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 La corde au cou [TS]
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Maze

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MessageSujet: La corde au cou [TS]   Mer 17 Juin - 18:58

Sur ordre de la déesse Gno Wink
Je ne poste que le premier acte - qui n'en est pas un finalement x) - pour l'instant, on verra pour la suite ^^ Désolée pour l'absence, aussi... J'aurais préféré lire tous les textes en retard avant de poster, mais je n'ai pas vraiment le temps ^^
Bonne lecture Smile

LA CORDE AU COU

ACTE 0

Scène 0
L'ANGE

(Décor neutre. Un personnage entre sur scène, on ne sait pas si c'est un homme ou une femme.)

L'ANGE .- Vous n'êtes pas venus pour rire. Peut-être pour réfléchir, pour penser à la vie. Ou alors, vous êtes arrivés par hasard et vous ne connaissez rien de cette pièce. À moins que vous n’ayez profondément envie de mourir, comme tout le monde. Les gens qui vont entrer ici ne veulent que la mort, sous ses multiples formes. Ils veulent l'amour, la vie, le bonheur, la chance : tout cela, c'est la mort. Puisque l'amour tue, puisque la vie s'épuise, puisque le bonheur n'existe pas, puisque la chance n'est qu'un hasard : on les retrouve dans l'au-delà. Aujourd'hui, sur scène, on ne verra pas de sourires ridés sur les visages, on n'entendra pas les enfants rires : il n'y aura que des larmes et du sang. Seuls les fous riront ce soir, et je vous souhaite de l'être. Pour que vous soyez heureux, un peu. Il ne faut pas prendre garde à la réalité : c'est elle qui nous détruit. On vient au théâtre pour l'oublier, justement, mais ce soir, vous vous souviendrez. C'est le maître mot : se souvenir. Ne jamais, oublier ses blessures. Toujours, se rappeler du goût amer de la vie. Buvez ! Mangez ! Ce soir vous vous perdrez dans la vie elle-même, sous son plus noir aspect. Il n'y a plus de lumière. Il faut l'inventer. Éclairer soi-même sa vie. Mais vous avez de la chance, vous êtes éclairés, ce soir : par vos téléphones, par les sorties de secours. Car oui, vous serez spectateurs, seulement, des horreurs qui se produiront. Ne vous sentez pas coupables ou mal à l'aise : savourez votre chance. Vous n'êtes pas du spectacle. Quand les rideaux s'écarteront pour de vrai, vous serez tranquilles pour un moment, avec pour seule mission de regarder et d'écouter. Et pour les autres, une vie peut-être pire commencera. C'est leur destin. Pas le vôtre. Cessez, votre compassion, votre empathie. Ne vous forcez pas, ne faites plus semblant. Nous sommes tous comme ça : égoïstes et égocentriques. Pourquoi porter un masque et apprendre un texte, puisque vous n'êtes pas sur scène ? Restez assis sur vos fauteuils, à rire si vous êtes fous, à raisonner si vous êtes humains. L'atmosphère sera lourde et douloureuse. Ce ne sera pas agréable. Mais, vous êtes venus, pour voir les autres souffrir et vivre à votre place. Ainsi que chaque humain l'aurait fait. Soyez humain, ce soir : soyez égoïste et narcissique. Ne vivez pas, ce soir. Mais, souvenez-vous, ce soir. Lumières !

(Les lumières s'éteignent. Il sort.)
 
Kaw'



Gni suprm
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mer 17 Juin - 19:43

Citation :
on verra pour la suite
Tu veux dire qu'on va voir la suite ? Very Happy 'cause je la veux o/

"Ne jamais, oublier ses blessures" La virgule a sûrement été mise pour amplifier le parallélisme avec "Toujours, se rappeler du goût amer de la vie.", mais elle ne fait pas naturelle (j'trouve)
J'attends l'acte 1 scène 1 *-*
 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mer 17 Juin - 19:51

Merci Kaw' Smile
Tout est écrit mais j'aime bien garder le suspens Twisted Evil
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mer 17 Juin - 20:09

Je ne sais pas si tu te souviens, mais je voulais que tu postes un texte et comme tu disais que chaque fois que tu lisais ce qu'il y avait avant tu avais peur de te sentir nulle, j'ai déclaré que je posterais un texte pourri pour te permettre de poster à ma suite Smile
Eh bien voilà, je poste une scène de théâtre et quelques heures plus tard tu postes une scène de théâtre ! Je suis vexée Wink

Cependant, j'ai surmonté assez vite ma douleur après lecture de cet acte 0. Ça m'a fait un peu pensé au prologue d'Antigone par Anouilh mais... en mieux
Et puis, comme toutes les comédiennes amateurs, le cri du narcissisme a résonné dans mon être : "Je veux jouer ce personnage !". Parce que bon sang, là on le lit mais j'imagine tellement aller au théâtre et me faire accueillir de la sorte ! Le spectateur est d'emblée plongé dans la noirceur, la démence et ça doit donner des frissons sur une scène.

Côté forme, pas une phrase, pas un mot inutile (erreur fréquente chez les dramaturge amateurs) ça ressemble à un chef d'oeuvre qu'on pourrait étudier en classe, sincèrement.

Ce début me fait craindre la suite, je sens que je ne vais pas rire beaucoup mais je veux la connaître et quand bien même tu déciderais de ne pas la montrer, continue-la pour toi parce que c'est magnifique.

EDIT : Oh, tu l'as terminé ? *.*

 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Jeu 18 Juin - 17:15

Merci beaucoup Meredith ! Wink Je n'ai pas fait exprès ^^ Et puis comparer cet acte au prologue d'Anouilh, c'est vraiment adorable Smile Tu joueras cette pièce bien sûr Wink
 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Jeu 2 Juil - 12:59

J'espère que vous pardonnerez ce double-post, mais je ne voulais pas vous faire attendre trop longtemps Embarassed

ACTE I

Scène 1
L'Ange, Isaac, Ellen

(Une chambre d'hôpital. Isaac est allongé, il semble mal en point. Il parle précipitamment, comme s'il avait peur de mourir avant de finir sa phrase. L'Ange au centre de la scène.)

L'ANGE .- Premier acte. Celui des amoureux – puisqu'il en faut bien. Mais aujourd'hui, leur histoire ne se terminera pas bien. C'est décidé. Insupportable, ces fins heureuses, ces enfants stupides, ces mariages coûteux. Ces histoires dont on ne raconte pas la fin de la fin : les disputes, le divorce, la garde alternée, les problèmes d'argent. Mais ici non plus, on ne racontera pas ce qui se passe après, mais pour une raison valable : il n'y a pas d'après. L'amour véritable n'a pas de suite, qu'un début qui s'arrête. Se réveiller tous les matins, à l'origine, et reconquérir l'autre après la nuit intense. Ça existe, mais on ne le raconte pas. Ce genre d'histoires n'arrive qu'aux gens normaux qui vivent en voulant mourir. Puissent leur souhait s'exaucer.

(Il sort.)

ISAAC .- Tu te souviens, Ellen ? Tu te souviens ?

ELLEN, très tendre, très émue .- Bien sûr. Comment pourrais-je oublier ?

ISAAC .- Tu te le rappelleras après ?

ELLEN .- Pour toujours. Ne t'en fais pas.

ISAAC .- C'est tellement injuste...

ELLEN .- Je sais. Tellement...

(Elle inspire profondément.)

ISAAC .- Profitons encore.

ELLEN .- Tu te souviens... De notre rencontre ?

ISAAC .- Oui. Je te vois encore. Tu étais si jolie. Je me souviens de ton regard, planté à l'horizon. Tu levais la tête avec fierté, et tu avais des sacs dans les bras. Tu semblais si forte ! Déterminée à vivre.

ELLEN .- Et toi ! Tu es de ceux qu'on ne remarque pas, qui font de grandes actions dans l'ombre. J'aurais pu remarquer ton ami. Mais tu étais là, presque caché derrière lui. C'est toi que j'ai vu.

ISAAC .- N'était-ce pas dans l'ascenseur ?

ELLEN .- Si. J'allais emménager. Finalement, vous m'avez donné un coup de main.

ISAAC .- C'est vrai ! J'ai porté ta coiffeuse – ce meuble que tu tenais de ta grand-mère. Je t'imaginais en train de te regarder dedans, de brosser tes cheveux, de ranger tes bijoux dans le petit tiroir – et maintenant, ce sont les colliers que je t'ai offert que tu y glisses. Ce meuble est si beau – tu en prendras soin ?

ELLEN .- Oui, ne t'en fais pas.

ISAAC .- On a échangé nos numéros, ensuite, non ?

ELLEN .- Oui. Mais avant, je vous avais invités à rester un peu – j'aurais voulu qu'il n'y ait que toi. Tu m'intriguais. Je ne comprenais pas encore ce que je ressentais. Comment cela pouvait-il être si instinctif ? C'était le destin, c'était normal.

ISAAC .- Moi aussi, j'aurais voulu être seul avec toi.

ELLEN .- On s'est revus, ensuite. Très vite, non ?

ISAAC .- Je crois.

ELLEN .- On en avait besoin. Tous les deux.

ISAAC .- Je n'ai fait qu'attendre ton message.

ELLEN .- Oui, c'est moi qui t'ai recontacté la première !

(Elle sourit.)

ISAAC .- C'était des moments incroyables, ces heures où nous étions ensemble.

ELLEN .- C'était magique. Je me sentais ailleurs, sur une autre planète. Rien ne pouvait arriver, tu étais là.

ISAAC .- J'ai encore sur les lèvres notre premier baiser.

ELLEN .- Je ne me souviens pas du lieu... Peut-être que ça n'a pas d'importance.

ISAAC .- Oui, qu'importe ? J'ai fermé les yeux et j'ai laissé mon cœur battre pour toi.

ELLEN .- Moi aussi, j'ai fermé les yeux. Ça aurait pu durer éternellement, ça ne m'aurait pas dérangée. J'étais si bien, là, serrée contre toi.

ISAAC .- Je t'aime tellement, Ellen, comment va-t-on faire ?

ELLEN .- Je ne sais pas, Isaac. Je ne sais pas.

ISAAC .- Promets-moi de ne pas faire de bêtises.

(Elle secoue péniblement la tête.)

ELLEN .- Je ne peux pas faire ça. C'est trop dur. Si tu n'es plus là, ma vie n'a pas de sens.

ISAAC .- Ellen. Je t'en prie.

ELLEN, au bord des larmes .- C'est absurde ! Absurde ! Pourquoi toi ? Pourquoi nous ? Quel destin, quel Dieu, en a décidé ainsi ? Par quel hasard ? Qui a jeté les dés ? Qui a retourné la mauvaise carte ? Qui a pu ainsi écorcher nos mains, raccourcir ta ligne de vie à grands coups de couteau et la mienne par la même occasion ? Qui a eu l'audace de s'attaquer à nous ? Je voudrais être forte, Isaac, mais je ne peux pas. Je n'arriverai pas à survivre. Je ne peux rien te promettre, sinon que je te retrouverai prochainement. La vie est un enfer sans toi.

ISAAC .- Oh, Ellen...

ELLEN .- Je sais que je ne devrais pas m'apitoyer sur mon sort ! Mais je ne peux m'en empêcher, la nature humaine est ainsi faite, je rapporte tout à moi... Je devrais te sourire, te prendre dans mes bras, te réconforter... Je ne fais rien de tout ça !

ISAAC .- Tu es là. Tu me parles. C'est le plus important.

(Ils se taisent.)

ELLEN .- Quand nous nous sommes embrassés... Pour la première fois... Tu le sais, toi aussi, quand c'était, n'est-ce pas ?

(Isaac hoche difficilement la tête.)

ISAAC .- Je crains que oui...

ELLEN .- J'ai eu peur.

ISAAC .- Tu l'as montré, je m'en souviens. Ça m'a étonné. Je n'imaginais pas que tu puisses éprouver ce sentiment.

ELLEN .- Je me suis demandée ce que je ferais si tu mourais avant que j'ai eu le temps de te dire que je t'aimais.

ISAAC .- Je me suis dit la même chose. Mais après toutes les erreurs que j'avais commise, ce que tu avais subi... Je m'en voulais de ne pas avoir été là pour toi.

ELLEN .- Je l'ai surmonté grâce à toi. Tout ce qui est arrivé de mauvais dans ma vie, je l'ai vaincu, je l'ai enjambé en me disant que viendrait un moment où je ne regretterais pas d'être venue au monde.

ISAAC .- Est-il venu, ce moment ?

ELLEN .- Oui. Il se terminera avec ta mort. (Silence.) L'aurais-tu fait ?

ISAAC .- Si tu n'étais pas venue, oui.

ELLEN .- Je me souviens... Ton regard fou. Tes larmes. Tes mains crispées.

ISAAC .- Et puis, je suis descendu.

ELLEN .- Doucement.

ISAAC .- Je n'ai pas réfléchi quand je me suis jeté dans tes bras.

ELLEN .- Je n'ai pas réfléchi quand je t'ai embrassé.

(Silence à l'évocation de ce moment heureux.)

ISAAC .- Ce lien... Ce lien si fort. Comme du lierre enserrant nos poignets.

ELLEN .- Une colle forte qui nous reliait l'un à l'autre.

ISAAC .- Je ne pouvais plus m'éloigner de toi.

ELLEN .- Moi non plus. Dans mon système solaire, tu étais le soleil.

ISAAC .- Dans mes phrases, tu étais le verbe.

ELLEN .- Et à présent, nous sommes deux aiguilles galopant sur le cadran, chacun tentant de rattraper l'autre...

ISAAC .- Pourquoi le temps nous presse-t-il autant ?

ELLEN .- Le bonheur est éphémère...

(Silence.)

ISAAC .- On n'avait pas besoin de faire l'amour. Rien qu'un regard suffisait.

ELLEN .- C'était si doux.

ISAAC .- Notre première nuit ?

ELLEN .- Extraordinaire. Je me sentais enfin à ma place dans le monde. Là, dans tes bras, mon corps soudé au tien, je savais où j'aurai dû me trouver depuis le début. Entre tes mains, j'étais de l'argile. Toi, l'artiste, tu me sculptais avec amour, faisant de moi une nouvelle Vénus de Milo.

ISAAC .- J'avais l'impression de ne faire plus qu'un avec toi. De former un être unique, qui existait depuis toujours. D'avoir trouvé ma moitié, ce qui me manquait. Je me sentais important. J'existais quand tu étais avec moi. Je ressuscitais dans ces moments-là.

ELLEN .- Comme si tu déchiffrais en braille une phrase tendre sur ma peau, tu souriais.

ISAAC .- Toi aussi. Et tes cheveux chatouillaient mon épaule.

ELLEN .- Tu étais rayonnant.

ISAAC, s'agitant .- Oh, Ellen, est-ce que c'est vraiment fini ? J'aimerais t'aimer une dernière fois. J'aimerais... Je veux tant de choses ! C'est trop court, c'est bien trop court !

ELLEN .- Je sais.

(Elle se tourne vers lui. Elle presse ses mains dans les siennes.)

ISAAC .- Ellen...

ELLEN .- Ne t'en va pas trop vite. J'aimerais nouer plus solidement les liens qui nous rattachent. Je voudrais nous recoller l'un à l'autre. Ta mort prochaine nous a brisés en mille morceaux, mais c'est réparable. Ne pars pas !

ISAAC .- Je t'aime... Je ferai en sorte de rester ici le plus longtemps possible.

ELLEN .- Laisse-moi te rejoindre.

ISAAC, tentant de paraître bien portant .- Tu te souviens de cette balade au bord de la mer ?

ELLEN, pleurant doucement .- Oui, je me rappelle, avec les vagues énormes, qui s'écrasaient à nos pieds. J'étais trempée, je m'étais approchée trop près, tu m'as prêté ton manteau. Il était trop grand pour moi.

ISAAC .- Je t'ai dit que ça t'allait très bien.

ELLEN .- Oui. J'ai ri.

