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 Los Caprichos [S]
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Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 15 Avr - 23:39

10) Florence :

Elle m'évoquait le sud d'une Italie chaude et riante alors que je savais pertinemment qu'elle venait d'un nord glacé et austère, ce qui prouvait bien à quel point la simple bise d'un nom suffisait à mettre mon cœur en berne. Pourtant, il m'était toujours apparu qu'un nom seul faisait bien plus rêver qu'un long voyage.
Aussi ne me lassais-je jamais de prononcer celui de Florence que je sentais fondre dans ma bouche comme un baiser sucré. Du moins était-ce la représentation que je me faisais alors d'un baiser. Le mot « baiser » était sûrement un autre leurre adorable à déclamer.
Il y avait d'abord le « f ». Quelque chose d'un peu rude et froid, comme le vent mais qu'adoucissait quelque peu le « l » par sa légèreté tel un vol d'oiseaux sauvages au goût de liberté. Venait ensuite le « o » qui disait d'admiration et d'étonnement. Puis le « r » qui réchauffait ma gorge en roulant sur mon palais. Le « en », un peu primaire, venu d'un souffle, cri de soulagement après l'effort. Et pour finir, le sifflement du « c », doux comme un chuchotement.
Y avait-il plus beau prénom que le sien ? Je le murmurais tout bas pendant mes journées en détachant les sons. Il avait la force d’une prière, d’un talisman. Je me prenais à vouloir écrire partout ces huit lettres sacrées : entre les notes de mes carnets, sur les fenêtres embuées et sur mon corps tout entier. Je n'allais jamais au bout de mon envie, par peur sans doute.
C’était mon secret, une formule magique qui transformait la vie en une merveille fabuleuse. Deux syllabes suffisaient à me transporter de joie, je ne voulais les partager avec personne d’autre de crainte de rompre le charme.
J'ai tant rêvé son nom que j'ai dû en oublier le reste. Était-elle brune, blonde ou rousse ? Souriait-elle du même sourire bienveillant qui m'avait tant frappé chez Daphné ? Avait-elle un petit point au-dessus du sourcil gauche comme Eurydice ? Était-elle une révolutionnaire comme Amandine ?
J'aurais été bien en peine de m'en souvenir. Comme souvent au cours de mes voyages, je fermais les yeux pour mieux voir.



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Eilift

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Dim 19 Avr - 11:33

Ouah. Juste Ouah.
J'ai adoré le texte sur Audrey mais Juliette m'a troué le coeur. Surtout avec Sugar Cane d'Izia dans les oreilles. Mais c'est magnifique, ils sont tous magnifiques.
Continue, je lirai toujours ~
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 22 Avr - 18:16

Merci Lu pour ce commentaire tellement gentil, ça m'a... troué le cœur *.*

11) Séléné :

J'aurais aimé rencontrer davantage de filles comme Séléné. Je l'ai connue trop tôt, peut-être, mais je n'aurais pas voulu qu'il en soit autrement.
Je l'ai présentée à mon pote Jimmy lorsque j'ai commencé à étudier sur Paris. C'était peut-être une mauvaise idée, je ne sais pas trop.
Putain, elle est trop bonne !
S'est exclamé Jimmy une fois qu'elle est partie.
J'ai haussé les épaules en souriant. Jimmy parlait de toutes les femmes de cette manière. Étrangement, c'est seulement à cet instant que j'ai réalisé qu'elle était devenue une femme. Lorsque je l'ai revue, je l'ai regardée vraiment. C'est vrai qu'elle était belle avec ses airs de demoiselle débarquée de la lune qui s'émerveillait de tout.
Cette révélation était plutôt déstabilisante. Elle avait toujours été là comme une évidence et je ne me posais pas de questions. Je l'aimais d'amour. Avec une infinie tendresse.
Je n'avais pas à la séduire. Elle ne cherchait pas à me séduire non plus. Je ne l'associais pas à ces grandes dames aux genoux desquelles j'avais envie de me prosterner. Pour moi, elle était toujours une petite fille aux yeux grands ouverts et je ne pouvais la voir d'une manière différente. Elle grandissait, le regard des Autres sur elle s'en trouvait modifié. Pas le mien.
A tel point que je me demandais parfois pourquoi elle avait tant souffert d'avoir changé. A mes yeux elle était la même depuis le premier jour. La même sous le maquillage et les envolées lyriques, la même sous les regards mystérieux et les sous-entendus piquants, la même sous les jupes remontées et les rires travaillés.
Elle essayait parfois comme les autres femmes que j’ai rencontrées de me faire parler de Maman, mais je m’y refusais, non pas parce que je n’en avais pas envie mais parce qu’il n’y avait rien à dire. C’est peut-être cela qui l’a mise en colère, je ne sais pas, je n'ai rien vu venir. Mon erreur était de l'avoir considérée comme acquise. On croit toujours que notre petite sœur nous est due jusqu'au jour où l'on découvre que l'on l'a perdue.



