glissai-je à l’oreille, un sourire taquin étirant mes lèvres.

Il fronça les sourcils, et mordit doucement mon épaule dénudée. Je lui tirai la langue.

- Tiens ! dit Raby, me tendant le plateau, légèrement agacé. Je te préviens j’te fais plus à manger.

- Boude pas, lui dis-je. T’es mon serviteur, c’est dans tes gènes, mon ange.

Il regarda Asmar, qui lui, le regardait déjà avec ses yeux intenses. 

- Asmar, voici Raby. 

Je murmurai vers Asmar qu’il était américain mais avait des origines japonaises et que je lui expliquerais le reste plus tard. Ils hésitèrent un instant entre la main et la joue, et Asmar tendit finalement son bras droit vers Raby, qui le secoua avec poigne. Il s’était passé à ce moment là, sans que je m’en rendisse totalement compte, la naissance d’une curiosité insatiable envers l’autre. S’ils s’étaient d’abord caressés des yeux, ils reçurent chacun ce simple contact charnel comme la promesse d’un plaisir imminent. Je pris de la main de Raby le plateau qui m’était destiné.

- Tu te moques de moi ? J’t’ai demandé des SU-SHIS. 

Raby me tira les joues, m’ordonnant d’arrêter de râler. 

- Tu ferais mieux d’arrêter de grignoter vu ton derrière. 

Je le foudroyai des yeux tandis qu’il me tournait le dos, me tirait la langue et partait. 

- Tu trouves que j’ai des grosses fesses, franchement ? demandai-je à Asmar qui me répondit par un rire. 

C’est ce rire qui attira l’attention de Lili. Elle tourna la tête et fit, avec ses yeux, des allers-retours entre moi et Asmar, puis s’attarda sur moi en attente d’une présentation. 

- Je te présente Lili. Elle est parisienne. Ses parents tiennent une boulangerie adorable. C’est un héritage qui demeure dans la famille depuis des siècles. Ils ont une très grande réputation depuis mille huit cent quelque chose, et tous les touristes – et habitants d’ailleurs - n’hésitent pas à faire la queue pour goûter à leur délices (puis rajoutant à voix basse) leur pain est le meilleur de France. 

Lili se redressa et rajusta son vêtement. Elle secoua ses cheveux blonds ondulés et s’étira.

- C’est Asmar, un ami qui vient du Maroc. Son père est politicien et sa mère héritière d’une grande famille  (je saisis dans le plateau un nem que je trempai dans une sauce avant de l’amener vers ma bouche). Il est fils unique.

Elle le pénétra du regard avec ses yeux bleus roi. Ce fut le genre de regard ambigu, mêlant à la fois le foudroiement et la tendresse, telle une main qui griffe dans une caresse. Mais Asmar, un sourire chaleureux, demeurait calme.

- Laisse tomber Lili, il est gay ! 

- Oh, fait chier ! lâcha-t-elle. Moi aussi je veux mon beau prince tout droit sorti d’un palais arabe. (puis passant près de lui et lui donnant un coup d’épaule au coude) Mais avoue que mon regard t’a fait quelque chose, hein.

Asmar rigola.

- C’était plaisant. 

- Seulement ? dit-elle dans une moue légère.

Elle sourit en coin, puis enleva sa chemise de nuit, nous dévoilant son corps de poupée nue. Asmar, surpris et amusé, la regarda. Elle se saisit d’une boule de riz et mordit dedans, avant de disparaître vers la salle de bain. Ces mouvements, pourtant anodins, faisaient appel à l’érotique. C’était peut-être dans la façon dont elle s’était retournée, nous offrant ainsi son dos, ses fesses, ses jambes et sa chevelure dans laquelle on aurait pu cacher un hémisphère. C’était peut-être la morsure de la boule de riz. Mordre étant en soi quelque chose d’érotique ; et la boule de riz n'était pas sans rappeler d'autres boules.

- Tous tes amis sont pleins de surprises ainsi ? me demanda-t-il en rejoignant le canapé.

Je posai le plateau sur la table basse, et branchai le câble des haut-parleurs sur mon téléphone. 

- Non, je te rassure, tous ne sont pas nudistes, dis-je dans un rire. Tu aimes le jazz ? 

- Je ne connais pas.

Je restai sur le choc suite à sa réponse. 

- Ah ! Pauvre fou, ne pas connaître le jazz est ne rien connaître. 

Je montai le volume de la musique, et tandis que je m’asseyais aux côtés d’Asmar, le tempo fou du jazz résonnait déjà à travers la pièce, se cognant contre les murs, caressant le sol, et me possédant. 