ISAAC .- Oh, ton rire... Comme des gouttes d'eau sur une branche d'arbre, un oiseau s'y pose et les perles de pluie tombent une à une sur le parapluie. Ton rire ! Les notes aiguës du piano, jouées à la va-vite. Un petit carillon. Le pépiement d'un rossignol. Ris encore, ris mon Ellen.

ELLEN .- Je voudrais en être capable...

(Elle embrasse le bout de ses doigts. Il y a un silence.)

ISAAC, murmurant .- Je ne veux pas y aller. Ce n'est pas l'heure, pas tout de suite.

ELLEN, murmurant .- Reste ici avec moi.

ISAAC, murmurant .- Je le voudrais.

ELLEN, s'écriant .- Cours ! Cours loin d'elle, loin de cette femme armée d'une faux, loin de la mort. Enfuis-toi, je t'en prie !

ISAAC .- Je ne peux pas... Je suis immobile, mes jambes ne répondent plus... Je vais mourir. Je vais mourir !

(Il pousse un cri de douleur.)

ELLEN, réprimant ses larmes .- Je suis là. N'aie pas peur.

ISAAC, parlant avec difficultés .- Je t'aime tellement, Ellen... Ne l'oublie pas.

ELLEN .- Jamais.

ISAAC, perdant peu à peu l'esprit .- Notre mariage, t'en souviens-tu ?

(Ellen secoue la tête et se met à pleurer.)

ELLEN .- Oh, Isaac, il n'y a jamais eu de mariage... Nous n'avons pas eu le temps !

ISAAC, soudain lucide .- Alors épouse-moi.

ELLEN .- Maintenant ?

ISAAC .- Maintenant.

(Ellen parvient à rire.)

ISAAC .- Tu as ri.

ELLEN .- Oui. Ça paraît si absurde...

ISAAC .- Ni mon idée ni ton rire ne l'étaient.

ELLEN .- C'est si bon d'être avec toi. Ne me laisse pas toute seule. Je t'épouse dès maintenant. Nous sommes liés, la mort peut-elle vraiment nous arracher l'un à l'autre ?

ISAAC .- Non, elle en est incapable. Je t'aime, ne l'oublie pas.

ELLEN .- Reste...

ISAAC .- J'essaie. J'ai mal. J'ai si mal...

(Nouveau cri de douleur.)

ELLEN .- Que puis-je faire ? Dis-le moi, je t'en prie.

ISAAC .- Rien... Je suis mort, ne me laisse pas... Est-ce que tu es encore là ? Tout est noir...

ELLEN .- Oui, oui, bien sûr. Ta main est encore tiède, je la serre si fort que je pourrais la briser, j'observe tes yeux presque clos... Regarde-moi ! Oh, Isaac, regarde-moi... Si tu as encore la force de soulever tes paupières... La lumière reviendra.

(Il ouvre les yeux.)

ISAAC .- Tu es si belle. Je ne pourrai pas t'oublier.

ELLEN .- Isaac... Reste ici. Bats-toi !

ISAAC .- C'est impossible. Je ne peux pas lutter.

ELLEN .- Je donne dix ans de ma vie pour que tu vives encore.

ISAAC .- La mort ne marchande pas. Elle refuse ton offre.

ELLEN .- Isaac, souviens-toi de cette musique... Cette musique sur laquelle on a dansé, un soir, dans un petit restaurant, au bord de la Seine, qui scintillait sous les réverbères. C'était bien, les gens nous ont applaudis. Tu portais tes nouvelles chaussures, et puis j'avais cette robe blanche – tu avais dit que j'étais une mariée. On a beaucoup ri, ce soir-là, tu te souviens ? Isaac !

ISAAC .- Je suis là... Je sombre, où est ma lucidité ? Où est ma raison ? Mon esprit s'effiloche, la tapisserie redevient bobine. Tu es là, Ellen.

ELLEN .- Je serai toujours là. C'est injuste... Nous sommes trop jeunes !

ISAAC .- Je ne peux pas mourir !

ELLEN .- Et ce ciel étoilé ? Et cette journée à Paris ? Cet anniversaire ? Te le rappelles-tu ?

ISAAC .- Je m'en souviens... Oh, Ellen, que se serait-il passé si j'avais continué à vivre ?

ELLEN .- Nous nous serions officiellement mariés. Tu aurais porté un magnifique costume et moi, une longue robe blanche. Il y aurait eu des demoiselles d'honneur, ta mère et mes parents. La fête aurait duré très longtemps.

ISAAC .- Quelques années plus tard, nous aurions eu un enfant ?

ELLEN .- Oui. Un petit garçon. Comment l'aurais-tu appelé ?

ISAAC .- Thomas. Et ensuite, nous aurions eu une petite fille... Son prénom ? Quel aurait été son prénom ?

ELLEN .- Rose. Comme la couleur du ciel à l'aube, comme la fleur aux épines luisantes.

ISAAC .- Elle t'aurait ressemblé, beaucoup. Elle aurait eu tes yeux, ta bouche.

ELLEN .- Et tes cheveux. Les tiens, blonds, lisses, étincelants comme les rayons du soleil.

ISAAC .- Comme je voudrais qu'elle existe, cette petite fille !

ELLEN .- Et ce petit garçon !

ISAAC .- Je t'en prie, Ellen, sois heureuse.

ELLEN .- Le pourrais-je seulement, sans toi à mes côtés ?

ISAAC .- Je t'aime tant Ellen. Tu devras m'oublier pourtant...

ELLEN .- Isaac... Ne t'en va pas. Nous avions tant de choses à faire.

ISAAC .- J'aurais voulu plus de temps...

ELLEN .- Là-bas, ne m'oublie pas.

ISAAC .- Ici, efface-moi de ta mémoire. Ne souffre pas.

ELLEN .- Je t'aime.

ISAAC, terrifié .- Je ne veux pas te dire adieu !

ELLEN .- Alors tais-toi. Ne dis rien. Clos tes lèvres.

(Silence. Puis, brutalement : )

ISAAC, criant .- Je m'en vais, Ellen, je pars pour l'autre monde ! La mort m'entraîne de son côté !

ELLEN, gagnée par la panique .- Non ! Isaac ! Reste ! Prends ma main, ne la lâche pas !

ISAAC .- Je la serre !

ELLEN .- Tes doigts, un à un, se détachent... Ne t'en va pas !

ISAAC .- Un dernier baiser...

ELLEN .- Bien sûr.

(Ils s'embrassent.)

ELLEN .- Je t'en prie... Lutte ! Ne meurs pas ! Souviens-toi, Isaac !

(Silence.)

ELLEN .- Isaac ?

(Silence.)

ELLEN .- Isaac !

(Elle pleure, crie.)

ELLEN .- Reviens ! Reviens, Isaac. Ne la laisse pas t'emporter... Pourquoi ? Tu étais si jeune ! Pourquoi profiter de notre faiblesse ? Nous avons à peine vécu... Je voudrais pouvoir te ressusciter. Je voudrais que tu vives à nouveau, que ta peau soit rose, que ta poitrine se soulève, que ton souffle chatouille ma joue, que ton cœur batte en rythme avec le mien. Oh, Isaac ! Pourquoi es-tu parti ? Je t'aime, Isaac. Je me souviens... Je voudrais mourir moi aussi. Mais tu ne veux pas que je te rejoigne, n'est-ce pas ? Tu veux que je vive encore un peu. Très bien. J'accepte. Mais je ne peux pas t'oublier. Je veux, au contraire, graver ton visage sur ma rétine, ancrer ta voix dans mes oreilles, sentir ton odeur à chaque inspiration. Je me souviens du goût de tes lèvres, te l'ai-je dit ? Non, je n'ai pas eu le temps, quelle injustice ! Le goût de tes lèvres... Un rayon de soleil. Pur. Une étoile flamboyante qui se posait sur ma bouche, qui la brûlait délicieusement. Quelque chose d'exquis, un nectar. Un goût de lumière.

Tu t'en rappelleras après ? => Tu te le rappelleras après ? (Source)
je vous avais invité à rester un peu => invités
j'aurai voulu => j'aurais voulu
On s'est revu => revus (ici le « on » n'est pas indéfini mais vaut pour un « nous » donc on accorde)
viendrait un moment où je ne regretterai => regretterais (remplace par « tu » si tu as un doute : « viendrait le moment où tu regretterais » et non « où tu regretteras »)
nous a brisé => brisés (brisé qui ? Nous. COD avant le verbe, on accorde)
je ferais en sorte de => je ferai (le futur permet de donner à la phrase une allure qui ressemble plus à une promesse, c'est pourquoi je le trouve mieux adapté mais ce serait correct au conditionnel aussi)
cet balade => cette
Je ne pourrais pas t'oublier => pourrai
nous ont applaudi => applaudis
je serais toujours là => serai
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Dim 5 Juil - 14:09

Ne t'en fais pas pour le double post, si c'est pour poster la suite d'une histoire tu as tout à fait le droit Wink
Je suis totalement gaga du personnage de l'Ange, j'ai hâte de voir la suite
Et puis dans cette scène, j'aime bien le couple (bon, c'est un peu guimauve, mais je considère que la guimauve est parfois essentielle Wink ), surtout dans cette manière que tu as de leur permettre de se souvenir ensemble, puis de raconter leur futur ensemble. Le bouclage des répliques est parfait, ça met en valeur leur complicité.
Dommage qu'Isaac soit mort

 
Midnight

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Maîtresse incontestée des vices infantiles
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Dim 5 Juil - 14:31

... *^*

Wow. *^*

J'aaaaaaaaaaaaaaime
Le prologue est excellent, très original. L'ange est génial. J'aime beaucoup.
Et cette première scène... Avec l'idée de l'adieu entre deux amants, on aurait pu s'attendre à quelque chose de mille fois revu, ennuyeux, niais. C'était un peu "guimauve", comme le dit Rimi, mais j'ai trouvé la scène très bien écrite, émouvante juste comme un telle scène "doit" l'être. J'aime beaucoup.

Je ne sais pas si tu as écrit cette pièce en l'imaginant seulement lue ou non, mais j'adorerais qu'elle puisse être jouée



La Mère Patrie vaincra ~

"Je croyais qu'on allait jouer à cache-cache..."
Le petit Arthur, sept ans


 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Dim 5 Juil - 15:21

Merci beaucoup ! Very Happy

Rimi : Merci encore pour la correction Le côté guimauve est fait exprès, pour se moquer un peu de l'amour. On le verra plus tard de manière plus explicite ^^

Mid : Merci pour ton commentaire ! Je l'imagine plutôt sur scène, si c'est possible un jour *-*
 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mar 28 Juil - 18:08

J'avais l'impression d'avoir posté la suite... Mais manifestement non. Enfin j'ai peur de faire n'importe quoi ^^ Donc voilà :

Scène 2
Ethan, Julienne

(Ils sont debout, au même niveau dans un escalier. L'atmosphère est lourde. Julienne porte des mitaines rayées.)

JULIENNE .- J'imagine que tu es au courant.

ETHAN .- Oui.

(Julienne se tord les mains, nerveuse, et ne dit rien.)

JULIENNE .- Qui te l'a dit ?

ETHAN .- Ta mère.

JULIENNE .- Je lui avais demandé de se taire...

ETHAN .- Elle a bien fait de me révéler la vérité.

(Un silence.)

ETHAN .- Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

JULIENNE .- Tu n'avais pas à savoir, c'est tout.

ETHAN .- Excuse-moi, ça me concerne tout de même ! Est-ce que Garance au courant ? Ou bien tu lui as servi le même mensonge qu'à moi ?

JULIENNE .- Elle ne sait rien, rassure-toi.

ETHAN .- Est-ce que ça me rassure vraiment ? Julienne, je suis tellement...

JULIENNE .- Je suis désolée. Désolée, d'accord ?

ETHAN .- Pourquoi tu as fait ça ?

JULIENNE .- C'est trop difficile à expliquer.

ETHAN .- Dis-le moi, au moins. Peut-être que je pourrais comprendre.

JULIENNE, s'emportant .- Non ! Non, tu ne pourras pas comprendre. Tu ne le pourras jamais, c'est trop compliqué pour toi !

ETHAN, s'emportant également .- Ah oui ? Je ne suis pas assez intelligent ? Trop stupide ? C'est vrai qu'après avoir avalé l'énorme mensonge que tu nous as servi sur un plateau d'argent, je peux envisager que tu me voies comme ça !

JULIENNE .- Si je me tais, c'est pour ne pas te faire souffrir !

ETHAN .- Mais ça me fait déjà mal que tu ne parles pas ! Ça ne peut pas être pire.

(Un silence.)

ETHAN .- Dis-le moi, je t'en supplie. Je peux au moins essayer.

(Un silence. Puis elle se lance.)

JULIENNE .- Tu vois, un immeuble ?

(Il ne répond pas tout de suite, il est très étonné.)

ETHAN .- Le rapport ?

JULIENNE .- Ne cherche pas. Imagine un gratte-ciel, gris, grand, de béton et d'acier, qui dresse sa silhouette urbaine sur l'horizon vide.

ETHAN, fermant les yeux .- J'imagine.

JULIENNE .- Il y a une longue – très longue ! – file de personnes qui s'étend, comme un serpent aux écailles colorées, depuis la porte jusqu'à nulle part.

ETHAN .- Nulle part ?

JULIENNE .- Nulle part. Très loin. (silence) Comme un fleuve, elle s'entortille et avance lentement. Tous ces gens vont dans l'immeuble.

ETHAN .- Je suis désolé, je ne comprends toujours pas.

JULIENNE .- Tu vas voir. Viens ton tour, tu passes enfin – après une éternité passée dans cet espace vide, l'extérieur – les portes du gratte-ciel. Tu es impressionné, au début, c'est incroyable. Tu es encore au rez-de-chaussée, ça va. (pause) Puis, quelques années plus tard, tu arrives près de l'escalier. Et tu te rends compte qu'il n'y a pas d'ascenseur.

ETHAN .- Est-ce si horrible ?

JULIETTE .- Tu regardes autour de toi, désemparé, tu te souviens avec terreur de cette si haute tour que tu voyais depuis le bout du monde – et tu vas devoir monter en haut ! Tout en haut... C'est désespérant, mais tu es obligé. Les gens autour de toi depuis si longtemps – vous avez patienté ensemble dans le hall – t'entraînent avec eux.

(Silence terrible.)

JULIETTE .- Commence l'ascension. (pause) Au début, c'est facile, tu respires facilement, tes jambes tiennent le coup. Ça se passe bien, tu oublies ce qui t'attend. Puis, inexorablement, le souvenir remonte à la surface de ton esprit. Tu te rappelles ce que tu vas endurer... Tu n'as plus envie de monter. À quoi bon ? Qu'y aura-t-il en haut de cet immeuble ? Peut-être devrez-vous tous sauter, alors autant le faire tout de suite. Plus tu montes de marches, plus cette idée t'emprisonne dans ses liens de cordes rêches, plus lever le pied devient épuisant et stupide, plus rire ou sourire devient étrange. Des questions t'obnubilent, tu ne peux plus en détacher tes pensées, elles sont soudées. Tu voudrais t'arrêter, t'asseoir sur une marche, réfléchir quelques minutes, mais c'est impossible. Tes proches t'en empêcheront. Ils ne seront pas d'accord. Et puis, tu as vu des gens abandonnés, très vieux, respirant à peine, les yeux clos, presque allongés en travers de l'escalier, à délirer. Tu ne veux pas finir comme eux. Il paraît que c'est très dur de se relever une fois qu'on a stoppé son ascension. Alors, tu continues. (Pause) Un jour arrive, ensoleillé. Ensoleillé, car tu passes devant une fenêtre. Tu n'hésites pas, cette occasion ne se présentera pas avant longtemps, tu bouscules tes proches, tu ouvres la fenêtre, et tu sautes. Tu t'envoles, petit oiseau, tu t'envoles pour t'écraser aussitôt. Et c'est la fin. Enfin.

(Long silence.)

ETHAN .- Julienne, c'est étrange, je ne comprends pas, sois plus claire !

JULIENNE .- Dis plutôt que tu ne veux pas comprendre.

ETHAN .- Tu as fait ça ?

