Zéphyr Embrasé
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 Sunlight [P]
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Aeon

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MessageSujet: Sunlight [P]   Jeu 22 Jan - 1:43

...blbl. Hey °^°

Cette fois j'ai pas oublié la balise héhé. :fierté:
Je sais pas trop ce que je fais, quelle est l'utilité de lancer cette chose ici, mais, je sais pas, envie °^° Alors... here we go. Le petit monsieur qui me sert de personnage principal est un ancien perso de JdR sur un site naze, mais le jeu en lui-même était trop bien, enfin surtout grâce aux potes qui étaient dessus /o/ Le deuxième monsieur ne m'appartient techniquement pas, mais bon, disons que j'ai l'accord de sa créatrice, je la vois tous les jours, meilleure amie, tout ça, faut bien que ça serve %D *meurt* T'façon le sien débarque plus tard...bref, t'ça pour dire que oui, leur apparence n'est absolument pas normale mais ils n'étaient pas humains de base 8D Ceci est donc une sorte d'UA les concernant...
J'ai l'art de dire des choses inutiles avant de lancer un texte décidément TwT
Basta.

Lundi 12 Avril

Le soleil s’élevait lentement au-dessus de la cime des arbres, éclairant les sous-bois de sa lueur dorée, illuminant doucement les feuillages vert tendre du printemps. Installé sur un banc, un carnet à la main, un jeune homme regardait l’astre s’éveiller sans la moindre expression sur le visage. Pourtant en lui frissonnait un sentiment agréable, une sorte d’émerveillement serein mais joyeux, qui le força peu à peu à repousser sa barrière d’inexpression, faisant ainsi naître un léger sourire sur son visage. Il aimait beaucoup venir s’asseoir au parc le matin comme ça, profiter du lever du soleil et de la fraîcheur du bois qui s’éveillait. La terre humide libérait ses effluves âcres et le vent humide rafraîchissait son visage, ajoutant une dimension odorante et tactile au doux spectacle que leur offrait le soleil chaque matin. C’était définitivement mieux que le fond d’écran qu’il n’avait jamais eu la foi de changer depuis deux ans.
Quittant du regard le ciel, il remit une mèche bleue qui lui chatouillait la joue par-dessus son oreille avant d’attraper un crayon dans la trousse qu’il avait posée à côté de lui pour se mettre à griffonner quelque chose. Les écouteurs qui criaient dans ses oreilles le privaient du chant des oiseaux mais rajoutaient un petit quelque chose d’épique quand il observait les bois au petit matin. Et puis il aimait écouter de la musique quand il sortait de chez lui, zut. Même tout court en fait. Il vivait en musique, s’isolant de tout et tout le monde par ses écouteurs, tout le temps. C’était elle qui lui permettait de supporter sa vie, de regarder le monde sans avoir envie de se pendre. Il préférait sa voix à celle des autres humains, préférait sa compagnie, sa présence. Elle pouvait l’aider à combattre son ennui, le défouler, le consoler. Jamais personne n’avait pu faire ça pour lui. Alors pourquoi rechercher le contact d’une autre chose ?
Riot Van des Arctic Monkeys passait dans ses oreilles, rythmant ses coups de crayon passifs d’où naissaient les traits d’un personnage avec deux petites oreilles animales dépassant de sa touffe de cheveux.

« Tiens, Azkiel Trent. Vous êtes en retard. »
Il lui semblait aussi.
« Encore. »
Eh, ça c’était juste de la violence gratuite. Il leva son regard placé entre la blaséitude absolue et le désespoir total vers celui de la prof, qui se tenait toute droite dans son petit tailleur sur l’estrade où était positionné son bureau, en face d’une populace d’adolescents aussi frais qu’une meute d’ours polaires en hibernation. Azkiel savait que sa venue en aurait réveillé quelques-uns et il entendit les paris habituels débuter.
« Alors, on a perdu sa langue ? »
Vous êtes d’un ringard madame, vous pouvez pas savoir.
« Excusez-moi pour ce retard, madame Ternier.
- Oh. Vous avez l’air très convaincant, vraiment. Mais bon, au bout du quatrième retard, je ne puis que redouter que mes avertissements antérieurs n’aient pas réellement porté leurs fruits. »
Mais qu’elle en vienne au buuut. Au moins le prof de maths n’en faisait pas un plat lui, il le renvoyait juste sans plus de tergiversations, c’était clair et efficace. Quand il arrivait, il disait bonjour, on lui disait au-revoir, et c’était fait. Là il devait attendre jusqu’au dernier moment, histoire de voir si un élan de compassion ou autre chose du genre ne la rattraperait pas.
« Je me vois donc obligée de vous renvoyer à la Vie Scolaire. »
Ah ! Au moins n’avait-il pas tout perdu, ça faisait une heure de glande - enfin, quarante minutes vu le temps qu’il restait - gratos à dessiner en permanence. Quelques râles se firent entendre, et Azkiel ne put qu’honorer leur foi envers sa capacité à se faire accepter malgré tout en cours. Il fallait aussi dire qu’en général il y mettait un peu de bonne volonté, mais là, lutter face à madame Ternier pour assister à un cours d’histoire… naan plutôt mourir.
« Avec un retard. »
Oh.
« Je vous fais malgré tout le cadeau de vous accepter après que vous l’aurez fait valider. Mais que cela ne se reproduise plus, ou je ne serais pas aussi clémente ! »
Azkiel leva des yeux ronds face à la prof, complètement hébété. Elle venait de lui pourrir sa super reconsidération de sa matinée !
« Et meerde ! »
Tiens, ça lui avait échappé.
Ainsi fut-il finalement exclu et collé par une professeur rouge pivoine, mais le triomphe était tel au sein du tas d’élèves qu’il ne put s’empêcher de sortir de la salle en champion, marchant à reculons, envoyant des baisers émus à la foule qui riait à en pleurer.

