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 Métamorphose [TS]
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Messages : 16
Date d'inscription : 30/08/2014
MessageSujet: Métamorphose [TS]   Sam 14 Fév - 16:56

Ceci est un extrait de mon roman dont certains ont déjà peut-être lu le premier chapitre. Là, c'est le chapitre 6 "Un soir de plein lune". J'ai tellement aimé ce que j'ai fait que je voulais le poster (non je ne suis pas narcissique, à vrai dire j'écris très mal alors pour une fois que je trouvais un truc lisible je voulais vous le faire lire ^^). Donc, vous allez trouver ça très... bizarre étant donné qu'on est dans un cadre réaliste, tout est réaliste donc pas de fantastique, d'être surnaturel ou autre. Ce ne sont que des images, la métamorphose est une sorte de façade, elle n'existe que dans l'esprit et le caractère du personnage principal. Dites-moi ce que vous en pensez et amusez-vous bien en me lisant

Métamorphose



Le bruit, les gens, la chaleur. Je me sentais oppressée. Haletante, je courais à travers cette masse compacte. Suffocant, j'essayais tant bien que mal de me faire une place, d'avancer, de simplement sortir de ce tourbillon qui m'entraînait vers le fond. Je m'accrochais à la dernière parcelle de lumière que j'apercevais encore au loin.

J'étais emportée par le flot incessant, mes membres me faisaient mal et ma tête bourdonnait. Je n'avais jamais voulu ça. Je n'avais jamais demandé à me retrouver là, tous les yeux se tournant vers moi. J'avais l'impression d'être démasquée, nue au milieu d'une assemblée me fixant, me jugeant, me perdant.

Je me tournais dans tout les sens, espérant trouver une porte de sortie mais tout était bouché. Je ne voyais bientôt plus rien, distinguant à peine les silhouettes me fonçant dessus, rentrant littéralement en moi. J'étais noyée dans la masse, perdue dans un monde qui ne m'appartenait pas. Mon corps ne tenait plus le choc tandis que mon esprit commençait peu à peu à perdre espoir.

Plus rien ne me rattachait à la vie, je perdais. A vrai dire, j'avais perdue d'avance. J'avais voulu changer, ne plus être moi pour pouvoir entrer dans ce monde. J'étais aujourd'hui bouffée par le monstre qui avait pris possession de moi. Avalée dans ce monde. J'étais finie, il ne me restait plus que cette étincelle de lumière…

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Toute suante, j'ouvris douloureusement les yeux. Il faisait encore nuit noire, sûrement aux alentours de trois heures du matin. Seules quelques voitures solitaires trahissaient l'affreux silence qui emplissait mon appartement. Mes muscles étaient douloureux et je semblais sur le point de fondre sous la chaleur. Mes draps étaient trempés, je étais fébrile, alerte.

Sans vraiment savoir ce que je faisais, comme mue par un instinct de survie, les yeux écarquillés, je m'élançai vers la fenêtre de ma chambre. Je l'ouvris prestement et laissai la morsure du vent nocturne m'attaquer avec un soupir de soulagement.

Penchée à la fenêtre, je laissais mon esprit se libérer, se souvenir. Je me rappelais de toutes ces fois où j'avais eu peur. Et dire que j'avais été effrayée par le moindre petit obstacle. J'avais presque peur de la vie elle-même. De petite fille apeurée, j'étais devenue ado dépressive et jeune femme sans sentiments aujourd'hui.

A l'époque, je me demandais si mon cœur pouvait exploser. J'étais terrifiée à l'idée qu'il ne tienne plus sous le coup des attaques à répétition. J'étais idiote. Je n'avais jamais pensé à une manière de me défendre, j'essayais juste de subir sans m'effondrer. Ça avait été si difficile mais c'était passé.

Tout au long de ma vie, la peur m'avait retenue, avait fait de moi son esclave. Aujourd'hui, encore, elle m'avait rendue hésitante, terrifiée. Je revoyais encore la scène de cette après-midi. Que m'était-il arrivé ? Dans la pénombre de la nuit noire, je ne me trouvais plus d'excuse. Je devais m'avouer ce que je niais en bloc. J'avais réagi bêtement, jusqu'à en devenir violente, terrassée par la crainte.

