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 Los Caprichos [S]
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Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 6 Aoû - 11:04



27) Paulina

Parle-moi d'amour.
Me disait Paulina tandis que nous contemplions les pigeons depuis notre banc. J'ai taché de me souvenir des paroles de Bertille sur le rapport entre l'écriture et l'amour passionnel, sur l'onanisme des sentiments. Je n'y parvenais pas.
Elle m'intimidait, je crois, à porter sur moi un regard bleu empli d'intérêt en toutes circonstances qui me faisait craindre de ne pas me montrer à la hauteur de ses attentes. Et puis je craignais qu'elle ne comprenne que j'avais emprunté mes mots à une autre femme.
Elle a eu pitié de moi puisqu'elle a déclaré :
Ce n'est pas grave si tu ne peux pas, moi je t'en parlerai. L'amour c'est comme un jeu dans lequel on obtient ce que l'on souhaite seulement si l'on accepte de perdre. C'est comme une longue valse qui ne se termine que lorsque les deux partenaires s'écroulent de fatigue. C'est comme une promesse qui nous attend depuis toujours mais que l'on n'arrive jamais à croire tout à fait. Est-ce que tu le sens ? A toi maintenant.
J'étais toujours incapable de prononcer un mot, je n'avais d'ailleurs pas compris un seul des siens. C'était toujours elle qui avait toutes les cartes en main, elle la seule à gagner toutes les parties et à empocher la mise, elle qui menait la danse et décidait quand il fallait se reposer, elle qui faisait tout promettre et ne donnait rien.
Où était la justice là-dedans ? Où était l'amour ? Plus perplexe que jamais, je me taisais là où elle m'attendait. Elle a fini par soupirer :
Je vais te confier un secret. J'espérais changer de l'habitude, t'aimer peut-être. Je voulais quelque chose de beau. Je croyais que ce serait plus amusant avec toi qu'avec un Autre, mais tu n'as aucun romantisme. Je ne sais pas d'où tu viens, en tout cas pas d'ici. Même ta peau porte l'odeur d'une terre étrangère.
Je n'ai pas vraiment compris ce qu'elle entendait par là, c'était trop d'informations en une seule tirade. Sur le moment, j'ai pensé que la veste de Hélène avait parfumé mon corps et que c'était de cela qu'elle parlait. Je n'avais pas tout à fait tort : ce qu'elle sentait, c'était l'odeur de l'Autre que j'étais.

 
Rêves

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 6 Aoû - 13:19

A chaque fois j'ai l'impression que tu as fait le tour, qu'il n'y a plus rien à ajouter, on se demande ce qu'il peut y avoir de plus et paf! nouveau Caprichos. Nouvelle ambiance, nouvelle fille, nouveau caractère... tu nous surprends toujours, continue Wink





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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mar 11 Aoû - 11:11

Merci vraiment beaucoup Rêves
J'aimerais quand même qu'on sente une certaine évolution, je crois qu'elle est beaucoup plus perceptible à partir du 40ème mais en attendant j'ai peur que l'intérêt du projet ne soit pas suffisamment visible /:


28) Nelle :

Ce que j'aimais le plus chez elle, c'étaient ses parents. C'est un compliment un peu amer à faire à une femme, mais je n'ai de toute façon pas eu l'occasion de le lui dire car je ne la voyais que rarement. Elle me laissait aux bons soins de ses géniteurs qui avaient remarqué l'intérêt que je portais à leur fille alors même que celle-ci paraissait l'ignorer.
J'ignore à quoi elle s'occupait ni ce que j'étais pour elle ou pourquoi elle persistait à entretenir une relation avec moi si elle semblait s'en moquer.
Quand elle partait, je demeurais en position allongée sur son lit et je mourais d'amour avec toute la douleur que cela peut exiger.
J'étais ainsi lorsque sa mère est entrée. J'ai voulu me relever par habitude, mais je souffrais trop et je ne pouvais de toute manière pas faire illusion.
Ne te lève pas
Elle avait sa voix, elle avait sa bouche, son adorable bouche aux lèvres roses. L'espace d'un instant, j'ai cru que c'était sa main dans mes cheveux, ses mots qui me rassuraient, son amour qui me réchauffait.
Je n'ai pas été dupe longtemps. J'ai voulu demander à sa mère pourquoi elle n'était pas là, si elle savait, si elle m'en voulait. Je ne comprenais plus rien, j'avais seulement envie de pleurer sans m'arrêter jusqu'à son retour.
Tu sais, de ta petite fenêtre, la vie te semble sûrement difficile... C'est pareil pour Nelle. Ne t'en fais pas, un jour tout ce devant quoi tu tremblais, tu l'affronteras sans crainte. Il faut laisser œuvrer le temps.
Ce n'est qu'à ce moment que j'ai compris que j'avais une complice qui savait tout de mon affection pour elle et qui me soutiendrait dans cette épreuve. J'allais me répandre en paroles de reconnaissance quand sa mère a retiré sa main de mes cheveux et s'est enfuie doucement. Je n’ai jamais eu tant envie d’appeler quelqu’un Maman.



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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mar 11 Aoû - 11:15

29) Émilie :

Elle me parlait tandis que j'étais en train de m'attarder sur les jambes d'une jeune fille aux cheveux roux vêtue d'un short en jean. Elle avait surpris mon regard car elle a demandé :
Tu ne t'arrêtes jamais ?
Je l'ai regardée d'un air interrogateur. Elle a précisé sa pensée :
Tu ne t'arrêtes jamais d'aimer les femmes ?
Je n'ai réalisé qu'à cet instant que c'était vrai : je n'avais pas passé une seconde de ma vie sans penser à une femme depuis une éternité. Je cessais d'en aimer une que pour mieux me prosterner aux pieds d'une autre.
Après avoir tant souffert pour Nelle, mes sentiments étaient devenus plus volatiles, si bien que je n'osais plus les arrêter sur une fille, préférant les regarder toutes.
Je commençais même à mépriser les Autres qui tombaient dans le piège ridicule des femmes et tombaient amoureux d'elles. Ne voyaient-ils pas qu'ils allaient souffrir ?
Même elle, même Émilie, j'aurais voulu l'aimer longtemps mais je ne pouvais m'y résoudre, car je n'avais pas le courage de supporter à nouveau une telle douleur.
Je ne sais pas si par sa question elle attendait que je me pose sur elle, s'il s'agissait d'une invitation à cesser mes manières de papillon butinant de ci de là.
Elle semblait amusée, légèrement inquiète. Peut-être aurait-elle voulu que je l'aime elle aussi, peut-être l'aurait-elle permis et peut-être aurait-elle répondu à mes passions.
Ou alors elle manifestait seulement son étonnement de voir que je puisse me jeter sur chaque femme que je croisais avec une curiosité égale. Il m'était impossible de savoir comment elle jugeait cela, si elle trouvait mon attitude frivole ou naturelle.
Je ne l'ai jamais comprise. Elle s'est mise à observer un Autre aux yeux bleus qui travaillait torse-nu et nous avons passé un moment côte à côte à regarder dans des directions différentes.



