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 Lana rêve [TS] ou [M]
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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 20 Juin - 19:43

Rah, l'attente de cette fête est insupportable xD

C'est horriblement bien ficelé, comme d'habitude. Juste une interrogation concernant la phrase suivante :

"Cette phrase que je suis parvenue à éliminer"

As-tu oublié une négation ou pas du tout ?

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 5 Juil - 19:49

Désolée pour l'absence, c'est un peu difficile en ce moment !
Merci Rêves, c'est vraiment adorable de ta part ! Smile
Oups, oui Meredith, cette phrase n'est pas censée se trouver là !
Je vous donne (enfin) la suite !



Je marche moins vite que d'habitude sur le trottoir. Mes larmes quelques minutes auparavant si pressées de s'enfuir, ont disparu. Je tremble un peu, étonnée par ce que je viens de faire. Cela n'avait aucun sens. Pourquoi répondre cela ? Pourquoi répondre, d'ailleurs ? Pourquoi les saluer, pourquoi être bienveillante ? Je ferme un instant les yeux, fatiguée d’avoir à être mature et à faire preuve de bonté à l'égard de personnes qui prennent plaisir à me voir pleurer. Leurs paroles me reviennent, essaie pas de te suicider. Comme si je voulais mourir. Comme s'ils étaient assez forts, tous, pour me faire renoncer à la vie. Même Michaël n'a pas réussi.
La voiture de mon père est garée devant notre maison. Je souris un peu, il est rentré. Ça me fait plaisir – cette fois-ci réellement. Depuis que nous sommes revenus de l’hôpital, je sais qu'il me comprend. Pas entièrement évidemment – pour cela il devrait être l’ange. Mais il sait quelle est ma douleur. Il sait l'envie que j'ai de vivre, et la difficulté que j'ai à le faire. Il sait les épines qui se plantent dans mes poumons quand je respire, les lames qui tailladent ma nuque quand je lève la tête. Il sait mon destin. Mon terrible destin. Il a le même – jamais il ne connaîtra le bonheur. Il s'est battu un peu, dans sa jeunesse. Il a essayé de tomber amoureux, essayé de fonder une famille. Il n'est pas fait pour ça, depuis il fait semblant. Il est courageux. Il sait que tout s’écroulera s’il part, alors il reste. Puisque de toute manière il ne sera jamais heureux.
Je me demande si je dois faire la même chose. Essayer, échouer et arrêter de me battre. Cela me semble stupide. Après tout ce que j'ai enduré, pourquoi cesser cette guerre contre ma vie ? Je refuse de renoncer, d'avoir survécu pour un destin futile. Je veux me croire assez forte pour changer ce qui m'attend ; pour contrer les étoiles. Gagner.
Je pousse la porte, essuie mes chaussures contre le paillasson et, me délestant de mon sac, avance dans le séjour. Là, mon père, assis dans le canapé, la tête renversée en arrière, fume les yeux fermés. En face de lui, ma mère a le regard dans le vide, son ordinateur posé devant elle. Elle me voit arriver et sourit. Mon père se retourne. C'est étonnant, de sentir une unité familiale, de voir un invisible lien qui s'est créé dans l'urgence et la peur – mais qui reste présent même après l'hôpital. Je souris tristement et lance d'une voix fluette :
« Bonjour. »
L'un et l'autre savent qu'ils n'ont pas le droit de me prendre dans leurs bras. Ils se contentent de me sourire. Je m'assois sur un fauteuil, ma mère me demande si j'ai passé une bonne journée et j'acquiesce. Il y a un petit moment de silence, ils sentent que je veux parler mais que je n'ose pas.
Est-ce que je peux aller chez mon violeur samedi ? S'il vous plaît ?
J'expire doucement et commence :
« On est libres, samedi prochain ? »
Ils échangent un regard. Mon cœur bat très vite, je ne sais pas ce que je suis en train de faire. Résister encore, peut-être. Je n'arrive pas à croire que je viens de le dire.
« Demain ? » demande ma mère.
Je tente de sourire en répondant :
« Non, celui d'après. »
Mon père réfléchit un instant et hoche la tête. Ses grands yeux bleus et froids sont posés sur moi.
« Oui, normalement. Pourquoi ? »
Je hausse les épaules en expliquant que je suis invitée à une fête. Ils semblent surpris mais ne disent rien ; c'est de mon âge. J'ajoute que Cathy pourra m'emmener – certainement.
« Tu ne seras pas trop fatiguée le lundi ? »
Je secoue la tête négativement. Je dors toujours mal ; je suis toujours fatiguée. Mes parents me sourient, un peu anxieux, puis retournent à leur travail. Voyant que nous n'avons plus rien à dire, je vais m'en aller, quand ma mère me rappelle :
« Tu voudras que je t'achète une robe ? Pour ta fête ? »
Elle veut me faire plaisir mais c'est tellement maladroit. Je le prends comme un reproche et ça me blesse. Elle regrette, n'est-ce pas ? De ne pas avoir eu de vraie fille, une fille qui aurait été belle et qui se serait vêtue de rose chaque jour de sa vie. Une fille qui aurait chanté d'une voix aiguë et qui aurait joué à la poupée. Une fille qui, plus tard, aurait ramené des petits amis à la maison. Je rétorque gentiment que ce n'est pas la peine avant de filer dans ma chambre.
Je ne suis pas une fille.