Ces temps-ci, j'arrivais de moins en moins à dormir, allant même jusqu'à tenter les somnifères mais encore une fois, aux alentours de trois ou quatre heures du matin, je me levais en sursaut. D'aussi loin que je m'en souvienne, ça avait toujours été ainsi. Je crois bien que je n'avais jamais vraiment connu une bonne nuit de sommeil.

C'était la peur qui me tenait. Cette peur insatiable qui se nourrissait de mes songes, qui s'abreuvait de ma vie. Je vivais de cette peur. Il fallait que ça change. Il le fallait. Pour mon bien être mental. Cependant, comment faire ? Je ne savais pas par quoi commencer.

Sur un coup de tête, ne prenant pas même la peine de m'habiller, je mis mon manteau et mes talons noirs que j'avais jetés dans un coin plus tôt dans la journée et sortis en quatrième vitesse de chez moi.

Pour la première fois, je savais pertinemment où j'allais comme si mon corps était poussé par une sorte de désir irrésistible que je n'essayai pas de refréner. Je marchais rapidement, déterminée. Les immeubles défilaient autour de moi sans que je ne les voie réellement.

Sans vraiment m'en rendre compte, j'étais arrivée à destination. Mes joues étaient rougies par le froid ou peut-être était-ce l'excitation, l'appréhension. Une fois dans l'immeuble, je montai les marches quatre à quatre.

J'y étais. La massive porte de bois de chêne s'élevait face à moi. Devais-je sonner ? Non ! Je devais juste rentrer chez moi ! Pourquoi être venue jusqu’ici ? Je ne savais juste pas. Le bras en l’air, à quelques centimètres de la sonnette, je me décourageai. Je me détournai, baissai la tête et soufflai. Encore une fois je me laissai submerger par la peur qui régissait ma vie, cependant, pour la première fois, cette crainte ne gagna pas.

Dans un bruit sourd de chaînes et de verrous, la porte s’ouvrit dans mon dos. Je pouvais sentir son corps derrière moi, son regard sur ma nuque. Je ne pouvais empêcher les frissons qui parcouraient ma colonne vertébrale, je ne pouvais plus retenir mes larmes. Les épaules basses, je laissai les larmes m’inonder, l’afflux des larmes était trop violent, respirer devenait une épreuve.

Je me noyai dans ce raz-de-marée, je tombais sous le poids des vagues s’échouant brutalement sur moi. Chaque fois c’était la même chose, je sombrais dans cet abyme, je suffoquais, je ne savais pas si je me relèverai, cependant, cette fois-ci, il y avait quelque chose de différent. Des bras. Des bras m’enlaçant fermement.

Chris me porta dans son appartement sans même prendre la peine de refermer derrière lui et me posa sur le canapé. Ce soir-là, le bateau était encore loin, cependant, je ne me noyai pas, j’avais ma bouée de sauvetage.

A l’aube, nous étions encore dans cette position. Moi dans ses bras, lui me tenant fermement comme s’il avait peur que je disparaisse une fois l’apparition des premiers rayons de soleil. Mon corps était engourdi, mes larmes avaient séchées. Je ne voulais pas bouger, parler, j’avais beaucoup trop peur de gâcher ce moment.

J’avais lu quelque part qu’un moment de pur bonheur était un instant pendant lequel le temps semble s’arrêter, un instant qu’on pense tenir, qu’on pense avoir attrapé et qui file tout simplement. C’était un de ces moments uniques.

Si ma vie avait été un livre, je venais de clore un chapitre. Si ma vie avait été un livre, j’aurais brûlé toutes les pages qui s’étaient trouvées avant celle-ci. J’aurais soufflé sur chacun de mes mots, chacun de ces mots pour les faire s’envoler. J’aurais gommé tous les questionnements inutiles, tous les doutes, toutes les peurs. Afin de ne garder que les bons moments, que les vrais instants de vie.

Si j’avais été l’auteur de mon histoire, je l’aurais commencée dès ce moment-là, considérant tout ce qui se trouvait avant comme parfaitement inutile, de simples pages de blablas incessants, de douleurs inutiles. Tout ce qui avait eu lieu avant maintenant, l’instant T, celui où j’étais là dans cet état de béatitude, n’avait à mes yeux plus lieu d’être.

