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 Ce n'est qu'une tragédie grecque [Nouvelle version] [M]
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Alfy

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Masculin Messages : 96
Date d'inscription : 02/11/2014
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MessageSujet: Ce n'est qu'une tragédie grecque [Nouvelle version] [M]   Mar 26 Mai - 19:03

L'ancienne version était un peu de la merde, alors voilà !


Des éclats de sang

____Sa peau, si pâle – serait-ce le fard ? –, se morcelait sur le sang de ses lèvres, éclats de rouge qui de carmin pastellaient ses joues. Elle referma son magazine, publicités lingeries évaporées dans les volutes de sa cigarette, et engloutit son café. Les heures de messe accoururent sur les cloches de l’église, la porte claqua et elle disparut derrière la carrosserie rougeoyante d’un pick-up. « Cette petite jeunette me pique ma place, commença Asia assise au comptoir. Regarde ses jambes, regarde sa bouche, son teint, de sang et de neige, d’un feu hivernal ! A force d’être là, dehors, sur le trottoir, j’ai pourri sous la pluie, séché au soleil, me voilà déjà vieille. J’ai peut-être vingt-huit ans, peut-être cinquante, je commence à l’oublier. Et, lorsque le souvenir sera un rêve, l’on m’abattra, comme l’on abat les autres vaches à lait. Balle dans la tête, une douleur immense, puis, s’ils ne me ratent pas, plus rien. J’ai peur et hâte à la fois. »
____Un bruit sourd. Lux planta sa cuiller dans sa tarte deux tables plus loin. Les baies se fendirent et un liquide rougeâtre coula entre les rainures de la crème. Une lame acide recouvrit ses papilles, de doux regrets sucrés, aimés et haïs. Les bouchées se suivent et se font de plus en plus amères. Non, juste haïs. Meurtre d’une tartelette aux fraises écriraient les groseilles. Le peuple se soulève et demande une lourde sentence, peut-être la mort, mangée à la cuillère moi aussi. Jour J : tribunal des myrtilles, sentence irrévocable, condamnée pour infanticides, cent printemps au trou.
____Divague bien trop ces derniers temps, réminiscences d’une adolescence, souvenirs dissipés dans la chaleur de l’été. Où sommes-nous, nous qui étions encore des enfants ? Même dans mes pensées acidulées je me laisse aller au meurtre. Perdus dans la canicule, nous voguons sur des mers de sables, à la recherche d’une innocence envolée. Entre jeu de sujets et de pronoms, je est encore un enfant, il est pourtant bien adulte. D’ailleurs, en parlant de tierce personne, il est tard. Il, aussi impersonnel qu’il soit, s’enfuit, n’est plus sujet que de lui-même. Devrais y aller moi aussi. Pièces sur la table, café offert, merci, à bientôt.
____Asia posa sa tête sur le bar, le zinc sur son menton, un frisson entre ses omoplates. Quelle putain de chaleur – quelle putain en chaleur – vivement l’hiver. « Elle ne parle pas beaucoup cette gamine, pour cela que je l’aime bien. Quel âge a-t-elle, elle ? Vingt ans ? Un peu moins peut-être, je ne sais pas. Elle est d’une belle tristesse je trouve, tu ne trouves pas toi ? Elle a ce regard abattu où dansent des prunelles amourachées, elle a de frêles allumettes où brûle son cœur, où souffrent les sulfures d’un futur passé. Tu ne trouves pas toi ? Non, oui, je divague bien trop ces derniers temps. Sers-moi un autre verre. Un sky sec. »