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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 29 Avr - 21:08

12) Audrey :

C'était la première fois que je participais à une soirée avec autant de filles. Les femmes dansaient leur sabbat et elle était là, à côté de moi sur un canapé à les regarder. C'était merveille à voir. La lumière permettait tout juste de saisir les contours de leurs corps, qui ondulaient avec une tranquille assurance et par moments, on capturait l'éclat de leurs yeux dans lesquels on lisait la complicité de millénaires passés à partager les mêmes secrets de femmes.
Leurs pieds semblaient agités par une force démoniaque. Elles se mouvaient en cercle, faisant voler les tissus de leurs robes comme autant de voiles délicats. Leurs lèvres rouges s'étiraient en sourires cruels et elles semblaient m'inviter comme si j'étais des leurs, alors qu'il existait entre nous un abîme infranchissable. J'étais Autre.
Elle a bougé un peu à côté de moi. Elle portait ce qu'elle appelait sa robe de princesse. Je n'entendais pas la musique, mais elle était trop forte pour parler. Elle s'est penchée à mon oreille et elle a crié pour s'adresser à moi :
Des sorcières-oiseleuses !
Ce n'était probablement pas ce qu'elle cherchait à me dire, j'ai perdu ses paroles entre les notes folles des guitares et les jambes nues des filles.
J'ai tourné la tête vers elle et j'ai souri comme si j'avais compris. La voir était comme écouter une chanson triste, belle et poignante. Je ne l'ai jamais tant aimée qu'au milieu de cette folie nocturne. Pourtant, au centre de la pièce, leurs hanches continuaient à m'appeler. Des sorcières-oiseleuses. Elles n'attendaient qu'un instant de relâchement de ma part pour m'emprisonner dans leurs cages et il ne faisait aucun doute qu'elles y parviendraient.
Audrey a appuyé la tête sur mon épaule. J'ai fermé les yeux. Elles étaient arrivées à leurs fins.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 6 Mai - 21:18

13) Chloé :

Chloé était comme mon maître d'apprentissage. Avec elle, j'avais sans arrêt l'impression de redécouvrir la vie, le monde, tout ce que je croyais connaître depuis toujours.
Quand as-tu couru pour la dernière fois ?
Je ne me souvenais plus. Elle a attrapé ma main et nous avons commencé à courir de toutes nos forces. Tout est revenu d'un coup : le vent dans nos cheveux, sur nos visages, la sensation d'être libres, invincibles et par dessus tout nos rires qui sonnaient comme ceux des enfants.
Depuis combien de temps n'avais-je pas goûté à cette ivresse ? J'en savourais chaque seconde avec émerveillement jusqu'à ce qu'apparaissent les premiers signes de fatigue. J'ai cessé ma course avec un immense sourire plaqué sur mon visage. Elle s'est arrêtée quelques foulées plus loin et elle s'est retournée vers moi. Puis elle a ri, un rire charmant.
Allons, tu ne pouvais pas courir plus longtemps ?
Elle a encore pris ma main comme cela plusieurs fois pour m'entraîner à la découverte de merveilles toujours plus savoureuses. Elle m'a appris à manger avec des baguettes, les mots « coquecigrue » et « petrichor », le jazz et Liverpool. Elle m'a appris à monter sur les toits, la cigarette, les sourires qui s'entendent, le volley-ball et Léonard Cohen. Elle m'a appris les poèmes en prose, l'aube, les macarons, le musée d'Orsay et le logarithme népérien.
Ne laisse jamais personne te faire croire que la vie n’est pas merveilleuse, d’accord ?
Je ne pouvais que l’approuver, parce que c’était vrai : en ce temps là rien n'était laid puisque tout dépendait d’elle.
Comme cela était doux. Cependant je savais au fond de moi que ça ne durerait pas. J'ai senti qu'elle me préparait doucement à un apprentissage douloureux, une expérience essentielle mais qu'elle répugnait à me faire connaître.
Il est difficile lorsque l’on a compris que quelqu’un nous aimait de faire comme si de rien n’était. Je ne lui en veux pas. Notre relation déjà étrange ne pouvait se poursuivre sans devenir suspecte. Le moment venu, j'ai compris qu'elle ne m'enseignerait plus que la solitude.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 14 Mai - 22:01

Aujourd'hui deux Caprichos pour me faire pardonner d'avoir oublié de poster hier et parce que je trouve qu'il ne sont pas aussi biens que je voudrais Wink

14) Suzanne :

Suzanne se tenait là, face à moi, belle comme seule pouvait l'être une femme peinture. Elle voulait me parler, je crois. Elle voulait me dire quelque chose.
Ce n'est pas plutôt toi qui a quelque chose à me dire ?
A ces paroles, j'ai cru que j'allais défaillir. Je l'aimais, oui, mais je savais qu'elle ne voulait pas l'entendre. Je pourrais avouer peut-être, mais cela était inutile. Je préférais me taire. Elle ne voulait pas l'entendre.
Pas entendre ? Est-ce une raison pour me cacher la vérité ?
Je ne voulais pas qu'elle sache. Je ne voulais pas la perdre comme j’avais perdu Chloé, parce que mon amour se nourrissait de vide. Je n'attendais rien d'elle, rien du tout. Ce n'était pas un mensonge, je ne faisais que la protéger d'une vérité qu'elle ne voulait pas connaître. Je voulais seulement attendre ce futur passé où tout serait terminé, où je ne l'aimerais plus et où je n'aurais plus rien à lui dire.
Alors tu aurais dû me rencontrer dans ce futur passé.
J'ai eu envie de crier à l'injustice. Un autre temps, un autre lieu, un autre amour, avais-je le choix ? Était-il si difficile de comprendre que j'aurais donné n'importe quoi pour ne pas souiller sa belle personne de mes pauvres fantasmes blessés ? Je n'étais pas une machine, les femmes ne pouvaient escompter que je vive dans l'ombre de leurs charmes sans y succomber.
Si j’avais pu éviter de tomber dans leurs pièges, je l’aurais fait. Tout aurait été plus facile et j’aurais peut-être même pu toucher le bonheur, qui sait ? Était-ce un crime si impardonnable d’aimer sans rien exiger ?
Ses sourcils se sont froncés, elle allait ajouter autre chose en réponse, mais elle a disparu avant d'en avoir eu le temps. Puis soudain, j'étais dans mes draps, en sueur. J’ai mis un peu de temps avant de comprendre ce qui se passait. C'était la première fois que je rêvais d'une femme.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 14 Mai - 22:03