Ses bras autours de moi, m’agrippant, nos corps s’imbriquant l’un dans l’autre. Pour la première fois, je me sentais bien, je veux dire, vraiment bien. Je ne pensais plus à rien, je ne ressentais même plus rien. Je n’avais jamais ressenti ça avec une telle force. A vrai dire, je me sentais … moi-même et je me rendis compte que je n’avais jamais réellement su qui j’étais. Je n’avais pas besoin de nom, je n’avais pas besoin de statut social. J’étais là, à ce moment-là, dans ses bras et ça, c’était moi. C’était ce que j’avais toujours recherché sans vraiment le savoir et je ne le saurai d’ailleurs jamais.

C’était tellement parfait. Trop parfait.

Soudain, sortie d’on-ne-sait-où, une goutte glissa sur mon visage, grasse et lente. Elle fit son chemin, salissant toute l’atmosphère que je m’étais construite. Alors, voulant comprendre, j’ouvris les yeux levant la tête en direction du plafond d’où elle venait. Une deuxième la suivit, puis une autre, s’écrasant sur ma peau dans un petit « ploc ! » éloquent. Les yeux écarquillés, je me sentais en danger, toutes les fibres de mon corps étaient en alerte.

Je voulus me raccrocher à ma bouée, Chris. J’agrippai fermement ses épaules, j’étais terrifiée. Je m’accrochai littéralement à ma bouée de sauvetage si sauvagement, si désespérément que je ne me rendis même pas compte que je n’avais plus rien entre les mains. Il n’était plus là. Je détournai enfin mon regard du plafond, mes mains étaient rouges, le liquide coulait entre mes doigts. Une odeur, horrible, se dégageait tout à coup. Un mélange de putréfaction et de mort.

Un craquement sourd retentit. J’eus à peine le temps de me protéger avec mes bras qu’une pluie écarlate s’abattit sur moi. Le sang coulait à flot, je voulus crier mais il s’infiltra sournoisement à travers mes lèvres. J’essayai vainement de me débattre.

Et pour la seconde fois, je me noyais.

C’est par une nuit de pleine lune, dit-on, que l’eau carmin trempa la vierge. C’est par une nuit de pleine lune, dit-on, que le sang, tel une pluie diluvienne, nettoya son corps. C’est par une nuit de pleine lune, dit-on, que le ciel s’abattit sur ses frêles bras de meurtrière…

Aujourd’hui, toutes ces paroles prenaient un sens.

.
.
.
.

« -Que se passe-t-il, Melle Cross ?

-Je ne sais pas. Je n’ai aucun moyen de le savoir.

-Comment allez-vous ?

-Je ne sais pas.

-Que savez-vous alors ?

-Rien. Les enfants n’ont pas le droit de savoir. »


.
.
.
.

-Eh ! Anna ! On t’attend sur la scène ! me cria le metteur en scène perdant patience.

Depuis peu de temps, j’avais intégré la troupe de Veronica Abiel, l’amie de Chris. Je n’avais pas décroché le rôle de Carmen. Mes débuts au sein de la troupe étaient pour le moins mouvementés, le premier rôle féminin qui avait tellement plus d’expérience pensait que c’était un prétexte pour être hautaine. Alors, évidemment, Jade faisait tout pour me rendre la vie dure, ce qui créait pas mal de tension.

J’étais, en plus, totalement et irrévocablement jalouse, j’en avais fait des scènes exagérées à Chris. J’aurais voulu la tuer. Je valais mieux qu’elle ! Pourquoi je n’avais pas eu ce foutu rôle ? Pourquoi elle et pas moi ? Y repenser me rendait de plus en plus rageuse.  

Il y avait des jours où je n’avais qu’une seule envie : l’exterminer, l’éradiquer, tout le monde savait que s’il arrivait quelque chose au premier rôle, le second prenait sa place. Elle prenait un malin plaisir à me montrer à quel point j’étais petite à côté d’elle, je la haïssais. C’était viscéral. Ce jour-là était un de ces jours.