- Je suis tombée amoureuse de cette musique depuis l’été de mes quatorze ans. Ce fut comme une révélation, un coup de foudre. Tellement fascinant. Et puis, il y a toute une histoire derrière elle. Bon, tu me diras que tous les styles de musique ont une histoire, mais ce n’est pas la même chose.

Je me levai doucement et me mis à bouger, suivant le rythme qui me secouait dans tous les sens. Asmar me regardait. Il me pénétrait du regard et j’avais l’impression qu’il pouvait lire à travers moi. Je rentrai, sous ses yeux, dans un état dans lequel il ne m’avait jamais vue, et qu’il m’avoua plus tard avoir trouvé fascinant. Mes cheveux de négresse, transportés par cet élan d’énergie, guinchait dans l’air, fouettant mes yeux noirs corbeau et mon visage figé entre celui d’un d’enfant et d’un adulte. C’est lorsque je dansais que mon corps et mon âme étaient les plus fusionnels. Ils étaient dans une complémentarité absolue. Mon âme transportait mon corps dans un délire fabuleux, en un monde au carrefour de la Terre et du Ciel. Et Asmar pouvait le voir, il sentait cette essence qui s’emparait de moi, il sentait la musique qui me prenait comme une mer. Une mer vaste, qui me berçait, me secouait, me frappait, me tirait, dans une fougue tranquille. Asmar frappait donc des mains pour encourager mes pas, il recouvrait la musique avec son rire immense qui me chatouillait. 

Je me laissai tomber sur le canapé, suffocante. Je remontai ma longue jupe au niveau de mes cuisses, et tandis que ma poitrine montait puis descendait, la musique se taisait, doucement. Nous nous regardâmes un long moment dans un silence agréable. Il m’ébouriffa les cheveux. Il les adorait. Lorsque nous étions enfants, ils étaient comme une forêt dans laquelle il aimait perdre ses doigts. Et moi j’aimais sentir ces derniers presser ma chevelure crépue. 

- Tu es amoureuse ? me demanda-t-il.

Je lui répondis d’un sourire tendre, les yeux brillants. Il comprit.

Plus tard dans la matinée, nous allâmes au marché. Lili nous accompagna. C’était comme dans un faubourg, nous nous perdions dans la petite foule. Nous entendions le chuchotement des gens pressés, les pas de ceux qui traînaient, et dans ce bruitage venait se confondre l’odeur des fruits, des légumes, et surtout celle des poissons que les poissonniers vantaient être les meilleurs. Nous prîmes des œufs, de la salade, des feuilles aromatiques, et d’autres aliments nécessaires pour faire une salade bien garnie. Je marchai lentement derrière Asmar et Lili. Je les voyais, souriant, se parlant, pointant du doigt tel ou tel étalage, se racontant des histoires. 

- Hé ! me fit Asmar, se retournant vers moi, deux gros melons sur la poitrine. Dans une vie antérieure j’étais une femme.

Je rigolais. Lili, se mit face à lui, et tripota ce qui pour quelques instants lui servait de sein comme un dégustateur goûte au vin. 

- Ils sont magnifiques ! J’ai toujours rêvé d’un homme avec des seins plus gros que les miens, dit-elle dans un grand sourire tandis qu’il faisait mine de les secouer.

Lorsque nous rentrâmes à la maison, Lili nous proposa de cuisiner. J’avais peu confiance en ses talents de cuisinière, je ne savais pas si cela était une bonne idée (elle était bonne boulangère et pâtissière, mais quant au reste, cela était douteux). Lili était plutôt le genre de fille à se prélasser. Peu de choses l’intéressaient en dehors de sa passion pour les sciences (elle avait reçu plusieurs prix de mathématiques lors de concours). Elle était réaliste et n’hésitait pas à briser les espérances d’autrui – qui pour la plupart du temps lui paraissaient vaines ou naïves.  Elle pouvait se montrer détestable par son attitude hautaine et prétentieuse. Mais elle maniait son caractère qu’elle réussissait à cacher derrière un voile d’hypocrisie qui lui allait à ravir. Elle était superbe dans ses rôles et s’en vantait. Pour Lili, l’hypocrisie était un élément de puissance, un costume qu’elle mettait lorsqu’il fallait se montrer serviable, gentille, agréable pour conquérir une quelconque affaire. Elle faisait planer autour d’elle une illusion parfaite que l’on ne pouvait apercevoir qu’en la connaissant réellement. Mais ces vacances-là, elle ne se vêtit de cette armure qu’en de rares occasions, et se montra sous son vrai jour.

Elle préparait la salade, et je mettais la table. 

- Chante pour moi, Asmar.