JULIENNE .- Je l'ai fait.

ETHAN .- Tu t'en es sortie.

JULIENNE .- Tu tombes, tu tombes, mais une fenêtre s'ouvre, et des bras te rattrapent de justesse, te ramènent à l'intérieur de l'immeuble contre ton gré, tu hurles, tu griffes, tu mords, tu es un animal, mais on te force à être humain, à retourner à ta vie d'avant. À monter inlassablement les marches.

ETHAN .- Julienne...

JULIENNE .- Tu vois, Ethan, la vie, c'est ça : un immeuble sans ascenseur. Un grand escalier qui ne mène à rien. Grimpe, si ça t'amuse ! Moi, je ne joue plus. Ça ne me fait plus rire.

ETHAN .- Est-ce que je peux faire quelque chose ?

JULIENNE .- Rouvre la fenêtre.

(Julienne descend une marche. Ethan se précipite sur elle et la secoue violemment.)

ETHAN .- Arrête ! Tais-toi ! Tu n'as pas pensé à nous une seule seconde ? À Garance ? À moi ? À moi ! Tu as été si égoïste ! Ce n'est qu'un petit accident, je reste deux ou trois jours... Ta voix faussement normale au téléphone à l'hôpital ! Pourquoi tu m'as menti ? Pourquoi ? Réponds, Julienne ! Répond !

JULIENNE, au bord des larmes .- Je voulais te protéger... Ne pas te faire de mal.

ETHAN .- Et le mal que tu m'aurais fait si tu avais réussi ? Tu y as réfléchi ?

JULIENNE .- Je sais que...

ETHAN .- Julienne... (Il la serre contre lui.) Ne recommence pas, c'est tout.

JULIENNE .- Tu ne peux pas comprendre. (Elle le repousse gentiment.) Je n'en peux plus, c'est trop fatiguant.

ETHAN .- Mais qu'est-ce qui est épuisant ?

JULIENNE, d'une petite voix .- Vivre. C'est vivre qui m'éreinte. (sa voix s'intensifie au fur et à mesure) Le temps passe, je ne bouge pas vraiment, ou alors, c'est infime, et le temps court, je reste sur place, le temps décolle, le temps s'envole, le temps file à la vitesse de la lumière et moi ! Moi, je suis étendue sur le sol, incapable de me déplacer, je n'arrive plus à respirer... Ma vie s'enfuit loin de moi. Elle m'évite.

ETHAN .- Qu'est-ce qu'on peut faire ?

JULIENNE .- Je te l'ai déjà dit.

ETHAN, soupirant .- Et qu'est-ce qu'on peut faire d'autre ?

JULIENNE .- Rien. Laisse-moi partir, c'est tout ce que je peux te demander.

ETHAN .- Il n'y a rien qui peut te retenir ?

JULIENNE .- Rien.

ETHAN .- Garance ? Le chocolat ? Ton métier ? Les sorties avec tes amies ? Le samedi soir, quand on va au cinéma ? (petite voix) Ou moi ?

JULIENNE .- Rien.

ETHAN .- Tu viens de me dire que je ne compte pas pour toi ?

JULIENNE .- Oui. Je ne veux pas mentir. Ça ne servirait à rien de te cacher la vérité et de continuer à souffrir en silence.

ETHAN, au bord des larmes .- Parfois, si.

JULIENNE .- Ce n'est pas de ta faute. Tu as tout fait pour me rendre heureuse. Ça n'a pas marché. C'est tout.

ETHAN .- Je peux faire plus !

JULIENNE .- Non, tu en es incapable. Mais c'est normal. Ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas. J'espère que toi non plus.

ETHAN .- Si, bien sûr. Je suis vexé, déçu, tu n'imagines pas. Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Tu me l'as expliqué, je n'ai pas compris. Comment puis-je continuer à vivre en sachant que je n'ai pas pu empêcher ce qui s'est passé ?

JULIENNE .- Même si je t'avais dit que je n'allais pas bien, tu n'aurais rien pu faire ! Je n'en peux plus, cette conversation me fatigue.

ETHAN .- Moi aussi...

(Silence.)

JULIENNE .- Nous n'appartenons plus au même monde, Ethan. Je suis presque partie, j'ai un pied déjà de l'autre côté.

(Elle descend d'une marche.)

ETHAN .- Ne pars pas !

JULIENNE .- Je me suis souvent demandé ce qui se passerait si on faisait demi-tour. Si, au lieu de monter les escaliers, on les descendait. À ton avis ?

ETHAN .- Julienne !

JULIENNE .- Je vais essayer.

(Elle descend quelques marches de plus.)

ETHAN .- Non ! Non, arrête, tu es complètement folle, reviens !

JULIENNE .- Occupe-toi bien de Garance, d'accord ?

ETHAN .- Julienne, ne va pas plus loin ! Écoute-moi !

JULIENNE .- Fais bien les comptes régulièrement. N'oublie pas de verrouiller la porte quand vous partirez en vacances.

ETHAN .- Julienne... Tu es en train de me briser. De me réduire en miettes. Tu serres mon pauvre corps fragile dans ton poing d'acier, j'explose en petits débris que tu piétines ensuite. Je t'en prie ! Reviens ! Je ne pourrais pas vivre sans toi !

JULIENNE .- Tu le fais depuis trois ans. Trois ans que je ne suis plus que l'ombre de moi-même, trois ans où je ne souriais plus, ne parlais plus... Je n'étais pas vraiment là, tu ne t'en es pas aperçu. Ça ne changera rien.

ETHAN .- Ta présence était rassurante ! Ta chaleur, l'odeur de tes cheveux, le froid déposé sur ton pull en automne...

JULIENNE .- Ce n'est rien. Ce n'est rien, il faut oublier. Je m'en vais, au revoir, Ethan.

ETHAN .- Et Garance ?

JULIENNE .- Aime-la.

ETHAN .- Non.. Reste... Tu vas me manquer !

JULIENNE .- Tu trouveras bien quelqu'un pour me remplacer. Tu l'as toujours fait, même quand j'étais là.

ETHAN .- Ce n'est pas vrai.

JULIENNE .- Je m'en vais, alors, à quoi bon mentir ?

(Elle descend quelques marches de plus.)

ETHAN .- C'est stupide, enfin ! Julienne ! Sois sérieuse. Réfléchis un peu. Tu vas nous manquer, des gens qui t'aiment penseront chaque jour à toi. Je vais être obligé de t'imaginer à côté de moi, de t'imaginer rentrer du travail en criant « C'est moi ! », d'être couchée dans le lit, tout au bord, en train de lire, de travailler à ton bureau en regardant avec mélancolie par la fenêtre. Garance devra s'inventer une mère.

JULIENNE .- Est-ce si difficile ? J'ai dû m'inventer moi, pendant plus de mille jours. Façonner ses expressions, ses phrases, ses humeurs, son histoire, alors qu'au fond, cela nous importe peu ! C'est dur, ça aussi... Je veux en finir au plus vite, Ethan, ne me retiens pas, tais-toi, laisse-moi partir dans le silence.

(Elle arrive à la dernière marche de l'escalier.)

JULIENNE .- Laisse-moi partir, dans le silence.

(Elle pose un pied par terre et s'assoit en position fœtale.)

ETHAN .- Je construirai un ascenseur dans ta vie.

(Il tend la main à Julienne. Elle la dédaigne et ricane.)

JULIENNE .- Tu n'en es pas capable, Ethan.

ETHAN .- Détrompe-toi. Pour toi, je peux tout faire. Pour toi, j'irais cueillir toutes les étoiles en laissant la nuit nue. Puis j'arracherais son cœur argenté encore palpitant – la lune – et je te l'offrirais. Tu brilleras. Tout brillera. Je planterai des réverbères partout, dans notre jardin, dans notre cuisine, dans notre chambre pour qu'on ne fasse plus l'amour dans le noir. Je veux de la lumière pour toi.

JULIENNE .- Nous ne faisons plus l'amour. Nous couchons ensemble. Je ne te crois pas lorsque tu me dis que tu m'aimes autant que ça.

ETHAN .- Bien sûr que je t'aime. Je te suivrai partout, même dans la mort. Je creuserai la tombe qui nous avalera, je taillerai notre stèle de marbre, j'y graverai une épitaphe cynique.

JULIENNE .- Rien ne peut me faire changer d'avis. Tes promesses ne valent pas grand-chose, tes mots d'amour sont creux. Par quel moyen puis-je être convaincue ?

(Elle secoue tristement la tête et la pose entre ses bras.)

ETHAN .- Par cela, peut-être.

(Il inspire profondément, puis descend les marches et s'assoit dans la même position que Julienne.)

que tu me vois => que tu me voies
la tombe qui nous avaleras => avalera
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mer 29 Juil - 21:25

Maze a écrit:
Enfin j'ai peur de faire n'importe quoi ^^

Tu ne feras jamais n'importe quoi

J'ai mieux aimé la deuxième scène que la première, elle me semblait plus intéressante stylistiquement parlant, notamment grâce à la métaphore de l'immeuble sans ascenseur et au caractère très passionné et poétique de l'échange. J'arrive aussi mieux à rapprocher cette scène de l'acte 0 avec l'Ange Smile
Et c'était aussi très violent. Magnifique mais violent.

Je crois que cette pièce est intéressante aussi bien partiellement que dans son intégralité. Pour l'instant on n'a vu qu'une petite partie et c'est génial, mais j'ai dans l'idée qu'une vision plus globale nous fera trouver encore plus géniale cette pièce, c'est pourquoi j'ai hâte de voir la suite Smile
Il n'y a pas de rapport direct entre les deux premières scènes, ça intrigue, ça titille, ça allèche ; on veut connaître leur rôle dans le grand tout Wink

Petites remarques :

monter en haut => tu voulais monter en b.../SBAFF/ Je t'épargne la blague mais tu vois l'idée Wink

Maze a écrit:
Tu t'envoles, petit oiseau, tu t'envoles pour t'écraser aussitôt. Et c'est la fin. Enfin.

J'adore ce passage qui est très cynique et allie un côté fleur bleu avec une vision pessimiste qui gâche tout, je suis fan de ce procédé Smile

Maze a écrit:
Il n'y a rien qui peut te retenir

J'aurais naturellement mis un subjonctif : "Il n'y a rien qui puisse te retenir ?", mais je ne suis pas sûre de moi Smile

Voilà, c'est du grand art, merci ~

 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mar 11 Aoû - 15:46

Merci beaucoup pour ton commentaire Meredith J'espère que la fin ne te décevra pas trop ^^

L'acte 1 est terminé, je poste le début de l'acte 2 Smile


ACTE II

Scène 1
L'ANGE, MARILYN, RITA

(Deux filles sur scène, intrusion dans la conversation, ni début ni fin, on y entre, on en ressort, comme si rien ne s'était passé : et pourtant c'est là. Au départ, quand l'ange parle, elles sont figées.)

L'ANGE .- Enfin, le premier acte est terminé. Tous sont morts. Ils ont fait ce qu'ils avaient à faire. Ici, dans cette deuxième partie, certains survivront : c'est écrit. Le destin de ceux qui demeurent est souvent pire que ceux des morts. Bien sûr, ici on n'échappe pas à cette règle. Ils souffriront, ceux qui survivent. Ils vont avoir mal, ils vont crier, hurler, saigner, pleurer. Jusqu'à la folie – s'ils ne le sont pas déjà. Un jour, ils vont mourir. Pas encore, la Mort prend son temps. Le chat joue avec les souris. Elle s'amuse, jusqu'à ce qu'ils perdent la raison et qu'ils ne demandent qu'une chose : mourir.

(Il sort.)

RITA .- Pourquoi tu fais ça ?

(Marilyn ne répond pas.)

RITA .- Pourquoi tu te scarifies ?

(Marilyn éclate de rire.)

MARILYN .- Il ne faut pas t'en faire, Rita. Ce n'est pas grave.

RITA .- Pas la peine de cacher tout ça par un sourire. Il n'est pas assez grand, tes larmes dépassent de partout, c'est moche, mal colorié. Marilyn… Je suis inquiète. Pourquoi est-ce que tu ne veux pas me le dire ?

MARILYN .- Et toi, pourquoi y attaches-tu autant d'importance ?

RITA .- Parce que tu es en train de mettre ta vie en danger. Je ne veux pas que tu meures.

MARILYN .- Je sais m'arrêter. Je ne vais pas mourir. Je ne suis pas en danger, tu sais. Je suis consciente de mon acte.

RITA .- Tu sais en effet ce que tu fais, mais tu ne te rends pas compte de la portée de ton acte. Il y a un jour où tu perdras le contrôle et où tu mourras. Je ne veux pas que ce jour arrive.

MARILYN .- Je fais attention. Il n'y a aucun risque. Je ne vais pas mourir.

RITA .- Si tu ne veux pas en finir avec la vie, pourquoi fais-tu cela ? Tu te fais du mal. Chaque soir, tu sors le couteau de ta table de nuit et tu l'appliques sur ton poignet ; là, tu te fais du mal, masturbation sadomasochiste. Si tu souffres déjà, pourquoi ajouter encore de la douleur ?

MARILYN .- Tu peux pas comprendre, Rita. Tu ne connais pas ça. Tu as la chance d'être encore innocente et heureuse.

RITA .- Je suis parfaitement capable d'entendre la cause de cet acte. Tu as honte de me le dire ?

MARILYN .- Un peu. Ce n'est pas une bonne raison.

RITA .- Je ne te jugerai pas.

MARILYN .- Pauvre Rita… Bien sûr que non, tu ne veux pas me juger ! Mais au fond de toi, ton esprit se liguera contre moi, il ressentira du dégoût et de la peur à mon égard, il me repoussera. Tu ne pourras plus me fréquenter parce que je serais trop différente et trop étrange. Je ne serais plus Marilyn, je serais la triste Marilyn qui se scarifie.

RITA, un instant sans voix .- Non… Non, je peux essayer de comprendre. Me fais-tu confiance Marilyn ?

MARILYN, riant tristement .- Ce n'est pas une question de confiance ! Ne rapporte pas tout à ce sentiment rassurant. Le fait que tu me juges ou non n'est pas de la confiance, c'est ta force dont il est question. C'est toi seule qui agira, qui repoussera ta répugnance et ton dédain. Est-ce que je crois en ta force ? Je n'y songe pas. Je me moque que tu y arrives ou pas. J'ai et je n'ai pas confiance en toi pour d'autres choses. Ici, tu n'es ni fiable ni menteuse. Alors, comprends, ne comprends pas. Fais ce que tu veux.

RITA .- Je ne peux rien faire tant que je ne saurai pas pourquoi tu te fais du mal.

MARILYN .- Bien sûr. Je me demande encore si tu es prête, je voudrais que tu ne l'apprennes jamais… Que tu restes à penser que la vie est belle et que respirer est indolore, qu'on restera jeune encore longtemps et que l'on dormira dans des cercueils lorsque le cœur se sera tu. Je voudrais que jamais l'insanité et la perversité du monde ne te parviennent, que les ombres glauques au fond des rues fuient, que les mains baladeuses restent dans les poches. Mais c'est impossible, n'est-ce pas ?

RITA .- Dis-moi.

(Marilyn soupire.)

MARILYN .- Ça me fait du bien d'avoir mal.

(Rita ne dit rien.)

MARILYN .- J'en étais sûre. Tu ne comprends pas, je n'aurais jamais dû te le dire. Jamais. Allez, va, oublie-moi. Répète-le aux autres, moquez-vous de moi. Va-t'en !

RITA .- Explique-moi.

(Marilyn soupire de nouveau.)

MARILYN .- Comme une droguée, tu vois ? Si tu lui demandes pourquoi elle prend de la cocaïne, elle te dira que c'est pour aller bien, rêver un peu. Je me scarifie pour me faire plaisir. Pour me prouver que j'existe, aussi. Je ne suis réellement en vie que sous la lame du couteau. Que dans ce sang qui coule, ces veines qui se vident. Je me prouve que je suis courageuse, que je peux tout endurer, que j'existe. Que je respire, que je ressens, la douleur qui ruisselle en moi est comme un deuxième cœur qui bat. J'ai mal, je vis.