Je me hâtai de monter sur scène, cependant.

-Commençons, dis-je simplement.

Tandis que je citais mes misérables répliques, je vis du coin de l’œil Chris entrer dans la salle. Je n’arrivais pas à m’enlever de la tête tous ces rêves, cauchemars. Il me hantait jour et nuit. Nos rapports ne cessaient de se dégrader et j’y étais en grande partie pour quelque chose. J’avais comme une sorte de besoin de me prouver qu’il ne représentait rien pour moi.

Il semblait si insaisissable ! Dès l’instant où je pensais le tenir, il me filait entre les doigts. Il ne laissait rien paraître, aucun sentiment, ressentiment. De mon côté, je m’enfermais dans un mutisme persistant. A nous deux, nous bâtissions un mur de béton qui prenait de plus en plus d’ampleur entre nous.

Il avait arrêté de venir aux répétitions, renoncé aux rendez-vous chaleureux et opté pour de miteux e-mail glacés et parfaitement impersonnels. Cela devait bien faire trois semaines que je n’avais pas vu Chris de près ni même entendu sa voix. Je n’avais pas non plus cherché après lui, préférant me dire que cela n’avait aucune importance à mes yeux. A force de persévérance, me répétant inlassablement ce même mantra, j’avais fini par me convaincre de la véracité de cette constatation et oublié partiellement l’existence de mon agent.

Seulement, il se trouvait là. J’étais totalement désarçonnée. Je lui jetais de petits regards en biais me demandant ce qu’il faisait ici. J’essayais tant bien que mal de rester concentrée, gardant mon calme en apparence mais bouillonnant littéralement de l’intérieur. Je sautai pratiquement de la scène lorsqu’on changea d’acte.

Il se tenait dans un coin assez sombre de la salle, en retrait.  On se fixa dans le blanc des yeux pendant un certain temps avant que l’un de nous deux ne se décide enfin à parler. Un flot insensé de choses me venait en tête, j’avais tant à lui dire ! Pourtant, je ne réussis qu’à murmurer :

-Ça fait longtemps.

Il me toisa, sceptique. Je pouvais comprendre son désarroi, j’étais moi aussi troublée. Je me demandai s’il pouvait voir tous les sentiments passer à travers mes yeux : joie, colère, peur, gêne, honte et, à mon grand malheur, désir. C’était plus fort que moi, je ne pouvais m’empêcher de le désirer ardemment. J’étais attirée par son corps cependant, il y avait quelque chose d’autre, de plus fort, de plus étrange. Une sorte de besoin de lui, pas juste de son corps.

-Tu es si bonne comédienne. Tu pourrais presque me faire croire que je t’ai manqué, répliqua-t-il avec sarcasme avant de me contourner et de se digérer vers une femme qui se trouvait dans le public et que je n’avais pas vue.

Je fus vexée et en colère, d’une colère complètement irraisonnée. J’étais offensée et triste qu’il puisse penser que son mutisme ne m’atteignait pas, j’aurais voulu pouvoir le rattraper et lui crier à quel point j’avais eu mal mais je ne le fis pas. Je ne pouvais pas me permettre de lui montrer mes sentiments, mes faiblesses. Mon cœur se serra imperceptiblement lorsque je le vis s’asseoir aux côtés de la jeune femme. Cependant, j’aurais préféré mourir sur le champ plutôt que d’avouer que je crevais bêtement de jalousie.

Alors, comme il était coutume, je fuyais dans les loges et lorsque j’y arrivai, quelqu’un m’attendait patiemment.

Assise, le regard fixé sur moi, un sourire narquois collé sur le visage, Jade se tenait face à moi. Je savais que je ne pouvais pas fuir mais je n’étais pas d’humeur à faire face à ses gamineries donc, sans même marquer un temps d’arrêt, je traçai ma route jusqu’à mon casier sans lui jeter un coup d’œil. Je la sentis se lever derrière moi, je me tendis dans l’expectative.

-Tu ne peux pas faire comme si tu ne m’avais pas vue, rit-elle derrière moi.

-Je ne suis pas d’humeur à parler avec toi. Vas-y directement et dis ce que tu as à dire, répondis-je irritée.