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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mar 11 Aoû - 11:17

30) Constance :

Elle était un brin de Constance dans mes inconstances. Au moment où je commençais à regarder avec pitié ces gens qui scrutaient le blanc des yeux de l'autre avec la certitude de vivre quelque chose d'exceptionnel, d'inventer l'amour et que leurs sentiments étaient plus forts que ceux des autres ; elle s'est plantée dans ma vie avec la vivacité d'une seringue dans une veine.
Dès lors, j'aurais donné n'importe quoi pour échanger des platitudes avec elle. J'aurais donné n'importe quoi pour lui donner un surnom stupide, pour l'emmener dans des lieux communs, pour écouter pousser ses cheveux jusqu'à ce qu'ils deviennent blancs et pour lui mentir sans m'en rendre compte à coups de « toujours ».
Je n'ai jamais pu déterminer si elle était un poison ou un antidote. Cela a duré un an et demi. Mon pote Jimmy ne savait plus que faire pour m'éloigner d'elle.
Laisse tomber, ça fait trop longtemps maintenant, ce n'est pas bon de s'enchaîner à une femme comme ça !
Je comprenais l'inquiétude de Jimmy. J'ai craint un moment de l'aimer toute ma vie. Toutes les femmes que j'avais aimées jusqu'ici, j'avais pu supporter leur indifférence parce que je savais que ma passion ne durerait pas. Il s'agissait d'une condition nécessaire pour m'empêcher de souffrir comme je le faisais auparavant.
A présent je doutais et me laissais gagner par l'épouvante. Je me souvenais de ces histoires d'amoureux éperdus qui continuaient à aimer leur moitié même après la mort de celle-ci.
Et si je ne savais plus m'arrêter ? Et si je continuais à l'aimer même en ne la revoyant plus jamais ? Et si même mon dernier soupir lui était adressé ? Trop de questions auxquelles je ne savais pas répondre et qui me terrorisaient.
Aujourd'hui je ne sais pas ce qu'elle est devenue mais même après avoir laissé d'autres femmes me séduire, même après avoir cessé de penser à elle chaque seconde, même après avoir mis de côté toute douleur ; il me semble parfois que je l'aime encore.

**************************************************

Alors, je continue à poster ou pas ? Neutral

 
Alfy

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 12 Aoû - 10:01

Donnez-moi trois mots que vous évoque cette histoire. Femme, amour, et désir ?

Donnez-moi trois mots que vous évoque le personnage principal.
Distant, peintre, apprenti.

Percevez-vous une progression dans l'état d'esprit du narrateur et/ou la nature de ses relations avec les femmes qu'il fréquente ? Au début on ressent vraiment bien l'évolution, la mère, le premier amour, la première fois, etc... Mais après il y a quand même une longue période où il semble stagner dans sa vision des femmes : il les désire mais pas trop, il hésite et il ne bouge pas vraiment, il est plus spectateur qu'acteur je trouve, il souhaite peindre mais, je ne sais pas, il y a un long temps de stagnation je trouve. Enfin, il est là il dit qu'il a envie d'elle mais il ne fait pas forcément grand-chose pour se rapprocher d'elles, il reste distant et spectateur. Après il semble tomber amoureux de toutes d'entre elles, cette fois c'est lui qui se fait plaquer, il devient un peu le manipulé j'ai trouvé. En fait, plus que l'amour, il est surtout dans un besoin constant de contact, il est dans le désir corporel je trouve, et chaque fille possède un nouveau "quelque chose" physique qu'il ne connaissait pas : la voix, les seins, etc... Et puis chaque fille semble le plaquer ou s'enfuir ou le décevoir ou... enfin j'ai trouvé qu'il était beaucoup plus la victime que dans les premières histoires. Après Emilie lui fait prendre conscience de ça je pense donc je me demande si ça va changer ou pas et dans Constance il y a une mélancolie qu'il n'y avait peut-être pas, ou moins en tout cas, dans les autres textes.

Quels sont vos trois Caprichos préférés ? (de celui que vous préférez à celui que vous aimez un peu moins)
Quels sont les trois Caprichos que vous aimez le moins ? (de celui que vous aimez pas du tout à celui que vous aimez un peu moins)
Alors là, aucune idée... Parfois c'est un peu bizarre parce que certaines ont des prénoms de filles qui ont traversé ma vie et ça me fait bizarre, donc je ne sais pas, aucune idée. Si, Paulina peut-être parce qu'il s'appuie surtout sur les filles d'avant et j'ai trouvé qu'elle était moins présente que les autres à cause de ça. Et j'ai pas aimé Nelle mais c'est parce que ce texte là est tordu et malsain.

Est-ce qu'il y en a que vous trouvez vraiment trop courts ? (sachant que de toute façon je les rallongerai tous mais quand même) Sarah je trouve.

Est-ce que l'ordre vous paraît parfois bizarre ? (ça, c'est une drôle de question xD) Euh... Non pas vraiment.
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 13 Aoû - 13:08

Oui, continue à poster. (enfin, moi j'aimerais bien, après si tu veux pas je vais pas t'obliger Very Happy )
Parce que je ne peux pas imaginer que la fin soit Constance, même si c'est vrai que ça pourrait être une bonne fin énigmatique et incertaine en ce qui concerne les sentiments du personnage principal. D'ailleurs, c'est assez ironique de constater que la femme à laquelle celui-ci manifeste plus clairement le désir de s'attacher lui est inaccessible.
Et puis, en ce qui concerne l'écriture, c'est vraiment joli, en particuliers ces passages:

Meredith a écrit:
...pour écouter pousser ses cheveux jusqu'à ce qu'ils deviennent blancs et pour lui mentir sans m'en rendre compte à coups de « toujours ».

Meredith a écrit:
Aujourd'hui je ne sais pas ce qu'elle est devenue mais même après avoir laissé d'autres femmes me séduire, même après avoir cessé de penser à elle chaque seconde, même après avoir mis de côté toute douleur ; il me semble parfois que je l'aime encore.