15) Laure :

J'avais mille choses à dire à Laure et il me semblait que le temps me faisait défaut pour les lui révéler. Lorsque je songeais à rédiger la liste de ces choses, il n'en venait jamais aucune. Les mots s'arrêtaient au coin de mes lèvres et formaient une drôle de purée verbale dans mon cerveau.
Notre relation me paraissait une évidence. Formuler la nature de notre lien le réduirait à néant, le rendrait absurde et laid. Malgré tout, je voulais savoir si elle aussi sentait cette force qui nous unissait au-delà du dicible. Je n'ai pas pu le lui demander.
Tu m'as troublée.
M'a-t-elle dit un jour. J'ai hoché la tête sans comprendre, et le soir j'ai ouvert un dictionnaire, tout en sachant que cela ne m'aiderait pas à savoir ce qu'elle avait voulu me signifier.
Avais-je altéré sa beauté ? L'avais-je dérangée, perturbée dans ses activités ? Suscitais-je une vague inquiétude chez elle ? Lui faisais-je perdre le fil ? Ou éveillais-je son désir ?
J'ai refermé le dictionnaire qui n'avait été d'aucune aide. Je cherchais chez elle des signes qui pourraient m'indiquer la voie, me montrer qu'elle avait conscience de mon amour et qu'elle désirait y répondre.
J’ignorais alors combien de fois je me poserais ces questions. Je m’extasiais de chaque indice, me méprenant en songeant que cette fois il ne pouvait y avoir de doute. Ce n’étaient que des coïncidences.
Elle me laissait dans une douce incertitude, et je me prenais à penser qu'elle en tirait beaucoup de plaisir. Dans ma tête s'emmêlaient les gestes, les contacts, les paroles qui se multipliaient entre nous.
Comment devais-je interpréter ce sourire satisfait ? Y avait-il une raison pour laquelle elle se souvenait d'une action que j'avais réalisée des mois plus tôt ? Quel était la bonne signification du mot « troubler » ? J'ai ouvert une centaine de fois le dictionnaire à nouveau, toujours à la même page, mais il n'a jamais répondu.



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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 21 Mai - 21:19

16) Anaëlle :

J'ai entretenu avec Anaëlle un correspondance enfiévrée. Le fait de ne pouvoir la contempler et de me contenter de me la représenter mentalement en faisait une sorte d'Idéal parfait. L’inconnu fascine, séduit. Je ne connaissais pratiquement rien d’elle, mais elle me plaisait justement pour cette raison : elle était un univers à découvrir.
J'aimais la manière dont elle traçait ses lettres, la courbe de ses « g » et la paresse de ses « b ». J'aimais ses tournures, les expressions qui revenaient et les formules de politesse élégantes par lesquelles elle terminait ses lettres, comme :
Au plaisir de t’écrire à nouveau.
Elle me semblait très cultivée, elle avait toujours un musicien, un roman ou un musée à me présenter. Je me souvenais de toutes ses références, je me débrouillais pour les posséder sitôt évoquées et je m'abandonnais dans la contemplation du tableau, dans la lecture d'un auteur, dans la douceur d'un saxophone avec l'impression de me rapprocher d'elle.
Elle me racontait aussi sa vie personnelle. Je l'admirais davantage à la fin de chaque lettre. Elle savait saisir la quintessence de chaque fragment de vie et le retranscrire de manière si admirable que j'avais l'impression d'avoir vécu tous ces instants.
Nous parlions d'amour parfois. C'était miracle que de la lire tandis qu'elle tentait de démêler la complexité des sentiments et la confusion qu'ils ne manquaient pas d'entraîner.
La fougue de sa plume me faisait prendre conscience qu'elle était avant toute chose un être passionné, et de fait elle faisait naître en moi une passion des plus folles. J’espérais sans y croire que naîtrait de nos échanges une idylle épistolaire, que je pourrais la glorifier de toute la frénésie de mon stylo.
Je guettais le passage du facteur dans une attente pleine de frénésie, m'inquiétais lorsque je restais trop longtemps sans nouvelles. Il m'arrivait de rester des heures devant ma boîte aux lettres tant elle me manquait.
Je cherchais une belle tournure pour lui avouer mes sentiments, mais elles me semblaient toutes ridicules lorsque je relisais un passage sur sa vision du Beau. Qui écrit encore des lettres pour séduire de nos jours ?
Je gardais le silence, me laissant subjuguer par cette incroyable femme qui à défaut d'être un visage était devenue déesse.