-Tu sais, tout le monde ici veut prendre ma place. Toi comprise…

-Je ne vais pas te contredire, la coupai-je voulant qu’elle aille droit au but.

Elle se rapprocha jusqu’à ce que son corps soit collé à mon dos et passa une main dans mes cheveux. Ses doigts s’insinuèrent dans ma chevelure, tels de petits serpents vicieux, glissèrent le long de mon crâne, froids et durs, attrapèrent fermement mes longues boucles brunes, dès la racine, me faisant voir le plafond.

Sa voix, un simple murmure, susurra à mon oreille. Ses mots traversèrent mon cerveau, le trouant de part en part, me rendant folle – m’assommant de sa haine réciproque. Défigurée par la rage, les poings serrés tel que mes ongles s’enfonçaient dans ma chair, je donnai un violent coup de pied dans mon casier nous faisant vaciller en arrière.

Je profitai de son désarçonnement pour me défaire de sa prise, elle s’accrochait cependant avec force et réussit à m’entraîner dans sa chute. Nous tombâmes de concert, je me relevai néanmoins plus vite et entreprit de lui donner des coups de pieds dans le ventre. Tandis qu’elle criait de rage et de douleur, je me déchainai sur son pitoyable corps.

Je ne me contrôlais plus et quelque chose me disait qu’elle non plus. Elle m’attrapa la jambe me faisant chuter contre un banc. Elle me grimpa dessus, s’agrippant à moi, encrant ses ongles acérés dans ma peau. J’étais sonnée, ma tête avait frappé le banc, je fus d’autant plus troublée lorsque le premier coup atterrit sur ma joue.
Je pouvais sentir mon esprit partir, mon corps était ankylosé, je n’essayai même plus de me débattre. Cependant, comme mue par une volonté de vaincre qui m’était jusqu’alors inconnue, je me soulevai et me fracassai le crâne contre le sien. Elle tomba raide. La brume qui avait pris possession de ma tête disparut, laissant place à l’adrénaline dévastatrice. Je rampai agilement, attrapai Jade par le col et la giflai de toutes mes forces, dessinant sur mon passage de magnifiques traces rouges virant au violet.

-Jamais ! Tu m’entends ! Jamais ! hurlai-je aussi fort que je le pus.

Je continuai frénétiquement bien qu’elle se soit déjà évanouie. Des larmes de rage creusaient de longs sillons enflammés sur mes joues. J’étais consumée par la colère, mes mains étaient gonflées mais je ne ressentais rien, du sang coulait sur mon front mais je n’avais pas mal. Je souffrirais sûrement atrocement plus tard mais pour l’instant, je n’avais qu’une seule envie : la frapper pour lui faire ravaler ses paroles.

Je ne savais même pas si je respirais encore, je ne pensais – ne réfléchissais – plus. Ma vue se brouilla au bout de quelques minutes – cela aurait pu être des heures je n’aurais pas fait de différence. Je me laissai glisser à ses côtés. La pression descendit doucement, je tremblais de toutes parts. J’aurais dû me sentir coupable, regretter, avoir peur de moi mais je n’étais rien de tout cela. Étrangement, je me sentais bien – vraiment bien – comme soulagée d’un quelconque poids trop lourd pour mes frêles épaules.

Je me relevai et enjambai son corps inerte sans aucun état d’âme. Elle n’avait eu que ce qu’elle méritait. J’ouvris mon casier, pris mes affaires et regardai l’heure. Il valait mieux que je sorte par l’arrière. Dehors, l’air était glacial et la petite ruelle était déserte. Intérieurement, force m’était d’admettre que Jade et moi avions un point commun : nous étions désespérément seules. Personne ne viendrait nous chercher le soir après les répétions, aucune voiture ne nous attendrait au coin de la rue, personne ne patienterait devant notre porte.

Je titubai piteusement jusqu’à mon appartement tournant et retournant  mes idées noires, j’avais instantanément oublié Jade comme si rien ne s’était passé. J’étais gelée, je m’enlaçai fermement dans l’espoir de me réchauffer un tant soit peu et c’était non sans difficultés que j’arrivai à mon immeuble. Je montai les marches manquant régulièrement de tomber.