À l'heure du dîner, la radio est encore allumée, et on parle encore de ces agressions au Parlement. Ma mère demande si elle doit éteindre. Un procès va avoir lieu. Un procès, des hommes vont être jugés pour avoir harcelé des femmes. Nous nous mettons à table.
Mon père nous raconte un peu ce qu'il a fait cette semaine. Il fait semblant d'être passionné par son travail, fait semblant d'être heureux. Il regarde ma mère droit dans les yeux, avec sérénité. Il boit un peu de vin dans un grand verre à pied, ou bien fait tinter ses couverts contre son assiette vide. Parfois j'ai droit à un coup d’œil, il me sourit tristement. Ma mère n'est pas dans le secret, elle ne connaît pas nos destins : nous lui faisons croire que tout va bien, mieux. Rien que pour la voir sourire.
À la fin du repas cependant, alors que je vais sortir de table, ma mère me retient :
« Lana, nous devons parler. »
Son ton grave et apeuré me laisse aisément deviner le sujet de notre conversation. Je me rassois et elle me demande tout en sachant déjà la réponse :
« Est-ce que tu peux me montrer tes poignets ? »
C'est étonnant. Elle ne me demande pas si je me scarifie encore, si je me fais toujours du mal. Elle me demande d'exhiber mes blessures comme pour s'infliger une douleur plus grande encore. Sans réfléchir – sans penser à dire simplement que je continue en effet – je remonte les manches de ma chemise et dévoile avec théâtralité les traces de mon automutilation. Elle a un hoquet de stupeur et de désespoir, je ne sais pas exactement ce qu'elle peut ressentir, elle a les larmes aux yeux. Mon père quant à lui ne sourit plus. Il savait certainement, au fond de lui.
« Je suis désolée, murmuré-je d'une voix atone. Maman. »
Et ma voix s'étrangle.
Elle se met à pleurer. Mon père s'approche d'elle et passe sa main autour de ses épaules. Je me sens incapable de la toucher. Je suis démunie, au bord des larmes. Je voudrais pouvoir la réconforter, je voudrais qu'elle arrête de pleurer – je n'en vaux pas la peine. Ne suis-je pas censée être celle à qui on fait du mal ? Pourquoi suis-je alors capable d'en causer autant ? Il faut être si fort pour faire pleurer un adulte.
Mon cœur bat trop vite, mais je m'avance vers ma mère. Je suis terrifiée, je suis tout proche d'elle et je sens son parfum, j'entends sa respiration hachée. Mon père s'écarte légèrement d'elle comme pour me laisser la place. C'est mon rôle. Mon rôle de fille.
Je l'entoure maladroitement de mes bras et appuie ma tête contre le sommet de son crâne. Je tremble violemment, tente d'apaiser mon dégoût, je la serre un peu plus contre moi. Ses mains se posent sur les miennes. Peau contre peau – peau contre peau, je vais vomir ! – et je ferme les yeux pour éviter de penser à mon corps tout près de celui d'un être humain. Lentement – si lentement – ma peur et ma douleur se rétractent. Ma mère se calme un peu. Nous restons ainsi quelques instants, enlacées. Puis, doucement je m'écarte. Elle me regarde, ouvre la bouche mais je l'interrompt :
« Je sais que j'ai besoin de votre aide. Mais ce n'est pas votre combat. Je dois m'en sortir seule. »
Ils me dévisagent, mon père intervient :
« Non, ce n'est pas notre combat. Mais nous avons le droit de t'aider quand tu ne te bats plus. »
Je ris un peu en répondant doucement :
« Je n'ai jamais cessé de me battre. »
Je sors de la cuisine, remonte dans ma chambre et m'allonge sur le lit.
Je sais que dans le tiroir de ma table de nuit m'attend un couteau aiguisé ; mais je reste étendue les yeux fixés au plafond à lutter contre la douleur, à pleurer et étouffer des cris. Pour ne plus jamais voir de larmes couler sur les joues de ma mère.
Parce que je l'aime en retour ?