Je tente désespérément d'achever le second chapitre /o/

s’assoir => s'asseoir
 
Aeon

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MessageSujet: Re: Sunlight [P]   Sam 24 Jan - 2:13

Suiite
Mercredi 14 Avril

Il passa en soupirant l’entrée principale de son lycée, glissant une main dans son épaisse tignasse bleue. On lui avait parfois fait des remarques sur son goût quelque peu inhabituel en matière de coloration, mais il rétorquait à chaque fois qu’à leur époque ils avaient bien des gens qui se les teignaient en rose ou vert fluo, ainsi que des animaux de compagnie multicolores ou des implants oculaires pour avoir des yeux de couleur anormale de façon permanente. Alors entre ça et des cheveux bleu foncé, y’avait encore une marge.
Il passa le seuil de la salle de permanence et alla s’écraser sur le bureau de la surveillante qui leva vers lui un regard torve.
« Collé, » lanca-t-il.
Déjà ses yeux lui criaient allègrement d’aller se faire foutre avant, mais maintenant ils lui jetaient en plus tout le mépris du monde en plein nez. Charmante demoiselle.
« Ton nom ?
- Azkiel Trent. »
Elle jeta un coup d’œil à son carnet.
« Effectivement. Va t’asseoir. »
Avec plaisir ma salope. Se détournant de la manière la plus lasse possible, il brisa leur contact visuel au dernier moment pour analyser les places qui s’offraient à lui. Mercredi après-midi à 15h, il n’y avait pas grand monde, uniquement des fous furieux du travail qui préféraient rester à l’école pour étudier (ils étaient malades ces pauvres gens, fallait vraiment les aider) et les collés comme lui. Évitant un groupe qui le lorgnait en souriant de cette manière qu’on aime pas qu’on nous sourie, il alla se placer à l’opposé soit au fond à gauche, pépère, seul à sa table double. C’était évidemment sans prendre en compte madame-j’aime-faire-chier-le-monde.
« Tu comptes pas rester là sans rien faire, j’espère ? » lui lança de loin la surveillante.
Soupir. Il ouvrit son sac qu’il avait posé sur la table et sortit son carnet à dessins ainsi que sa trousse.
« Non.
- Qu’est-ce que tu vas faire alors ? »
Mais elle pouvait pas lui lâcher les basques trente putains de secondes ?
« Ce que j’ai à faire. »
Certes, ce n’était sûrement pas la meilleure carte à jouer à l’instant précis, mais elle le cherchait aussi, alors zut.
Il la vit tenter de lever un petit peu la tête pour voir ce qu’il avait sorti. Un léger sourire moqueur s’étira sur un coin de sa bouche ; sûrement était-elle trop loin pour discerner le gros ‘’Canson’’ sur son carnet. Tant mieux, tiens. Toujours était-il que face à son air concentré - il aurait pu en rire longtemps de celle-là, mais il était vrai qu’il prenait toujours un air un peu plus sérieux quand il réfléchissait à quoi dessiner - elle décida de lui foutre la paix, sûrement aidée par la flemme ou autre chose de la même catégorie. Il passa ainsi une heure à se faire incroyablement chier, le silence n’étant coupé que par les voix basses du groupe de l’autre côté. Evidemment ses écouteurs étaient à oublier, l’autre pouffiasse le surveillait attentivement de l’autre côté de son magazine,  probablement à l’affût de ce moment de faiblesse qui n’arriverait pas. Nan mais, on n'a pas Azkiel comme ça, fallait pas le prendre pour un concombre non plus.
La sonnerie résonna dans le couloir sur lequel donnait la porte ouverte de la perm, faisant pousser un soupir au garçon. Allez, plus qu’une heure…
Ce fut à ce moment précis qu’un nouvel élément arriva dans sa vie. Un étrange élément, qu’il aurait probablement tout fait pour éviter s’il en avait eu l’occasion, mais on choisit pas tout, dit-on.
Tout sourire, un autre élève entra dans la permanence, s’arrêtant sur son seuil, ratissant la salle de son regard ambré.
Azkiel leva vaguement les yeux, le détaillant de loin : de longs cheveux d’une sorte de blanc argentés, ondulés et aux pointes noires, donnant de loin un résultat légèrement tacheté à partir de la moitié de la longueur. Si quelqu’un critiquait à nouveau sa touffe bleue…
Retournant avec la plus belle blaséitude dont il savait faire preuve à son dessin, une sorte de gribouillis noirâtre ayant une vague forme humaine, il ne fit pas spécialement attention au truc qui échangea quelques mots sur un ton léger avec Connasse sa meilleure amie, puis s’approcha, s’approcha encore… et tira la chaise à côté de lui pour s’y asseoir. Et le regarder.
« Salut ! »
Et lui parler.
Omg.
Le bleuté regardait l’autre avec un air tellement éberlué, c’était magique.
« …euh. »
Mais qui. Était. Ce mec.
Azkiel était presque toujours seul, dans une sorte de renfermement qu’on pourrait peut-être qualifier de maladif. Il avait quelques amis, oui, mais vous savez, ceux de loin, avec qui on passe la journée, mange à la cantine, parle à l’arrêt de bus à la limite. Il était même plutôt populaire au final. Mais aucun n’était proche de lui en particulier, pour la simple et bonne raison qu’Azkiel ne disait rien, hors conversations basiques et normales sans grand intérêt. Le genre de personne à penser beaucoup mais ne jamais en faire part. Quand il était plus jeune, il avait tenté de parler de lui, de ce à quoi il pensait parfois, ses idées, à ses petits camarades. Mais en cinquième jusqu’à l’heure actuelle, les autres garçons (enfin ceux qu’il avait rencontrés pour l’instant du moins) n’en avaient, pour ainsi dire, rien à foutre. On lui disait oui, ou peut-être, j’en sais rien, toutes ces mille nuances d’incompréhension et de gentil ranafoutage, pour ensuite parler du dernier jeu vidéo. Alors à force, il avait appris à tout garder. Si, c’est possible : on finit par penser, et oublier à moitié, puis continuer un autre moment sur ce fil de pensées. Le problème en étant seul ainsi… était que ses pensées devenaient de plus en plus crues, s’approchant de la vérité. Or la vérité, mal dosée, ça fait mal. Un jour, Azkiel eut la formidable idée de dire à une amie ce qu’il pensait de ce qu’elle faisait, de ce qu'elle était, après y avoir un peu réfléchi ; mais, habitué à ses propres propos, il n’avait pas pensé au fait qu’elle puisse se vexer autant jusqu’à l’envoyer chier comme ça. Ça lui avait fait un bon choc sur le coup, et même si plus tard elle lui avait pardonné il ne retenta plus jamais le coup. Ça en valait vraiment pas la peine.
Tout ça pour dire, que la communication et lui, ça faisait beaucoup. Et là, un mec sorti de nulle part venait lui parler. Réaction instinctive à une telle agression : montrer les dents.
« T’es qui ? J’crois pas te connaître, alors t’es gentil va voir ailleurs. »
Ah, ça lui apprendrait à ce con de venir parler à un inconnu comme ça. A venir lui parler. Con qui ne sembla pas se démonter, seulement prendre une tête un peu surprise, perdant momentanément son sourire avant de poser sa joue sur sa main, le coude sur la table, le retrouvant aussi vite qu’il n’avait disparu. Nan mais, putain, dégage, t’installe pas ducon.
« Ooh mais calme ne t’énerve pas ! Nous nous étions seulement dit que dans cette grande salle, plutôt que de s’isoler – ce qui serait si dommage ! – il serait plus sympathique de se mettre côte à côte, afin de passer le temps plus vite, non ? »