Je lus la surprise sur son visage, dans un premier temps. Puis il refusa. Je lui envoyai alors une cuillère qu’il esquiva tant bien que mal. Celle-ci finit sa trajectoire contre le mur de la cuisine, tandis qu’un léger bruit métallique venait percer doucement nos oreilles. Je grimaçai, puis accusai Asmar de l’incident. 

- Je chanterai que si tu danses. 

- Donnant, donnant hein ? demandai-je dans un sourire. 

Cette réponse résonna comme un refus, et très vite nous poursuivîmes nos occupations. Tandis que nous nous apprêtions à nous mettre à table, Raby, sortant de nulle part, nous proposa de déjeuner à la véranda. Nous nous déplaçâmes donc jusque là-bas. J’aimais cette véranda. Elle donnait sur le jardin, et Dieu savait à quel point j’aimais ce jardin. Ainsi, lorsque nous y fûmes, ce fut sans hésitation que je proposai à Asmar une visite du jardin. Il me proposa de manger d’abord. Ce que nous fîmes dans une ambiance conviviale. Je ne connaissais que trop peu les fréquentations amicales d’Asmar et ne pouvais déduire ce qu’il pensait de mes amis. Mais je sentais qu’il était à l’aise et c’était le principal. Bien qu’il ne restât que le week-end, je voulais qu’il garde un souvenir à part les deux jours qu’il passerait à nos côtés, sachant que je ne le reverrai pas de sitôt. Nous parlions à table de toutes sortes de sujets : l’émancipation des femmes – en particulier celles musulmanes - la soif de pouvoir, les formes de richesses (matérielles et du cœur).  Nous abordâmes la religion, et il fallait croire que nous étions des êtres hors du commun, car non seulement nous discutions de ce sujet avec une patience infinie ne laissant place à des conflits verbaux, mais nous en parlions en prenant chacun parti pour telle religion et telle philosophie en prenant en compte les limites de chacune. 

- Je pense, et cela est valable pour toutes formes de religions, que les gens devraient avant tout se baser sur l’enseignement qu’ils doivent tirer de la Bible ou du Coran, ou quelconque livre religieux, et non être obstinés par l’Eglise et ses représentants. J’entends par là que nous devrions pas nous sentir obligé d’aller aux messes, et prier je ne sais combien de fois dans la journée. Je pense que la religion est avant tout une philosophie de savoir-vivre qui instruit quelqu’un à être parfait en étant imparfait dans son comportement et sa façon de penser, dis-je.

- Les gens ne devraient tout simplement pas croire en ces conneries, lâcha Lili.

Nous en restâmes, tous trois, bouche-bée. 

- Des conneries ? Tu déconnes là ? C’est dégueulasse, t’as pas le droit de juger les croyances d’autrui, c’est quelque chose de personnel et c’est leur choix, rétorquai-je.

- Pour quelqu’un qui croyait au Père Noël y a encore cinq-six ans, c’est ironique, fit remarquer Raby.

- Ça n’a absolument rien à voir, se défendit Lili.

- Ah bon ? Et pourquoi ? demandai-je.

- Je suis d’accord avec vous. C’est vrai qu’il y a une différence entre la religion et tous ces mythes populaires, mais dans les deux cas personne n’a réellement rencontré ces personnages, du moins pas à notre époque. Qui a déjà vu le Père lève la main, dit Asmar.

Il y eut un silence dans la pièce, qui s’étouffa aussitôt dans un rire que nous lançâmes tous.

- Non, mais c’est vraiment pas comparable. Le Père Noël, la petite souris et les fées, on nous pousse à y croire. Donc on n’est pas vraiment fautif, tandis que lorsque l’on croit en Dieu, on est totalement lucide. Si par exemple, on m’avait dit plus tôt que le Père Noël n’existait pas, et bah j’aurais arrêté d’y croire.

- Je t’en prie Lili ! Sois pas de mauvaise foi, t’y as cru jusqu’à tes douze ans. Tu vas me dire que jusque là tu t’étais pas douté que c’était impossible qu’un humain en une seule nuit fasse tous les foyers du monde entier pour y déposer des cadeaux ? Tu ne t’es pas rendu compte que c’était tes parents qui te demandaient tes souhaits ? la questionnai-je.

- Non, mais on est idiot quand on est gosse ! 

- Parce qu’on ne l’est plus adulte ? rétorqua Asmar.

Asmar et Lili s’échangèrent un sourire complice.

- D’accord mes arguments ne sont pas très valables. Mais pourquoi croire en Dieu ? C’est une forme d’appel au secours c’est ça ? Parce que réfléchissons un instant (elle prit une bouchée de nourriture dans la bouche et poursuivit malgré tout) y a beaucoup plus de gens qui prient Dieu pour lui demander de s’occuper de leurs malheurs que pour le remercier de ses bienfaits.