La difficulté que j'aie => que j'ai
de toutes manières => de toute manière (c'est très illogique mais on écrit « des toutes les manières » et « de toute manière »)
toute proche => tout proche (ici utilisé comme adverbe, donc invariable)
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 17 Juil - 18:48

J'ai trouvé ce passage très difficile à lire, parce que très... vrai. Je pense que c'est vraiment proche d'une psychologie adolescente et de moments qui pourraient être réels.

Bravo pour ta maîtrise, en attente de la suite, comme toujours ~

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 21 Juil - 22:52

Merci beaucoup ! C'est le but que j'espérais atteindre Smile


Nous ne pouvons le nier ; Lana est courageuse. Elle est faible mais ne faiblit pas. Elle se bat en pensant que c'est vain. C'est étonnant, cette rage de vivre. Comme si elle en avait besoin au plus profond d'elle-même. Comme si le suicide n'était pas la solution. Quand beaucoup de personnes auraient eu ce raisonnement, elle choisit délibérément d'avoir mal mais d'exister. Elle sait pourtant, quel est son destin et quelle sera sa vie. Quelle idiotie, quelle bravoure. Lana n'a pas toujours eu cette détermination, cependant. Nous nous souvenons quand elle voudrait oublier. Elle ne veut jamais se souvenir des moments honteux.
Elle se déteste pour avoir accepté ce pacte avec l'ange et quand elle y repense, elle se demande ce qu'il serait advenu d'elle tout en ayant la réponse : elle serait morte. Plongée dans le coma pour toujours. Dans la réalité, ses parents auraient eu à faire face à un des plus grands dilemmes : croire encore qu'elle pourrait se réveiller, ou bien la débrancher et la tuer. Ce n'est pas un choix qu'un père et une mère veulent avoir à faire. Ils auraient abandonné un jour ou l'autre. Elle serait morte. Tout ça pour ça. Après s'être battue, après avoir souffert, elle serait morte. Après avoir clamé son envie de vivre, elle serait morte. Pour s'être sentie une fois trop faible pour continuer, elle n'aurait plus jamais avancé. Ç'aurait été absurde. Heureusement, elle s'est réveillée – son ridicule destin est bien fait. Cela a évidemment été difficile, elle aurait préféré être avec son petit ange. Elle s'est peu à peu résignée et a compris ce qu'il serait advenu d'elle. Cela l'a réconfortée.
Mais Lana n'est pas à blâmer. Chaque humain a des failles, et elle en a bien moins que les autres. Ce fut la seule fois où elle perdit espoir. Même dans des moments plus difficiles elle relevait la tête et marchait. Quelques minutes après le départ de Michaël de cette petite salle de classe, elle était debout et dehors. Sous la pluie sans parapluie. Dès qu'elle a passé le seuil de sa maison, elle a fait couler un bain brûlant et s'y est jetée. Cela faisait mal, mais c'était apaisant. Elle a essayé de ne pas penser mais la douleur, la honte et la peur imprégnaient son corps, encore. Chaude, l'eau sur les bleus que lui avait laissé Michaël. Elle est restée longtemps dans la baignoire, à frotter sa peau jusqu'au sang pour effacer les doigts, à maintenir sa tête fièrement hors de l'eau, à ne pas se laisser aller. Elle a refusé de s'enfoncer sous la surface pour ne plus jamais y remonter. Elle était consciente du devoir qu'elle avait de vivre même après cela. Pas un instant elle ne s'en est exemptée.
Plus tard, elle a eu peur d'être enceinte. Elle était angoissée à l'idée de demander la pilule du lendemain. Les gens jugent parce qu'ils croient tout savoir. Peut-être auraient-ils pensé qu'elle le méritait. Que c'était de sa faute. Les humains ont cette étonnante capacité à mépriser les gens victimes de certains actes, sous prétexte qu'ils auraient fait mieux, ou bien que les personnes ont provoqué ces actions. Nous rions, en les regardant. Lana n'a pas notre recul. Elle se dit qu'elle n'aurait pas dû mettre de talons, que ce tee-shirt était peut-être trop décolleté. Trop décolleté. Que voulait-elle que Michaël voit, Lana ? Elle est à peine une femme.
Elle a continué à vivre, à porter toute la culpabilité, la honte, la douleur et la tristesse qui l'encombraient ; la vie aussi. Elle n'a rien lâché. Lana sait qu'elle est née pour souffrir – peut-être n'a-t-elle pas compris que souffrir, c'est aussi vivre.

se souvenirs => se souvenir
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 26 Juil - 15:21

C'est intéressant de reprendre Lana dans ce moment où nous ne l'avons jamais vue auparavant : juste après le viol. Comment se fait-il qu'elle n'ait rien dit et qu'elle ait pu donner le change ? Nous nous posions la question. Nous avons la réponse.