Venait-il de parler à la première personne du pluriel ? Azkiel y croyait à moitié. Really, mais sur quoi il était tombé. Cet espèce…d’abruti pouvait vraiment pas lui foutre la paix ? Apparemment non.
Lâchant un soupir, le bleuté le fixa de son regard coupant, à la fois calme et profondément irrité.
« Non. Juste, casse-toi, j’suis occupé. »
Il n’était généralement pas aussi irritable, mais il y avait un truc chez ce mec qui l’emmerdait. Son espèce de sourire là, son attitude, même la nuée de petites taches de rousseur qui parcourait ses joues et son nez. Il était venu vers lui comme si c’était parfaitement normal, que tout le monde allait voir des inconnus comme ça, pour pas trop s’ennuyer. Ça soulevait Azkiel, pour une raison obscure.
A ses mots, l’argenté baissa le regard sur le carnet à moitié enfoui sous les mains de l’autre et son regard s’éclaira.
« Ah, tu dessines ! Trop cool, pouvons-nous voir ? »
Azkiel se crispa sur sa chaise. Non putain, non !
« Mais… tu comprends ce que je dis ou quoi ?
- Ooh allez, nous ferons attention à ne pas abîmer le carnet ou laisser de traces ! »
Fuck. Fuck fuck fuck. Ce mec était insupportable. Plus ça allait, plus il l’irritait. Le jeune homme à la chevelure marine avait l’impression d’avoir un vieux chewing-gum collé à la semelle, le truc bien dégueu dont on veut juste se débarrasser le plus vite possible sans trop le toucher. Poussant un soupir énervé, il leva les yeux au ciel avant de refermer son carnet.
« Non. »
Son regard bleu plus froid que jamais, il le vit commencer à prendre une moue boudeuse et ouvrir la bouche pour dire quelque chose avant de se faire interrompre par la pionne.
« Eh, vous êtes collés alors vous parlez pas. Alcibiade, décale-toi d’une table et trouve du travail à faire tiens. »
L’autre con prit une tête déçue en regardant la surveillante, puis récupéra son sac dans une main et se pencha pour se relever, jetant au dernier moment un regard amusé à Azkiel.
« A la prochaine, alors… tcha ! »
Il lui fit un clin d’œil accompagné d’un petit salut militaire à deux doigts puis partit en chantonnant vers la rangée d’à côté.
Azkiel en restait médusé. Légèrement estomaqué aussi.
Alors il s’appelait Alcibiade. Même son nom était chelou, sérieux. Essayant de se calmer intérieurement, Azkiel se força à l’ignorer lui jeter des petits coups d’œil et tenter de faire des petits signes pour attirer son attention et rouvrit son carnet, fixant la page où figuraient quelques tas informes de traits qu’un artiste aurait nommé "esquisses ". Il était à deux doigts de se lever et aller foutre son poing dans la tronche de ce dégénéré.

L’heure fut encore plus longue que la première. Ignorant comme jamais le con de la rangée d’à côté, faussement concentré sur son crayon raclant machinalement la surface blanche, il espéra tous les miracles du monde pour que quelque chose, n’importe quoi, puisse le faire disparaître de cette pièce.
La sonnerie finit par enfin retentir, et en l’espace de cinq secondes chrono Azkiel sortait de la salle et descendait les escaliers pour se diriger vers la sortie. Sans un regard en arrière au cas où l’autre se déciderait à le harponner, il passa la porte et remonta la rue jusqu’à son arrêt de bus aussi vite que ses pas le lui permettaient sans courir, le visage fermé. Il ne voulait en aucun cas revoir sa tronche, entendre le moindre éclat de sa voix. Juste s’en aller loin de lui, le fuir. Et rentrer tranquille chez lui.
Coup de bol, un bus arriva à l’instant ; Azkiel grimpa dedans et ce n’est qu’une fois adossé à la fenêtre vers le centre du bus qu’il s’autorisa un regard vers la rue d’où il venait. Il n’était pas là. Un sentiment indescriptible le prit dans son ventre.
Il ne voulait plus jamais voir ce mec.
Se sentant d’un coup plus calme, comme rassuré, il sortit ses écouteurs de son sweat et lança la musique, qui rien que par l’ambiance qu’elle lui offrit soudain acheva de le calmer. Je ne te remercierai jamais assez, Mp3.
Un détail lui revint alors soudainement en tête, sans réelle explication.
…ce mec parle à la première du pluriel, putain !