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Iskupitel

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Sam 23 Mai - 17:08

J'aime beaucoup Anaëlle
J'aime beaucoup les relations épistolaires, et je trouve que ton chapitre est très touchant !
J'aime beaucoup ~

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 27 Mai - 19:11

Isku, tu commentes un texte long non terminé ?
Je suis très touchée que tu aimes en tout cas :3
Mid, n'oublie pas que tu as promis quelque chose Wink


17) Camille :

Je me souviens surtout de sa voix. Non, en fait, je ne me souviens que de sa voix. Une belle voix grave et éraillée, douce et posée. Une voix de fumeuse.
Elle-même me faisait l'effet d'être toujours absente. J'ai fini par comprendre qu'elle était aussi insaisissable que la fumée de cigarette. J'avais toujours eu un faible pour les femmes courants d'air.
Elle articulait chacun de ses mots avec soin, et chacun de ses mots l'espace d'un instant semblait le plus beau du monde. Le mot que je préférais l’entendre dire était “Psychopathe”, parce que ses “t” lui faisaient des joues de hamster et que c’était adorable.
J'aurais pu passer des heures à l'écouter, à apprendre chacune de ses intonations, des millions de nuances qu'elle donnait à son timbre. J’ai essayé parfois de l’imiter pour comprendre en quoi elle me fascinait. Je n’ai pas obtenu de résultats très concluants.
Lorsqu'elle parlait en langue étrangère, sa voix se teintait d'une saveur nouvelle, devenait exotique ou métallique. Son espagnol était particulièrement délicieux, ses mots se teintaient de soleil et de fougue ibérique. Quant à son anglais, il avait quelque chose de grave et solennel.
Je l'ai entendue chanter quelques fois. Elle cessait sitôt qu'elle comprenait que mes oreilles lui dérobaient son chant, avec sur le visage un air à la fois gêné et furieux de s'être laissé prendre.
Elle disait que chanter était quelque chose de personnel, une manière d’entrevoir l’âme de quelqu’un. Si c’était vrai, elle avait l’âme d’un ange. A moi, il me semblait avoir entendu le chant du cygne et si j'avais dû mourir à cet instant, j'aurais eu le sentiment que ma vie était accomplie.
D'ailleurs, j'avais toujours l'impression lorsque je l'entendais que cette fois serait la dernière, qu'elle finirait par s'envoler, aussi muette que la fumée des Havanes et que je me trouverais là, avec l'horrible sentiment que le monde était une suite de sons discordants, tandis que la belle voix de Camille articulerait :
Adieu.



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Void

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 27 Mai - 19:37

C'est fou comme tu arrives a me faire aimer de plus en plus ces textes ^^

Au tout début je me disais "ouais.. pourquoi pas..."
Et maintenant je lis tout a chaque fois ^^'

Merci pour ces petits moments de plaisir ~



Attention, l'ombre vous observe
 
Midnight

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 28 Mai - 18:14

Oui, c'est trop bien

Pis celui-ci parle de voix, alors forcément je ne peux que l'aimer *^*

Je trouve que la forme de petits textes, régulièrement, est vraiment sympa, j'aime beaucoup.

Continue



La Mère Patrie vaincra ~

"Je croyais qu'on allait jouer à cache-cache..."
Le petit Arthur, sept ans


 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 3 Juin - 21:08

Eh ben alors, je dois avoir fait un truc pas trop nul pour que Void daigne me lire et me commenter xD
Plus sérieusement, merci beaucoup, je suis vraiment touchée, et agréablement surprise, je pensais que ce serait plutôt le contraire qui se produirait et que le lecteur se lasserait après avoir compris le principe.
Mid, merci, t'as vu, j'ai le sens du marketing
Je vous avoue que je n'aime pas beaucoup celui-ci mais le suivant est mieux et le 20ème me plait particulièrement ~

18) Axelle :

Il m'était impossible de conserver la maîtrise de mon corps lorsqu'elle était là.
Je me faisais violence pour garder un visage impassible alors même que je ressemblais à ces personnages de cartoons dont les yeux sortent de leurs orbites.
Si elle ignorait la nature de mes sentiments pour elle, elle devait bien être la seule. En sa présence, j'avais un sourire idiot plaqué sur le visage en permanence, je parlais haut, je changeais de posture. Je faisais tout pour attirer son attention et récoltais le moindre regard comme un bien précieux.
Même si c'était ridicule. Je préférais qu'elle me haïsse plutôt qu'elle ne me remarque pas.
Je la taquinais, exprimais de idées absurdes que je ne partageais pas mais qui me démarqueraient à ses yeux du commun des mortels, je me retranchais dans la violence, mes propos devenaient radicaux.
Tout en moi devenait extrême, à l'image de mon amour. Les Autres autour me semblaient plats, inintéressant et je lisais même parfois dans leur regard ce qui ressemblait à de l'indifférence. J'avais envie de leur arracher les yeux pour qu'ils n'arborent plus cette expression. Comment se faisait-il que mes sentiments ne concernent pas la monde entier ? Comment osaient-ils exister alors que j'aimais Axelle ?
Je ne supportais pas que son attention soit détournée de moi, je voulais qu'elle me consacre chacune de ses minutes comme je lui consacrais chacune des miennes. Elle ne s’en rendait pas compte. Ses yeux bleus m’accordaient quelques secondes, le temps que je puisse m’y noyer avant de se reporter sur quelqu’un d’autre.
Cette seconde était suffisante pour motiver les mille tentatives suivantes pour attirer son regard. Je devais être insupportable, elle ne savait plus que faire pour se débarrasser de moi, ne comprenait pas pourquoi j’étais incapable de la laisser.
C’est là que j'ai pris peur. Les Autres se posaient des questions, menaçaient de tout comprendre et de tout révéler. Je n'avais pas le courage de l'affronter.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 10 Juin - 14:49

19) Louise :