Voilà,





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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 13 Aoû - 22:58

Oh, oh, un commentaire d'Alfy, ça c'est collector Wink
Merci beaucoup à toi, je t'approuve pour le fait que la vision du narrateur stagne pas mal depuis un moment, je vais faire en sorte de modifier ça lors de ma réécriture. Rassure-toi cependant, il va y avoir un tournant à partir du 40ème environ, et après ça ira beaucoup plus vite Smile
J'ai bien enregistré tes remarques, je vais essayer d'améliorer ça Smile Je le regrette un peu, les filles sont de plus en plus effacées, mais en contrepartie le narrateur s'affirme un peu plus, je ne sais pas si c'est bien, il faudrait que vous voyiez l'ensemble pour me le dire.
Tordu et malsain ? xD Attends de lire la suite :') (tu vas adorer le 41ème Twisted Evil )

Merci Rêves, j'hésitais parce que je pense que ma progression a été un peu lente jusqu'ici et je n'avais pas envie de poster la suite si les gens la lisaient en se disant : "Bof, encore une fille différente, on a compris le principe maintenant". Le rythme va s'accélérer, il faut voir vraiment une cohésion entre tous ces petits bouts de textes et pas seulement une forme de recueil. Si tu me fais l'honneur de continuer ta lecture, je ne peux te refuser la suite Wink

Celui-ci est bizarre xD

31) Milou :

C'était dans un parc que j'aimais le soir, surtout ces soirs d'été où les nuits sont encore chaudes. Je me promenais en songeant que mon existence serait décidément compliquée et que c'était bien.
Elle était là, dans une allée, au bras d'un homme un peu plus vieux qui lui souriait avec les yeux. Elle le tenait avec une certaine froideur pleine de dignité, héritage d'une éducation asiatique sans doute.
Ce couple a marqué mon esprit sans que je ne comprenne pourquoi. Il était différent de ceux que j'avais l'habitude de croiser. Et puis j'ai su. Alors je lui ai jeté un regard d'encouragement parce qu'elle ne l'aimait pas. Elle a répondu par un petit hochement de tête surpris.
Je les ai dépassés et je n'ai pas cherché à voir ce qu'ils devenaient. J'ai simplement continué mon tour du parc. Je l'ai recroisée à un endroit différent. Elle était toujours accompagnée d'un homme, mais ce n'était plus le même.
Celui-ci avait l'air agressif. Il avait un T-shirt avec un drôle de symbole et il lui disait :
Votre cœur il est mauvais, mademoiselle. Je l'ai senti tout à l'heure. Vous avez pas des bons sentiments. Y a le diable en vous.
Je voyais qu'elle avait peur, ses yeux avaient abandonné toute dignité. Je crois même qu'elle ne comprenait rien à ce que lui disait ce type. Moi-même je ne savais pas trop ce qu'il fallait comprendre.
Votre cœur il est mauvais, mademoiselle. Vous sentez le diable. Votre amant a eu raison de partir. Votre âme elle est perdue, vous irez en enfer.
J'ai vu le regard plein de détresse qu'elle a jeté dans ma direction et j'ai accéléré le pas pour arriver à leur niveau. Le type a eu peur et il s'est enfui. Je n'ai rien dit, je ne savais pas ce qu'il fallait faire. Elle s'est jetée à mon cou et elle a répété quelque chose qui ressemblait à :
Milou !
Ce n'était pas un prénom, mais c'était tout ce que j'avais. Je l'ai serrée contre moi. Elle pleurait, en répétant toujours ce drôle de mot que je ne comprenais pas.
Je l'ai bercée doucement. Cela a duré quelques minutes puis elle a cessé de pleurer. Alors elle s'est écartée de moi pour mieux me regarder et elle est revenue vers moi pour m'embrasser à pleine bouche. Je n'ai pas résisté. A la place j'ai répondu un peu machinalement à son baiser.
Je l'ai repoussée délicatement lorsque j'ai senti que cela faisait trop longtemps. Elle a esquissé un sourire d'excuse. J'ai incliné la tête pour lui montrer que je ne lui en voulais pas. Puis elle est partie et je ne l'ai plus revue.

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 13 Aoû - 23:00

32) Charlotte :

J'avais rendez-vous avec elle tous les mardis au café. C'était un drôle de rite auquel nous ne dérogions jamais. Elle commandait toujours un chocolat viennois.
Je trouvais ses habitudes rassurantes, il s'en dégageait une impression de chaleur qui faisait du bien. Nous parlions de tout et de rien, elle avait une charmante manière de jouer les fausses prétentieuses.
Elle se vantait d'être la sosie de Penélope Cruz, et prenait une pose caricaturale avant d'éclater de rire. Moi, j'avais fini par me convaincre qu'elle ressemblait réellement à Penélope Cruz, sauf que l'actrice ne lui arrivait pas à la cheville puisqu'elle était la plus belle femme du monde.
Je ne le lui ai pas dit, elle n'aurait pas voulu le croire, ou alors elle aurait rougi et m'aurait expliqué que ce n'était qu'une plaisanterie, qu'il ne fallait pas la prendre au premier degré.
Elle-même devait être un peu actrice pour susciter à ce point ma fascination. Elle était un personnage intrigant et magnifique que l'on ne rencontre que sur une scène, et pour cette raison j'avais envie de mieux connaître.
Elle savait si bien recevoir les compliments. Mon pote Jimmy pensait qu'elle était imbue d'elle-même, il la cantonnait dans le rôle qu'elle jouait. Elle était si loin de tout cela.
Lorsque je lui faisais part de mon admiration pour elle, elle me montrait que je l'avais touchée sans en faire trop avec une élégance parfaite. Je l'aimais chaque semaine davantage.
Puis, un mardi Charlotte n'est pas venue. Je me disais qu'elle devait avoir une bonne raison pour manquer notre rendez-vous. Mais elle n'est pas venue non plus le mardi suivant, ni celui d'après.
Je ne pouvais croire qu'elle s'était lassée de moi alors j'ai attendu encore avec la certitude que je la verrais bientôt s'asseoir à une table avec un doux sourire.
Je ne sais pas ce qui est arrivé mais j'ai confiance en elle. Encore aujourd'hui, je continue à me rendre au café tous les mardis, par habitude, en espérant la rencontrer de nouveau un jour.