bleus foncé => bleu foncé (règle des adjectifs de couleur composés)
qu’on nous sourit => sourie (subjonctif)
on avait pas => on n'avait pas
gribouilli => gribouillis
Conasse => Connasse
s'assoir => s'asseoir
ce qu’il pensait de qu’elle faisait => de ce qu'elle
à moitié enfouit => enfoui
Je ne te remercierais jamais => remercierai
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Sunlight [P]   Mer 28 Jan - 20:43

J'aime beaucoup, c'est léger, marrant, pas du tout prise de tête et en même temps c'est contrôlé et intéressant Smile
Ton style assez oral passe super bien et tu as un humour à toi qui est très agréable Very Happy

Et puis tes personnages sont cools, ils sont peut-être un peu stéréoptypés mais ça choque même pas, ne les change pas Smile
En fait non, ils sont pas stéréotypés, justement parce qu'on leur devine une profondeur à laquelle on n'a pas encore eu accès. J'aime beaucoup ton monsieur principal, il a l'air d'un voyou blessé c'est beau

Ah et puis j'aime tes néologismes comme "blaséitude", c'est mignon :3

Les moments qui m'ont fait mourir de rire :

1) Quand Alcibiade a parlé pour la première fois à la première personne du pluriel. Sérieux ! xD

2) Cette phrase : "Alors il s’appelait Alcibiade. Même son nom était chelou, sérieux.". Venant d'un mec qui s'appelle Azkiel... :')

Et je compte sur toi pour continuer à me faire rire comme ça, c'est hyper détendant Smile

 
Aeon

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MessageSujet: Re: Sunlight [P]   Ven 4 Sep - 20:44

*réapparaît des tréfonds du néant*
Merci beaucoup pour ces commentaires madame Meredith et désolé d'être si...mort 8'D Du coup je repop pour poster le troisième chapitre, qui est trente mille fois plus long que les autres, mais que j'ai passé tout autant de temps à écrire... ono (moi et la motivation, ah)