Je n'avais aucune certitude que Louise était bien son prénom. C'était peut-être celui de sa sœur ou d'une amie. Il était écrit en grosses lettres capitales sur sa valise rouge.
Elle était brune et elle avait la tête d'une provinciale. C'était vraiment grisant. Elle se tenait bien droite, le menton fier. Elle souriait. Un petit sourire en coin, comme si elle se moquait un peu du monde. Une fille qui souriait dans le métro, ça me plaisait beaucoup. Les filles de Paris ne savent plus faire ça.
La place à côté de moi s'est libérée, elle s'est assise. J'ai respiré son odeur et je l'ai rangée dans mon souvenir avec les mille odeurs de femmes qui s'y trouvaient déjà et que je connaissais toutes par cœur à force de les avoir espérées.
Elle a remué un peu pour croiser les jambes. J'ai senti sur mon bras nu ses cheveux de femme, cette caresse indicible qui fait fondre et mourir. J'ai fermé les yeux pour savourer l'instant.
Elle a fait tomber quelque chose. J'ai hésité à l'aider à le ramasser. On aurait pu avoir une rencontre de métro : ce moment où les mains se rencontrent, puis les regards se croisent, excusez-moi, pas de mal, coup de foudre peut-être. Mais non. J'ai hésité trop longtemps.
A la place, je l'ai sentie se pencher, frôler mes chaussures de sa main, mes genoux de ses épaules, et ses cheveux, toujours ses cheveux sur ma peau.
Je voulais hurler, crier au secours, demander grâce, mais cela aurait été indécent. J'ai gardé le silence.
Elle est descendue à Denfert-Rochereau et je ne l'ai pas suivie.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 17 Juin - 16:52

Voici le 20ème Capricho ! 25% les gars !

20) Jade

Elle était un peu superficielle, sûrement. Le genre à vous faire patienter des heures dans une antichambre le temps qu'elle s'apprête, puis apparaître, superbe, en s'excusant de son aspect négligé.
Une jolie plante au nom et au cœur de pierre qui ajustait avec soin chacun de ses pétales. Jade.
Lorsque je lui adressais un compliment, elle esquissais une petite moue exquise pour le saisir élégamment, sans rougir ni faire montre de fausse modestie.
Elle me rappelait parfois Maman, ou du moins l'idée de Maman, constituée de bribes de souvenirs flous. Elle trouvait toujours à redire sur tout et répétait que mes erreurs la tueraient, triomphant uniquement lorsqu'elle devinait mon visage rongé de culpabilité.
Je ne protestais pas, c'était trop de bonheur qu'elle me choisisse plutôt qu'un Autre comme victime de ses tourments. Je voulais être sa chose, faire tout ce qui était en mon pouvoir pour la rendre heureuse, et s'il me fallait pour cela subir ses humiliations, j'affronterais cette nécessité sans broncher.
Si elle sentait mon désir de lui parler, qu'elle me voyait la supplier du regard de m'accorder une miette de son affection, elle me tournait le dos en jubilant.
Son dos. Quel dos ! Je voulais presque lui demander de me le tourner plus souvent. Ses vêtements descendaient toujours bas sous sa nuque, et sa peau nue ainsi dévoilée lui donnait l'air fragile d'une princesse à protéger.
Je ne désirais que toucher ce dos, le voir en entier, retirer ses vêtements qui le voilaient à ma vue mais me suggéraient ce qui se trouvait au-delà.
Je savais pourtant que cela m'était interdit. Elle avait le goût d'une rencontre de profil - en face il arrive que l'on trouve le courage de dire les choses - et si elle a éprouvé la moindre affection pour moi, elle ne m'en a jamais fait part.

SOS commentateur en détresse:
 



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Kaw'



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Lun 22 Juin - 13:58

Personne pour commenter avant, que je puisse approuver/désapprouver ce qui a été dit ? D: (je suis trop mauvaise commentatrice pour réussir à répondre directement )

En relisant tout tes Caprichos pour chercher mes préférés, le seul mot que je trouve pour les six mots demandés, c'est "frustration" (d'autant plus que tu arrives à finir magnifiquement tes Caprichos)
Résultat je t'en mets beaucoup plus que 3, mais comme ça, ça répond en partie à la question sur ceux que j'aime le moins :')
1/ Juliette. Parce que... Je sais pas, mais c'est un de ceux où la frustration est la plus forte, ce moment bref regretté longtemps parce que Je n'a pas osé lui parler.
2/ Justine. Le futur passé, la violence interne...
3/ Louise. Comme Juliette
4/ Chloé, qui vient de passer de 2ème à 4ème x) Beaucoup moins de frustration évidemment, mais une petite description et une brève énumération qui arrivent à faire rêver, avant le choc de la solitude.
5/ Laure. Entre autres pour le dictionnaire qui n'a jamais répondu (désolée si je ne m'étends pas, faut que je parte x) )
6/ Camille
7/ Maman (en plus il y a moins de choses à dire à la fin x) )

Au fait : Il y a un "que" en trop dans cette phrase sur Anaëlle, non ? "C'était miracle que de la lire tandis qu'elle tentait de démêler la complexité des sentiments et la confusion qu'ils ne manquaient pas d'entraîner."
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Lun 22 Juin - 15:28

Ah, merci Kawy, je désespérais que quelqu'un réponde à mon appel (zut, je l'ai lancé le 17 juin, à un jour près j'y étais !)
Tu as peut-être l'impression que ce n'est pas grand-chose, mais ça m'a quand même bien servi (et puis fait plaisir Wink ). Le mot "frustration" me ravit *.*
Je suis contente, parfois un peu surprise des Caprichos que tu as aimé, je m'en souviendrai Smile
Et concernant Anaëlle, ce n'est à mon avis pas techniquement incorrect, peut-être moins joli ? Oui, moins joli, je vais le retirer, merci Very Happy

 
Kaw'



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Lun 22 Juin - 15:56

En relisant effectivement ce n'est pas faux, mais ça fait beaucoup de "que" (QUE de la lire tandis QU'elle [...] QU'ils ne manquaient pas") x)
(Et les derniers de ma sélection sont pas forcément justes)
 
Midnight

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Dim 28 Juin - 21:42

Bon allez, je cesse de te faire languir :p

Donnez-moi trois mots que vous évoque cette histoire.
"Frustration" me semble en effet un bon mot.
Et sinon bah... je vais faire dans l'évident mais "femmes" et "sentiments".