____Le ciel aride et le corps humide, le coton collait à sa poitrine, la clope à ses poumons. La fumée brouillait ses yeux, la sueur gouttait sur son front, et sa silhouette était trouble derrière les vagues de chaleur. Elle semblait n’être que brouillard, n’avoir jamais réellement existé. La lumière de l’été, si forte, s’évanouit alors, derrière d’épais nuages. Un cinquantenaire l’arrêta et lui demanda quelque chose. Ils parlaient sans doute de la région, d’ornithologie, des collines et des maisons en briques rouges, du lac aussi, le lac est beau en cette saison. Ils parlaient probablement d’une nature innocente et d’innocents plaisirs. Leur échange fut cependant bref et tous deux continuèrent leur route ensemble, dévalant l’artère d’un pas lent, sans un mot. Un sifflement strident emplit la pièce.
____Blixt ferma le rideau et retira la bouilloire du feu. Un air de jazz résonnait dans la chambre adjacente, puis des cris aigus recouvrirent le saxophone. L’interphone grésilla et il enfonça le bouton dans un lourd cliquetis. L’air de jazz se tut et la douche se mit à couler, une fille parlait si fort, d’une voix pourtant si jeune, seize ou dix-sept ans. Blixt versa l’eau chaude dans la théière ; de la vapeur caressa son visage. Chaque goutte sembla éclater sur ses joues, un tendre clapotis, cymbales aquatiques. Soudain, une averse. Le ciel si sec se gorgea d’eau et les prostituées se firent aquacoles, leurs talons glissants sur le trottoir. La porte s’ouvrit, une silhouette sortit, deux autres entrèrent.
____« Lux, par ici, murmura une tête blonde aux cheveux trempés. Excuse-moi, je me suis lavée les cheveux en dix secondes, pour rincer. Je n’ai pas une tête à recevoir qui que soit. Si ce n’est… » Le cinquantenaire alla vers la cuisine et Lux s’approcha de la jeune louve, lovée dans l’embrasure de la chambre. « Hey, petite louve, tu travailles déjà à cette heure-ci ? J’aime bien ton mascara, il te donne un air mystérieux. C’est quoi comme marque ? Oh, ils font de jolis choses ceux-là. » Lux passa son index sur l’arcade enfantine. « Il te frappe ? » Elle fit non de la tête. Blixt et l’homme s’échangèrent quelques billets, puis l’homme rentra dans la chambre, emportant la louve avec lui. Lux traversa le couloir et pénétra la cuisine embaumée dans une lumière pourpre, une odeur de sexe dérangeante. Blixt, vingt-cinq ans et visage séculaire, versait de l’eau dans son thé. Sa peau était recouverte d’une fine pellicule d’eau, comme s’il avait pleuré. Il était d’une terrible maigreur, d’une sécheresse innommable, il était lui-même innommable d’ailleurs. Son regard, perçant et vide, ses traits, saillants et brisés, son physique, de même que son esprit, n’avaient, semble-t-il, aucun sens.
____« Tu as évité de peu l’averse, Lux. Tu veux du café ? Non ? Assieds-toi, assieds-toi. Tu as vu, elle devient de plus en plus belle, la princesse. Dommage qu’elle devienne vieille, elle va bientôt arrêter. Un jour, elle partira, et nous, nous resterons sûrement à jamais, nous garderons leurs souvenirs et ils nous abandonneront. Nous sommes-là pour que ne disparaissent pas toutes ces maisons gorgées de passé. Rien que d’y penser, je pleure, je ne veux pas qu’elle parte comme toutes les autres. Elle me manquera, elle me manque déjà. »
____Des explosions au creux de ma tête écervelée, les souvenances se brisent et ressurgissent à ma mémoire, des sursauts d’ombres aux lumières éclatées. Je ne suis donc qu’un souvenir ? Un récit entremêlé, déformé, inracontable et insondable, je ne suis donc que cela ? Plus l’on se souvient et plus l’on me déforme. Que se passera-t-il si l’on raconte mon histoire ? Si l’on perce mon secret ? Je cesserai surement d’exister.
____« La vie est comme une pute après tout, poursuivit Blixt. On la baise, et on laisse notre marque entre ses cuisses, on s’en va et on oublie, elle garde ancré la marque du bâton. Sauf qu’ici ce sont des cuisses et non des yeux, des oreilles, des nez. Je ne peux pas vraiment te dire si je me souviens de mon thé, si, lorsque j’y repense, éclatent mes papilles, ou si je me souviens du propre souvenir du thé. Le souvenir d’un souvenir. Une chaîne infinie dont l’origine est sombre et inconnue, dont la source s’est déformée, reformée au gré des maillons. Tu me suis ? Toi, et moi, sommes en chair, et pourtant, altérés, corrompus, détériorés malgré la jeunesse. Une jeunesse ancestrale. Nous restons et les autres nous déforment. Ainsi commence le récit, le lecteur nous croit de papier, mais nous avons déjà tant vécu. Nous sommes déjà si complexes, si torturés par quelque chose qui nous dépasse. »
____J’espère être plus que cela, plus que moi-même, vivre au-delà de ma propre histoire. Je voudrais tant ne pas être réduite à de vulgaires arabesques, peau encrée dans la chair de mes courbes. Passe sa main sur ses tatouages. Là aussi les souvenirs tapissent sa peau, des souvenirs bruts qui la marquent, des souvenirs adultes sur le monde de l’enfance. Je ne suis plus une enfant.
____« Tu l’aimes cette petite ? Alors promets-moi que ce n’est pas toi qui la frappe, que si ses joues sont rouges ce n’est pas ta main qui se pose sur elle. Tu es un homme méchant Blixt, je le sais, mais elle est trop gentille pour cela. Elle devrait se trouver un petit ami et partir au plus vite, emportée dans le bras de son tendre amant. Au lieu de cela tu l’emprisonnes et la bats. Je ne te déteste pas pour autant, mais cela m’empêche de t’apprécier, entre nous ce n’est que le business, je te supporte par dépit. Allez, passe-moi ma coke et arrêtons de nous faire du mal avec toutes ces considérations d’adultes. Je veux encore rester jeune, même s’il est trop tard pour cela. Allez, oublie ce que j’ai dit, faisons comme si tout cela n’était qu’un rêve. Notre histoire ne fait que commencer, ne partons pas avec ces fausses idées de nous-mêmes, je ne suis pas ainsi, tu ne l’es sûrement pas non plus. »
____Blixt ne fit aucune promesse et son visage se froissa d’un sourire crispé. Il ouvrit le four et sortit par poignées des pochons de flocons. Lux fourra ses poches avec les sachets et fit grincer sa chaise sur le carrelage. Des beuglements surgirent alors de la chambre, des gémissements féminins, aussitôt recouverts par de sauvages hurlements. Un cri. Blixt bondit de sa chaise et fit valser la porte de la chambre. « Frappe-le, ordonna la louve ». Le cinquantenaire supplia dans quelques murmures. Et Blixt frappa. Qui était le pantin, qui était le prisonnier, l’on ne pouvait le dire. La louve ressortit, le visage serein, placide, la joue rouge, du sang sur les lèvres, probablement pas le sien. Morsures, n’est pas une louve pour rien. Apparences si trompeuses. Qui bat qui après tout ? Blixt continuait de frapper et les gémissements du cinquantenaire cessèrent après un ultime fracas. La louve plongea dans les yeux pâles et impassibles de Lux.
____« Il y a un feu d’artifice ce soir, tu devrais y aller Lux, te changer les idées, tu deviens sinistre et morose en grandissant, tu sais. Tu perds le goût de vivre, t’as les lèvres sèches je trouve. Allez, vas-y. Ils vont parsemer le ciel d’éclats de sang, ce sera beau, je pense. ».