Jeudi 15 Avril

Bonheur doux et apaisant, lent plongeon dans la précaire et mystérieuse situation qu’est le sommeil. Dimension étrange mais appréciable, où l’esprit se perd tout en étant omniprésent. Tout un monde brisé chaque matin par la sonnerie de notre réveil, soit, très probablement l’une des pires tortures quotidiennes que le monde humain ait pu créer.
Entre deux insultes carabinées grognées pour la forme, Azkiel chercha son téléphone qui devait errer dans une quelconque contrée non lointaine de son oreiller pour faire taire ses hurlements, puis renfouit sa tête dans ce dernier. Long soupir. Il finit par se lever, entamant une recherche remarquablement dénudée de motivation de fringues dans l’obscurité de sa chambre, motivation de toute façon absente de sa vie jusque-là, lui semblait-il. Un petit dej’ et deux cahiers balancés à l’intérieur d’un sac plus tard, il ferma la porte à clé derrière lui pour ramper vers son arrêt de bus, ses écouteurs déversant sa dose matinale de musique dans ses oreilles. Il croisait rarement quelqu’un chez lui le matin, sa mère travaillant tôt et son père ne vivant plus dans leur appartement, par le miracle du divorce. C’était presque étonnant tant ça devenait commun avec le temps, comme si un amour ne pouvait plus que se terminer que par de la paperasse administrative et un partage d’affaires. Et de gosses. Azkiel y échappait relativement, n’allant que de temps en temps chez son père qui était parti trop loin de son lycée pour pouvoir partager la garde.
Séparés quand il avait onze ans, il n’en a pas été réellement choqué ; ses parents ne se parlant déjà plus et s’évitant le plus possible à l’époque, ça lui évita juste la perduration des engueulades vespérales habituelles.
Poireautant à son arrêt, il se demanda avec un intérêt quelque peu moindre quel était son premier cours (qui retenait son emploi du temps, vraiment ?) mais l’oublia aussi vite en voyant le numéro lumineux de son bus apparaître au loin. Avec un peu de bol, il ne serait pas en retard.
___
Manque effectif de bol.
Comme quoi connaître au moins ses premiers cours pouvait avoir une possible utilité, comme lui éviter de se faire renvoyer par le prof de maths après avoir erré dans les couloirs à la recherche de sa salle pendant un quart d’heure. Après un énième long soupir, il se dirigea vers le CDI, histoire de noyer son ennui dans un manga. Une fois devant il poussa la porte et posa ses affaires sur un siège du fond, loin de l’unique inconnu déjà présent. A 8h30 il n’y avait généralement que les retardataires ou ceux dont le premier prof était absent, ce qui expliquait son calme. Azkiel salua la documentaliste en se dirigeant vers l’étagère des mangas près de son bureau.
« Bah alors, t’es encore en retard ? »
Elle s’appelait Mlle Belfundo, et cachait une joie de vivre à toute épreuve sous son nom un peu pompeux. Comme il venait généralement au CDI quand on le refusait en cours, ils avaient commencé à se connaître de loin, et Azkiel ne se plaignait pas des quelques avantages qu’elle lui gratifiait quand il oubliait de rendre un truc ou quand toutes les places étaient prises.
« Ouais.
- C’est pas sérieux tout ça. »
Il plongea son regard marine dans celui malicieux de la madame, et lui sourit avant de prendre un tome de la série qu’il lisait actuellement.
« Qui l’est ?
- L’incroyable documentaliste devant toi, par exemple ?
- Vous ?
- J’arrive tous les jours à l’heure et fais mon boulot, moi.
- Han. »
Il lui fit une moue mi-boudeuse mi-amusée puis retourna s’asseoir sur son siège, tentant de retrouver la page où il s’était arrêté. Pour se mettre à comater à moitié dessus.
Ma vie est nulle. Il arrivait toujours en retard, mais il s’étonnait lui-même du niveau de ranafoutisme qui le prenait dans ces moments-là. Rien à faire des notes, rien à faire des retards, rien à faire de tout. Sa vie n’était qu’une succession d’événements vides de sens et d’intérêt, le plaçant dans l’attente d’une chose dont il ne connaissait même pas la nature, probablement tout simplement la vie. Pouvait-on appeler son existence une vie ? Il ne lui semblait pas vivre, seulement se laisser porter par le courant. Ainsi de ses journées il appréciait les quelques mouvements dans l’onde vide de son fleuve, telles les courtes altercations avec Belfundo, ses rares sorties avec ses "amis" et ses soirées passées sur l’ordi. Tout ce qui pouvait lui faire oublier, en fait. Oublier son absence de vie, ou plutôt, cette vie qu’il refusait de vraiment vivre.
Il entendit la porte s’ouvrir plutôt soudainement à l’autre bout de la pièce, tandis qu’un élève entrait et semblait rejoindre l’autre déjà présent.
Le CDI lycée était, par rapport au bâtiment, planqué tout au bout de la gauche du deuxième étage. L’établissement était en forme d’un C carré, et il y avait six escaliers en tout. Un au bout de chaque aile, un aux deux angles et un de chaque côté du hall qui se trouvait au milieu de la partie large du C. Le tout s’élevait sur deux étages ce qui rendait le bâtiment assez grand, mais faisant collège et lycée c’était plutôt nécessaire. Dans le coin à gauche du premier étage, le CDI en grimpait sur deux et occupait donc un escalier qui avait été conservé à l’intérieur ; la partie du bas étant plutôt réservée aux collégiens et l’autre aux lycéens. On ne pouvait en revanche pas monter du rez-de-chaussée au premier, car l’escalier ne descendait pas plus, et en-dessous étaient d’ailleurs placées les toilettes. Chacun avait sa propre entrée, mais on pouvait aussi descendre d’un étage de l’intérieur grâce à l’escalier qu’il avait englobé. Celui du deuxième était organisé dans une longue pièce rectangulaire, avec presque en face de la porte en entrant le bureau des documentalistes lycée, et à droite quelques tables séparées des bibliothèques par l’escalier. Mais il y avait en plus deux sièges un peu plus confortables que les autres (bien qu’aussi plus crades, du coup, avec leur tissu) que pas tout le monde connaissait car coincés touut au fond des dernières rangées de la bibliothèque. Et c’était là que se situait le royaume d’Azkiel. Ils étaient contre la suite de fenêtres qui composait le mur de la pièce qui donnait sur l’extérieur, et étaient rarement pris, quand le CDI n’était pas complet.