Nous nous regardâmes tous un instant. Lili venait là de marquer un point. 

- Ce sont des faux croyants ceux-là ! lançai-je.

- Tiens, tu fais partie d’eux, dis-moi ? me demanda Asmar, un sourire moqueur aux lèvres. 

Je lui lançai un bout de biscotte. 

- Oui, j’avoue ! Je ne suis pas le meilleur exemple de fidèle, mais y a une époque où je priais avant de manger.

- On te croit tous, lança Raby. 

L’ignorant, je poursuivis. 

- Ma mère croit que Dieu est noir, dis-je en rigolant.

- Mon professeur de maths croit qu’aller prendre une douche après le sexe va le purger de l’acte qu’il vient de commettre. Si, si, on parle aussi de cul en maths, et pour montrer à quel point nos dires sont vrais, on démontre avec des exemples personnels. 

Nous rigolâmes.  

Plus tard, je montrai enfin le jardin à Asmar. Il avait déjà eu le temps de l’admirer de sa chaise. Les grandes baies vitrées de la véranda permettaient une vue imprenable sur les fleurs et les légumes que j’aidais mes parents à cultiver. 

- Ce sont des roses ? me demanda-t-il.

- Oui, nous avons un petit rosier là. Plus haut, il y a les salades, mais elles tardent à pousser. Dans le potager nous avons aussi des choux, et des poireaux. Oh ! Et les tomates cerise. Tu veux en goûter ?

Il m’offrit en guise de réponse son adorable sourire, que maintes fois je voulus goûter. Il y avait des personnes avec lesquelles une simple envie pouvait naître de n’importe quoi : un regard, un sourire, un geste, un froncement de sourcil. Asmar en faisait partie, et peu importaient ses maladresses, on ressentait l’envie de le cueillir comme un fruit pour planter doucement nos crocs sauvages en lui. Et ressentir en retour tout ce qu’il pouvait donner couler sur nos bouches assoiffées de lui. Il saisit une poignée de petites tomates juteuses et les mit sur son T-shirt, qu’il redressa légèrement vers lui. Nous nous servîmes de ce panier en tissu pour une cueillette assez riche. Il profita de celle-ci pour aborder certains sujets qui me chatouillaient la langue depuis son arrivée. Il s’en était sans doute rendu compte, et décida de mettre fin au martyr.

- Je m’excuse de mon long silence, Love. Je n’ai pas pu faire autrement… Maman se doute pour moi. Je crois qu’elle était sur une de mes correspondances avec Joseph.

Je l’écoutais me parler avec les yeux. Les yeux grands ouverts d’une enfant curieuse qui voulait tout apprendre dans l’immédiat. Et tandis que ceux-ci ne cessaient de s’écarquiller, je sentais des palpitations frotter contre mes seins. Il entretenait des correspondances privées avec ses amants. N’était-ce pas fabuleux ?

- Quel cran ! m’exclamai-je. Je te pensais plus peureux que cela.

- Ah Rose ! Je n’ai plus peur de ces monstres d’autrefois. Je ne me laisse plus bercer par leurs murmures envoûtants qui me tordaient l’estomac. Je suis un homme maintenant.

- Mais qu’est ce qu’être un homme, Asmar ? 

- Il n’y a pas deux hommes identiques, alors pourquoi n’y aurait-il qu’une définition pour ce qu’être un homme ? 

Je restai sans réponse. Je n’aimais pas qu’une réponse soit question. J’étais insatisfaite de ses dires, mais ils étaient vrais, alors je me tus. 

- As-tu peur de ce qu’elle pourrait penser de toi ? 

- Oh, elle s’en est toujours doutée tu sais. Elle ne l’accepte juste pas. Elle se voile la face. Comme elle sait si bien faire. Lorsqu’elle se dénude elle est si belle. Ses joues, son front, ses lèvres. Ma mère. Tant de beauté en une seule personne. En un si petit être.  Mais tant de rudesse… Cela m’effraie parfois. Comment la splendeur peut-elle être si froide ? J’ai parfois l’impression de ne plus être sa chair. Elle ne se soucie pas de mes sentiments. La vertu avant tout. Mais je ne veux pas vivre ainsi. Je veux être libre d’aimer et de toucher quiconque. 

Il se tut, concentra les fruits qu’il tenait dans ses bras comme un enfant. 

- Regarde le rouge de ces fruits, reprit-il. N’est-il pas fabuleux ? Ce vermeil éclatant semblable à la couleur du sang ? 