(Un silence.)

RITA, articulant difficilement .- Depuis combien de temps ?

MARILYN .- Je viens de t'expliquer, de te révéler un lourd secret, et tu me poses encore des questions ? Ingrate ! Cela ne te suffit pas ?

RITA .- Marilyn ! Ne t'emporte pas, cela ne sert à rien. Depuis combien de temps ?

MARILYN .- Non. Je ne te le dirai pas. Tu ne m'as pas dit que tu avais compris. Tu ne pourrais pas accepter la durée.

RITA .- J'ai compris. Cela me choque, cela me fait mal pour toi, mais j'ai compris. C'est pour te sentir bien. Est-ce que ça signifie que tu vas mal ?

MARILYN .- Oui. Je vais mal. Me scarifier m'empêche de penser à mes problèmes, aux moqueries, à mes autres souffrances.

RITA .- Je suis désolée…

MARILYN .- Pourquoi ? Tu n'as rien fait. Tu n'as pas compris, tout simplement.

(Rita ne proteste pas.)

MARILYN .- Tu vois, tu ne dis rien. Tu as prétendu savoir, mais tu es ignorante. C'est mieux pour toi, après tout.

(Silence.)

RITA .- Je m'inquiète tellement, Marilyn. C'est cruel de me faire ça. Tu n'imagines pas la souffrance que j'endure. Je me demande si c'est à cause de moi, pourquoi je ne l'ai pas vu avant... Combien de temps, Marilyn ? Combien de temps ?

MARILYN .- Est-ce si important ?

RITA .- Je le pense.

MARILYN .- Trois ans.

(Lourd silence.)

MARILYN .- Ça va, ce n'est pas beaucoup.

RITA .- Trois ans... Mais quelle idiote je suis ! Je ne me suis rendue compte de rien... Je ne me le pardonnerai jamais. J'aurais dû te surveiller, faire comme les mères. Regarder où tu vas, fouiller ta chambre, te coucher chaque soir. Mais non, je t'ai laissée te détruire.

MARILYN .- Ce n'est pas de ta faute. C'est mon choix.

RITA .- J'étais la mieux placée pour me rendre compte que tu allais mal, et je n'ai rien fait. J'étais trop concentrée sur ma petite personne. Je me déteste. Je suis égoïste.

MARILYN .- C'est plus égoïste de parler de toi à présent alors que je vais mal, de te plaindre et de t'apitoyer sur ta pauvre personne.

RITA .- Je suis désolée…

(Silence.)

MARILYN .- Quand tu  ne savais pas, tes parents divorçaient. Il était normal que tu ne fasses pas attention à moi.

RITA .- C'était seulement l'année dernière. Il y a eu deux autres années où j'aurais pu m'en rendre compte. J'ai été aveugle.

MARILYN .- Tout le monde a ses petits problèmes.

RITA .- Les tiens étaient plus graves.

MARILYN .- Je ne crois pas. Il n'y a pas de degré de gravité. Tout ce qui est susceptible de faire mal est grave. Il n'y a pas de petites douleurs. Ne cherche pas d'arguments contre toi, ne t'insulte pas toi-même. N'énumère pas tout cela afin de trouver des prétextes pour parler encore de toi et de ta stupidité.

RITA .- J'ai compris.

MARILYN .- C'est faux.

(Silence. Rita se sent très mal.)

RITA .- Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

MARILYN .- Rire, sourire, faire comme si de rien était, être naturelle. Être toi. Tu me remontes le moral, tu sais ? Je te voyais, je me disais : « C'est bon, elle va mieux, elle a surmonté des épreuves, elle est sortie victorieuse, elle va bien. » Je t'écoutais parler, tout le temps. Je me laissais aller à suivre tes mots lisses et superficiels.

RITA .- Pourquoi tu ne me coupais pas la parole ? Pourquoi tu ne t'es pas écriée que tu avais des problèmes toi aussi ? Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu te faisais du mal ?

MARILYN .- Je ne voulais pas te mettre ça sur les épaules.

RITA .- Je pouvais le supporter. Je peux tout faire.

MARILYN .- Justement, non. Tu es un ange, Rita, et les anges sont fragiles. Tu es sans doute égoïste et pleine de défauts, mais tu as cette qualité d'être bonne envers les autres – et cela, je ne peux te le retirer.

RITA .- Je ne suis pas un ange. Je suis une amie ; une amie peut tout endurer. À deux, ce sera moins lourd. Je peux t'aider !

MARILYN s'emportant .- Non ! Tu en es incapable. Tu n'es pas faite pour te donner aux autres ; simplement pour être gentille avec eux, comme une enfant est gentille.

RITA .- Je ne serais pas capable de t'aider ? Tu es aveugle, Marilyn. Les liens que nous entretenons sont trop forts pour être brisés. Tu ne pourras pas t'enfermer dans ta tristesse.

MARILYN .- Tu t'es bien enfermée dans ton égocentrisme.

RITA .- Marilyn…

MARILYN .- Et qui t'as dit que j'étais triste ? Je vais mal, simplement. Je suis lassée de vivre, un peu mélancolique. C'est tout.

RITA .- Je ne veux pas t'entendre dire ça.

MARILYN .- C'est pourtant ce que je ressens. Les mensonges qui caressent tes oreilles depuis trois ans sont plus doux que la vérité, n'est-ce pas ? Que de désillusions, petite Rita.

RITA .- Je sais que tu vas mal.

MARILYN .- Tu ne peux pas savoir. Tu n'as même pas compris !

RITA .- Je peux au moins compatir.

MARILYN .- Même pas. Rita, tu ne peux plus rien pour moi. J'ai perdu, d'accord ? J'ai abandonné la course, j'ai arrêté de chanter pendant la prière, j'ai suspendu mon geste, ma respiration, mes paupières sont immobiles, je n'appartiens plus au temps, mais à l'ombre. J'ai égaré la lumière. Je ne veux plus vivre. Je suis en pause. Et je ne repartirai plus jamais.

RITA .- Je dois partir, alors ? Je suis devenue inutile ?

MARILYN .- Encore à rapporter la situation à la Rita égoïste… Mais ne pars pas. Tu es utile à d'autres. Plus à moi – je n'existe plus. Mais tant de gens ont besoin d'aide, tu sauras trouver ta place et être gentille.

RITA .- Est-ce un adieu ?

MARILYN .- Plus que ça.

RITA .- Pourquoi ! Pourquoi pars-tu ! Tu m'as dit que tu saurais t'arrêter...

MARILYN .- J'ai menti.

(Elle rit.)

RITA .- Un mensonge pour un mensonge ?

MARILYN .- Oui. Tu ne devais rien savoir.

RITA .- Marilyn…

MARILYN .- Rita ?

RITA .- Ne t'en vas pas.

MARILYN .- Tourmentée, spectre muet, errant entre jours et semaines, mois et années, j'ai attendu ce jour trop longtemps pour le laisser passer.

RITA .- Ne suis-je donc rien à tes yeux ?

MARILYN .- Oh, Rita, crois-tu vraiment que tu suffirais à me donner envie de vivre et à supplanter ma douleur ? Es-tu stupide à ce point ? Peut-être es-tu plus importante que la vie – mais ce n'est pas bien difficile. Je ne te pense pas l'égale à la mort, et tu es bien plus faible que le désespoir – mais qui peut en triompher ?

RITA .- Je t'en prie…

MARILYN .- Il n'y a plus de prières. Il n'y a plus de religion. Il n'y a plus de Dieu. Rien ne pourra me sauver. Je suis déjà morte.

(L'Ange passe. Elles se figent. Les rideaux se ferment. On sent que la conversation n'est pas terminée.)

tant que je ne saurais => saurai
 
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mar 11 Aoû - 20:28

Wow, je pense qu'il faut s'attendre à une évolution, à une montée en puissance et j'ai un peu peur de ce que nous réserve la suite... /:

En tout cas, c'est très impressionnant, parce que tu places tes personnages dans des scènes vues et revues qui n'émeuvent plus personne (la scène du mari qui meurt à l'hôpital, la scène de la femme en dépression, la scène de la fille qui se scarifie) et tu les traite non pas de manière pathétique, mais plutôt avec beaucoup de poésie et d'images.
Le ton est peu naturel et donc décalé, ça aide à comprendre que ton but n'est pas de rendre ces conversations vraisemblables. C'est un peu comme communiquer deux points de vue dans une conversation qui ne pourrait jamais avoir lieu à cause de la bienséance. Tu brises des tabous et ça c'est original Smile

Bref, bravo, je veux la suite ~

 
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Sam 29 Aoû - 18:21

Merci ! Smile C'est très gentil Smile J'ai vraiment peur que tu sois déçue par la fin en fait xD

Hum, à la base, cette scène était un pur dialogue, ce n'était pas du tout dans le style de la pièce... Du coup j'ai un peu tout changé, mais ça n'a plus aucun sens x) Et ça reste quand même assez oral :/
Enfin la voilà :


Scène 2
Le médecin, Rose, Dorian, l'Ange
(Rose est au milieu de la scène, en compagnie du médecin.)

LE MÉDECIN .- Comment vous sentez-vous aujourd'hui, Rose ?

ROSE .- Pas comme d'habitude.

LE MÉDECIN .- C'est-à-dire ? Soyez plus claire. Votre précision est importante pour moi. Je vous comprendrai et vous soignerai mieux.

ROSE .- Je n'arrive pas à l'expliquer. Je ne saurais cerner mon état. Je me sens plus seule que d'habitude. Plus fatiguée également, je parle moins. Cela m'inquiète, docteur.

LE MÉDECIN .- C'est normal, Rose. C'est même un bon signe. Votre guérison passera forcément par des périodes plus sombres, des périodes où vous serez triste et ne pourrez que ressasser votre passé.

ROSE .- Est-il si dangereux de se souvenir ? Est-ce si mauvais ?

LE MÉDECIN .- Rien n'est plus mauvais que le souvenir.

ROSE .- Je n'en suis pas sûre.

LE MÉDECIN .- Vous êtes malade, Rose. Vous devez être fatiguée. J'ai fait de longues études et croyez-moi, les souvenirs encombrent. On n'en apprend rien.

ROSE .- Je pensais le contraire.

LE MÉDECIN .- Vous le pensiez, et c'est une bonne chose de ne plus le croire. Regardez devant vous ! Vers l'avenir, pas un regard en arrière. Vous pourriez trébucher.

ROSE .- On pourrait aussi apprendre le chemin. Regarder pourquoi on est tombé il y a quelques années, et faire plus attention par la suite.

LE MÉDECIN .- Est-ce nécessaire ? En regardant droit devant vous, vous ne vous rendrez plus compte que vous tombez et serez aussitôt debout.

ROSE .- Soit.

LE MÉDECIN .- Parlons de votre traitement, à présent.

ROSE .- Vous avez dit que je serais triste si je continuais.

LE MÉDECIN .- Ce serait passager et je vous donnerais des médicaments si c'était le cas, Rose.

ROSE, craintive .- Alors arrêtons tout. S'il vous plaît. Ce que je ressens n'est pas agréable et j'ai peur que cela s'aggrave. Si être seule et triste signifie guérir, alors à quoi bon ? Est-ce que ma santé vaut la peine d'une vie maussade ?

LE MÉDECIN .- Rose, vous avez peur. Je peux le comprendre. Mais que vous refusiez de guérir à cause d'une sensation futile est idiot – profondément idiot. Vous n'avez peut-être pas conscience de l'importance de votre guérison. Cela vous permettrait de sortir de l'hôpital et de mener une vie plus normale.

ROSE .- Normale mais triste, douloureuse et solitaire ; de plus celle que je vis à présent me semble normale.

LE MÉDECIN .- Elle ne l'est pas. Vous devriez, à votre âge, faire des études, vivre dans un appartement, faire vos propres repas et vos lessives.

ROSE .- Cela n'a pas l'air amusant. Je préfère ma vie.

LE MÉDECIN .- C'est que vous êtes malade. Cela trouble votre vision des choses.

ROSE .- Je ne suis pas folle.

LE MÉDECIN, dur .- Je n'ai pas dit ça, Rose.

(Dorian entre.)

DORIAN .- Vous l'avez insultée.

(Rose, se tourne vers Dorian.)

ROSE .- Dorian, tu ne devais pas revenir. Il n'aime pas quand tu es là. Il va me donner plus de médicaments.

DORIAN .- Il ne doit pas faire ça. Ce serait mal. Si cet homme n'aime pas ma présence, tant pis ! Tu ne veux pas continuer le traitement, c'est ton choix et il doit l'accepter.

ROSE .- Il te déteste. Cet homme aime l'ordre et les choses carrées, qui rentrent dans les cases. Tu vas l'agacer. Tu ne le respectes pas et il ne sait pas où te ranger dans son tableau des gens.

DORIAN .- Ne t'inquiète pas Rose. Je ne me montrerai pas trop agressif. Néanmoins, je dois agir : nous devons lui faire comprendre. Il t'a insultée. (au médecin) Monsieur, si Rose désire arrêter son traitement, n'est-ce pas son choix ? Elle seule récoltera les conséquences de son acte. Si elle se sent seule et qu'elle déprime, il faut l'aider et évincer la cause – mais pas d'antidépresseurs ! Vous l'assommez déjà de médicaments, il ne faudrait pas en rajouter.

LE MÉDECIN, ignorant Dorian .- Rose, voyons... Tu sais bien que cela peut être dangereux pour toi. Ton traitement t'aide à te stabiliser. Il n'est pas superflu.

ROSE .- Je sais que c'est important… Mais je me sens de plus en plus mal, docteur. C'est terrible. Dorian, tu ferais mieux de partir. Tu agaces le docteur. Monsieur, j'ai envie de mourir. Tout cela est trop lourd. Sans médicaments, je me sens plus légère. Je reprends goût à la vie. Dorian, il faut que tu t'en ailles.

DORIAN .- Non ! Je resterai jusqu'à ce qu'il flanche. Je n'ai pas fini de lui dire ce que j'avais sur le cœur. Il te fait du mal !

LE MÉDECIN .- Ton ami s'appelle Dorian ?

ROSE .- Oui. Il est très colérique. Mais il peut être gentil. Il semble beaucoup se préoccuper de moi, il essaie de me protéger. C'est pour cela qu'il ne vous apprécie pas beaucoup. J'imagine que c'est réciproque ?

(Le médecin hausse les épaules.)

LE MÉDECIN .- Avez-vous d'autres amis qui vous font vous sentir moins seule ?

ROSE .- Oui, j'en ai quelques autres.

DORIAN .- Rose, laisse-moi lui parler. Je le convaincrai !

ROSE .- Il ne t'écoutera pas. Reviens plus tard, peut-être, nous en discuterons.

(Dorian acquiesce et sort, la tête basse.)

ROSE, à demi-rassurée .- Il est parti. Merci, docteur. J'espère qu'il ne vous a pas dérangé.

LE MÉDECIN .- De rien Rose, ne t'en fais pas. Il pourra revenir quand je serais parti. Parle-moi de tes autres amis. Qui sont-ils ?

ROSE .- Il y en a un, c'est l'ange. Je ne crois pas qu'il ait de nom. Je l'aime beaucoup. Il est doux et intelligent. Je peux discuter avec lui pendant des heures. Il a l'air de m'apprécier beaucoup. Parfois j'ai l'impression qu'il joue un rôle important dans l'univers et ça me fait plaisir qu'il s'attache à moi, cela flatte mon ego. Je me sens mieux. Je ne saurais vous le décrire exactement : il est extraordinairement inhumain. Son physique, ses mots, son attitude… Ni son corps, ni son esprit n'appartiennent à notre monde ; rien, rien qui fasse partie de lui. Je l'aime plus que tout. Il est mon aide la plus précieuse. C'est l'ange.

LE MÉDECIN .- L'ange ? Pourquoi l'ange ?

ROSE .- Simplement parce que c'est un ange.

LE MÉDECIN .- Voudrais-tu dire qu'il est très gentil ?

ROSE .- Oui, c'est ça. Il est vraiment attentionné et généreux.