J'ai médité aussi sur la toute dernière phrase. C'est une bonne trouvaille, je crois ~

 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 30 Juil - 20:44

J'aime bien la manière dont tu parles de Lana dans ce chapitre (si j'ai bien suivi, il s'agit des étoiles?), cela donne une vision extérieure de la façon qu'elle a de voir et de vivre sa vie. C'est comme si ceux qui ont décidé que sa vie serait faite de souffrance se justifiaient. C'est terriblement cruel et cela accentue la fatalité du destin de Lana, qui est déjà bien mise en avant dans les autres chapitres.





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 1 Aoû - 17:11

Merci à toutes les deux ! C'est vraiment super de m'encourager comme ça ! Désolée ma connexion fait vraiment n'importe quoi, j'ai du mal à répondre rapidement Sad



On est lundi et je dois me lever. Je me rends dans la salle de bain. Je me déshabille et observe mon corps, m'asseyant nue sur le rebord froid de la baignoire. Je commence par détailler mes avant-bras qui ne sont plus qu'un amas de cicatrices horizontales. Des boursouflures rouges, des estafilades blanches ou des entailles noires qui datent de plusieurs jours. Aucun trait ne s'est ajouté depuis vendredi soir. Aucune trace d'automutilation. Ni sur mes cuisses rayées, ni sur mon ventre rougi et mon bassin égratigné. Nulle part. J'ai résisté et c'était difficile. Se battre contre soi-même est terrifiant. J'avais tellement mal ! Les souvenirs repassaient en boucle, je devais retenir les hurlements qui emplissaient ma gorge. Je n'avais aucun moyen pour me soustraire à cette douleur. Je ne pouvais pas m'arrêter de penser, je ne pouvais pas m'endormir, je ne pouvais que subir cette insupportable torture mentale. Me faire violer encore et encore. Écouter encore et encore. Il est étonnant de voir à quel point le cerveau peut se focaliser sur quelque chose contre notre gré. Nous ne pensons plus, il pense. Ainsi pendant une grande partie de mes nuits, j'ai lutté contre l'envie de prendre le couteau et de réduire mon corps à de la chair à vif pour oublier l'espace de quelques instants. C'était une sensation terrible. La douleur me dévorait et chaque fois que j'essayais de la chasser elle se renforçait. Je devais me concentrer sur elle pour la faire partir, mais alors elle s'enhardissait et je me tordais de douleur sur mon lit. C'était indescriptible. Mon ventre n'était plus que douleur, j'avais la nausée, je voulais vomir ces souvenirs qui m'envahissent sans cesse, chaque nuit. Chaque nuit passée à lutter contre la douleur. Combat insensé – mais j'ai réussi.
Je sais qu'il y aura des rechutes. Je ne peux pas arrêter comme ça. Mais ces trois soirs passés sans me scarifier, à avoir mal mais résister, quelle victoire ! Quelle victoire ; et quel échec, aussi. Arrêter de me faire du mal a fait revenir les cauchemars avec toutes leurs phrases.
Tu peux venir ?
Pourquoi t'es toute rouge ?
Bouge pas.
Ta gueule.
Obéis.
J'voudrais qu'tes cheveux soient plus longs.
C'est pas parce que t'es belle ! C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. Qu'est-ce que t'es conne !
Tu diras rien, je te fais confiance.
Douleur.