Mui, paradis quoi. Toujours était-il qu’installé là il avait généralement la paix, car dans les dernières étagères seules les grosses encyclopédies étaient stockées, et aussi était-elles rarement consultées.
Ses yeux le piquaient de fatigue, et son esprit n’arrivait absolument pas à accrocher à son manga, auquel il ne pensait déjà plus depuis longtemps déjà. Il entendit des pas se rapprocher de son fond et n’y fit que vaguement attention, se contentant de relever par réflexe sa tête qu’il avait laissée se poser contre le dossier du siège et rouvrir les yeux sur sa double-page, histoire de paraître un peu plus crédible dans son semblant de lecture.
Généralement.
Les yeux à moitié fermés fixés sur les petites cases où les héros semblaient être en train de se chamailler, il ne commença à réagir qu’en entendant la personne en question se mettre à arpenter les rayons devant lui en chantonnant. Il releva lentement la tête, identifiant mollement le personnage en face et…oh non.
« Qu…. »
Mauvais choix stratégique que ce son sorti inopinément de la barrière de ses lèvres, car immédiatement un rideau de cheveux blancs pointés de noir s’agita et deux prunelles brun-ambré repérèrent les siennes. Putain il était là. Vraiment. Lui, quoi. C’était reparti pour un tour.
« Hey saluut ! »
Azkiel fronça les sourcils. Merde, il en avait presque oublié son existence… oui presque, sa sale tronche lui était revenue dans la soirée mais son esprit était rapidement passé à autre chose, histoire de pas s’énerver dans le vide. Il eut une puissante envie de se facepalmer. Comment il pouvait retomber sur le même mec insupportable deux jours de suite alors qu’il ne l’avait JAMAIS vu avant ? Et il ne pouvait vraiment pas arrêter de sourire comme ça, au moins deux secondes ?...
Décidant de ne pas répondre, le bleuté replongea ses yeux dans son manga et tourna une page.
« Ça c’est du hasard ! Nous te manquions c’est ça ? Bah, quelle évidence, le grand Alcibiade manque à n’importe quel endroit quand il n’y est pas. »
Ah ben voyons.
Il le vit se rapprocher encore, les mains nouées dans son dos, le regardant avec son petit sourire chantant habituel. Azkiel ne comprenait plus grand-chose, cette situation lui paraissant juste tellement… surréaliste. Ils ne se connaissaient pas, il lui avait clairement fait comprendre qu’il ne souhaitait pas continuer le contact, et qu’est-ce qu’il se passait ? Le lendemain il le retrouvait par un affreux hasard et…revenait le voir comme si de rien était. Le monde est étrange, dit-on, mais y’a des limites quand même. Non ?
« Kess’ tu m’veux ?... »
Certes, il avait beau le détester cordialement et ne pas supporter sa tronche de demeuré, une grosse question restait quand même dans son esprit. Pourquoi tu me parles ? L’autre jour, il disait ne pas vouloir s’ennuyer, globalement. Mais il l’avait envoyé chier, quelqu’un de normal l’aurait laissé nom d’une patate râpée dans du chocolat en poudre ! Dans ce cas, faisait-il exprès ? Ça paraissait étrange au bleuté, parce qu’il n’avait, malgré tout, absolument pas l’air méchant. Un espèce d’air joueur lui était constamment collé sur le visage oui, mais de manière presque innocente, dans le sens qu’on ne soupçonnait pas vraiment qu’une arrière-pensée pouvait se cacher derrière. Après, ce n’était que l’impression que ça donnait, Azkiel ne pouvait pas être exactement sûr… d’où sa question. Pourquoi tu ne passes pas juste ton chemin, franchement.
Alcibiade le dévisagea d’un air étonné.
« Oh, tu ne nous envoies pas balader cette fois ! »
…je dois le prendre comment ?
« Te serais-tu enfin décoincé ? » fit-il presque avec des étoiles brillant dans les yeux.
Mal, d’accord. C’était vraiment si dur de seulement répondre à sa question ?..
« ... nan rien laisse, abruti. » répondit Azkiel en serrant les dents.
L’autre se redressa avec une tête légèrement étonnée.
« Eeh ! Ne te vexe pas ! Alors, qu’est-ce que nous te voulons ? Et bien, te parler, quoi d’autre ? »
Lui… parler. Okay, okay.
« Alors toi, tu vas voir des inconnus juste comme ça, pour leur parler.
- Mais, tu n’es pas un inconnu !
- Pardon ?
- On s’est vus hier, avons parlé, tout ça tout ça, alors nous te connaissons ! » dit-il avec un grand sourire satisfait.
Azkiel ne savait déjà plus trop pourquoi il cherchait à comprendre quelque chose chez ce mec.
« Tu ne connais même pas mon nom, comment tu peux imaginer me…
- Comment tu t’appelles ? le coupa-t’il.
- … Azkiel ?
- Voiilà nous connaissons ton prénom désormais, cela te va-t’il mieux ? » lança le fake-albinos toujours du même ton, se penchant légèrement vers lui.
Azkiel sentit de nouveau l’envie de le frapper remonter dans ses poings. Rha mais quel con, lui laisser un tel truc ! Il avait l’impression d’avoir perdu une information importante, un rempart, face à cet Alci… Alcitruc, il avait du mal à retenir. Mais il était fatigué, c’était injuste on l’avait pris de court.
N’ayant pas l’intention de répondre, le silence soudain lui rappela le vide quasi absolu du CDI en raison de l’heure trop matinale, et une interrogation fugace concernant la présence de l’énergumène en ces lieux passa dans son esprit. Il était peut-être en retard comme lui, et venait tuer le temps ici ? Pourtant il était venu dans le coin des Encyclopédies à la base, ce qui voulait dire… qu’il travaillait ? A la première heure, après être arrivé en retard ? Il y avait vraiment des tarés, dans la vie. Jetant un rapide coup d’œil à l’autre qui continuait à le fixer, il n’eut le temps que de lâcher un de ses soupirs particuliers à lui-même, à la fois longs mais abrégés vers la fin, qu’une voix inconnue attira leur attention.
« Eh Alcys, que fais… »
La propriétaire de la voix en question s’était retrouvé figé face à eux, au bout de l’allée centrale qui scindait les rangées de bibliothèques en deux, le regard un peu écarquillé. Une espèce de petit gars qui ressemblait plus à un collégien qu’autre chose, et à la chevelure blond sombre et presque lisse s’arrêtant en mèches désordonnées au niveau de ses épaules. Qui semblait complètement buggué d’ailleurs.
Alcibiade se décida à enfin relever ses yeux de lui à cet instant, retirant comme un poids des épaules d’Azkiel, pour les poser sur la pauvre créature qui le fixait comme un démon sorti du néant.