Il était là.

Devant ma porte se tenait Chris.

Nous nous regardâmes pendant un instant, les yeux dans les yeux, ne sachant pas trop quoi dire. Il ne se rendit compte qu’après coup de mes contusions, dès lors, son visage fut empli de quelque chose que j’étais bien incapable de définir et que je pris donc pour de la pitié.

J’aurais voulu avoir ma hargne habituelle, pouvoir lui cracher mon venin à la figure et lui crier que je n’avais pas besoin de sa pitié mais la vérité était que je me sentais misérable – pathétique  – tandis qu’il me fixait de ses yeux clairs. Il s’approcha. Une de ses mains frôla mon visage comme s’il avait peur de me casser. Je baissai la tête, le contournai et ouvris la porte. Nous rentrâmes et personne ne parla.

Le silence régnait dans la pièce sombre. Lorsque je me retournai après avoir allumé une lampe chevet, il avait disparu. Il revint quelque secondes plus tard avec un nécessaire de soins et me fit asseoir sur le divan. Toujours dans le silence le plus complet, il entreprit de panser mes blessures. Je me sentais gênée, ce silence, ami de mes nuits éveillées m’étouffait.

-Tu m’as vraiment manqué. Ne pus-je m’empêcher de dire tout bas.

-Avoue que tu es accro à moi ! rit-il pour détendre l’atmosphère.

Et je sus que tout était pardonné. Je lâchai la pression dans un petit rire. Je me sentais comme soulagée d’un poids qui écrasait mon cœur. Néanmoins, nous nous devions des explications.

-Je ne vais pas te demander si tu es décidée à devenir plus mature, reprit-il sérieusement en appliquant de la pommade sur mes bleus.

-Chris … essaie de me comprendre … quémandai-je lamentablement.

-Mais j’essaie ! Tu ne m’aides cependant pas beaucoup …

-Quand est-ce devenu si difficile ? chuchotai-je.

Je me posai réellement la question. Pourtant, en regardant tout ça de plus près, je me rendais compte que ça n’avait jamais été facile ou normal entre nous. Il y avait toujours eu cette sorte de tension palpable, prête à exploser à tout moment. Nous avions passé tout notre temps à rejeter la faute sur l’autre comme de petits enfants, à nous mentir par omission ou pas, à nous ignorer, à « faire comme si ». Je n’avais jamais voulu voir la vérité en face, jamais voulu le voir lui. J’avais passé mon temps à le prendre pour un pion sans jamais vraiment le regarder.

Je relevais le menton me retrouvant ainsi face à son regard insaisissable. Ses yeux bleus étaient durs, ils ne laissaient transparaître aucune émotion. Paradoxale. J’avais, à contrario, la désagréable impression qu’il pouvait lire en moi.

-Dis-moi la vérité, exigea-t-il.

-Quelle vérité ? demandai-je bêtement.

-Il n’en existe qu’une, rétorqua-t-il froidement.

Je mis un long moment avant de répondre. Honnêtement, je ne savais plus quoi dire. Non pas parce qu’il m’avait prise au dépourvu mais parce que j’avais passé tellement longtemps à jouer la comédie que je ne savais plus le sens du mot vérité.
-Je … ne sais pas, finis-je par admettre misérablement.

Et c’était vrai. Je ne savais pas. Tout comme je ne savais pas non plus ce qui me prit lorsque je me jetai sur ses lèvres. Il me laissa faire, attrapa mes hanches me rapprochant de lui. Je n’étais plus maîtresse de moi. Ma langue passa la barrière et dansa en cadence avec la sienne. J’avais mal, ma bouche était enflée mais je n’en avais que faire. Je le poussai en arrière violemment, ne quittant jamais sa peau. Je l’embrassais brutalement comme si c’était ce que j’avais toujours attendu. Je souffrais d’une douce douleur. J’arrachai sa chemise dans la précipitation, ondulai sur son corps.