Donnez-moi trois mots que vous évoque le personnage principal.
Je saurais pas trop donner de mots, disons que je perçois une sorte d'effacement voire de soumission (pas au sens FSOG hein, je vous vois venir Razz) aux femmes qu'il fréquente.

Percevez-vous une progression dans l'état d'esprit du narrateur et/ou la nature de ses relations avec les femmes qu'il fréquente ?
Globalement je sens une sorte de progression dans l'intensité de ses sentiments et des relations, mais je pense que tu pourrais l'accentuer un peu plus (je pense que ce sera fait par la suite). Ça rejoint la dernière question, mais je trouve que parfois l'ordre n'est pas très judicieux par rapport à cette évolution.

Quels sont vos trois Caprichos préférés ? (de celui que vous préférez à celui que vous aimez un peu moins)
Bon, je suis pas sûr de l'ordre, mais je dirais :
- Camille, parce que celui-ci parle d'une voix et que du coup je ne peux qu'aimer , et puis j'aime beaucoup cet amour qui ne passe presque que par la fascination d'une voix. *^*
- Chloé, parce que j'aime beaucoup cette idée d'apprentissage, et comme le dit Kaw l'énumération fait rêver.
- Amandine, parce que j'ai trouvé trop bien cette image enfantine et ce rejet de l'amour. Je sais pas pourquoi, mais j'aime particulièrement cette phrase : "Je ne l'imaginais qu'avec un Prince Charmant". Ça colle parfaitement au côté petite fille, ça cerne bien le personnage, et puis c'est mignon .
- Un petit quatrième, Daphné, parce que j'aime bien cette relation par le regard et le sourire.

Quels sont les trois Caprichos que vous aimez le moins ? (de celui que vous aimez pas du tout à celui que vous aimez un peu moins)
Plus difficile à dire...
- Peut-être Kate, sans doute parce qu'elle paraît moins "unique" que les autres, même si j'aime bien les dernières phrases.
- Axelle, parce que là encore je la trouve moins unique, même si il y a ici aussi quelques phrases que j'aime beaucoup, et qu'on perçoit quand même un amour assez fort.

Est-ce qu'il y en a que vous trouvez vraiment trop courts ? (sachant que de toute façon je les rallongerai tous mais quand même)
Pas particulièrement, mais je prendrais plaisir à en lire plus. Wink

En conclusion, j'aime beaucoup le principe, et puis je trouve que c'est une affaire rondement menée alors c'est cool
Continue



La Mère Patrie vaincra ~

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 15 Juil - 14:12

Après une petite pause de réflexion, je vous poste 5 Caprichos d'un coup (allez quoi, c'est pas très long Wink )
Merci beaucoup Mid pour ton commentaire, ça m'a beaucoup servi pour réfléchir à comment je vais modifier ce premier jet Wink

21) Marina :

Quel nom donner à une sirène des bords de mer lorsque la mémoire nous fait défaut ?
Marina.
Ont suggéré les mouettes avant de ricaner de ma bêtise.
Sur cette même plage, ces mêmes mouettes se taisaient lorsqu'elle foulait le sable, comme si elle était leur reine et qu'elles lui devaient allégeance.
Les touristes délaissaient cette côte, trop sauvage, trop venteuse, trop rocheuse. Il n'y avait que nous deux pour trouver le courage de nous promener. Il a plu tout le temps que durèrent nos rencontres.
Tandis que nous arpentions la plage, il arrivait qu'elle ferme les yeux et se dresse vers le ciel, comme une plante, pour invoquer un soleil qui ne venait pas et l'encourager à la nourrir de sa lumière. A la fin de ses tentatives infructueuses, elle souriait en haussant les épaules et en secouant ses cheveux mouillés de pluie.
Nous criions parfois sur la côte déserte, en direction de la mer. Le vent couvrait nos paroles, je n'ai jamais pu comprendre quel secret elle confiait aux flots noirs. Les vagues revenaient lui lécher les pieds, imperturbables. Elle levait les yeux pour contempler l'horizon et son regard se chargeait d'une douce mélancolie.
Comme elle était belle lorsqu'elle resplendissait ainsi d'amour pour la mer. On aurait dit une épouse de marin qui attendait vainement le retour d'un navire dont les rumeurs murmuraient le naufrage, mais qui savait que, quelque part, son mari était encore en vie.
Ses seins pointaient à travers son Tee-shirt sous lequel elle ne semblait rien porter. Je ne doute pas que si les jours avaient été meilleurs, elle l'aurait retiré sans pudeur.
Alors, j'aurais sans doute été bien en peine de ne pas me jeter sur son corps d'ivoire pour en goûter le sel. Mais les beaux jours ne sont pas venus, soit qu'elle soit une statue sacrée dont je n'étais pas digne, soit que la chance ne m'était pas favorable.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 15 Juil - 14:14