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 13 Aoû - 23:04

33) Salomé :

Elle avait la démarche d'une danseuse et le port d'une princesse. Je n'ai pas mis longtemps à m'amour-arracher d'elle. Si elle l'avait demandé, j'aurais pu apporter ma propre tête à ses pieds.
Elle ne l'a pas fait. Je ne sais pas si c'est parce qu'elle ne le voulait pas ou parce qu'elle n'en n'a pas eu le temps.
Nous déjeunions sur l'herbe, il faisait beau, c'était l'été. Lorsque nous avons eu fini de manger, nous avons rangé nos affaires sans pouvoir nous résoudre à quitter notre carré de verdure.
Elle était appuyée sur sa main droite, à quelques centimètres de la mienne, comme pour m'inviter à la saisir, à jouer avec ses doigts et à caresser son poignet. Ou peut-être pas. J'en avais tant vu, des mains de femmes qui ne voulaient pas des miennes.
Elle parlait sans que notre proximité ne semble la gêner. Moi, je n'arrivais pas bien à me concentrer sur ce qu'elle disait, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il me suffirait d'un geste pour lui faire connaître la vérité, et qui sait ?
Salomé s'est levée et je l'ai imitée. C'était le temps des adieux. Elle a accroché ses bras autour de mon cou et j'ai passé les miens autour de sa taille dans un élan étrange que je n'ai toujours pas compris.
Nos regards se sont croisés et j'ai eu envie de l'embrasser. J'ai baissé les yeux en souriant pour m'en dissuader. Je savais confusément que ce n'était pas ce qu'elle voulait.
Elle aussi avait le sourire aux lèvres. Je la soupçonnais d'avoir surpris cette fraction de seconde de faiblesse et de l'avoir appréciée. Sans doute les femmes avaient plaisir à torturer les pauvres âmes qu'elles n'aimaient pas en jouant à les perdre dans leurs fantasmes.
Aurais-je dû ? Je l'ai repoussée doucement sans pouvoir me défaire de cette délicieuse hésitation.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 13 Aoû - 23:08

34) Barbara :

Elle a été pour moi comme une réconciliation. Elle lisait sur un banc du jardin public un roman de Proust et ses cheveux blonds brillaient au soleil. Lorsque qu'elle a remarqué que je la regardais, elle a refermé son livre et a fait un signe pour que je vienne.
J'ai approché prudemment. Je craignais à une ruse de femme, une nouvelle fourberie. Elle a pris ma main pour m'asseoir à ses côtés. C'était un contact étrange venant d'une étrangère, d'autant qu'elle l'a retenue un moment pour déclarer :
Comme tu as dû souffrir.
Je n'ai pas pu la contredire, bien que n'ayant aucune idée de comment elle était parvenue à connaître cette information.
Elle a porté sa main à mon visage et l'a exploré délicatement. Il y avait tant de respect dans ses gestes que j'ai pensé à Bertille qui ouvrait chaque livre avec cette même douceur par crainte de les abîmer.
J'avais tous les muscles tendus chaque fois qu'elle m'effleurait, comme si je m'attendais à ce qu'elle me frappe par la suite. Elle a dû le sentir, parce qu'elle a murmuré :
Laisse-toi aller, tu veux ? Je ne vais pas te manger... Tu as l'air d'une bête effrayée. On dirait qu'il faut attendre pour te caresser, que tu risques de t'enfuir si l'on essaie de te toucher.
Comme elle avait raison ! Je ne songeais qu'à m'enfuir avant que cette femme ne montre son vrai visage et ne me dévore.
Pourtant Barbara me caressait le visage, le cou et les cheveux sans se départir de cette extrême délicatesse. Aussi ai-je fini par fermer les yeux et m'abandonner à cette femme qui pour la première fois ne semblait ni m'ignorer ni me repousser.
Elle ne s'est arrêtée que des heures plus tard, juste après avoir essuyé une larme sur ma joue.

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Jeu 13 Aoû - 23:12

35) Aglaé :

Mes souffrances cependant n'étaient pas terminées, car j'avais une forte inclination pour les femmes cruelles, celles que je recherchais dans la froideur des tableaux durant mon enfance.
Pour Aglaé, je n'étais qu'un caprice. Je me souviens avoir pensé qu'elle était l'amour de ma vie. Mais j'avais l'amour facile en ce temps-là, et je me demande si le charme que je lui prêtais n'était pas celui du piano.
Je me souviens du noir élégant, des courbes belles comme celles d'une femme, de l'odeur distinguée de l'instrument de qualité et des touches blanches et fragiles qui invitaient subtilement les doigts.
Elle était belle, elle aussi. Surtout quand elle jouait. Elle ne jouait pas du piano debout, mais j'aimais la manière dont elle s'installait.
Elle s'asseyait prudemment, elle remontait ses manches, elle joignait ses mains pour s'étirer puis elle les séparait, elle agitait les doigts et elle commençait à les laisser courir sur les touches. Puis le temps s'arrêtait.
Il me semble qu'elle n'avait pas besoin de tout ce cinéma pour jouer. Elle aimait en mettre plein la vue. Cela m'était égal, je tombais dans tous ses pièges.
Et puis, elle avait du génie tout de même. Elle en était consciente. Elle était le genre de fille qui excellait dans tout ce qu'elle entreprenait ou n'entreprenait pas, y compris me tuer à petit feu. Un peu hautaine, peut-être ? Dans ce cas j'aimais son air hautain.
C'était beau d'aimer quelqu'un d'aussi talentueux. Je crois qu'elle me méprisait un peu, cela m'était égal. Moi aussi je me méprisais un peu.
Un jour elle a fini par se lasser de moi, tout comme elle finissait par se lasser de tout. Je m'y attendais. Elle était plus amoureuse de l'image que renvoyaient mes yeux que d'autre chose. Je n'ai été que l'amour de sa vie d'un moment.
Je la soutiendrai dans toutes ses passions, qu'importe leur durée, car c'est de la passion que naît le talent que je lui souhaite toute la gloire possible. J'espère seulement qu'elle ne se lassera pas du piano.

 
Eilift

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Dim 16 Aoû - 8:50

Eh bien... je les ai tous relus et lus (comme j'avais du retard :3). C'est impressionnant comment tu arrives à dépeindre chaque femme d'une façon différente et on voit bien que pour le narrateur, elles sont toutes uniques, je trouve ça magique *^*
Je n'arriverai pas à dire non plus que j'en ai plus préféré un d'un autre puisqu'ils ne me semblent pas comparables vraiment... En tous cas, continue, c'est vraiment super cool et j'ai hâte de lire la suite /o/
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Dim 16 Aoû - 14:56

Merci Lu, ton commentaire m'a fait très plaisir :3

36) Dalila :