Souffre les sulfures => Souffrent les sulfures
Assis-toi, assis-toi => assieds-toi (ou à la rigueur, « assois-toi »)
surement => sûrement
ne disparaisse pas toutes ces maisons => disparaissent
chaine => chaîne
 
Daivou

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MessageSujet: Re: Ce n'est qu'une tragédie grecque [Nouvelle version] [M]   Mer 27 Mai - 19:51

Texte très bien, j'adore ce concept de retourner à la ligne et de jongler entre un discours indirect et un discours direct. Continue d'écrire mon petit Alfy



La réalité n'est que la façon d'être et d'agir de chacun, dans un monde où 7 milliards de personnes peuvent faire ce qu'ils veulent on peut aisément dire que la vie est un jeu de merde.
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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Localisation : Between the peanuts and the cage
MessageSujet: Re: Ce n'est qu'une tragédie grecque [Nouvelle version] [M]   Mer 27 Mai - 21:10

Je me souviens plus trop de l'ancienne version, mais j'avais pas eu l'impression que c'était de la merde Wink
Cela dit, je préfère quand même celle-ci, de mémoire l'autre partait un peu plus dans tous les sens, ça fait partie de ton style mais il faut quand même que tu le modères. Là, on sent bien le côté "fracturé" sans pour autant se perdre, donc tu as parfaitement dosé.

Je suis hyper admirative des sonorités de ton texte, on a qu'une envie : le lire à voix haute. Et j'ajoute que ce que je préfère par dessus tout dans cet écrit c'est l'impression de sérénité qui s'en dégage. Oui, tout est glauque, mais bizarrement les personnages semblent blasés et nous aussi on le devient. Le rythme est apaisant, de même que les actions quotidiennes et l'accent mis sur des objets rassurants. Du coup, on est encore plus dégoûté quand on réfléchit un peu Wink

J'ai hâte de lire la suite

Mentions spéciales :

Alfy a écrit:
A force d’être là, dehors, sur le trottoir, j’ai pourri sous la pluie, séché au soleil, me voilà déjà vieille. J’ai peut-être vingt-huit ans, peut-être cinquante, je commence à l’oublier. Et, lorsque le souvenir sera un rêve, l’on m’abattra, comme l’on abat les autres vaches à lait.

Alfy a écrit:
Elle est d’une belle tristesse je trouve, tu ne trouves pas toi ? Elle a ce regard abattu où dansent des prunelles amourachées, elle a de frêles allumettes où brûle son cœur, où souffrent les sulfures d’un futur passé.

SOUFFRENT LES SULFURES D'UN FUTUR PASSE !!!! C'est le plus beau truc que j'ai jamais lu
Je sais pourquoi : j'adore le "f" et le "r" Smile

Bref, bravo Alfouille Very Happy

 
Kaw'



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MessageSujet: Re: Ce n'est qu'une tragédie grecque [Nouvelle version] [M]   Ven 26 Juin - 5:15

Je ne sais pas si je pourrais tenir 500 pages avec ton écriture, mais putain sur un texte court je l'adore *-*
(J'approuve Epi sur le fracturé et sur le blasé-glauque, approuver c'est pratique)
 
Daemoon

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MessageSujet: Re: Ce n'est qu'une tragédie grecque [Nouvelle version] [M]   Ven 31 Juil - 22:21

Moi j'approuve Epi sur le fait qu'on ait envie de le lire à haute, tout sonne si bien, ça tranche avec le côté glauque, j'aime beaucoup
 
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MessageSujet: Re: Ce n'est qu'une tragédie grecque [Nouvelle version] [M]   

 
 

Ce n'est qu'une tragédie grecque [Nouvelle version] [M]

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