LE MÉDECIN .- Qu'entendais-tu par « extraordinairement inhumain » ?

ROSE .- Il est parfait, c'est un être incroyable. C'est un ange. Les anges ne sont pas humains.

LE MÉDECIN .- Oui, évidemment.

(Il soupire.)

LE MÉDECIN .- L'ange est là ?

ROSE .- Oui, je pense.

(Entre l'Ange.)

L'ANGE .- Rose ! Ma chère Rose… Comment vas-tu ?

ROSE .- Je me sens bizarre. Je te vois moins bien, je t'entends moins bien, on dirait que l'on t'emporte loin de moi. Je suis toujours aussi triste.

L'ANGE .- On ne peut m'éloigner loin de toi. Je reviendrai toujours te voir, tu es une personne fascinante.

ROSE .- Tu es toujours aussi gentil. J'ai l'impression que tu as pitié de moi parce que je suis malade.

L'ANGE .- Je n'aime pas compatir. Jamais je ne te plaindrai, quoi que tu endures. Je ne ferai que t'aider.

ROSE .- C'est un geste plus attentionné que ceux qu'on me porte d'habitude.

L'ANGE .- Je suis un ange.

ROSE .- Absolument.

(Ils se sourient. Rose semble un peu triste.)

L'ANGE .- Qu'y a-t-il, ma Rose ?

ROSE .- Je suis inquiète. J'ai envie d'arrêter le traitement, mais le docteur pense que ce n'est pas bon pour moi.

L'ANGE .- J'aimerais vraiment que tu le fasses.

ROSE .- Tu penses que ce serait bénéfique ?

L'ANGE .- Oui. Nous nous verrions plus souvent. Tu serais un peu plus toi-même. Tu conserverais cette étincelle qui luit en toi, cette petite lumière.

ROSE .- Quelle lumière ?

L'ANGE .- Je ne saurais te la décrire. Je la vois briller en toi, nichée au milieu de tes souvenirs. Si jamais tu commences à te soucier trop de l'avenir, elle s'éteindra. Elle ne doit pas mourir. Tu es l'une des rares personnes du monde à la posséder. Je t'en prie, il faut l'attiser. Il ne faut pas que tu prennes tes médicaments.

ROSE .- Le médecin ne sera pas d'accord. Il va me gronder.

(L'Ange réfléchit un instant.)

L'ANGE .- As-tu appelé Dorian ? Il pourrait régler la situation. Il est assez convaincant.

ROSE .- Il est venu de lui-même, mais j'ai toujours peur quand il est avec le médecin. Il pourrait se passer quelque chose de grave. Tu sais à quel point il est impulsif. Une petite étincelle pourrait le rendre fou.

L'ANGE .- Il est vrai que Dorian agit souvent ainsi ; mais c'est pour ton bien. Il peut nous aider. N'a-t-il rien pu faire ?

ROSE .- Non. Le médecin m'a distraite et Dorian est parti.

L'ANGE .- Retournons le chercher, alors.

ROSE .- Je reste ici pour surveiller le médecin. Il s'inquiéterait si je partais. Il ne comprendrait pas et me disputerait.

L'ANGE .- Il ne fera pas ça sans être puni par la suite. Je ferai tout pour que tu restes toi, Rose.

(L'Ange sort.)

LE MÉDECIN .- Vous savez, Rose, je suis persuadé que tout cela vient d'un manque cruel d'affection pendant votre enfance.

ROSE, sûre d'elle .- Docteur, je ne comprends pas un mot de ce que vous dites. Vous êtes encore à parler comme un médecin.

LE MÉDECIN .- Je suis médecin.

ROSE .- Je suis une patiente très malade. Quand vous ne me parlez pas comme à un robot, vous  comme à une enfant. Suis-je aussi stupide à vos yeux ?

LE MÉDECIN .- Rose, vos capacités mentales sont forcément diminuées du fait de votre maladie.

ROSE .- Vous contribuez à leur atténuation.

LE MÉDECIN .- Selon vous, de quelle manière devrions-nous parler ?

ROSE .- Discuter comme deux êtres humains égaux.

LE MÉDECIN .- Le problème, Rose, c'est que nous ne sommes pas égaux. Si je vous laissais seule, vous seriez de plus en plus malade. Je tiens votre vie entre mes mains.

ROSE .- Oseriez-vous me menacer ?

LE MÉDECIN, mielleux .- C'est une simple constatation.

ROSE .- Vous me tueriez si vous le vouliez ?

LE MÉDECIN .- Bien sûr que non. Vous avez mal compris.

ROSE .- Parce que je suis stupide, n'est-ce pas ?

LE MÉDECIN, soupirant .- Vous êtes fatiguée... Prenez vos médicaments, je vous laisserai dormir ensuite. (courte pause) Ne m'agacez pas, Rose.

ROSE, s'affirmant .- Docteur, laissez-moi arrêter le traitement.

(Entrent l'Ange accompagné de Dorian triomphant.)

DORIAN .- Il est encore là, cet homme infâme. Est-ce qu'il t'a fait du mal, Rose ?

(Il s'avance vers elle et effleure son bras.)

ROSE .- Non, ne t'en fais pas. Mais cet entêté veut que je prenne mes médicaments. Il veut que je sois triste.

DORIAN .- Je le ferai changer d'avis, je peux me montrer très persuasif. Tout pour toi, ma Rose.

ROSE .- Ne va pas trop loin, Dorian. Ne lui fais pas trop de mal. J'ai peur que cela dégénère…

(Elle se tord les mains.)

DORIAN .- Tu as peur de moi, Rose. Mais je ne te ferai jamais souffrir. Je veux seulement que tu sois heureuse.

(Il la serre dans ses bras et s'avance vers le docteur.)

DORIAN .- Docteur. Vos longues études ne font pas de vous un homme omniscient. Vous êtes mortel, et je pourrais vous le prouver.

LE MÉDECIN .- Voyons… Calmez-vous, restons civilisés.

DORIAN .- Civilisés ? Mais qu'est-ce que la civilisation, sinon un ramassis de gens qui se croient plus intelligents que les autres et qui gouvernent les gens d'en bas ? Les règles sont créées pour arranger ceux qui siègent en haut. Rien n'est juste, tout est truqué. Ne me dites pas que vous croyez encore en l'humanité.

LE MÉDECIN .- J'y crois.

L'ANGE, à part en riant .- Le sot ! Il y a bien longtemps qu'elle a disparu...

DORIAN .- C'est que vous êtes d'en haut. Vous commandez aux autres.

LE MÉDECIN .- Je donne des conseils, je soigne et je protège la vie.

DORIAN .- Rose ne va pas bien. Elle est triste. Le seul moyen d'aller mieux pour elle est d'arrêter son traitement. Elle se sentira moins seule et plus normale.

LE MÉDECIN .- Rose, je sais que vous vous sentez mal, mais il faut que vous restiez à l'hôpital et que vous preniez vos médicaments. Tenez.

(Il lui tend les médicaments.)

ROSE, gémissant .- Docteur… Je voudrais qu'ils me tuent.

DORIAN .- Voyez ! Voyez ce que vous faites ! Elle veut mourir !

LE MÉDECIN .- C'est la maladie qui fait ça. Elle peut amener à la dépression. Je vous donnerai d'autres médicaments pour combattre cela. Ce n'est qu'un mal passager.

(Il repose les médicaments.)

DORIAN .- Passager ! Qui êtes-vous pour décider de la longueur de sa tristesse ! Vous êtes un être abject. Même plus humain. Ces années passées à trop haute altitude vous ont transformé en monstre asthmatique et aveugle. Il n'y a pas de lumière, là-haut !

ROSE .- Docteur, je ne les prendrai pas.

LE MÉDECIN .- Rose, vous me fatiguez.

(Le médecin prend les médicaments sur le plateau et les tend à Rose.)

ROSE .- Non ! Je ne les prendrai pas, vous dis-je.

LE MÉDECIN .- Vous les prendrez ! Je n'ai pas que ça à faire, cela fait déjà bien trop longtemps que nous discutons. J'ai d'autres patients à voir ! (il hurle) Prenez-les !

(Rose pousse un cri.)

L'ANGE .- Dorian, cela devient très intéressant. Celui d'en haut vient de perdre son sang-froid, il faut l'empêcher de faire du mal à Rose. (à part) C'est délicieux, cette bestialité.

LE MÉDECIN .- Bouffe tes médocs, petite écervelée !

(Il tente de les lui faire avaler de force.)

DORIAN .- Arrêtez ! (à Rose qui recule) Laisse-moi t'aider. Fais-moi confiance.

ROSE .- J'ai si peur, Dorian…

(Le médecin se relève.)

DORIAN .- Il devient violent. Moi seul peut le contrer.

ROSE, d'un ton décidé .- Alors, fais-le.

DORIAN, au médecin qui se précipite sur Rose .- Vous n'avez pas honte ! Laissez-la ! (Il s'avance vers l'homme et le frappe)  Lâchez-la !

(Le médecin recule en arrière, précipitamment.)

DORIAN .- Tu l'as déjà assez fait souffrir ! Toi aussi, tu mérites d'avoir mal ! Tu mérites de mourir !

LE MÉDECIN .- Depuis quand nous tutoyons-nous ?

DORIAN .- Je n'ai pas besoin d'être poli envers toi. Je n'éprouve à ton égard que du mépris et de la haine.

LE MÉDECIN .- Rose !

(Rose se traîne dans un coin, ferme les yeux et ne bouge plus. L'Ange s'approche d'elle tout en gardant un œil sur la scène.)

L'ANGE .- Dorian, je crois qu'elle a avalé les médicaments. Il faut que tu fasses vite. Elle ne doit pas guérir.

DORIAN, au médecin .- Espèce d'enflure… Je vais te tuer.

LE MÉDECIN .- Arrête ! Arrête !

DORIAN .- Tais-toi. Il faut mourir en silence quand on est d'en haut.

(Dorian s'acharne sur le médecin et le tue.)

DORIAN .- Justice est faite à ta manière.

(Il se précipite vers l'Ange et Rose, qui respire difficilement.)

ROSE, faible .- Dorian... Qu'as-tu fait ? Que s'est-il passé ? Je me sens si faible.

DORIAN .- J'ai tué cet idiot de docteur.

ROSE .- Tu n'en avais pas le droit.

DORIAN .- Je sais. Mais il t'avait fait du mal, et je ne pouvais pas le supporter. Il devait payer.

L'ANGE .- Rose a pris les médicaments. Comment te sens-tu ?

ROSE .- J'ai mal, je me sens bizarre. Je suis triste, aussi. J'ai envie que tout cela s'arrête enfin...

DORIAN .- Ne dis pas ça… Nous sommes avec toi. Nous t'aiderons.

L'ANGE .- Bien sûr. Je veillerai sur toi.

ROSE .- Mon ange…

DORIAN .- Veux-tu t'allonger sur le lit ? Tu seras plus à l'aise.

ROSE .- Merci Dorian. Tu es gentil.

(Elle a un haut-le-cœur.)

L'ANGE .- Rose ! Ne la déplace pas, Dorian. Elle ne va pas bien.

DORIAN .- Mais que devons-nous faire ?

L'ANGE .- Je ne sais pas. Je me sens diminué ici.

(Dorian tousse.)

L'ANGE .- Dorian, nous partons. Rose va s'en sortir.

ROSE .- J'ai si peur, l'ange… Es-tu sûr de toi ? Ne vais-je pas mourir ?

L'ANGE .- Non. J'y prendrai garde. Tu es sous ma protection. Dorian, allons-y.

(Ils se lèvent.)

ROSE .- Chaque fois que je prends mes médicaments, vous ne me rendez plus visite. Quand vais-je vous revoir ?

DORIAN .- C'est difficile à dire… (toux)

ROSE .- Dorian, te sentirais-tu mal ?

(Il tousse de plus en plus fort.)

ROSE .- Dorian, réponds !

DORIAN .- Rose, je…

(Il tousse encore et s'effondre.)

ROSE .- Dorian ! Dorian ! Réveille-toi ! Relève-toi !

(Elle se tourne vers l'ange, désespérée.)

ROSE .- Aide-moi, je t'en prie.

L'ANGE .- Je ne peux rien faire pour les morts. Je ne suis qu'un ange.

ROSE, brisée .- C'est si soudain ! C'est si injuste ! Pourquoi sommes-nous d'en bas, pourquoi sommes-nous dans la lumière ?

L'ANGE .- Ne nous plaignons pas d'être dans la lumière. Si elle a ses inconvénients, elle a l'avantage de révéler les humains.

ROSE .- Oh, l'ange… Vas-tu mourir toi aussi ?

(Rose pleure.)

L'ANGE .- Non, ne t'en fais pas. Je ne suis pas comme Dorian.

ROSE .- Qu'avait Dorian de plus ou de moins que toi ?

L'ANGE .- C'est compliqué à t'expliquer. Peut-être comprendras-tu plus tard.

ROSE .- Est-ce que tu pars, mon ange ?

L'ANGE .- Oui. Je suis obligé. Je suis désolé Rose. Les infirmières viendront te voir, ne t'en fais pas. Je reviendrai te visiter.

ROSE .- Que puis-je faire pour Dorian ?

L'ANGE .- Rien. Tu es impuissante ainsi que chacun face à la mort et à la complexité de l'humain.

ROSE .- Reviens vite. Je m'ennuie sans toi et sans Dorian.

(Elle gémit.)

L'ANGE .- Ne te coupe pas du monde, Rose. Continue de parler à tes amis et de les voir. Ils t'aideront à faire le deuil de Dorian. Peut-être rencontreras-tu d'autres gens ?

ROSE .- Cela semble trop idyllique pour être possible…

L'ANGE .- Je ferai en sorte que cela arrive. Tu as besoin de tous ces gens pour être toi, Rose.

ROSE .- Je ne peux me construire seule.

L'ANGE .- Je serais toujours là pour toi.

ROSE .- Quand viendras-tu me voir ?

L'ANGE .- Bientôt. Le plus tôt possible. Moi aussi, Rose, je ressens ton absence. Tu es une personne extraordinairement inhumaine.

(Il sort. Rose est seule.)

ROSE .- Toute seule.

(Silence.)

ROSE .- Plus personne avec moi.

(Silence.)

ROSE .- On va venir me chercher. Qui me croira quand je dirai que c'est Dorian qui a tué le médecin ? Est-ce que le docteur avait raison, d'ailleurs ? Quand il disait que j'étais seule à voir Dorian et l'ange ?

(Silence.)

ROSE .- Est-ce qu'il avait raison quand il disait qu'ils étaient dans ma tête ?

(Silence.)

ROSE .- Quand il disait que j'étais schizophrène ?

(Les rideaux se ferment sur Rose.)

Je reviendrais toujours => reviendrai
Qui lui => luit
elle a disparue => disparu
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Dim 30 Aoû - 15:17

J'aime bien ce dialogue étrange, j'ai juste une petite réserve sur la fin Smile
Je trouve que le mot "schizophrène" n'aurait pas besoin d'être prononcé, j'enlèverais donc la dernière réplique de Rose, voire même l'avant-dernière.

C'est cette réplique :

Maze a écrit:
Est-ce que le docteur avait raison, d'ailleurs ? Quand il disait que j'étais seule à voir Dorian et l'ange ?

qui selon moi est la plus percutante. Le spectateur comprend que tout est dans la tête de Rose, il n'a pas besoin de connaître le terme scientifique "schizophrénie" qui fait perdre un peu le côté "romantique" qu'il y a à voir des choses qui n'existent pas. (oui, c'est tellement génial d'être fou, pourquoi s'embêter avec des noms compliqués ? )

D'ailleurs, il est intéressant de comprendre que ces personnalités luttaient contre le docteur pour continuer à exister, ce qui serait impossible si Rose prenait effectivement ses médicaments pour guérir. Vraiment, je trouve que ce dialogue a sa place dans cette pièce Wink

Je note tout de même que si l'Ange est effectivement le personnage du prologue qui revient souvent dans la pièce, le fait qu'il soit "créé" par Rose pose un léger problème, la mettant sur un plan supérieur par rapport aux autres personnages qui n'ont fait qu'une seule apparition pour l'instant. Est-ce un point négatif ?