Il me regarda. Je restai calme face à ses mots, je le regardai avec une douceur extrême tandis que ses yeux fixaient les miens avec une inquiétude immense. Comme s’il portait tous les maux du monde. Il avait souvent ce genre de regard. Intense. Pénétrant. Renversant. On ne pouvait que se taire à ces moments. Et admirer ses silencieux tourments qui le rendaient si magnifique.

                             

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Le temps courait et la journée passait à une vitesse extraordinaire. Des mots, des baisers sur la joue, des chatouilles au cou. Nous étions de grands enfants assoiffés de vie. Je lui demandais « Mais que vas-tu faire donc ? ». « Je vais fuir » me disait-il.

- Et que feras-tu après ?

- Vivre. Je vais vivre et me délecter de ce subtil don qu'est la vie.

Je le regardais. Si libre dans sa captivité. Otage tourmenté par le souvenir interdit de ses amants, avide d'espoir et de vérité. 
Nous étions étalés comme deux corps inertes sur les draps de mon lit qui devint le temps d'une discussion un abri d'enfants. Nous nous y glissions comme pour fuir les vilains démons qui gémissaient dans nos têtes, qui se cachaient sous nos lits. Nous rampions, la tête dans les draps comme si l'authenticité se trouvait au bout de nos doigts. Il soufflait sur ma peau comme soufflait la brise sur l'herbe tendre et verte. Il me contait des histoires de princesses et d'amour. Des contes enfouis dans ses rêves d'enfance qui ressurgissaient soudain avec la pureté et la limpidité de l'eau. Ah ! Qu'elles étaient belles nos rêveries cousues dans le parfum que dégageait sa peau. 

- Je ne crois plus à tous ces contes ! lui annonçai-je.

- Tu mens, me dit-il. Je le vois dans tes yeux brillants.

- Oh ! rétorquai-je en posant mes doigts sur mes paupières. Je suis amoureuse, mes yeux ne peuvent que briller.

- Raconte-moi.

- Quoi donc ?

- Raconte-moi l'amour. Raconte-moi la raison des feux d'artifice qui éclatent dans tes yeux. Si sombres et pourtant si brillants.

Je me dressai d'un bond. 

- Tu veux que je te parle d'amour ? Pauvre fou ! 

Je rigolai. Ma voix résonnait comme un écho dans cette petite chambre sétoise qui donnait vue sur la mer. Je m'approchai alors de la fenêtre au contour rosé. Et je la regardai. Je fus alors prise d'une quiétude incroyable. Je me retournai lentement vers Asmar, qui me regardait avec ses yeux grands ouverts dans l'attente d'une découverte, d'un secret que je lui glisserai dans le creux de l'oreille. Son regard me caressait la peau, m'effleurait les lèvres dans l'espoir d'un tressaillement pour que je parle enfin. 

- Je reçois son amour comme la pluie. Il ruisselle en moi, et je le sens du bout des doigts au plus profond de mon être. Oui, nous sommes deux âmes qui s’embrasent l’une l’autre. Son amour allume en moi des feux durables qui scintillent en crescendo, il est lui-même une braise sur laquelle il est agréable de marcher et comme dans une mer je m’y noie.  

Je vis dans les yeux d'Asmar l'engouement pour ma passion. Une exaltation soudaine pour mes fiévreux transports. Je n'avais que rarement brûlé autant d'amour. Et je pense qu'il fut aveuglé par l'incandescence qui s'emparait de moi et qui tenait prisonniers mes sentiments si purs et libres. 

- Mon amour… qu'il rend si beau et précieux plane sous un ciel divin. Et je le laisse libre dans ce vol. Oh, Asmar je n'ai peur de rien. Je sais que s'il chute, ses mains sacrées viendront le cueillir avec mille tendresses. Je me sens si puissante. N'est-ce pas merveilleux que le caractère grandiose de son amour se traduise ainsi en moi ? Oh ! Je le ferai maître du monde bientôt, m'écriai-je d'une voix rieuse et forte.

Je ris. Et bientôt mon rire fut rejoint par le sien, et comme deux amants, ils n'en firent qu'un, se rejoignant pour écraser ensemble les murs, pour ramper au sol, pour embrasser la fenêtre et tourner dans nos bouches insatiables.

- Je veux l'amour ! annonça-t-il résolu.

- On ne choisit pas ce genre de choses, Asmar. Autrement, on ne dirait pas tomber amoureux. Tu ne vois pas l'amour venir, c'est une chute. Et une chute délicieuse.

- Sauf quand on se casse la gueule ! 

Nous sursautâmes. Liliane se tenait contre la porte, les bras croisés.