C'était une fête, peut-être bien celle d'un ami de Jimmy, je ne me souviens plus. Nous avions entrepris une promenade nocturne dans les environs. Elle avait un peu bu et je la surveillais pour lui éviter un danger ou une mauvaise rencontre, sans avoir la certitude de ne pas être l'un ou l'autre.
Les Autres s'étaient éloignés. Ils déliraient un peu, mais ils marchaient droit. Elle un peu moins. Je n'avais pas bu, je craignais de mélanger l'alcool et les femmes.
Elle me racontait des bêtises et s'interrompait parfois :
T'es en train de me surveiller ? Avoue, tu me surveilles ? Je veux pas qu'on me surveille, j'ai pas besoin !
Je protestais que je ne faisais que marcher à son allure, que c'était elle qui me suivait et me tenait compagnie. Elle ne devait pas avoir les idées suffisamment claires pour répliquer. Elle s'est mise à courir et je l'ai suivie.
Elle s'est arrêtée au bord de la route pour regarder une voiture passer. Je l'ai prise contre moi pour qu'elle ne s'échappe pas pour filer sous ses roues. On ne savait jamais avec Dalila.
Je l'ai serrée sur mon torse peut-être plus près et plus longtemps que je ne l'aurais dû. Le danger écarté, elle s'est retournée et a joué avec mes cheveux.
Tu devrais les couper !
J'ai souri. Évidemment que je devais les couper.
Tu veux pas m'embrasser, dis ?
J'ai éludé la question et l'ai entraînée sur le parking d'un supermarché. Elle a sauté dans un chariot et a continué a déblatérer :
Je savais que c'était pas possible entre nous. Toi tu aurais pu mourir pour un vers. Moi, pas. Il me faut au moins une bouteille pour en arriver là !
Je ne savais pas quoi répondre. Je n'ai pas eu à le faire, j'ai dû l'aider à vomir. Elle continuait malgré tout à jouer avec mes cheveux en répétant que c'était dommage.
Le pire pour moi était la tentation d'abandonner mon rôle d'ange gardien. Elle était si belle ! Elle se serait offerte à moi, et le lendemain elle ne serait souvenue de rien.
J'ai secoué la tête pour chasser ces pensées. Je l'ai ramenée sur les lieux de la fête et je l'ai couchée. Je l'ai veillée toute la nuit sans rien exiger. Et le lendemain, elle ne s'est souvenue de rien.



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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Dim 16 Aoû - 14:58

37) Léa :

Elle me parlait toujours d'un Autre qui n'était jamais le même entre deux rencontres. Je ne sais pas ce qu'elle cherchait. Elle avait un léger défaut sur l'une des incisives et une tendance à cligner souvent de l’œil droit. Le tout en faisait un personnage séduisant.
Parfois, j'avais envie de pleurer rien qu'en la regardant. Une sorte de candeur dans ses traits. C'est qu'elle ne comprenait pas que moi aussi j'étais Autre.
Cependant, j'avais réussi à atteindre une forme d'abnégation, à m'oublier dans ses paroles, à effacer jusqu'au souvenir de mon amour pour elle. Il m'était apparu qu'elle ne s'intéresserait pas à moi en tant qu'Autre et que je ne pouvais que recueillir ses confidences avec bienveillance.
Elle parlait d'un type qui l'avait laissée essayer son skateboard. Je l'imaginais tenter de garder son équilibre tout en rejetant ses cheveux en arrière et se laisser guider par les bras de l'Autre autour d'elle. J'ai souri.
Elle a dû se remémorer cette étreinte, car elle a exprimé son envie de me serrer contre elle moi aussi. J'ignore si je devais lui rappeler de bons souvenir par la chaleur de mon corps ou si elle a découvert à ce moment ce que j'étais.
Ce ne serait, pensais-je, qu'une chaste marque d'affection. Elle s'est approchée, a entouré mon cou de ces bras et a attiré mon corps vers le sien. Il m'a semblé qu'elle était trop près, soudain.
Elle a entrepris de me faire tomber dans un fauteuil, puis elle a passé ses jambes autour de ma taille et les a croisées sur mes reins. J'ai eu un mouvement de recul.
Je ne comprenais pas ce qu'elle faisait. Je savais qu'elle ne m'aimait pas. C'était trop près pour quelqu'un que l'on aimait pas. Le doute, le merveilleux doute s'est emparé de moi, j'allais me laisser aller, la serrer plus fort...
Elle ne m'en a pas laissé le temps. Elle s'est écartée et est revenue au type du skateboard.
Je l'écoutais comme si rien ne s'était passé. Une crainte cependant dépassait toutes les autres : Léa avait-elle cherché à me charmer ?
Je savais cette jouissance qu'ont les femmes à plaire et à entrer dans le jeu de la séduction. Je savais que leurs caprices ne devaient pas être pris au sérieux. Je le savais, elle le savait aussi. Elle ne recommencerait pas.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Dim 16 Aoû - 15:01

38) Anaïs :

Elle a dit qu'elle m'aimait, alors je l'ai crue. C'était la première fois qu'une femme m'exprimait si explicitement ses sentiments.
Je t'aime.
Comme cela était étrange. J'ai même pensé que j'avais mal entendu. Pourtant elle l'a répété comme cela plusieurs fois :
Je t'aime, je suis folle, pardon, je ne voulais pas...
Elle s'excusait, me remerciait, il me semblait que c'était à moi de le faire. Je n'arrivais pas à lui répondre, je l'aimais pourtant moi aussi.
Je l'ai embrassée pour ne pas avoir à parler. J'ai souri en pensant à Ophélie et j'ai pris garde à ne pas ouvrir trop la bouche. Elle avait l'air aussi surprise que moi mais elle a quand même pris ma main.
Nous deux pour un temps.
Elle aurait pu dire l'éternité, pour moi c'était pareil. Plus tard, nos mains se rencontraient à nouveau sur un piano à queue.
C'était curieux, très différent d'Aglaé. D'abord, elle ne s'asseyait jamais pour jouer, arguant qu'elle avait besoin que tout son corps soit disponible pour vivre la musique.
Ensuite, elle essayait de m'apprendre. Elle me montrait ce que je devais faire à la main droite, s'occupait de jouer la main gauche.
Notre synchronisation était un peu comme le reflet de notre complicité amoureuse. L'harmonie sonore devenait celle de notre couple, nous allions soupirs et silences, nos cœurs battaient au rythme des doubles croches, à l'unisson.
Puis nous avons joué à contretemps et nous n'avons plus tiré du pauvre instrument que des sons discordants.
Anaïs a déclaré qu'il était temps de changer de morceau et j'ai su qu'elle avait raison.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Dim 16 Aoû - 15:04

39) Violette :