J'aime beaucoup et j'attends la fin avec impatience, elle ne me décevra pas Wink

EDIT : Le docteur passe du vouvoiement au tutoiement, puis revient au vouvoiement, c'est voulu ? Je ne pense pas puisqu'il dit par la suite "Depuis quand nous tutoyons-nous" ou un truc comme ça.

 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mer 16 Sep - 13:47

Merci beaucoup pour la fin de la scène *0* C'est super Very Happy
Logiquement, Rose est en effet un personnage un peu plus important. Mais j'hésite encore quant à son rôle ^^ à la base, elle était sensée être comme les autres, mais j'ai décidé de changer pour lier un peu plus les scènes entre elles en voyant que les gens cherchaient vraiment un point commun entre tous ces gens, ce qu'ils allaient devenir ^^
Ce n'est pas clair du tout en fait x)

Dernière scène de l'acte II Smile

Scène 3
Sonia, Cassandre
(Elles sont assises sur un banc. Cassandre parle avec animation.)

CASSANDRE .- Ma vie a trouvé son chemin. Enfin, je connais la direction dans laquelle il me faut aller ! Plus d'hésitations, plus de longues routes dangereuses ! Plus besoin de cartes routières ni de pancartes ! Je sais où je vais. Mes pas sont sûrs, ma tête haute. Je marche, je pourrais courir mais je veux profiter des paysages. J'écoute le bruit de mes pas dans les graviers. Je suis heureuse ! Plus besoin d'astrolabe, plus besoin de boussole !

SONIA .- Merveilleux.

CASSANDRE .- Tu n'as pas l'air de te réjouir pour moi.

SONIA .- Si, pardonne-moi. C'est extraordinaire.

CASSANDRE .- Ne t'inquiète pas... (petit geste de la main) Comment vas-tu, toi ?

SONIA .- Très bien.

CASSANDRE .- Tu es sûre, n'est-ce pas, Sonia ? Depuis quelques jours, je te trouve fade. Un copié-collé de toi-même, ton ombre, amorphe et tassée. Tes yeux traînent dans le vide en y voyant des monstres, et tu sembles si triste !

SONIA .- Tu te trompes, Cassandre. Je vais bien, je le jure. Juste un peu fatiguée, je fais des cauchemars. Surtout, ne t'en fais pas ! Ma vie est une rivière, et je coule... (toux) Et j'y nage.

CASSANDRE .- Tu me rassures, Sonia. Veux-tu dire quelque chose ? J'accapare la parole, mais je veux t'écouter, à présent.

SONIA .- Je n'ai pas grand-chose à dire... Mon existence est vide.

CASSANDRE .- Ce week-end, qu'as-tu fait ?

SONIA .- J'ai dormi, travaillé. Je suis restée dans ma chambre.

CASSANDRE .- Tu étais fatiguée ?

SONIA .- Pas vraiment. (toux) Si, beaucoup.

CASSANDRE .- Tu es malade ?

SONIA .- Oui, c'est pour ça.

CASSANDRE .- Ne t'en fais pas, ça va passer. Les rhumes, ça dure quelques jours, puis ça disparaît miraculeusement. À croire que c'est un vicieux lutin qui s'empare de votre nez et qui le quitte quand il ne le trouve plus à son goût.

SONIA .- J'espère que tu dis vrai. Que ça ne va pas durer.

CASSANDRE .- Et toi, as-tu trouvé le chemin de ta vie ?

SONIA .- Oh oui, je l'ai trouvé.

CASSANDRE .- Quel est-il ?

SONIA .- Il est simple.

CASSANDRE .- Mais encore ?

SONIA .- Il est net.

CASSANDRE .- Comment cela ?

SONIA .- Disons qu'il est tout tracé. Il est fait de macadam, au bord du quel un gazon verdoyant pousse, bien tondu, pas un brin ne dépasse. Le goudron est noir, tout juste sec, il étincelle au soleil. Pas une voiture ne passe. La route est en ligne droite, à quatre voies. C'est une autoroute.

CASSANDRE .- Je suis heureuse pour toi.

SONIA .- Comme je le suis aussi ! J'espère sincèrement pouvoir suivre cette voie.

CASSANDRE .- C'est vraiment formidable.

SONIA .- Je sais.

CASSANDRE .- Et ça ne t'a pas remonté le moral ?

SONIA .- Si, un peu.

CASSANDRE .- C'est bien. Quand on est heureux, le rhume disparaît vite.

SONIA .- Tu as sans doute raison...

CASSANDRE, riant .- Mais je n'ai jamais tort !

(Sonia rit aussi, fadement.)

CASSANDRE, saisissant le bras de Sonia .- Mais qu'est-ce que tu as là ?

SONIA, tentant de retirer son bras .- Oh, ça ? Ce n'est rien.

CASSANDRE .- Je te jure que...

SONIA, abandonnant son bras à Cassandre .- C'est mon chat qui m'a griffée.

CASSANDRE .- Les chats sont des créatures féroces et manipulatrices.

SONIA .- Je ne crois pas. Ils sont seulement plus puissants que nous, pauvres humains.

CASSANDRE .- Pourquoi le seraient-ils ?

SONIA .- Eux peuvent voir dans le noir. Leur lumière est jour, leur lumière est nuit. Leur lumière est blanche ou noire.

CASSANDRE .- La lumière…

SONIA .- Celui qui possède toutes les lumières est roi.

CASSANDRE .- Si le chat possède la lumière du jour et l'ombre de la nuit, s'il voit dès que ses yeux sont ouverts, alors est-il maître de tous ?

SONIA .- Le chat voit les yeux fermés.

CASSANDRE .- Comment fait-il ?

SONIA .- Il perçoit des sons faibles, des mouvements à peine esquissés. Il voit à sa manière ce qu'il ne voit pas ; c'est une autre lumière.

CASSANDRE .- Je n'aime pas les chats.

SONIA .- Ce n'est pas ça ; tu n'apprécies pas le fait qu'ils soient plus puissants que nous et qu'ils aient de nombreuses lumières.

CASSANDRE .- Tu as sans doute raison.

(Elles se taisent.)

SONIA .- Tu sais, il ne faut pas croire que j'ai essayé de me tailler les veines.

CASSANDRE .- Non, pas toi. Pas alors que tu as trouvé ta voie !

SONIA .- Évidemment.

CASSANDRE .-Ce serait complètement stupide !

SONIA, dans un souffle, effleurant l'éraflure .- Complètement stupide...
 
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Jeu 15 Oct - 18:13

Oh, j'ai mis du temps à lire cette scène mais elle est vraiment bien maîtrisée et très troublante.
Le contraste entre le lyrisme de Cassandre et le pragmatisme de Sonia est magistralement orchestré ! Smile

En plus, l'ironie de la situation est cruelle et pourtant presque drôle tellement elle l'est. Je trouve qu'à chaque fois tu trouves des personnages et des situations très efficaces et pourtant pas évidentes. Tu as "el Duende", continue ! Wink

 
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Dim 18 Oct - 19:04

C'est vraiment très gentil ! Embarassed Merci beaucoup Smile
J'ai dû la retravailler beaucoup avant d'arriver à un résultat qui me plaisait à peu près et qui rentrait dans l'esprit de la pièce, et je suis contente que ça t'ait plu ! Smile

Voici le troisième acte Very Happy

ACTE III

Scène 1
L'Ange, Luc, Sandra

(Sandra et Luc entrent en scène côté jardin pour Sandra, côté cour pour Luc. Côté jardin, on trouve une corde pour se pendre déjà accrochée et un tabouret. Immobiles jusqu'à ce que l'Ange ait fini de parler.)
L'ANGE .- Troisième, dernier acte avant le dernier acte. Une tragédie en comporte cinq, mais ceci n'est pas une tragédie. C'est la vie, la vie telle qu'elle est, telle qu'elle n'est pas. La vie, l'illusionniste qui fait apparaître tour à tour bonheurs et malheurs. Qui sort de son chapeau des sourires séchés et des larmes en bouteilles. Personne ne veut de la vie et de sa magie truquée. À quoi sert-elle ? Rien, répondraient les acteurs s'ils pouvaient dire autre chose que leur texte. Voyez, cette jeune femme. Sandra. Elle ne veut pas vivre. Et Luc non plus, mais il ne le sait pas encore. Bien d'autres gens viendront sur cette scène en ignorant tout. Ils comprendront, bien sûr, à un moment. Plus tard, quand tous se rencontreront d'allégorie en allégorie, quand tous parleront de la personne qu'ils croient être, alors, peut-être que la lumière reviendra. Avec les souvenirs.

(Il sort.)

SANDRA .- Le monde est malsain, le monde est fou. Le monde a perdu la tête. La raison libérée de toute pesanteur s'envole et rejoint les oiseaux. Les hommes pleurent devant le malheur.

LUC, l'apostrophant .- Et cela n'est pas normal, selon toi ?

SANDRA .- Bien sûr que non ! Ça paraît être une évidence.

LUC .- Pour la plupart des gens, non.

SANDRA .- Tu penses que pleurer lorsqu'on est malheureux est normal ?

LUC .- Je ne vois pas en quoi c'est choquant. Une simple réaction.

SANDRA .- Le malheur est un véritable cadeau du ciel.

LUC .- Il est vrai qu'il peut finalement avoir des répercussions positives, cependant...

SANDRA .- Il nous ouvre les yeux sur le monde tel qu'il est. Sur cette perversité.

LUC .- Qu'y-a-t-il de si dérangeant sur cette Terre ?

SANDRA .- Tout.

LUC .- C'est vague.

SANDRA .- À partir du moment où respirer est horrible, comment quelque chose peut-il être acceptable ?

LUC .- Plus rien, évidemment. Mais en quoi ce réflexe est-il une torture ?

SANDRA .- C'est justement le problème. Le fait que ce qui nous maintient en vie nous fasse souffrir. Par extension, vivre provoque une douleur physique et mentale atroce.

LUC .- Ce qui nous fait revenir à ma question : que sont ces douleurs si dérangeantes ?

SANDRA .- Une pression dans l'abdomen, quelque chose qui y sommeille, une puissance malveillante. Un poids trop lourd sur les épaules, qui fait courber la tête et l'échine. Des pensées ignominieuses qui s'infiltrent dans le cerveau et y restent. Indélébiles. Gravées. Une idée qu'on n'oubliera jamais. Elles ne s'en vont pas ! Elles ne s'en vont pas... (gémissement)

LUC .- C'est donc cela qui te rend la vie insupportable.

SANDRA .- Il n'y a pas que moi, Luc ! Sept milliards d'êtres humains.

LUC .- Pas du tout ! Je vais bien, moi.

SANDRA .- C'est ce que tu penses. Mais en es-tu sûr ?

(Luc est perplexe.)

LUC, hésitant .- Puisque je ne vois pas pourquoi je ne le serais pas, oui.

SANDRA .- Pauvre esprit, si faible et manipulable ! Te voilà déjà englué dans les fils translucides et indestructibles de l'araignée, prêt à être réduit à néant entre ses deux crochets, sous le regard de ses multiples yeux. Tu es aveugle, toi, et elle a le savoir suprême. Comment peux-tu te soustraire à son emprise ? Si faible...

LUC .- Je ne comprends pas.

SANDRA .- Tu es triste, tu vas mal, mais tu ne t'en rends même plus compte. C'est devenu une habitude. C'est notre quotidien à tous, hélas !

LUC .- Mais je ne comprends pas, Sandra... Comment pourrais-je être triste, si je ne le suis pas ?

SANDRA .- Là se trouve la supercherie : on te donne une illusion de bonheur, pour que la chute ne soit que plus douloureuse, que le contraste ne soit plus fort, plus vif.

LUC .- Au fond, cela vaut mieux ainsi : je suis heureux pour longtemps.

SANDRA .- Tu n'es pas réellement heureux. Personne ne l'est. Tu souris, mais tu sens bien que quelque chose cloche. Ce n'est pas normal. Ton instinct, devant la chance ou le bonheur, tressaille et déniche en ces mots abstraits des noirs secrets ombreux. Ce n'est pas naturel. Ça ne devrait pas exister.

LUC .- C'est faux ! Je n'éprouve jamais cette sensation. Lorsque je parle avec quelqu'un que j'aime, qu'une bonne nouvelle est annoncée, que je vois quelque chose de beau... Mes sentiments sont sincères : j'éprouve de la satisfaction, je suis apaisé. Je me sens heureux.

SANDRA .- Ah, Luc... Qui, selon toi, aurait intérêt à ce que tu sois heureux ?

LUC .- Ma famille, mes amis... Tous mes proches. Même ma patronne, pour que je sois en bonne santé et effectue un meilleur travail.

SANDRA .- Mais qui d'autre ?

(Luc réfléchit.)

LUC .- Je ne sais pas.

SANDRA .- Je m'en doutais. (elle secoue la tête, amusée) La vie, bien sûr.

LUC, interdit .- La vie ?

SANDRA .- Elle-même ! (elle rit) Et pourquoi ? C'est facile, tente de deviner.

LUC, étonné par l'attitude de Sandra .- Disons, pour que je continue de vivre ? De la faire exister, en quelque sorte ?

SANDRA, s'exclamant .- Oui ! Oui, c'est ça ! Tu as trouvé. C'est la bonne solution. Pour qu'elle soit une réalité, un fait, que la vie existe sur Terre. Elle a besoin de nous, de toi, pour être.

LUC .- Et alors ? Ce serait elle qui me rendrait heureux ? La vie ?

SANDRA .- Oui, la vie, la vie en général, pas celle d'un homme parmi tant d'autres, la vie. C'est la vie qui te ment depuis le début, qui te fait croire que tu peux connaître le bonheur, alors même que c'est une notion qu'elle a purement inventé.

LUC .- Alors, notre état normal serait d'être triste ?

SANDRA .- C'est cela.

LUC .- Heureusement que la vie est là !

SANDRA .-Et là, tu te trompes encore, Luc.

LUC .- Qu'y-a-t-il encore ?

SANDRA .- Elle ne fait pas ça pour toi. Elle fait ça pour elle, c'est égoïste. Si être amputé des deux jambes pouvait allonger la durée de vie, elle couperait les jambes des humains, même si ça les faisait souffrir. Elle veut exister le plus longtemps possible, plus l'âge s'élève, plus elle gagne en puissance, et ainsi, elle est plus forte et plus présente. Tout ça n'est que manipulation de vos pauvres esprits.

LUC .- Mais ça paraît tellement improbable et irréaliste !

SANDRA .- Tu n'es pas sans savoir que la vie existe.

LUC .- Bien sûr.

SANDRA .- Ni qu'elle a intérêt à ce que tu existes.

LUC .- Tu viens de me l'expliquer.

SANDRA .- Alors pourquoi n'influencerait-elle pas le cours du temps et des événements pour parvenir à ses fins ?

LUC .- Tu as raison, ça se tient.

SANDRA, souriant .- J'ai toujours raison.

LUC .- Mais et alors ? Que faire de ces informations ? Finalement, ça ne sert à rien. Je nais je vis je meurs, en étant heureux alors que je ne le devrais pas, puis malheureux à un moment de ma vie, je ne peux ensuite plus sourire jusqu'à ce que je m'éteigne... Que peut-on faire ?

SANDRA .- On peut contrer la vie. (elle caresse la corde)

LUC .- Réellement ? Comment ?

SANDRA .- C'est compliqué... Luc, as-tu envie de passer le reste de ton existence dans ce bonheur fictif ? D'être heureux sans l'être, de vivre en sachant qu'on te ment ? (elle remet le tabouret bien en place)

LUC .- Ça me semble impossible. Mais il y a bien une solution, non ?

SANDRA .- Oui, ne t'en fais pas. Si on supprime la vie, le malheur reviendra. La vérité paraîtra à nouveau, resplendissante, comme le soleil devant qui les nuages s'écartent, comédien flamboyant sur la scène aux rideaux de velours. Si on supprime la vie, tout s'arrangera. Il faut me croire. (elle se rapproche de Luc)

LUC .- Et je te crois. Comment s'y prendre ?