« Nous ? Et bien, nous cherchons un livre ? » répondit Alcibiade sans comprendre, d’un air évident.
Sûrement, et très probable que l’autre monsieur ne s’attendait justement pas à le voir parler avec lui mais en train de le chercher son livre, vu la tronche qu’il tirait.
« Mais je, euh... ben je t’attends là-bas ok ?.. »
Un dernier regard lancé en sa direction et le blondinet avait de nouveau disparu derrière les étagères, aussi rapidement qu’à son arrivée. Alcibiade resta quelques instants immobile, le visage toujours tourné vers l’allée, laissant Azkiel dans une fixité dubitative. Boon…admettons, et, on faisait quoi maintenant ? Ayant toujours son champ de vision globalement réduit par l’autre abruti vaguement penché sur lui, en venant même à presque pouvoir sentir l’odeur de sa lessive, un sursaut d’humeur le souleva et il repoussa doucement du dos de la main le jeune homme.
« Fort bien. Sur ce, je peux lire ? »
Ah, que de mensonges constants dans nos propos. Non pas que son manga le passionne particulièrement à l’instant présent, mais tout était mieux que sa compagnie. Oui, on est coincé ou on ne l’est pas, aussi intrigant que pouvait potentiellement l’être ce personnage, il ne l’aimait pas, c’était ainsi décrété, alors qu’il se casse et sans histoires. Nah.
Mais aucune réponse ne venant de la part du spécimen, il releva à nouveau son regard ennuyé vers lui pour voir ce qui pouvait encore ne pas aller. Et ce pour se faire à nouveau attraper par ces deux iris de ce brun si clair et chatoyant qu’il semblait doré.
« Tu as l’air de ne jamais t’amuser. »
Azkiel eut un léger temps d’arrêt, avant de hausser un sourcil.
« Et qu’est-ce qui te fait dire ça ? »
Le lycéen à la longue tignasse blanche se recula de lui d’un pas, comme pour l’observer en entier, avant de porter une main à son menton, lui donnant un petit un côté penseur.
« Impression. »
Sur ses mots, un de ses stupides sourires fleurit sur son visage, et il se retourna d’un coup pour retourner parmi les encyclopédies, en prenant une tout à fait au pif. Tenant à bout de bras l’énorme ouvrage et le regardant avec un semblant de… fierté, il s’en revint vers l’allée et jeta un rapide coup d’œil à Azkiel.
« Sur ce, à plus ! »
Avant qu’il ne disparaisse le bleuté eut le temps de lire en titre sur son livre "Papillons du Monde".
Il y eut de nouveau un moment de vide dans la tête d’Azkiel, qui resta bloqué quelques temps avec un air inexpressif ancré sur la face, fixant l’endroit où se tenait Alcibiade juste avant.
Vraiment.
___
« J’me mets à côté de toi ! »
Il avait une quelconque tendance à ne jamais réellement savoir s’il devait apprécier ou non le ton sans appel avec lequel elle disait à chaque fois ça au début de chaque cours d’histoire. C’était devenu une sorte de petite tradition le jeudi soir, pour la dernière heure ; il se mettait au dernier rang, où elle venait éternellement le rejoindre et soit forçait la conversation pendant une heure, soit l’observait dormir avec un air amusé.
« Fais-toi plais’. »
Pas qu’il en ait réellement quelque chose à fiche, à vrai dire.
Elle s’appelait Aïka. Une petite rousse de sa classe au poil chevelu long et lisse, qui avait développé la sale manie de le coller h24. Et surtout lui faire des câlins. Elle était absolument incompréhensible. C’était comme si toute la bonne volonté du monde mêlée à une joie sortie de nulle part étaient combinées dans sa petite personne gracile.
16h, encore une heure de désespoir et il était libéré.
« Bleuarg, lâcha t’il en s’écrasant le visage sur la table.
- Toujours aussi élégant, commenta-t-elle en souriant.
- Ce mot est ma définition même, je te rappelle. »
Son rire léger lui échappa tandis qu’elle sortit sa trousse et un cahier, observant en coin l’autre larve décéder sur la table. Le professeur entama son cours avec son ton un peu traînant habituel, décourageant d’autant plus Azkiel de faire le moindre effort pour sortir de sa léthargie et jouer à l’élève attentif. En y pensant, sa vie était tout de même vachement vide. A l’image de ce cours, son fil de vie était vraiment pitoyable. Je suis pitoyable. Répétitivité, stagnation, stress refoulé et oublié se réveillant au fil du temps qui l’acculait de plus en plus. Il ne foutait rien, ne faisait aucun effort, hormis pour quelques trucs personnels se rapportant à sa vie sur le Web, et même s’il savait qu’il se laissait lentement mais sûrement pousser vers le mur de la fin de l’enfance que toute personne doit grimper, et qu’un jour il y finirait écrasé par le temps qui le pressait par-derrière, il n’avait pas la moindre motivation pour se décider à faire quelque chose. Pour le peu qu’il en avait à faire, la motivation lui manquait sûrement un peu trop.
Il avait, certes, une quelconque affection pour certaines personnes de son entourage. Et désormais une haine farouche envers une autre très précise (mais lui comptait un peu à part).
Ce mec, putain. Il ne faisait vraiment aucun sens. Pourquoi il continuait à vouloir lui parler alors qu’il l’avait expressément envoyé balader restait la plus grande interrogation dans sa vie, avec le temps de cuisson des raviolis Lustucru. Deux minutes c’était pas assez mais trois déjà trop, mais sérieusement que se passait-il entre ces soixante petites secondes pour que ces pauvres raviolis se ramollissent autant et commencent à vider leurs tripes dans l’eau ? Azkiel soupçonnait la naissance d’une apocalypse temporaire liée à l’apparition d’un trou noir dans le fond de la casserole mais nous nous éloignons peut-être du sujet.
Il écoutait passivement les grattements du stylo d’Aïka à sa droite, toujours inconfortablement sproutché sur la table, et finit par ramener ses bras sous sa tête qu’il enfouit dedans. Puis il entendit la rousse rire discrètement, et tourna sa tête vers elle, lui jetant un regard interrogatif.
« Quoi ?
- Rien, t’es trop mignon.
- …je suis quoi ?
- Mignon !
- Mignon.
- Ouais. »
Si le mot "blasé" avait une incarnation sur terre Azkiel ne devait pas en être très loin.
« J’sais pas où tu le fumes ton mignon, mais bon.
- Sii, tu ressembles à un petit animal roulé en boule.
- … »
Soudain son regard s’illumina, et depuis les tréfonds de son être Azkiel sentit qu’il allait souffrir d’une manière ou d’une autre.