A force d'aimer des femmes peintures, je devais m'attendre à aimer une artiste peintre.
Tu seras mon modèle.
Avait décrété Violette. Il me semblait étrange qu'une femme me prenne pour modèle. Je me demandais quels attraits je pouvais avoir pour mériter un tel honneur. Je me pliais cependant au jeu.
Cela devait faire quelques semaines qu'elle peignait lorsqu'elle a annoncé :
Non, ce n'est pas ce que je veux.
J'ai pensé un instant qu'elle avait compris l'imposture, remarqué que je n'avais fait que me déguiser mais que j'étais Autre, qu'elle ne pouvait me prendre pour modèle.
J'étais loin du compte. Elle s'est approchée, a retiré ma chemise, mon pantalon, le reste. Je n'osais pas bouger mais je mourais de peur.
Elle n'a même pas effleuré ma peau. Elle est retournée à sa toile, a sondé mon corps du regard et a déclaré que c'était mieux. Elle a commencé à peindre.
Cela a duré un bon moment. Il y avait quelque chose gênant dans la nudité de nos rencontres. Je me sentais fragile. Elle ne semblait pas s'en rendre compte, elle discutait en peignant :
Tu sais, l'Art, le fameux Art avec un "A" majuscule, l'Art que l'on porte aux nues, c'est en fait une vaste blague. Tout ce qu'ils veulent, c'est de la chair à dévorer de leurs yeux de voyeurs. Ils parlent de la perfection, de la pureté des corps. Mon cul. Ces bourges ne sont que des gros vicelards.
En l'entendant parler ainsi, j'ai craint que son pinceau n'ait fait de moi un morceau de viande. Cependant lorsqu'elle a annoncé qu'elle avait terminé et a montré le résultat, j'ai reconnu que ce n'était pas le cas.
Il y avait dans sa manière de peindre beaucoup de pudeur, une élégance difficile à expliquer qui préservait mon intégrité. En même temps, je sentais à travers les aplats de couleurs qu'elle avait cerné mon personnage et qu'elle savait peut-être mieux que moi ce que j'étais.
Je ne le montrerai à personne, je ne veux pas qu'il puissent te violer de leurs sales regards.
Elle a déposé un baiser sur ma joue et a monté le tableau au grenier, le couvrant d'un drap blanc. Je crois qu'il y est toujours.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Dim 16 Aoû - 15:06

40) Caroline :

Elle avait ce genre de beauté provocante que l'on prenait plaisir à regarder sans aucun respect. Ce genre de beauté provocante qui donnait envie de plonger dans son décolleté, de glisser le long de ses hanches ou de fixer ses fesses avec impertinence.
Elle n'avait pas visage. Juste un corps auquel mon pote Jimmy avait, comme beaucoup d'autres, longtemps pensé en se masturbant. Pauvre Jimmy.
J'ignore ce qu'elle me trouvait au juste. Elle savait que je n'aimais pas les filles quand elles possédaient son genre de beauté. C'était une raison suffisante pour chercher à m'avoir.
De mon côté, je peinais à comprendre si ma fascination pour elle était bien totalement désintéressée. Était-il vrai, même dans mon cas si particulier, qu'il y avait un peu de testicule dans nos sentiments les plus sublimes ? Je voulais laisser les testicules aux Autres et me contenter de la glorifier.
Elle m'a parlé sans gêne de sujets qui auraient fait beaucoup bander Jimmy. Moi, j'ai écouté sans l'interrompre et je lui ai fait mes yeux tristes qui signifiaient qu'elle n'avais pas à me raconter tout cela. Ça ne l'a pas arrêtée.
Au contraire : c'est à ce moment précis qu'elle a décidé de retirer ses vêtements pour se changer, oubliant – ou faisant mine d'oublier – ma présence. J'ai détourné le regard. Je n'étais pas d'humeur à faire pleuvoir le foutre dans ma tête. Pas pour elle.
Je préférais deviner ses courbes à travers un voile que de les voir les exhiber ainsi. Il me semblait presque obscène de la voir s'offrir à moi. Ou alors peut-être était-ce seulement ce que je voulais croire pour me convaincre que j'étais au-dessus des Autres et de leurs préoccupations bestiales ?
Elle a vu que je ne jouais pas son petit jeu et que je n'étais pas encore à baver sur sa peau satinée.
Tu ne regardes pas ?
Je n'ai pas répondu. Caroline ne cherchait qu'à me faire du mal. Dès l'instant où j'aurais posé les yeux sur elle, elle s'en irait en me méprisant comme les Autres.
Avec un soupir elle s'est approchée de moi et a déposé un baiser sur ma joue.
J'aurais dû me souvenir que tu n'étais pas un homme. Tu es un ange. Les anges n'ont pas de sexe. Ils ne regardent pas les femmes lorsqu'elles sont nues.
Et puis elle est sortie en ondulant ses hanches appétissantes.

***************************************************

Si vous êtes arrivés jusqu'ici, félicitations : vous avez fait le plus dur et êtes parvenus à la moitié des Caprichos Wink
Vous allez remarquer que le rythme va s'accélérer et le ton changer, le prochain ne manquera pas de vous déranger Twisted Evil

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 19 Aoû - 11:42

A la demande d'Alfy, le fameux 41ème, j'espère ne pas te décevoir Wink
Sachez qu'écrire ça a été une expérience bizarre, je vous mets au défi de traiter le sujet plus longtemps x)

41) Ange :

C'était une nuit où je n'arrivais pas à dormir. J'ai repensé aux paroles de Caroline. J'étais peut-être un drôle de personnage, mais il me semblait étrange de me considérer comme une créature sans sexe.
J'ai fait le tour de mon visage avec l'index. Mon front, mes yeux, mon nez, mes lèvres. Je tremblais un peu. Cette exploration allait-elle me révéler ce que j'étais ?
Mes doigts se sont attardés sur mon menton. Puis ma main a épousé la forme de mon cou et est redescendue par ma gorge et par mon torse. J'ai hésité un peu au niveau du ventre. Pas longtemps.
Ma main a descendu encore et j'ai eu le sentiment qu'elle empruntait un chemin millénaire. J'ai effleuré mon sexe et j'ai laissé mes doigts aller et venir timidement.
Ce que j'ai ressenti alors ressemblait davantage à du réconfort qu'à du plaisir, mais je n'en voulais pas davantage.
J'étais comme les Autres. Je n'étais pas une créature asexuée, j'avais des pulsions, des désirs et la bave aux lèvres. J'avais moi aussi quelque chose qui brûlait entre mes cuisses.
On ne tirait pas de la satisfaction seulement de ce que reflétaient les yeux de la femme aimée, on n'avait pas besoin d'amour, il suffisait de se laisser aller, les testicules ne se trouvaient pas qu'au fond du sentiment si les doigts savaient où chercher. Au diable les Autres, il n'auraient pas le monopole des testicules !
Mes gestes gagnaient en assurance. J'ai tenté de m'arrêter, mais j'avais besoin de ce contact comme si une autre femme m'attendait là, entre mes jambes, et qu'il fallait satisfaire cette cruelle créature.
Tant pis. Il ne fallait pas avoir honte. Jamais je n'avais fait de ma vie quelque chose de plus ordinaire et de plus convenu. Si j'étais Autre, il me fallait l'être jusqu'au bout.
J'ai laissé échapper un râle, ou un gémissement, je ne sais. C'était cette impression d'inachevé davantage que la satisfaction qui s'exprimait ainsi. Un avant-goût de cet infini qui ne me quitterait plus.
Quand le sommeil s'est emparé de moi, j'étais toujours en train de me caresser. A mon réveil, je n'étais plus l'Ange qu'elle avait dépeint.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 19 Aoû - 11:43