22) Nolwenn :

Je veux serrer Nolwenn dans mes bras. L'évidence m'est apparue ce matin. Elle n'est pas là, mais elle me manque et je souffre de ne pouvoir oublier le monde un instant dans cette chaste étreinte.
J'aurais pu tout lui donner, mais ses yeux m'interdisaient silencieusement de l'aimer. Alors, progressivement, j'ai accepté. J'ai laissé mes sentiments se détacher de moi, j'ai appris à la désaimer.
J'ai aimé des dizaines d'autres femmes et j'ai cessé de penser à elle. Et aujourd'hui cependant, je me prends à songer que je mourrai si je ne peux la revoir, même pour un bref instant.
C'était peut-être une chanteuse de jazz, une odeur dans un pressing, une robe blanche ou des cheveux bruns. Le souvenir est revenu, elle était de nouveau cette femme qui avait su me séduire.
Je voudrais lui expliquer que je l'aurais sûrement beaucoup appréciée si je ne l'avais pas désirée si passionnément. Que nous aurions pu vivre une belle amitié, que nous avions tout en commun, qu'elle était mon âme sœur et que je resterais à jamais coupable d'avoir laissé mon cœur s'éprendre d'elle.
Elle me repousserait, sûrement. Je sentirais naître en moi un sentiment ignoble, quelque chose comme... de la frustration. Cette frustration mille fois vécue de ne pouvoir la toucher pour ne pas désobéir aux règles de la décence. Pourtant je ne l'aime plus, je l'ai désaimée, joliment désaimée, désaimée à la folie...
J'ai réalisé qu'une femme que l'on a aimée, on l'aime toujours un peu. Elle ne voudra pas me revoir, je le sais.
Elle ne pourra pas me pardonner, et c'est bien normal : on peut tout pardonner à quelqu'un sauf de nous aimer.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 15 Juil - 14:15

23) Ophélie :

C'est au détour d'un chemin que je reçus d'Ophélie mon premier baiser. Elle a expliqué dans un souffle :
Je voulais voir comment c'était.
Elle a grimacé :
Tu embrasses vraiment mal, on dirait que tu n'as jamais fait ça de ta vie. Tu ne devrais pas ouvrir tant la bouche !
Puis elle s'est enfuie en courant, réalisant sûrement ce qu'elle venait de faire après cet instant d'égarement.
Je restais là, les lèvres encore chargées du goût cerise des siennes et l'esprit étourdi comme si elle l'avait privé d'oxygène. J'aurais voulu que l'on ne m'embrasse jamais, c'était trop beau pour moi.
Lorsque je répétais le prénom de Florence, j'avais parlé de l'image de le laisser fondre dans ma bouche comme un baiser. A présent je le savais, le mot "baiser" n'était pas un leurre. Il possédait un mystérieux pouvoir magique, montrait les femmes dans leur fragilité, les rendait humaines, susceptibles de céder à des nécessités que le divin aurait dû ignorer.
Pourquoi devait-elle s'abaisser à me toucher ? Par quelle mystérieuse motivation ? Je ne voulais être que son ombre, l'idée même qu'elle puisse désirer m'effleurer me plongeait dans l'incompréhension.
Et cependant, je ne pouvais m'empêcher de ressentir une immense satisfaction : ainsi, elle possédait une faille ! Il m'était possible de l'atteindre, de me placer à son niveau.
Peut-être n'allais-je pas ramper toute ma vie aux côté d'une femme, peut-être y avait elle une place pour moi dans les bras de l'une d'entre elles, peut-être aurais-je les même droits qu'un Autre.
Je ne me berçais pas d'illusions la concernant. Je savais qu'elle ne recommencerait pas, que je l'avais prise dans un moment de faiblesse qu'elle ne se permettrait plus, mais je rêvais quelque part de réitérer cette expérience. Si je pouvais, je lui promettrais d'ouvrir moins la bouche cette fois.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 15 Juil - 14:17

24) Bertille :

Elle se considérait comme « une femme de lettres ». Elle avait confié un jour qu'elle haïssait le mot « écrivain », parce qu'il résumait toute la vanité d'écrire.
Écrire est vain et rend vaniteux. D'ailleurs toutes les femmes qui écrivent sont vaniteuses. Sinon pourquoi écriraient-elles ?
Elle m'expliquait qu'écrire n'était pas naturel et qu'il devait y avoir quelque chose, une motivation égocentrique et narcissique qui poussait les gens à s'isoler pour vomir des mots en tâchant de les travailler.
La vérité sur ces gens, selon elle, était qu'ils jouissaient de leurs propres mots. Ils aimaient l'effet de l'impression d'avoir fait quelque chose de beau. Ils trouvaient parfois un trait d'esprit et aussitôt ils se considéraient comme dotés de ce qu'ils appelaient « le talent ».
Comme en amour.
Précisait-elle.
Ce que l'on aime ce n'est pas l'autre, c'est le bien-être qu'il nous procure. Il n'est aucun sentiment passionnel désintéressé.
J'aimais tant l'entendre parler ainsi. J'avais alors la conviction profonde qu'elle me confiait le secret de l'humanité.
Elle ne me montrait jamais ce qu'elle écrivait car elle ne voulait pas que je la surprenne dans ces moments de faiblesse dans lesquels elle matérialisait tout son égocentrisme et toute sa prétention. Je me demandais si j'avais pu lui apporter quelque chose, si quelques mots de ses écrits m'étaient dédiés. Je n'ai jamais osé le lui demander, cela aurait manqué d'humilité et c'était une vertu qu'elle jugeait essentielle tout en étant persuadée de ne pas la posséder.
Si elle était vaniteuse, je ne m'en rendais pas compte. Je ne voyais que la beauté de ses mots et de son sourire. Mon amour était-il désintéressé ?
Qu'attendais-je d'elle exactement ? Par quels mots pourrait-elle me soulager ?
Bertille avait raison. Je n'avais pas le génie suffisant pour sublimer ma douleur avec des mots, mais les femmes que j'aimais ressemblaient toutes à des héroïnes de roman. Elles étaient à la fois ma douleur et le moyen de l'apaiser. C'était leur beauté qui permettait la sublimation de ma souffrance, qui me permettait de survivre. Je me demande même parfois si je ne vivais pas uniquement à travers elles.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 15 Juil - 14:18