Froid de décembre, je sors en courant de chez moi pour ne pas rater le bus. Mon sac ballote sur mes épaules, je parviens à rejoindre le véhicule et je m'écroule sur un siège, hors d'haleine. Je ne dois surtout pas regarder autour de moi, sinon je trouverais les regards goguenards de Malcolm et Nathan. Je fixe mes yeux sur mes chaussures grises et crispe mes mains sur les lanières de mon cartable. Le bus démarre en tremblotant.
Ils ne sont qu'à quelques rangs derrière moi mais j'entends leurs rires. Ils m'appellent, je ne réagis pas, m'appellent encore. Si Cathy était là elle leur crierait de se taire et soupirerait en me disant qu'ils sont stupides. Elle n'est pas là. Il faut simplement les ignorer, c'est facile. C'est facile. Les jointures blanches à force de m'accrocher à mon sac comme à une bouée de sauvetage.
« Lana ! »
Je refuse qu'ils prononcent encore une fois mon prénom, c'est tellement insupportable. Si seulement mon cauchemar de cette nuit n'avait pas contenu toutes les insultes et tous les ordres habituels, peut-être aurais-je eu plus de courage aujourd'hui ? Du courage.
« Tu peux venir ? »
Tu peux venir tu peux venir tu peux venir ?
Ne pas fondre en larmes. Rester digne et stoïque ne rien montrer. Ne pas se souvenir. Ils ne te feront aucun mal. Ils ne poseront pas leurs mains sur tes cuisses pour les écarter. Ils ne feront rien ils ne te violeront pas. Ils ne sont pas Michaël que tu vas voir dans quelques minutes.
Une larme qui dévale la joue. Je l'écrase d'un doigt, tourne la tête, inspire profondément et demande :
« Oui ? »
Ils me lancent un regard ravi. Ils vont pouvoir se moquer et me détruire pour la journée. Les autres passagers m'observent. Nathan lance :
« Tu viens toujours samedi prochain ? T'as demandé à tes parents ? »
Question piège ? Est-ce qu'ils vont se moquer de moi parce que je ne peux pas sortir sans leur autorisation ? Je n'en ai aucune idée. Je commence à regretter d'avoir répondu. Je tente prudemment :
« Je viens. »
Ma voix est si calme quand mon cœur bat si vite. Rythme absurde que je ne peux pas ralentir. Je suis terrifiée parce que je ne dois surtout pas le laisser transparaître.
« Il y aura de l'alcool, t'as déjà bu ? »
Jamais. Jamais parce que je n'ai jamais participé à une fête de ce genre. Personne ne m'invitait, avant. Personne n'avait envie de me torturer autant.
« Non. », admets-je posément.
Ils rient. Quelques personnes à côté aussi. Sans doute des sixièmes fiers d'avoir eu leur première cuite avant moi.
« Ça va être drôle alors, heureusement qu'on sera là pour voir ça. »
Je hausse les épaules en leur tournant le dos. Le car s'arrête bientôt et je descends, laissant derrière moi deux adolescents radieux à l'idée de me voir ridicule et ivre morte.