SANDRA .- Comment éradiquer la vie ? En posant la question, la réponse apparaît.

LUC, après un instant .- Veux-tu dire... en tuant ?

SANDRA .- En tous cas, les gens doivent mourir.

LUC .- Tous ?

SANDRA .- Si l'entière population humaine veut connaître la véritable existence, alors, oui, tous. Sans exception.

LUC .- Comment allons-nous faire ? Les tuer ? Je suis désolé, je ne peux pas. C'est un acte abominable.

SANDRA .- Non, Luc, ne t'en fais pas. Nous ne les tuerons pas.

LUC .- Je ne vois pas où tu veux en venir.

SANDRA .- Vois-tu, cela fait quelques temps déjà que je parcours le monde. Je fais des rencontres, nous devenons amis, et vient un moment où je leur expose mon point de vue.

LUC .- Comme tu l'as fait avec moi ?

SANDRA .- C'est ça. Et, s'ils y adhèrent, ils...

LUC .- Ils se suicident ?

SANDRA .- Oui. C'est la seule solution.

LUC .- Et toi ? Que fais-tu ? Pourquoi ne te tues-tu pas tout de suite pour échapper à ce supplice ? Cela doit faire longtemps que tu erres ici, informant les gens, et ce, au prix d'un effroyable sacrifice...

SANDRA .- N'aie pas pitié de moi, Luc. Je sais ce que je fais. Je préfère sauver l'humanité entière en ayant mal, plutôt que de mourir seule et égoïste sans avoir aidé qui que ce soit. Ainsi, je mourrai la dernière en ce monde, ayant converti toute la population. Lorsque ma mission grandiose sera accomplie, je pourrai me pendre... Ce sera somptueux. Majestueux. Au milieu d'une ville morte, un arbre aura été planté, solitaire, sur un rond-point. Le cœur battant à l'approche de ma libération, la corde sur l'épaule, je m'avancerai vers ce pauvre tronc qui ne meurt jamais, je passerai la corde à une branche, je ferai le nœud, et, grimpant sur mon tabouret, je sourirai. J'enfilerai la corde autour de mon cou comme un collier digne d'une reine, et je n'attendrai pas une seule seconde : la resserrant, je plongerai ensuite vers la mort et ses ondoyantes ombres, qui m'accueilleront comme une mère accueille son futur enfant au creux de son ventre. La vie nous arrache de nulle part, la mort nous y ramène.

LUC .- Tu as le courage de rester en vie pour eux. Je t'en remercie.

SANDRA .- Je ne te propose pas de m'accompagner dans cette tâche difficile, Luc. Meurs, dès que tu le peux, meurs, maintenant ! Ce sera une délivrance.

LUC .- J'y vais. Je te suis éternellement reconnaissant de m'avoir apporté la connaissance ultime, le savoir suprême ! Je vais mourir, enfin. J'avais peur autrefois, je suis affranchi de cette terreur, car je sais qu'elle est injustifiée. Mourir est extraordinaire. Mourir soulage. Mourir nous fait pousser des ailes.

SANDRA .- J'espère que je t'ai été utile.

LUC .- Plus que jamais. Mais va, à présent ! Va et dis-leur.

SANDRA .- J'y vais, Luc. Je suis heureuse de t'avoir aidé.

LUC .- Merci à toi, Sandra.

(Il va dans la partie jardin et monte sur le tabouret. Il prend la corde déjà prête qui pend et l'enfile. Il la serre. La lumière de ce côté-ci s'éteint alors. Il s'immobilise : il s'est pendu.)

SANDRA .- C'est si drôle d'implanter une idée saugrenue dans leurs pauvres esprits manipulables ! Plus besoin d'être fort pour être psychopathe, la simple persuasion suffit. Quelle cruauté ! Quel sadisme ! Quel amusement !

les files translucides => fils
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Mar 20 Oct - 12:58

J'ai beaucoup aimé cette scène principalement parce qu'elle ne m'a pas emballée immédiatement (après le discours de l'Ange).

Le discours de l'Ange est magistral, c'est évidemment mon personnage préféré et j'ai noté cette phrase :

Maze a écrit:
Rien, répondraient les acteurs s'ils pouvaient dire autre chose que leur texte.

La mise en abîme qui réduit les acteurs à leur rôle à quelque chose de paradoxal, puisque l'Ange lui-même n'est qu'un acteur sur une scène de théâtre et s'il ne récitait pas son texte il ne pourrait jamais nous faire cette remarque. C'est grandiose !

Le moment où j'ai été moins enthousiaste vient juste après. Je trouvais Sandra peu convaincante et je la trouvais cruelle de vouloir transmettre son propre malheur aux autres. Et puis, au fur et à mesure de la scène, ses arguments font de plus en plus mouche et on voit se dessiner un schéma compliqué, pervers et redoutable. Sandra parvient à démonter l'indémontrable, ça ne suffit certainement pas à nous convaincre, mais on voit mal comment démonter son raisonnement. Et la fin arrive, pleine d'ironie : Sandra doit être en fait la personne la plus heureuse de la Terre. Brillant !

Juste concernant cette phrase :

Sandra a écrit:
Si on supprime la vie, le malheur reviendra.

A mon avis, il ne faut pas que Sandra prononce le mot "malheur". Son argumentaire est comme une petite berceuse que l'on finit par accepter et elle arrive à nous faire croire qu'il y a de la beauté dans la mort et le malheur. Sauf que nommer le "malheur" brise un peu la magie, nous rappelle trop vivement un souvenir connoté qui contraste avec la beauté de la délivrance. Sinon parfait Smile

 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Jeu 12 Nov - 19:53

Merci beaucoup *-*
Tu as raison, je vais essayer de trouver une autre formulation Smile

La suite ^^ (dont j'avoue avoir un peu honte x) )


Scène 2
Charlie, Marianne

(Charlie est assis par terre. Marianne entre, portant une bougie dans ses mains.)

CHARLIE .- Ils m'ont tué, tu sais ?

(Marianne s'arrête. Elle le regarde, impassible.)

MARIANNE, après un silence .- Je suis au courant. Mais ça ne veut pas dire que tu es mort.

CHARLIE .- Tu penses ?

MARIANNE .- Tu existes encore, Charlie, et tant que tu existes, alors tu pourras vivre.

CHARLIE .- Si j'existe et qu'ils m'ont tué, où suis-je ? Ceci n'est pas le Paradis.

MARIANNE .- Quel Paradis ? Le Paradis, c'est un simple espoir, un murmure, une rumeur, une idée. Une pure invention, pour duper les gens en leur promettant que tout ce qu'ils endurent sera bientôt fini. Hélas, rien n'est jamais fini.

CHARLIE .- Où suis-je, Marianne ? Où suis-je ?

MARIANNE .- Un peu partout. Éparpillé. Une flamme tremblante dans le cœur des gens.

(Elle pose la bougie aux pieds de Charlie.)

CHARLIE .- Il est si sombre, le cœur des gens.

MARIANNE .- C'est pour ça que tu es là. Pour les éclairer.

CHARLIE .- Et toi alors, que fais-tu enfermée ici ?

MARIANNE .- Moi ? Je revis.

(Silence.)

CHARLIE .- Pourquoi les éclairer ?

MARIANNE .- On a éteint la lumière, là-haut. Les gens se servent de toi pour retrouver le droit chemin.

CHARLIE .- Serais-je à la hauteur de cette tâche ? Cela semble colossal.

MARIANNE .- Tu n'étais rien pour le monde. (pause) Tu es devenu un symbole. Plus qu'un nom, un slogan, repris par mille voix, scandé à travers tous les pays. Ils entretiennent tous la flamme, mais pour combien de temps ? Tu n'étais qu'un feu de camp, on t'a fait étincelle, et ils t'ont propagé, incendie. Tu es partout. Jusqu'à quand ?

CHARLIE, effrayé .- Je vais mourir, alors ? Ce n'est plus qu'une question de jours ?

MARIANNE .- Pourquoi mourrais-tu ? Tout varie, tout fluctue, inlassablement, le flux et le reflux d'une mer d'informations, bientôt tu seras ramené au large, ou vomi sur la plage.

CHARLIE .- Que vais-je devenir ?

MARIANNE .- Au large ? Tu te noieras. Les vagues y sont indomptables. Tu seras mort, définitivement.

CHARLIE .- Non ! Si je suis important que tu l'as dit, ça n'arrivera pas.

MARIANNE .- Tu ne connais pas les gens ! (elle ricane) Ils sont amnésiques. Tous mourront un jour, et toi avec leurs souvenirs.

CHARLIE .- Et si je reviens sur la terre ferme ?

MARIANNE .- L'existence éternelle. Ton nom, tes dates, gravées dans le roc le plus solide, insensibles au temps qui passe, à l'eau qui coule, au vent qui griffe. Là, pour toujours.

CHARLIE .- Comment y accéder ?

MARIANNE .- Cela ne sert à rien de nager. Le courant est trop fort. Tout dépend de ce que les gens veulent.

CHARLIE .- Tu me fais peur... Je ne veux pas sombrer dans l'oubli. Je veux qu'on se souvienne de moi.

MARIANNE .- Ah, Charlie, tu ne connais pas les gens. Non, tu ne les connais pas.

CHARLIE .- Qui sont-ils pour ainsi régner sur le monde ?

MARIANNE .- Ils sont ceux qui se rappellent.

(Silence. Marianne observe la bougie.)

CHARLIE .- Tu ne m'as pas dit ce que tu faisais ici.

MARIANNE .- Tu n'as pas saisi le sens de ma réponse, c'est différent.

(Nouveau silence.)

CHARLIE .- Pourquoi m'as-tu rejoint ?

MARIANNE .- J'étais morte, ils m'ont ressuscitée. Ils m'avaient oubliée. Ils ne se souvenaient plus de mon existence. Mon omniprésence dans leur vie m'avait estompée.

CHARLIE .- Si présente que tu es morte ?

MARIANNE .- Toujours là mais plus là.

CHARLIE .- Je ne comprends plus.

MARIANNE .- Je n'ai jamais compris. Ils m'ont rejetée. Comme si je me dédoublais, mon corps est resté là-bas, fidèle gardien, et mon âme s'est envolée vers une obscurité épaisse. L'oubli.

CHARLIE .- Qui es-tu, Marianne ?

MARIANNE .- Je suis la liberté. La liberté, cet oiseau ivre de vitesse et d'altitude, cette femme dressée sur les corps qui exhorte au combat ; je suis cette rage dans la mer, ce cri dans le vent, je suis ce droit, je suis ces chaînes brisées, je suis cette petite fille et ce petit garçon, je suis tous ces gens qui marchent dans la rue, je devrais régner sur le monde mais on ne m'en croit pas digne, je devrais être éternelle, marcher sur toutes les plages. Je suis tout, tout ce que les gens veulent. Tout ce qu'ils doivent avoir. (pause) Mais toi, à ton avis, qui es-tu ?

CHARLIE .- Oh, moi ? Je ne suis rien de plus que ce que je t'ai dit. Je suis Charlie.
 
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Dim 15 Nov - 12:52

Quelle horrible coïncidence, n'est-ce pas ? /:

Néanmoins, j'aime beaucoup cette scène parce qu'elle n'est pas trop engagée. Elle montre une approbation pour tous les actes qui visent à unifier une nation en rappelant quand même que c'est assez ironique qu'il faille une catastrophe pour en arriver là et surtout, que rien ne dure. C'est ce que j'ai trouvé si dommage, que pendant un mois le monde ait l'air de s'arrêter puis qu'il recommence à tourner. Le deuil est décidément quelque chose d'incompréhensible et je le trouve plus douloureux quand il s'arrête que quand il commence.

Enfin, ce rapport à la mort spirituelle me plaît, parce que je n'y aurais pas pensé dans ce grand tour de la mort. Le rapport entre mort spirituelle et mort effective est pour moi porteur de sens, on peut lier les deux, se demander si quand quelqu'un meurt on lui donne une nouvelle mort en l'oubliant, si on a un devoir de mémoire, si on doit consacrer notre vie à y penser, à conserver un visage triste ou si on doit sourire, vivre, si c'est irrespectueux, si c'est hypocrite, et il n'y a pas de réponse.

Bravo pour cette scène très émouvante, c'est un élan sincère et puissant à la fois dont tu ne dois pas avoir honte ~

 
Maze

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Sam 21 Nov - 15:37

J'aurais voulu te répondre bien plus vite, mais je n'ai pas pu :/
En effet j'étais plutôt horrifiée quand je me suis rendue compte de cela... :/
Merci pour ton commentaire Smile La prochaine scène est un peu du même genre mais j'espère que ça ne sera pas trop répétitif ^^


Scène 3
GAÏA, LA MORT
(Des gens vêtus de blanc sont en train de lire, éparpillés sur la scène. Gaïa avance sur scène.)

GAÏA .- Liberté, un cri muet dans l'obscur et l'antique.

(Arrivée en avant-scène, elle se tourne vers le public, puis s'écroule. Autour d'elle, les gens en blanc tombent aussi. La Mort entre. Elle s'arrête en fond de scène et regarde les corps. Elle relève un par un les gens en blanc et les emmène en dehors de la scène. Quelques instants plus tard, elle s'avance vers Gaïa et s'agenouille auprès d'elle.)

LA MORT .- À ton tour, ma petite. (pause) C'est si triste. Tu es morte, sans avoir eu le temps de vivre. Qui sait ce que l'avenir te réservait ? Peut-être un mari à onze ans et l'analphabétisme, la maison, le ménage, les enfants à peine plus jeunes que toi. (Elle se tait, songeuse.) Tout compte fait, peut-être cela valait-il mieux ainsi.

(Gaïa inspire brutalement et tente de se redresser.)

LA MORT .- Il faut que tu te calmes et que tu restes tranquille ; ainsi tout ira bien.

GAÏA .- Je n'arrive pas à me relever, est-ce normal ?

LA MORT .- Oui, ça se passe toujours comme ça. Avec les enfants surtout.

GAÏA .- J'ai peur. Qu'est-ce qui m'arrive ?

LA MORT .- Tout va bien.

GAÏA .- Où sont mes parents ?

LA MORT .- Étaient-ils avec toi ?

GAÏA .- Je ne me souviens pas.

LA MORT .- Ne t'en fais pas pour eux. Tu les retrouveras bientôt.

GAÏA .- Dans combien de temps ?

LA MORT, agacée .- Bientôt, t'ai-je dit.

GAÏA .- Mais c'est quand bientôt ?

LA MORT .- Pour toi, dans combien de temps arriverons-nous à ce bientôt ?

GAÏA .- Dans dix minutes.

LA MORT .- Alors ce sera dans dix minutes. Compte les secondes si tu veux.

(La Mort soupire.)

GAÏA .- Qui êtes-vous ?

LA MORT .- Quelqu'un qui peut t'aider.

GAÏA .- Ce n'était pas ma question.

LA MORT .- Si, petite fille. Tu m'as demandé qui j'étais et je t'ai répondu.

GAÏA .- Pas comme je voulais. Quel est votre nom ?

LA MORT .- Je n'en ai pas. Peux-tu te lever maintenant ?

GAÏA .- Tout le monde a un nom.

LA MORT .- J'aurais aimé en avoir, puis j'ai oublié ce désir. À présent, je n'ai pas de nom et cela m'est égal. Peux-tu te lever ?

GAÏA .- Je ne sais pas. J'ai mal. Pourquoi ai-je mal ?

LA MORT .- La douleur n'a parfois pas de source.

GAÏA .- La mienne en a forcément une.

LA MORT .- Sais-tu où tu étais avant de venir ici ?

GAÏA .- Non, je ne me rappelle pas. Je n'ai aucun souvenir.

LA MORT .- Cela devrait te revenir bientôt.

GAÏA .- Dans longtemps ?

LA MORT, soupirant .- Bientôt.

(Elles se taisent.)

GAÏA .- Il y avait des hommes.