42) Nadia :

Elle n'était pas particulièrement jolie, mais elle a attiré mon attention parce que je me trouvais alors rue Mouffetard à la recherche d'un endroit pour dîner.
Mes appétits étaient de plus en plus variés et je prenais plaisir à arpenter les rues à la recherche de ce qui pourrait les satisfaire. Cette chasse était devenue un rituel qui me laissait chaque jour un peu plus sur ma faim.
Nous étions donc rue Mouffetard, nous allions nous croiser et ne plus jamais nous revoir quand son amie l'a interpellée :
Hey, Nadia !
Elle s'est retournée en faisant voler ses cheveux blonds. Moi, j'ai regardé machinalement. J'ai dit qu'elle n'était pas particulièrement jolie ? C'était une erreur.
Cela arrive parfois, on voit un dos, on pense « Bof » et puis le dos devient un visage et on ne sait plus bien où l'on se trouve ni comment l'on s'appelle.
En y réfléchissant, elle avait de belles jambes aussi sous cette jupe trop longue. Je les ai gardées un bon moment en mémoire. Un air de fille de bonne famille, je parie qu'elle était tout de même capable du pire. Un peu comme moi.
Je me surprenais moi-même à m'évader dans des fantasmes étranges que je ne comprenais pas. Cette inconnue me donnait des frissons à l'endroit où l'Ange me rabrouait. Je n'étais pas ce genre de personne, ne pouvais pas l'être.
Son amie l'a rejointe. Elle a tourné les yeux vers moi sans me voir. On ne dit pas "bonjour" rue Mouffetard. Elle a fait la bise rapidement en souriant, puis elles sont parties.
Je n'ai même pas entendu le son de sa voix. Tout ce que je pouvais garder de cet instant, c'était le fait que se trouvait dans la rue Mouffetard une jeune fille dont le nom commençait par un N, comme dans le conte de monsieur Pierre Gripari. La sorcière de ce conte n'aurait pas été la seule à vouloir la manger à la sauce tomate.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 19 Aoû - 11:45

43) Antinoüs :

Il ne s'appelait certainement pas Antinoüs mais je l'ai baptisé ainsi parce que l'ai rencontré au Grec de la rue Mouffetard peu après avoir croisé Nadia. Avec du recul, je me demande si l'amant de l'empereur était grec. Peu importait, celui à qui j'avais attribué ce surnom ne l'était sûrement pas non plus. Et puis, je n'avais pas vraiment la tête d'un Hadrien.
Les serveurs ont quelque chose que les serveuses n'ont pas. Je n'arrive pas à saisir quoi exactement. Toujours est-il qu'il m'a immédiatement plu quand il est venu prendre ma commande.
Je lui ai susurré que je m'en remettais entièrement à lui.
Quelle idée ! J'ai vu défiler devant moi une soupe bourou-bourou, assez de kreatópitas pour crever un âne, une brókolo saláta, l'inévitable moussaka, et pour le dessert, un copieux Galaktoboureko.
A chaque plat, il semblait prendre un malin plaisir à me provoquer.
Quelle sauce pour la salade ? Rouge ou blanche ?
Je lui ai demandé la rouge au hasard : je ne connaissais rien à la cuisine grecque.
Pourtant, la sauce blanche est meilleure...
Dans son clin d’œil, j'ai compris ce qui faisait défaut aux serveuses par rapport aux serveurs : de l'humour gras. Quand on travaille dans la restauration c'est important. Je lui ai donc assuré qu'il avait ma totale confiance ce qui a eu pour effet d'élargir son sourire là où je ne l'aurais jamais cru possible.
Il semblait apprécier de me voir dévorer les plats l'un après l'autre. A chaque fois que je sentais que j'allais mourir si j'avalais une bouchée supplémentaire, il me resservait et me caressait la joue.
Au moment du Galaktoboureko, j'avais tellement mangé que je ne me sentais pas très bien. Il a déposé un baiser sur mon front pour m'encourager.
Il t'en reste un peu pour la surprise du chef ?
Finalement je crois que l'humour gras n'était pas mon truc. La prochaine fois je choisirais une serveuse. Je me sentais vraiment mal à présent.
J'ai quitté ma place précipitamment pour aller vomir dans les toilettes. Une fois de plus, j'avais eu le cœur plus gros que le ventre.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 19 Aoû - 11:46

44) Claire :

Claire était un piège aussi fatal qu'attirant dans lequel je ne pouvais que tomber. Tout en elle incitait à garder une distance respectueuse et à laisser tomber à son approche mes désirs nouvellement concupiscents.
Je savais à l'avance que si je commençais à la désirer elle me ferait mal. Elle avait des convictions étranges, je crois qu'elle a longtemps été torturée par les Autres et par elle-même.
Par exemple, elle ne supportait pas que je la touche jusqu'à un certain point. Elle savait me repousser quand il le fallait, au moment ou elle excitait mon désir à son paroxysme, et j'en avais les larmes aux yeux à chaque fois.
Elle invoquait le respect du corps, d'une certaine morale, peut-être religieuse, je n'ai pas compris. Était-ce irrespectueux ? Je voulais simplement glorifier son corps avec toute la pudeur qu'elle exigerait, je ne la salirais pas, je n'étais pas si Autre que cela.
Elle ne voulait rien entendre. Je n'ai jamais caressé que l'espoir de sa peau. Elle craignait sûrement que mes doigts ne détectent ses blessures au toucher.
C'était une enragée. Une immense boule de nerfs et de colère. Elle semblait née pour se battre, sans plus savoir quelle cause défendre.
Féministe engagée, elle me reprochait chaque regard et chaque geste qui pouvait révéler mon attirance :
Tu devrais nous défendre puisque tu aimes les femmes ! Pourquoi les convoites-tu de manière si vulgaire comme des marchandises ?
C'était plus compliqué, elle mélangeait tout mais elle continuait à me regarder comme si j'avais commis la pire des trahisons. Il y avait tant de combats à mener, pourquoi luttait-elle contre l'amour ?