Cathy m'attend devant mon casier. Aussitôt qu'elle me voit, un grand sourire fleurit sur son visage. Elle me tend quelques affaires et me demande si j'ai bien dormi. Je hoche la tête par habitude, pour la protéger aussi. Elle sourit, me dit que c'est bien. Elle me rappelle en riant qu'on a français, je soupire et souris. Elle me promet qu'elle se mettra avec moi pour que je ne m'ennuie pas trop. Elle est adorable, Cathy, et le cours se passe bien. Mais après le français, nous avons espagnol. Et il est à côté de moi et c'est insupportable et il le sait. Tout me revient en mémoire, incessamment, à l'état brut. Il m'a embrassée et a baissé mon pantalon. L'incompréhension d'abord puis la peur puis l'humiliation et la honte et la douleur et la tristesse. Je n'ai même pas eu la force d'être en colère.
Nausée soudaine, souvenirs bruts, je tressaille et serre les poings. Inspiration profonde, il me jette un regard de biais qui dérape sur mes jambes croisées. Il faut que je me calme. Je dois lui demander de ne pas me regarder comme ça. Je dois trouver le courage.
« Arrête ça tout de suite. », murmuré-je d'un ton froid et sans appel – un peu vacillant cependant.
Il fait semblant de ne pas comprendre, s'étonne innocemment et proteste. Je déclare à nouveau, d'une voix tranchante quand je voudrais déjà le supplier – non non non mes petits non non non :
« Arrête ça. »
Il éclate de rire et le regard fixé sur moi me répond sans faux-semblants et avec cynisme :
« Je fais ce que je veux, Lana. »
Il fait ce qu'il veut parce qu'il ne sera jamais puni.
Il décale sa chaise de quelques millimètres vers moi, ça suffit à intensifier la douleur de manière inimaginable. J'entends sa respiration, ses mains sont posées sur le bureau et bien trop proches des miennes. Le reste du cours se passe ainsi. Il a gagné j'ai perdu. La douleur brûle et il triomphe. Les souvenirs me hantent et l'enivrent.
Bouge pas ta gueule obéis c'est pas parce que t'es belle tu diras rien je te fais confiance je te fais confiance tu peux me faire confiance.
C'est le pire dans le cauchemar, après le viol en lui-même. Les phrases. Je redoute tellement de les entendre. Ça me terrifie, chacune d'elles me terrifie. Quand il parle pour la première fois, me demandant si je peux venir, m'assurant que je peux lui faire confiance. Une invitation  au viol. L'entendre et m'apercevoir au matin que je l'ai encore cru et que je l'ai de nouveau payé. Puis, « Pourquoi tu rougis ? ». Une provocation évidente pour me mettre mal à l'aise. Il aime me voir inférieure à lui, m'avoir entre ses mains. Rougir, avoir les joues en feu avant que ça ne soit le ventre. Ensuite Michaël se tait, reprenant son souffle pour ses meilleures répliques. « Bouge pas. ». Je ne dois pas résister parce que c'est perdu d'avance. « Ta gueule. ». Ne pas non plus crier parce que c'est perdu d'avance. Je dois le laisser commettre son crime, je dois le laisser me violer. Ça devrait être un honneur. Au matin je me réveille muette parce qu'il était bien trop fort pour moi. « Obéis. » C'est l'une des phrases que je déteste le plus. Elle est simple courte méprisante. Obéis, objet. Obéis, écarte les jambes ou il s'en chargera. Et il s'en charge. Chaque nuit courageusement et inutilement je repousse cet ordre, chaque matin j'en reçois les insupportables conséquences avec sur mes cuisses les dix doigts redoutés. Je hais aussi la phrase suivante. « J'voudrais qu'tes cheveux soient plus longs. ». À moitié avalée, intolérable. Je voudrais aussi les avoir plus longs, je voudrais être plus féminine. C'est également son souhait, il me le dit le murmure le susurre. Dès que je touche mes cheveux dans la journée la phrase associée explose dans ma tête et je ne peux pas l'en faire sortir avant qu'une autre ne prenne sa place. L'avant-dernière n'est pas la pire. Il la jette comme pour se justifier, comme pour éviter que je ne pense quelque chose de faux et que j'en tire de la fierté. Fière d'avoir été violée bien sûr. Comme si je pouvais prendre son acte pour un compliment, comme si je pouvais penser un seul instant que c'est un hommage à ma beauté ! Cette phrase n'est pas la pire, mais c'est celle qui revient le plus. Dès qu'on me dit que je suis muette et stupide, que je suis désespérément laide.
Et puis, la dernière. La dernière. « Tu diras rien, je te fais confiance. ». C'est un pacte. Je l'ai compris comme un pacte, si je me tais il ne recommencera pas. Chaque nuit il le viole en me violant, à chaque cauchemar il me touche de nouveau. Il me parle de confiance comme si je pouvais croire en lui, il agit avec tellement de désinvolture et de cynisme ! C'est terriblement éprouvant. Chaque nuit cette promesse défaite. Je hais cette phrase. Je la hais. Chaque nuit et j'ai peur que bientôt ça ne soit un jour. Qu'il recommence.
Il me glisse un petit sourire comme s'il savait exactement ce que j'étais en train de penser et qu'il songeait à la même chose.

Il m'a embrassé => embrassée
chacune d'elles me terrifient => terrifi
e
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 2 Aoû - 21:12

C'est vraiment triste, Lana sait ce qui va ou risque d'arriver, mais pourtant, elle y va quand même. Elle se rend elle-même à l'endroit ou elle sera torturée alors qu'elle peut l'éviter... Ce n'est pas si surprenant, étant donné qu'elle a accepté l'idée de souffrir toute sa vie, mais c'est... horrible Sad
J'ai hâte que la fête de Michaël arrive (j'ai déjà dû le dire, ça )





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mer 3 Aoû - 20:46

Ne t'en fais pas, moi aussi j'ai l'impression que je réponds comme un escargot Smile

Je me suis fait la réflexion que le lecteur désire par dessus tout lire ce qu'il va se passer à la fête chez Michael, et c'est amusant parce que c'est aussi ce que veulent Nathan et Malcolm : "Ça va être drôle alors, heureusement qu'on sera là pour voir ça". Tu nous mets en quelque sorte en position de voyeurs, de complices des bourreaux. C'est intéressant. Un peu culpabilisant, mais intéressant Wink

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Ven 5 Aoû - 20:46

Rêves : elle arrive, elle arrive Wink Et Meredith, en effet, c'est bizarre, je n'ai même pas fait exprès :')
Non non vous êtes toutes les deux très réactives :3