« JE SAIIS ! Oh mon dieu je dois, je suis obligée j’ai le DEVOIR de te faire des oreilles de neko. »
Doux Jésus.
« Je les porterais pas.
- Ooh que si. Parce que tu penses avoir le choix, en plus ? »
Azkiel fit une petite grimace en voyant la mine résignée d’Aïka.
« Oui ?... »
Elle se détourna d’un coup joyeusement vers son cahier, agitant son stylo entre ses doigts.
« Raté ! »
Lâchant un soupir, Azkiel renfouit sa tête dans ses bras afin de retourner dans l’état semi-létal dans lequel il passait généralement ses heures de cours. Dieu pitié arrête-la, s’il te plait je te demande rarement des trucs mais là, c’est une question de survie.
Le reste de l’heure passa aussi lentement qu’elle en avait l’habitude, avant qu’enfin la sonnerie autorise le bleuté à ramasser son sac qu’il n’avait daigné ouvrir de tout le cours et le balancer sur son épaule, quittant la salle en bâillant. Enfin fini, à lui la soirée tranquille. Néanmoins avant il y avait la bonne demie-heure de trajet qui le séparait encore de son humble demeure à supporter, ce qui avait le don de le désespérer un peu. Enfin, le plus dur était passé disons.
Aïka le suivit jusqu’à l’entrée où elle le laissa continuer tout droit sur la rue qui se prolongeait depuis la porte de son lycée, tandis qu’elle prenait à droite sur celle qui la croisait en longeant la façade principale après lui avoir fait un petit signe joyeux d’au-revoir. Elle habitait à 5 minutes à pieds, cette chanceuse. S’occupant alors de démêler ses écouteurs branchés à son portable et faire passer celui-ci sous son t-shirt en marchant, histoire de fuir à nouveau la réalité le temps d’un trajet en bus, il se fit brusquement intercepter par un boulet de canon sorti du néant qui venait de lui sauter dans le dos avec un couinement aigu. Bordel de merde.
« Kieel ! »
Merde c’était quand même pas trop demander de pas se faire stalker toutes les cinq minutes, si ?
« Rha mais lâche-moi, je t’ai déjà dit trente-mille fois de plus me sauter sur la gueule comme ça » lâcha-t’il.
Le poids sur son dos se retira, laissant la personne se planter à sa droite. Un petit mioche blond aux yeux bleu-vert pétillant de vie, histoire de pas changer. Azkiel avait l’impression de ne connaître que des excités de la vie, ça en devenait perturbant.
« J’peux rentrer avec toi ?
- Fais ce que tu veux, grommela le bleuté avant de se remettre à marcher.
- Ça faisait longtemps qu’on avait pas pu le faire ! »
Il s’appelait Ame, et était en 4ème. C’était un voisin d’immeuble, avec qui il avait parfois joué enfant, mais qui avait surtout une sorte de fanatisme prononcé pour lui. Très sérieusement, il récupérait chaque année son emploi du temps d’une manière ou d’une autre et s’organisait alors pour rentrer avec lui quand ils terminaient en même temps, voir squatter sa table le midi. Cette année Azkiel avait néanmoins pris le soin de brûler son emploi du temps le lendemain de la rentrée afin d’échapper au gamin. Ça peut faire un peu extrême vu comme ça, mais le garder simplement dans son sac ou le planquer dans son bureau ne suffisait pas, Ame était assez vicieux pour se pointer comme une fleur quand il n’était pas là mais sa mère si, et faire ses yeux de chiot pour rentrer quand même et chourer la feuille pendant qu’elle cherchait un truc pouvant potentiellement servir de goûter. Creepy ? Carrément. Les enfants, de nos jours.
Il y eut un blanc jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’arrêt de bus.
« Alors ta journée ?
- Comme d’hab.
- Moi j’ai eu une super note en maths, j’y croyais pas ! Puis on a trop rit avec Arthur, genre il fait une tonne de fusées en cartouche et en papier tsais, et on les a balancées sur le plafond mais y’en a au moins deux qui ont failli tomber sur le prof et… »
Azkiel arrêta d’écouter à partir de ce moment-là. De l’autre côté, la foule de collégiens et lycéens qui attendaient les bus du sens inverse s’étaient mis à s’entasser précipitamment, tandis qu’un bus s’arrêtait devant eux. Quand ce fut au tour de son arrêt, il dût jouer des coudes pour se coincer dans le fond en galérant bien, accompagné du blabla incessant du môme. Sortir à 17h était vraiment une plaie.
Le prénom d’Ame avait toujours été une énigme pour lui, pas qu’il remette en cause les goûts de ses parents mais presque. Ça se prononçait amé, et apparemment c’était japonais. Etant donné que sa famille n’était absolument pas japonaise ça avait toujours paru quelque peu sorti de nulle part au bleuté, mais bon. Que ceux qui pensent à nouveau « parle pour toi » aillent décidément voir ailleurs. Il put enfin se débarrasser du gamin après l’avoir repoussé devant sa porte qu’il avait rapidement fermée à clé.
Putain sa maison lui avait rarement autant manqué. Remarque en fait non pas du tout, ça arrivait à peu près exactement tous les jours plutôt, mais ça faisait toujours plaisir de se dire ça. Il bazarda son sac dans l’entrée et rampa jusqu’à sa cuisine se faire un verre de jus d’orange-mélangé-à-d’autres-trucs pour la survie de son organisme et de sa santé mentale. Très important, le jus d’orange.
Son appartement était toujours d’un silence calme, les vitres récentes de son bâtiment neuf atténuant le bruit des quelques voitures qui passaient dans la rue, seul le vague bourdonnement continu du frigo et le bruit saccadé de la trotteuse qui ne tic-tacait pas perturbant la cuisine et le salon.
Néanmoins même si la contemplation du silence était une activité tout à fait plaisante, il ne resta pas plus longtemps planté là et s’en alla se terrer dans sa chambre allumer son ordi.

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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Sunlight [P]   Sam 5 Sep - 12:43

Ah ah, je croyais qu'on aurait jamais la suite

C'est toujours aussi cool, j'aime bien les nouveaux personnages que tu introduis et j'ai hâte de connaître la suite Smile

Aeon a écrit:
Que ceux qui pensent à nouveau « parle pour toi » aillent décidément voir ailleurs.

Je me sens pas du tout visée xD

Continuuuue

 
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MessageSujet: Re: Sunlight [P]   

 
 

Sunlight [P]

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