LA MORT .- Il y en a peu souvent, hélas.

GAÏA .- Il y en a beaucoup, au contraire.

LA MORT .- Tous ceux qu'on appelle hommes ne le sont pas forcément.

GAÏA .- Je ne comprends pas.

LA MORT .- Tu es trop jeune. Te rappelles-tu la suite ?

GAÏA .- Une bombe.

LA MORT .- Posée par ces hommes ?

GAÏA .- Je le crois.

LA MORT .- Où était-elle ?

GAÏA .- Sur moi. En moi. Mon corps entier était une bombe. Je ne me souviens pas...

LA MORT, à part .- Enceinte même d'une violence malsaine, violée par la guerre et l'extrémisme, mère de la liberté qui donne naissance à l'horreur... Si jeune et déjà adulte, si jeune et déjà morte. À quoi ont-ils pensé en posant sur toi, sur ton corps si fragile, ce concentré de destruction ? Tu es devenue criminelle à leur place. La faute repose sur tes frêles épaules, ta tremblante carcasse. Qu'ont-ils fait ? Feu d'artifice de chair, de sang et d'os, explosion. Accoucher d'un nourrisson meurtrier. Où est la liberté ? Où est la justice ? Où est la vérité ? Où est ce monde qui n'a jamais existé, ce monde où les enfants de dix ans ont le droit de vivre ? Ils t'ont retiré cette chance. Ils ont brûlé ce papier officiel. Est-ce inscrit dans les droits des enfants ? Celui de vivre ? Sacrilège ! Ils t'ont tuée. Et en te tuant, en tuant tous ces gens par ton biais, ils ont assassiné plus que cette liberté d'expression dont tout le monde parle : ils ont massacré sans pitié la liberté à l'état pur, l'essence même de la vie, ce parfum aux ailes puissantes qui fait toute la structure de l'existence. En supprimant cette liberté, ils ont anéanti tout espoir, tout courage. Il ne reste que des débris de ton corps dans ce marché, tu n'existes même plus. Ils t'ont tuée ! Tu avais dix ans. Ils t'ont consumée, brûlée lentement comme une cigarette, aspirant la fumée de ton âme, et t'ont écrasée dans ce marché. Explosion.

GAÏA .- On m'a fouillée. Au début je ne savais pas ce que c'était. Je savais juste qu'ils l'avaient posé sur moi. C'était une sensation étrange, un peu dérangeante.

LA MORT .- Si tu t'étais rendue compte qu'il s'agissait d'une bombe, qu'aurais-tu fait ?

GAÏA .- J'aurais eu peur.

LA MORT, de nouveau songeuse .- Surprenant.

GAÏA .- Ai-je explosé ensuite ?

LA MORT .- J'imagine, puisque tu es là.

GAÏA .- Pourquoi ne suis-je pas morte, dans ce cas ?

LA MORT .- C'est là que tu trompes, Gaïa. Tu es morte.

(Silence.)

GAÏA .- C'est impossible. Je respire, je vois, je sens mon cœur battre.

LA MORT .- Cela signifie-t-il être en vie ?

GAÏA, commençant à paniquer .- Je ne comprends plus rien !

LA MORT .- Je ne sais pas moi-même si je suis une illusion. Une simple production de ton cerveau pour te rassurer. Peut-être ton esprit se prend-il pour un magicien et joue-t-il à créer cette conversation improbable.

GAÏA .- Vous me faites peur.

LA MORT .- Je fais peur à tout le monde.

GAÏA .- Qui êtes-vous ?

LA MORT .- J'ai déjà répondu à cette question.

GAÏA .- Qui êtes-vous ?

(Un silence.)

LA MORT .- Je suis la Mort. Viens avec moi, à présent. Je t'emmène après la vie.

GAÏA .- Pitié ! Pitié, non !

LA MORT .- Il n'y a pas de pitié, ici. Je ne connais rien de tout cela, je n'ai jamais connu le sens de ce mot. Il faut avoir vécu pour savoir et se souvenir.

GAÏA .- Je vous en supplie… Ne m'emmenez pas !

LA MORT .- Ne proteste pas. Ça arrive à tout le monde.

GAÏA .- À tous les enfants de dix ans ?

LA MORT .- Pas tous mais certains. C'est tombé sur toi. Tu n'as pas eu de chance. Viens avec moi.

GAÏA .- Laissez-moi vivre.

LA MORT .- Tu es morte et je ne peux rien y faire.

GAÏA .- Vous pouvez choisir de ne pas m'emmener avec vous. Je vous en supplie.

LA MORT .- D'un néant à un autre… Ne fais pas l'enfant, suis-moi.

GAÏA .- Non ! Non, je vous en prie !

LA MORT .- Gaïa. Comprends cela : personne ici n'a le choix. Tu ne peux pas rester ici. Préfères-tu te décomposer lentement, dans la plus grande conscience de ta douleur, ou bien te détacher enfin de ton corps et de ton âme ? D'être réduite à rien et de flotter dans une éternité obscure... Que veux-tu ?

GAÏA .- Je veux vivre.

LA MORT .- Quelle idée stupide.

(La Mort la pousse dans le dos vers la sortie.)

GAÏA .- Non ! Non, laissez-moi !

LA MORT .- Si tu as peur, serre ma main dans la tienne.

GAÏA .- Vous êtes un cadavre. Vous vivez dans le noir sans mémoire. Vous n'avez jamais vécu. Je suis venue au monde, moi. J'ai pu exister et marcher sur la Terre. J'ai pu naître et avoir mal ! Alors que vous, vous ! Vous n'avez rien fait d'autre que de mener à l'après les morts ! Vous me répugnez ! Vous me dégoûtez ! Je ne vous prendrai pas la main.

LA MORT .- Si je n'ai pas vécu, je ne suis pas morte.

GAÏA .- Vous n'êtes pas non plus en vie.

LA MORT .- Tu te croyais en vie parce que tu respirais, tout à l'heure. Je respire.

(Un silence. Gaïa s'effondre.)

GAÏA .- Je ne veux pas mourir…

LA MORT .- Il faut t'y résoudre.

GAÏA .- Non…

LA MORT .- Je t'emmène.

GAÏA .- Vous commettez un crime.

LA MORT .- Je suis la Mort. Comment pourrais-je faire autrement ? Je t'emmène mourir autre part, dans un endroit où tu n'en auras plus conscience. Oui, je te tue une seconde fois.

GAÏA .- Il y a tant de choses que je n'ai pas faites !

LA MORT .- Ne m'agonis pas de tes regrets. Relève-toi et avance.

GAÏA .- Non.

LA MORT .- Meurs.

(La Mort empoigne Gaïa par le bras et la traîne jusque dans les coulisses. On entend longuement les cris de la petite fille.)

LA MORT, quand les cris se taisent .- Pauvre Gaïa. Hurlements, horreur, terreur. Et personne ne s'en souvient. Sais-tu ce qui se passe ailleurs ? Les gens pleurent. Mais personne ne vient verser de larmes sur ton corps déchiqueté. Personne ne se demande pourquoi la vie s'est arrêtée ici, pourquoi tu es morte. Les gens pleurent et brandissent des pancartes, ils se regroupent et pensent à eux, eux seuls. Tu restes solitaire, vivante ou dans la mort, ici ou bien là-bas. Seule. Ils t'ont tuée, tu sais ? Ils t'ont tuée et le monde l'oublie.

Te rappelles-tu de la suite => te rappelles-tu la suite ?
L'extrêmisme => l'extrémisme
 
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Ven 4 Déc - 20:55

Référence à GONE ? Smile
C'est violent et dérangeant, j'aurais vraiment envie de le voir représenté ! Very Happy

 
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Sam 5 Déc - 13:18

En effet :3 Mais j'ai aussi choisi ce prénom puisqu'il signifie "terre" Smile
Peut-être un jour Very Happy


ACTE 4

Scène 1
L'ANGE, ROSE, TOUS SAUF ELLEN ET ISAAC
(Tous sont assis. Rose est au centre. L'ange s'avance, un sourire aux lèvres.)

L'ANGE .- Elle est là, Rose. Avec toutes ces personnes autour d'elle, tous ces gens que vous avez vu sur scène. Ils ont parlé, discuté ensemble. Vous ne savez pas qui ils sont. Eux non plus, ils ne savent pas. On leur a donné le rôle sans trop leur expliquer, ils n'ont fait que dire leur texte. Ils ont fait ce qu'on leur a demandé, comme des enfants obéissants. Les acteurs, enfermés dans leur personnage, n'ont pu que regarder la pièce défiler et souffrir. Qu'avaient-ils à faire là ? Ils étaient venus pour jouer ; pour avoir mal à votre place l'espace de quelques heures. Ils se sont sacrifiés. Le théâtre est-il cela ? Un sacrifice ? La scène pour autel, le metteur en scène pour prêtre ? Et vous, pauvres humains, vous les fanatiques avides qui observez le crime. Lisez en leurs entrailles ! Que vous donnera l'avenir, sinon des souvenirs ? Humains, humains, vous croyez trop en des jours meilleurs. Cessez d'espérer. Venez jouir ici de la souffrance des autres et de votre paix sans croire que cela se prolongera ; et taisez vous. Restez dans le noir de la salle. Car on ne peut oublier que la lumière est là ! Là, sur les planches, sur ces gens qui ont mal et qui sont recroquevillés sur eux-même. Cette pièce, avec sa souffrance et ses personnages trop petits ou trop grands pour les acteurs, n'a servi qu'à vous divertir. Étonnant, non ? Se changer les idées en regardant son quotidien. Se délecter de la souffrance des autres. Des jeux du cirque moderne, en quelque sorte. Avez-vous réfléchi une seule seconde devant leur douleur ? Ne mentez pas, ne prétendez pas avoir été compatissant ou philosophe. Vous avez été soulagé de ne pas avoir à vivre pendant ces quelques heures. Tout votre corps, tout votre esprit, se sont détendus et vous avez regardé les horreurs qui se déroulaient sur scène. Ah ! Misérables égoïstes, stupides humains, créatures narcissiques ! Vous avez allumé vos téléphones pour avoir un peu de lumière. C'est rassurant, n'est-ce pas, la lumière ? C'est ce que vous croyez, du moins. Tout est inconnu dans le noir. On ne sait plus ce qui est en haut ou en bas. On avance à petits pas, sans plus d'orgueil. On est devenu aveugle ! On se souvient quand, enfant, des monstres surgissaient de l'ombre pour nous déchiqueter et on se met à pleurer, dévorés par la peur. Hélas, vous, ignorants prétentieux, vous ne voyez pas la lumière comme elle devrait être vue. La lumière n'éclaire pas comme vous le pensez. Elle n'éclaire aucune réalité. Elle illumine les cœurs abyssaux, révèle ce qui se cache derrière les larmes et les sourires hypocrites. Elle met en valeur les yeux des femmes, s'éparpille dans les prunelles du chat. La lumière ! Ne la regardez plus comme vous la regardez : elle devient alors semblable à l'obscurité. Que fera-t-on, sans lumière, quand le soleil se sera définitivement couché et que la Lune nous aura quittés ? La lumière, quand elle meurt, signifie la fin. Voyez : quand cette pièce de théâtre sera enfin finie, la lumière s'éteindra. Vous vous lèverez, courbatu, et vous retournerez à votre vie atroce. Oui, quand la lumière s'éteindra, vous devrez vivre ! Plaignez-vous encore, demandez pitié, pleurez. Personne ne vous entendra. Vous sortirez en voyant la lumière comme vous voyez l'ombre et vous vous endormirez en vous demandant ce qu'il se passera demain, sans plus penser à hier. Ah ! Stupides humains ! Comprenez, au moins, comprenez ce qu'il se passera dans la prochaine scène. Comprenez ce qu'il arrivera à Isaac et Ellen. Comprenez pourquoi la lumière s'éteint. Si orgueilleux… Vous n'avez rien compris à la pièce, n'est-ce pas ? Vous avez regardé les gens souffrir sans savoir pourquoi ils étaient sur scène ? Humains, humains, répugnants humains. Regardez Rose ! La voyez-vous, Rose ? Sous la lumière des projecteurs ? Stupides ! Vous ne voyez qu'une jeune femme dans l'ombre lumineuse. Pourtant Rose n'est pas là – la lumière le chuchote sur sa peau et ses cheveux. Rose est la fille d'Isaac et Ellen, celle qui aurait dû naître de leur amour. Rose est la fille qu'ils auraient eue – mais Isaac est mort avant. C'est une des chimères du couple, un rêve. Mais voilà la vie qu'elle aurait eu, Rose ! Une vie de maladie, incapable de reconnaître ses parents. Cela aurait été difficile, l'avenir aurait été éprouvant. Mieux valait que Rose reste un rêve, peut-être ? C'est une meilleure chose, qu'elle reste le souvenir d'un désir. Elle n'aura pas souffert, ses parents non plus – du moins pas à cause d'elle. La petite Rose s'est fanée avant de fleurir. Pauvre Rose… Elle est maintenant en compagnie de tous ces gens. Ethan, Julienne. Des souvenirs d'enfance douloureux. Rita et Marilyn, Sonia et Cassandre, les souvenirs de conversations si fortes, bien trop dures pour des adolescents. Luc et Sandra ? Oh, vous tremblez. Vous vous demandez ce que cela représente pour Isaac et Ellen. Ont-ils rencontré une femme aussi manipulatrice et cruelle que Sandra ? Ou bien, ont-ils tué à sa manière ? Quel passé ont-ils ? Quels souvenirs ? Je le sais. Je suis un ange. Luc et Sandra sont le souvenir qu'Isaac et Ellen avaient de la vie avant leur rencontre. Ils étaient aussi tristes que tout le monde. Ils ont été amoureux, heureux à l'ombre étincelante, puis ont eu droit au destin tragique et fatal des amants. Ne les plaignons pas : en aimant on choisit de souffrir. Charlie et Marianne, Gaïa et la Mort, ce sont les souvenirs d'actualités qu'ils ont vécu. Des événements qui sont passés à la télévision et qui les ont marqués. Le souvenir de leur époque. Cela les a fait réfléchir sur l'humain. Voilà ; vous connaissez à présent tous les personnages, tout ce qu'ils voulaient signifier. Vous savez pourquoi ils ont joué ce soir. Ils ont fait revivre les souvenirs d'Isaac et d'Ellen et les ont dépoussiérés de leur ombre, ils les ont auréolés de la véritable lumière ! Isaac et Ellen ont pu se souvenir. Un instant, leur passé est revenu. Ils ont revu la souffrance qu'ils ont enduré. Isaac l'a contemplée de là-bas, Ellen ici, dans cette salle. Elle est sans doute encore parmi vous, assise sur un fauteuil rouge, discrète, à pleurer. Elle ne va pas tarder à mourir. Elle est si triste… On ne meurt pas de chagrin, pourtant : on se suicide. Elle va le faire, sans doute. Bientôt, on pourra dire au revoir à Ellen, elle remontera sur scène pour rejoindre Isaac dans la mort. Vous leur offrirez une dernière scène – non pas par bonté mais par égoïsme, pour rester encore un peu et ne pas souffrir. Ainsi, Ellen et Isaac se verront encore. Peut-être pensez-vous que ce sera beau. Une dernière scène qui réunit les deux amants ! C'est si beau. Ce sera une fin heureuse. Hélas, vous vous trompez. Cette pièce de théâtre ne peut pas bien se terminer. Tout au long de la scène, la lumière baissera et à la toute fin s'éteindra car Ellen, la pauvre Ellen, ne se sera pas souvenue.

les ont dépoussiéré => dépoussiérés


Dernière édition par Maze le Mer 9 Déc - 21:15, édité 1 fois
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   Sam 5 Déc - 18:40

Brrr, magistral ! /:
Je donnerais cher pour être une spectatrice et me faire haranguer par cet Ange Very Happy
Il faut absolument que tu montes cette pièce :3

Quant à la dernière scène, elle me fait très peur ^^ (d'ailleurs, où est passé l'acte IV ?)

 
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MessageSujet: Re: La corde au cou [TS]   

 
 

La corde au cou [TS]

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