Sortie du lycée, au revoir Cathy à demain. Le bus s'ébranle comme si on partait en voyage. Il ébroue ses flans métalliques et s'élance à l'assaut d'une pente de goudron. Derrière moi, juste derrière moi, à quelques mètres à peine, Malcolm et Nathan rient et m'assaillent d'insultes et de questions moqueuses.
« Tu vas porter une robe pour la soirée ? »
Nathan éclate de rire à cette idée.
« Genre, Lana en robe ? Mais c'est un mec cette fille. »
Ils ricanent et cherchent le masculin de Lana, ne le trouvent pas, l'inventent et m'appellent ainsi pendant le reste du trajet. C'est enfantin sans être innocent.
Je descends du véhicule en sautant les deux marches et retourne chez moi. Petit cocon. Ma mère ne m'a pas entendue rentrer puisqu'elle est au téléphone, je monte dans ma chambre, balance mon sac et m'étends sur la moquette. Les yeux au ras du sol, les bras jetés sur ma poitrine, j'observe tour à tour le plafond et ses poutres ou le sol bleu pastel. Voir le monde différemment. Comme si j'étais minuscule. J'oublie un peu la douleur, allongée sur la moquette, et les moqueries. Je me rappelle l'ange. Il serait fier de moi peut-être. J'ai arrêté de me faire du mal. Je ne recommencerai pas ce soir. Peut-être demain si mardi est vraiment épuisant et triste. Si Michaël me touche encore, je ne pourrais pas m'en empêcher. L'ange. Il doit s'ennuyer, à tomber sans moi. Est-ce qu'il a fermé les yeux ? Je voudrais les revoir encore, ses yeux. Je donnerais tout pour apercevoir une seconde ses iris nacrés aux reflets d'essence.
Je me tire lentement de ma rêverie, il faut que je travaille. Je me redresse et retrouve ma chambre sous son angle normal. L'ange et ses yeux sont remis à plus tard et je fais mes devoirs pour ne pas avoir à mentir quand ma mère me demandera si j'ai relu mes cours ce soir.
Bientôt elle m'appelle et je dois aller dîner.

C'est une sorte de bon moment, nous sommes ensemble, elle parle un peu et je m'y force aussi. Je me demande si je l'aime, plus je la regarde et plus je me questionne. À la fin du repas, je n'ai toujours pas ma réponse – mais au moins quelques doutes et plus cette certitude glaçante que je ne ressens rien pour elle.

Le soir dans cette chambre si calme j'ai peur de m'endormir. Peur de faire encore un cauchemar et d'encore avoir à écouter les insultes et les provocations que je connais par cœur et qui me poursuivent à mon réveil. Pourtant, je suis en même temps curieuse de voir ce qu'il va se passer. Si Michaël va parler, si je vais réussir à éviter ça, à prendre encore une fois le contrôle. Pendant le week-end j'ai refait mes cauchemars, avec le viol, les douleurs et les phrases. Si seulement je ne me faisais pas violer cette nuit. Si seulement je n'entendais rien, si seulement il se taisait !C'est un espoir intense et j'aimerais pouvoir échapper à ses mains. À la douleur pendant mon sommeil, à la douleur au réveil parce que j'ai vécu une énième fois mon agression. À la douleur pendant la journée parce que ça tourne et tourne et tourne en boucle dans ma tête sans s'arrêter. Sans que je puisse l'empêcher. Je gémis dans l'obscurité de ma chambre. Ça ne finira jamais, n'est-ce pas ? Ça ne sert à rien d'espérer. À rien.
Je jette un coup d’œil à ma table de chevet à son tiroir au couteau qui dort à l'intérieur. Je réussis à vaincre les petites phrases quand je me scarifie. Le tu peux venir a disparu quand le sang s'est répandu sur mes draps. J'essaie de résister, détourne le regard. J'ai fait tant d'efforts, les annihiler en quelques secondes serait profondément stupide. Facile aussi. Ça serait tellement facile de saisir ce couteau de se le planter dans les poignets et de scier scier scier toutes ces veines futiles. Je veux voir le sang couler le long de mon bras. L'odeur ramper sur ma peau.
Je m'avance vers le tiroir et l'ouvre. L'objet m'attend. Si je saisis le couteau c'est fini. Je le ferai. J'hésite un instant et tout mon corps et mon esprit m'insultent parce que je suis indécise. Je me dis que je ne le ferai que ce soir en sachant que je mens. Pas demain n'est-ce pas ? Si je le fais ce soir c'est terminé. Terminé, il faudra tout recommencer. Endurer une nouvelle descente.
Je m'agenouille, allonge le bras vers le couteau et fonds en larmes. Il ne faut pas céder est-ce que tu penses à ta mère à Cathy à ces gens qui t'aiment il y en a si peu ne les déçois pas. Ces gens qui t'aiment si tu les aimes en retour ne te scarifie pas !
Je referme violemment le tiroir et me recroqueville sur moi-même, sanglotant stupidement. Rester forte rester forte, ça n'est pas fait pour moi. J'ai envie de le faire, tellement envie de le faire. La douleur dans mon ventre ne me laissera pas tranquille avant que je ne me sois mutilée. Je veux la senteur chaude du sang sa couleur riche. Et les phrases, si je les retrouve les phrases ? Je mords mon poing pour m'empêcher de hurler, me retourne brusquement ouvre le tiroir saisis le couteau et enfin, enfin me scarifie.
Retrouver les sensations passées, retrouver la douleur et le soulagement, cette étincelle dans les poignets, dans toutes les plaies, qui masque la souffrance et les souvenirs. J'avais oublié le bien que ça faisait. Je m'en voudrai après l'avoir fait mais pour l'instant c'est si bon.
J'ai tenu trois jours.