- Asmar, tu es fasciné par l'amour que donne et reçoit Love mais tout dépend de la perception des choses. Même si tu es dans une relation superbe, si tu perçois les choses de façon différente, ou en fonction de ton idéal la relation peut virer au cauchemar, tu vois ce que je veux dire ?

Je la regardai, un sourire aux lèvres.

- Oui, j'aime m’immiscer dans les conversations, désolée ! déclara-t-elle.

Puis nous faisant signe de la main, elle nous invita à la suivre. Je regardai la robe ample qu'elle portait et dessinai les contours de sa silhouette avec mes yeux. Son habit se balançait comme une vague de part et d'autre. Je surpris le regard d'Asmar, pressant ses jambes comme on en aurait fait avec des oranges à la main. Avait-il déjà touché une femme ? Je ris légèrement de ma question. Qu'étais-je bête ! 
Lili nous menait jusqu'à la petite cour intérieure, et s'arrêta face à la statuette, ce corps d'une femme nue sans tête dont les jambes étaient drapées. Qu'elle était belle ! Vénus tout droit venue de l'Olympe. Elle nous faisait perdre la tête et nous regrettions que la sienne soit déjà à terre depuis longtemps. 

- Je me souviens maintenant ! lâcha Lili. Elle me fait penser aux modèles dont m'a parlé Henri ! (puis se tournant vers Asmar) Henri est un ami à moi, il est aussi de Paris. Il fréquente des endroits artistiques, et une fois il m'a raconté qu'ils avaient dessiné avec un groupe de jeunes artistes dans un atelier pendant toute une semaine des modèles nues. Sur le coup - et c'est toujours le cas d'ailleurs - je me suis demandée ce qui pouvaient motiver ces gens - outre l'intérêt du gain et l'envie de se la péter - à dévoiler leur corps.

Asmar sourit. 

- Et bien ce sont des modèles comme celles que l'on trouve sur les podiums, sauf que celles-ci sont plus dénudées. Et plus encore : ce sont des muses, autrement dit non seulement une source d'inspiration mais - notamment dans la mythologie grecque - l’intermédiaire entre les artistes et les dieux.

- En quoi c'est une source d'inspiration ? demanda-t-elle perplexe. D'accord, la nudité et l'art ont toujours fait un ! Mais pourquoi cette obsession du corps féminin ?

- Pardi ! m'exclamai-je.

- La femme a une sensualité qui manque aux hommes. Les courbes de son corps. Ses cheveux, ses seins, ses hanches, sa peau… tout traduit l'érotisme.

Je ris. 

- Tu n'as donc jamais touché de femmes ! m'exclamai-je.

Il rougit.

- Donc la nudité féminine n'est là que pour traduire l'érotique ? continua Lili.

- Non, bien sûr, ce serait biaisé que de restreindre la nudité au sexe et à l'amour, dit Asmar. Je pense que c'est l'héritage d'un canon de la beauté qui remonte à très loin, et qui finit par devenir « nue artistique ».

- Quoi ? Il ne l'était pas déjà ? demanda-t-elle.

- Non, sourit-il. C'était plus une caractéristique qu'un genre.

- Tu n'as donc jamais vu de femmes nues ?

Elle posa la main sur sa hanche, et la question résonna comme une toute autre, anodine, glissée entre des mots. 

- Oh si ! Mais je n'ai fait que voir.

- N'as-tu jamais été tenté ?

- Par quoi ?

Le bras de Lili retomba lentement le long de son corps. Je pouvais lire sur son visage la surprise. Était-ce donc possible qu'un homme, peu importe ses penchants sexuels et amoureux, n'ait jamais eu de fantasmes envers un corps féminin ?

- Les femmes sont un mystère. Je vois souvent à travers elles le reflet d'une mère. Parfois, c'est vrai, la curiosité me mène à imaginer les délices dont on parle si souvent que regorgent les seins, les fesses, le sexe, la chair, les cheveux d'une femme.

- Aveugle ! s'exclama Liliane, dont les yeux pétillaient. Puis, franchement c'est connu, tous les gays ont eu une copine.

Puis s'approchant près de lui, elle lui susurra dans un souffle qui se voulait ardent « Je peux être la tienne si tu veux ».

Ah ces sourires ! Il plut sur leurs visages des expressions espiègles qui se glissaient les unes sur les autres, des sourires malicieux qui invitaient au jeu. Bacchus sait qu'ils aimaient jouer ! Et je me demandai à cet instant-là : vont-ils cette nuit d'orgie silencieuse faire pleuvoir les cris drapés dans leurs chairs avides ? 