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Mer 19 Aoû - 11:48

45) Leila :

Elle s’est jetée dans mes bras, désespérée, et elle a murmuré dans mon cou :
J’en ai envie, mais je n'assume pas... Aide-moi à assumer...
A la vérité, je n'assumais pas non plus. Je n’avais jamais réussi à dire à Anaïs que je l’aimais justement parce que je craignais que cette question ne se pose. Entre mes jambes, l'Ange réclamait le péché ultime.
C’était trop puissant, trop risqué, trop immoral. Il me semblait que c’était mal, peut-être l'influence de Claire. Pour cette raison, je ne savais pas comment je pourrais lui être utile dans son propre chemin de croix. Elle a proposé que nous fassions Passion commune. Je ne savais pas si cela nous aiderait, je ne pensais qu’à l’attraction qu’elle exerçait sur moi.
Cependant, malgré tout les moments que nous avons passé ensemble, je n’ai pas réussi à me défaire de mes peurs. Leila non plus. Nous n’avons jamais assumé, préférant nous réfugier dans un silence commode ou dans des conversations mondaines alors que nous nous ramenait à notre malédiction, à notre envie de franchir le pas.
Où sont tes parents ?
A-t-elle demandé. Je n’en avais aucune idée. Au fond, je crois que je préférais ne pas le savoir. L’ombre de Maman était nécessairement accompagnée d’un regard désapprobateur que je ne parvenais pas à comprendre.
Je te présenterais bien les miens, mais je crois qu’ils n’aimeraient pas que je ramène quelqu’un. Ils se feraient tout de suite des idées, tu comprends ?
A moi il me semblait que ce serait bien agréable s’ils se faisaient des idées. C’était peut-être avec des idées que tombaient les peurs enfantines qui nous empêchaient de commettre l’acte.
Ça ne marche pas comme ça.
Elle avait raison, bien-sûr. Nous continuerions à craindre jusqu’à ce que nous finissions par commettre l’irréparable.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Sam 5 Déc - 21:53

Je finis de tout poster, parce que j'ai une nouvelle idéééée !!!
Je la concrétiserai peut-être dans 50 ans quand j'aurais terminé la prepa, les études et mon boulot aliénant /PAN/

46) Virginie :


Virginie portait très mal son nom. Elle me disait que j’étais trop prude, qu’il fallait bien un jour ou l’autre se décider à franchir le pas, que sinon on ne vivait pas. J’ignore encore si elle avait raison. Vivre a quelque chose de douloureux lorsqu’il s’agit d’infini.
Mais à cette époque, je n’avais pas l’expérience de ce genre d’enjeux. Je lui disais que je ne savais pas, que j'avais un peu peur tout de même. Claire avait instauré le doute dans mon esprit. Le moment où j'avais cherché à prouver que je n'étais pas un Ange me paraissait loin et me semblait avoir été un instant d’égarement.
Pourquoi ? Pourquoi te censures-tu ? Tu n’as pas pas à hésiter, tu ne fais rien de mal ! C’est ce que font les Autres, tous les Autres, des milliards d’Autres !
Elle épluchait une orange en me tenant ce discours. Cela aurait aussi bien pu être une pomme. Elle me rappelait le démon tentateur. Lorsque je lui ai fait part de cette image elle a ri.
Je n'étais pas comme les Autres, il me fallait m'y résoudre. Peut-être avais-je quelques fantasmes, mais ils n'avaient pas la violence suffisante pour ce qu'elle me proposait. Alors je répétais que je ne savais pas.
Je te promets qu'après ça tu sauras.
Souriait-elle en écartant les quartiers de l’orange. Le jus coulait entre ses doigts. Elle les léchait avec une lenteur étudiée qui a embrumé quelque peu mon cerveau. J’ai senti que j’allais accepter, à cause du jus de l’orange qu’il me tardait de goûter moi aussi.
Elle avait raison, pour une fois je ne serais plus esclave, je briserais mes chaînes et tâcherais de connaître la liberté ultime. Elle s’est approchée de moi, cherchant à m’enlacer pour me convaincre :
Allez… Personne n’en saura rien.
J’ai failli céder. Seulement ses cheveux étaient imprégnés d’une drôle d’odeur, une odeur familière, une odeur de lessive, ou d’adoucissant peut-être. L’évidence s’est imposée : cette odeur était proche de celle de Maman.
Je l’ai repoussée aussitôt. Je ne pouvais plus l’approcher sans me souvenir du regard désapprobateur. Elle a soupiré que j’étais malade et n'a plus cherché à me convaincre.

 
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MessageSujet: Re: Los Caprichos [S]   Sam 5 Déc - 21:54

47) Olivia :


Au début, ce n'était qu'un pincement au cœur auquel je n'ai pas prêté attention. Puis j'ai compris que quelque chose de dangereux commençait à me ronger. Je sentais poindre la périlleuse frontière qui une fois franchie me ferait haïr les Autres.
Chaque fois que je la voyais, elle était accompagnée de son Autre. Il s'appelait Dylan. Il était grand, musclé et viril. Les femmes me surprenaient à trouver de la beauté là-dedans. Comment préférer l'humour gras des serveurs à la finesse des serveuses ?
Le pincement au cœur s'est fait plus insistant. Le nom de ce poison était l'envie. Il trouvait son pendant dans la jalousie de Dylan qui ne céderait à personne le droit d'effleurer en pensée celle qu'il aimait.
Comme ils semblaient heureux. Comme je le comprenait. Comme elle était belle. Dès cette pensée formulée, j'avais signé le début d'un processus irréversible. Je n'étais cependant pas assez stupide pour tenter quoi que ce soit, d'autant que par obligation morale, je m'interdisais de désirer la femme d'un Autre.
Pourtant, je finis par tomber dans le piège au fur et à mesure de nos brèves rencontres. Était-ce de ma faute ? Je l'aurais aimée de la même manière si elle s'était trouvée seule.
Je regardais Dylan avec une douceur amère. Il lui arrivait de converser avec moi, sans comprendre quelles dangereuses pulsions me traversaient. Lui aussi devait penser que j'étais un Ange.
Je me demandais comment il réagirait si je lui prouvais le contraire, si je lui signifiais que j'aimais Olivia. Je ne pouvais m'empêcher de lui trouver une tonne de défauts, de le mépriser et le considérer comme un être répugnant.
Ce devait être là la pire des fourberies des femmes, celle qui consistait à toujours préférer le grotesque au sublime. Ce devait être là le secret de leur séduction. Ce devait être là le début de mes malheurs.
Notre duel était truqué. Lorsque je reprenais contenance, je me fustigeais de traiter ainsi ce malheureux. Nous avions tant de choses en commun. La première d'ailleurs, arrivait rayonnante pour l'embrasser. J'ai interdit au pincement au cœur de l'empêcher de rayonner ainsi.

 
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