J’étais guidée par mes instincts les plus bestiaux. Tel un animal libre, je me déchaînai sur son torse le griffant durement. Il était en ma totale possession. Je le dominai de toute ma superbe tandis qu’il consentait à se soumettre. Ses doigts rugueux caressaient mon dos brûlant, délicatement. Je mordillai sa chair devenue rouge et gonflée sous mes assauts.

Enfin, quand mes poumons ne purent plus supporter le manque d’oxygène, je balançai ma tête en arrière en grognant de façon inhumaine. Il sauta hors du canapé m’envoyant valser à l’opposé. Il tira fortement sur sa chevelure. Une expression d’incompréhension déformait son joli visage.

-Qu’est-ce … que ?! s’écria-t-il tirant de manière plus prononcée.

Je m’avançai d’une démarche chaloupée, le regard en feu. Puis, je le fis tomber assis sur le divan et, féline, mutine, grimpai à califourchon sur ses cuisses. Il tenta de parler tandis que j’entamais de langoureux mouvements circulaires de la tête afin de m’échauffer et me léchais les babines. Je souris, énigmatique et, commençai le festin. Je dévorai ma proie, arrachai toute sa venaison de mes canines acérées. Cela dura toute la nuit. Je n’étais jamais repue, toujours affamée.

Je me mouvais agilement dans cet enchevêtrement de pattes, griffes, charognes. Tout n’était que grognements indistincts, succions, craquements, claquements, lapements. Je me sentais enragée. Ma respiration était courte, je haletais bruyamment. J’abandonnai jusqu’à la plus petite parcelle d’humanité en moi. Je lâchai prise, laissant libre court à toute ma sauvagerie. J’émettais même quelques feulements.

J’ai faim.

Je suis avide.

Insatiable.

De sang.

De viande.

Mon besoin,

Mon désir,

Rien ne l’assouvie.

Rien ne le satisfait.

Correction du Tyran Embrasé:
 

Complément (microscopique) de Rimi da Gray:
 
 
Lullaby

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Connasse
Féminin Messages : 508
Date d'inscription : 28/07/2014
Age : 24
MessageSujet: Re: Métamorphose [TS]   Sam 14 Fév - 22:37

Juste une petite réclamation :
"je laissai les larmes m’inonder, l’afflux des larmes était trop violent" > il y a une répétition qui fait moche

Sinon pour le reste j'adore !

J'aime comme tu nous fais passer de la peur à la tristesse, puis au bonheur, puis à la colère, etc. Ce que j'aime le plus c'est la fin. Je me disais "cool, ils vont des bêtises hihihi" et en fait lui, il va faire plus rien du tout en fait ^^'. Tu nous amenais à cette chute depuis le début et pourtant à la fin elle arrive quand même à surprendre.
Bref il faut que tu postes d'autres textes, mais avec une fin heureuse !











Non je déconne :p .





Et pour me lire, jetez un coup d'oeil ici.

"En bref, j'aime ces lunettes !" Kyoukai no kanata (ouais ça m'a marquée)



 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
Féminin Messages : 1322
Date d'inscription : 29/07/2014
Age : 19
Localisation : Between the peanuts and the cage
MessageSujet: Re: Métamorphose [TS]   Dim 15 Fév - 17:08

Oh, Lulla, tu peux pas savoir comme c'est merveilleux d'arriver et de lire un texte déjà corrigé
Du coup, j'ai encore plus apprécié le texte de Popi Smile

J'aime bien ce personnage, mais je n'arrive pas à le cerner. En fait, je pense que c'est le but puisqu'elle-même n'a pas l'air de très bien savoir qui elle est ^^

Lulla a écrit:
Ce que j'aime le plus c'est la fin. Je me disais "cool, ils vont des bêtises hihihi"

J'adore la manière dont Lulla rigole :') Ce que j'ai beaucoup aimé sur la fin c'est cette manière de comparer le sexe à une boucherie, c'était cool

Sinon pour les petits défauts, je plussoie la répétition soulevée par Lulla et j'ajoute :

Popi a écrit:
Je me rappelais de toutes ces fois où j'avais eu peur.

On ne se rappelle pas DE quelque chose, c'est une faute de français Smile

Écris plus souvent, c'est super agréable

 
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MessageSujet: Re: Métamorphose [TS]   

 
 

Métamorphose [TS]

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