Et ce fut comme une alchimie :

Elle le regardait. Ses yeux de biche reflétaient tel un miroir l'exquis désir dont elle était saisie. Il en fut troublé ; avait-il déjà soutenu un tel regard venant d'une femme ? Tel un enfant aux joues chaudes, il détourna ses yeux dont le vert s'agitait entre ses cils. Qu'est ce donc ? M'apparaît-elle vraiment comme un être de désir ?

Son regard se fixa sur ses jambes fines qui lui parurent sans fin. Quel goût avaient-elles ? Ses yeux, soudain intrépides se laissaient aller dans une dégustation contemplative qui piquait sa langue. Il bouillait d'un désir ardent neuf qui laissait traduire l'envie de possession. Lili, dont les lèvres, malicieuses, étaient tirées en un sourire joueur avança sa jambe, qu'elle porta au niveau des lèvres de la proie fougueuse. Celle-ci les baisa. Le contact de sa chair sur ses lèvres lui fit l'effet d'une bombe. Bombe qu'il mordit pleinement dans sa bouche pour une explosion savoureuse. 

Je sentis comme le jus invisible du fruit juteux glissant sur ma langue. Il parcourut ses lèvres sur sa jambe comme l'on eût rasé de nos doigts un mur. Son impatience jaillissait dans des baisers rapides et maladroits sur ce bout de corps qui l'espace d'un instant devint le bout du monde, où l'expression de toute jouissance était maître. Quel goût avaient-elles donc pour ainsi s'en emparer ? 

Je dessinais leurs gestes d'un regard curieux ; et je me sentais éprise par leur désir furtif. Je les contemplais comme un artiste novice devant l'art d'un maître. Et je pouvais entendre avec mes yeux le soupir retenu qui se tordait dans leurs gorges desséchées.

Et tandis que Lili était agitée d'un léger tremblement, Asmar baladait sa main prédatrice à la recherche de plaisir et de chair. Il était un aveugle éclairé partant à la découverte du monde, et sa soif ne pouvait s'étancher qu'après avoir bu les mers et océans qui noyaient les sens de son amante. 

Ainsi, je les laissais. La bave aux lèvres, et les yeux brouillés par le plaisir alarmant proche.

----------------------------------------

Le lendemain matin, je fus réveillée par les chuchotements d'Asmar. « Love, Love » me murmurait-il. Je crus d'abord que c'était là le refrain d'un rêve, avant de sentir des mains me chatouiller le ventre. Je feins de résister et retins dans ma poitrine les rires qui s'entrechoquaient faiblement.

- Allez, je m'en vais bientôt !

- Non, m'écriai-je, lui tournant le dos et plongeant la tête sous mes draps.

- Et tu ne veux donc  pas entendre parler de la débauche ? De la luxure divine dont j'ai été ravi ? Car pauvre, je ne pouvais vivre dans l'ignorance. Il me fallait voir entendre et abuser. L'entendre nue et la voir nue pour abuser de ses caresses. Regarde moi donc riche.

J'éclatai de rire.

- Paul Eluard, « Prête aux baisers résurrecteurs », annonçai-je, fière. Parle-moi donc ! Parle-moi de cette perle entre ces jambes qui ont su faire bander l’hétéro refoulé que tu es.

Il rit tandis que je me relevai et m'appuyai contre le mur.

- Quel surprise ! continuai-je. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit Lili, vraiment.

- Qui d'autre ça aurait  pu être ?

- Hum… Je ne sais pas trop, fis-je l'air de réfléchir. Généralement les gays couchent avec des mecs, je crois.

Il me balança un coussin qui vint frapper mon épaule dans une caresse revêche. La douceur de sa peau était-elle semblable à celle du satin ? Je regardai Asmar.

-  La Venus aux cheveux d'or, dit-il d'une voix s'élançant, l'air théâtral, a l'espace d'une nuit tué le mortel en moi pour me faire accéder au divin.

- Sacrilège ! m'exclamai-je.

- Je n'ai jamais été aussi insatiable et repu.