25) Hélène :

Nous parcourions la ville le soir. Il faisait un peu froid. J'ai frissonné, elle a souri. Elle semblait n'être jamais incommodée par les aléas de la température et de la météo.
Elle a proposé de me prêter sa veste, une veste de motard qu'avait oubliée un Autre chez elle. Je l'ai refusée d'abord, je ne m'en sentais pas suffisamment digne. Puis comme elle insistait, j'ai accepté. La veste sentait le cuir et l'Autre.
Il s'appelait Thomas.
A-t-elle expliqué sans me regarder. Sous la lueur des lampadaires, son sourire avait quelque chose de plus artificiel, si bien que j'avais l'impression de rêver notre promenade.
Pourtant, je sentais la chaleur bien réelle de la veste de motard sur mes épaules qui me conférait toute puissance.
L'espace d'un instant, je pouvais imaginer être l'Autre qu'elle aimait, lui appartenir en même temps que je portais ce qui lui appartenait. En me prêtant cette veste, elle me plaçait sous sa protection et rien n'était plus précieux que cette marque d'affection.
Elle me lançait des regards faussement désolés, comme si elle savait. Je crois qu'elle faisait semblant d'ignorer mon amour pour ne pas devoir me blesser mais qu'elle était touchée par ma dévotion. Je respectais son silence en gardant le mien. Tant que les mots n'étaient pas prononcés, nous pouvions encore faire comme si nous ne les attendions pas.
Les rares passants que nous rencontrions nous dévisageaient suspicieusement. Eux aussi devaient sentir que nos corps étaient auréolés tout entiers du poids des mots que nous taisions. Était-il si évident que je n'étais pas Thomas ? Il me semblait qu'en nous regardant ainsi ils me condamnaient à perdre toutes les guerres pour l'amour d'Hélène. Je n'en avais cure, le pouvoir de la veste était si grand que je me sentais de taille à affronter le monde entier.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 29 Juil - 22:18

Aujourd'hui c'est mon anniversaire d'ancienneté sur le forum
J'ai terminé les Caprichos, j'hésitais à tout poster ici d'autant que personne ne réagit, mais je posterai au moins jusqu'au 30ème Smile
J'ai aussi opéré quelques modifications mineures sur les précédents, mais c'est très léger, ce n'est pas la peine de relire si vous êtes déjà bien avancés Wink

26) Sarah

Je ne voulais pas dormir avec elle. C'était trop intime de partager une nuit avec une femme qui ne m'aimait pas. Elle me faisait confiance évidemment, elles me faisaient toutes confiance. Il n'y avait que moi pour douter de la pureté de mes intentions. Elle me regardait sans comprendre que j'étais Autre et ce que cela signifiait.
Elle s'est couchée tranquillement, à moins d'un mètre de moi, et elle s'est endormie aussitôt, sans aucune méfiance.
J'aurais voulu lui demander de prendre garde. Elle était si belle lorsqu'elle dormait. Elle paraissait vulnérable bien-sûr, mais son abandon lui donnait également un air invincible. Aurait-elle pu dormir d'un sommeil si profond si elle n'avait eu la certitude que rien ne pouvait lui arriver ?
Je n'étais pas assez bête pour tenter quoi que ce soit, même l'effleurer. Je voulais au contraire veiller sur son sommeil et la protéger.
Cependant il demeurait une attirance extrême et dans ma tête les fantasmes pleuvaient. Il m'était difficile de me souvenir que ce que je devais ressentir pour elle était avant tout un profond respect et qu'il me fallait mettre le reste entre parenthèses.
J'oubliais ma propre fatigue tandis que je la regardais se reposer. Ses cheveux tombaient sur son visage et je me faisais violence pour ne pas balayer une de ses mèches.
Si je l'avais fait, j'aurais immanquablement voulu caresser son front, puis j'aurais eu envie de l'embrasser et je n'aurais plus su m'arrêter. A la réflexion, même l'observer à son insu était plus que je ne pouvais me permettre.
De là où je me trouvais, je pouvais sentir son odeur. Elle avait un shampoing à la pomme, j'en avais la quasi-certitude. En tout cas, elle sentait bon. Je n'ai pas osé lui demander plus tard quel était son shampoing parce que cela me paraissait trop délicat.
Le sommeil s'est emparé de moi sans que je ne m'en aperçoive, car mes rêves étaient tous emplis de l'image de Sarah endormie. Le lendemain, j'étais face au mur et je lui tournais le dos, comme si même en dormant tout mon corps avait cherché à la fuir.



Dernière édition par Meredith Epiolari le Ven 27 Mai - 21:43, édité 1 fois
 
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