Et la fièvre de la nuit précédente le reprit.
Mes sens avaient tremblé de pudeur lorsque ma langue, timide, s'était fondu dans sa bouche et entre ses jambes. Nos chairs s'étaient brisées l'une sur l'autre comme deux pierres qui dans leur frottement faisaient éclore l’Étincelle. Celle-ci avait pris vie dans la chaleur intime du bijou drapé par ses lèvres roses habillées de tiges de blé. La caresse de son sein, soleil dans ma main, dont le point tendait vers moi m'enivrait jusqu'aux cieux. La fusion des odeurs et les mignonnes courbes de ses hanches. Elle s'était ouverte comme une bouche, comme une fleur vierge dont les pétales trempés, tremblaient sous mes mains. L'âpre délice ressenti dans l’étouffement de ses morsures sur ma peau appelait l'extase. Sa bouche dévorant ma chair et ses cheveux courant sur ma peau avaient promis la félicité au creux de mes cuisses qu'elle baisait comme si la fin du monde grondait sur nos draps. L'ardeur. Les cris s'étaient extorqués de sa gorge par la plainte délicieuse émis par son corps. Elle avait fais naître le vide dans le comble, et insatisfaite, j'avais vacillé dans ses bras, je m'étais jetée dans le liquide de mer qui s'écoulait de son âme. Elle s'était fondue en moi, et je la buvais. Je la buvais avec la passion d'un fou à la recherche de Dieu. Je la buvais avec le trouble d'un enfant. Je la buvais, elle, femme sèche qui regorgeait de diamants. Et je m'étouffais dans cette noyade. Splendeur, splendeur. Mort et vie fusionnaient squelettes et chairs, âme et corps tandis que nous valsions dans le précipice, tels des amants intrépides, tel un cavalier sans tête.

Je te regardais, comme je savais si bien faire. Dans tes yeux se bousculaient des contradictions splendides, une quiétude ébranlée, une passion passive. « Seul le déchaînement de la mer captive » me disais-tu lorsque nous étions enfants. Tu étais cette vague à la courbe parfaite qui avalait le beau, le laid, le tiède.

- Pourquoi sommes nous si faibles ? m'as-tu demandé. À succomber ainsi aux plaisirs, à fuir ces femmes dont les mains abattoirs veulent nous briser ? À fuir ces hommes qui nous veulent aimer ? Tout ceci n'est qu'une ritournelle, Love. Infernale et sublime à la fois. Que ferons nous, dis moi, lorsque nous devrons nous coucher sur ces cadavres nus qu'ont été nos choix ? Sur ces squelettes odieux qu'ont été nos mères, nos frères, nos pères ?

- Nous danserons sur ces cadavres et célébrerons nos vies. La bouche pleine et la gorge sèche, nous vomirons la fièvre qui nous brûle et défierons les hommes.

Tu me pris dans tes bras. Une bouffée de parfums s'élança dans les airs.
Ma chambre avait le goût de ta peau.

tandis que je m’assis => m'asseyais
elle se vêtit de cette armure qu’en de rares occasions => ne se vêtit
Je chanterais que si tu danses => Je chanterai
en particuliers => en particulier
Il profita pendant celle-ci d’aborder certains sujets => Il profita de celle-ci pour aborder certains sujets
Qu'elles étaient belles nos rêveries cousues dans le parfum que dégageait ta peau => sa peau ?
pressait ses jambes => pressant
les jambes était => étaient
a terre => à terre
je fus réveillé => réveillée
Aller, je m'en vais bientôt => Allez
Parles moi donc => parle-moi donc
cette perle entre ses jambes qui ont su => ces jambes
les gay => les gays
Il me balança un cousin => coussin
m'exclaimai-je => m'exclamai-je
les pétales trempées => trempés
insatisfait => insatisfaite
je m'étais jeté => jetée
fondu => fondue
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Asmar [S]   Dim 4 Jan - 0:29

J'adore cette nouvelle Love
Je vais me répéter, mais j'aime énormément l'ambiance et les personnages que tu crées : ils sont un peu entre enfance et âge adulte, ils oscillent entre les sujets graves et légers et ils ont envie de sucer la moelle osseuse de la vie alors il vivent tout à l'extrême, ils cherchent les limites, ils jouent et... c'est beau :3

J'aime beaucoup tes dialogues, ils sont plus théâtraux que naturels mais ça donne un ton Smile
L'atmosphère sensuelle de ce texte et la recherche de la beauté avant tout me font rêver

Et puis tes références sont tellement géniales

Love a écrit:
il sentait la musique qui me prenait comme une mer

Baaaudy !

Et puis Eluard of course Very Happy

Pour la fin je ne sais pas... Au début je me disais que je n'avais pas envie que les deux personnages se trouvent comme ça mais en fait c'était tellement bien écrit, tellement précipité, chaud et beau, beau a en suffoquer... Bref, j'ai succombé. J'adore cette nouvelle Love et je suis ta fan inconditionnée

 
Lovelyrosella

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MessageSujet: Re: Asmar [S]   Dim 4 Jan - 11:56

Mere
Je suis plus fan de toi que toi fan de moi rainbow (ceci est indiscutable :3)
Merci beaucoup pour ton commentaire. Je suis énormément contente que ma nouvelle te plaise !
 
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Asmar [S]

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