Je suis à nouveau dans le couloir. Mes jambes démesurées et mon tee-shirt un peu large. Il est face à moi, à quelques mètres. Je commence à angoisser, puis essaie de me calmer. Je m'avance vers lui avec une sorte d'arrogance, comme si je ne voulais pas lui montrer ma peur. Mes pas sont réguliers, un à un éclatent bruyamment sur le carrelage. J'ai peur, mais je relève la tête. J'ai confiance en moi, j'essaie de m'en persuader.
Lorsque j'arrive à son niveau, je ne rougis pas. Je plante férocement mon regard dans le sien en guise de provocation, puis passe devant lui pour entrer dans la salle de classe. Il ne dit rien, ne fait aucune remarque.
Et tout se précipite, à l'intérieur. D'abord les habits qu'on retire, puis les contacts qu'on prend, peu à peu on ose, peu à peu on viole. Il me viole. Il pose ses mains sur mes cuisses et écarte mes jambes – annihilation humiliante. Les phrases.
Je hurle et crie et me débats et essaie de le frapper et échoue. Tout ce que je fais pour m'en sortir est vain, je subis. Dans une souffrance atroce. Chaque phrase est douloureuse, dès que je parviens à en oublier une vient l'autre. Obéis.
J'ai l'impression de mourir, encore quelques mots qui me détruisent, puis je peux tranquillement pleurer sur le carrelage toute seule. Je veux seulement sortir de ce cauchemar.
La porte claque.

Le réveil sonne. J'ouvre les yeux et aussitôt la douleur. Là, présente, dans le bas de mon ventre. Elle va s'étendre pendant la journée, elle a tout son temps. Mon cauchemar me revient. Les sensations surtout. Je reste un instant debout à retenir mes larmes et mon envie de me faire du mal. À peine réveillée, déjà violée. Dans la salle de bain, coup d’œil à mon poignet : cinq traits rouges et noirs, le sang séché autour, les perles figées sur les avants-bras, c'est magnifique, terrible aussi. J'ai un petit sentiment de culpabilité et une intense sensation de soulagement. Ça fait tellement de bien, c'était tellement dur de rester quelques jours sans le faire. Je ne vais jamais m'en sortir, ça me fait presque rire.
L'eau rampe sur ma peau – la douleur qu'elle crée en passant sur mon ventre fraîchement rayé est insoutenable. Je me souviens peu à peu de mon rêve. Je lâche la pomme de douche et tombe à genoux dans la baignoire, mes rotules heurtent la faïence. Je voudrais hurler, mais le bruit de l'eau ne couvrira pas ma voix et il ne faut pas que j'inquiète ma mère. Douleur douleur douleur ne pas y penser. Je me calme petit à petit – de longues minutes insupportables – sors de la douche et m'enroule dans une serviette.
Mais cette nuit, je l'ai fait taire à nouveau. Il ne m'a pas demandé pourquoi je rougissais, puisque je n'ai pas rougi. Pourquoi encore ce rêve qui change – quand je me scarifie ? La dernière fois aussi, je l'ai rejoint sans me poser de questions et il ne m'a pas demandé de venir. Je n'ai pas rougi, il ne me l'a pas fait remarquer. Comme si je pouvais modifier mon rêve afin de ne plus entendre sa voix ; afin de le rendre muet. Comme si je devenais actrice de mon destin ?
Soudainement, quelque chose qui ressemble à de l'espoir m'effleure. L'ouïe vierge de deux phrases – pas les pires hélas – je descends rejoindre ma mère.

Trajet en car. Malcolm et Nathan m'insultent. J'ai fait taire Michaël cette nuit. Je peux rendre Malcolm et Nathan muets aujourd'hui. J'essaie de m'en convaincre, puis reste silencieuse et les laisse faire. La pute la salope le garçon la moche la conne la conne la conne. C'est parce que t'es conne et je l'ai déjà assez entendu cette nuit.

Le lycée arrive au loin et je voudrais m'enfuir. Je ne veux pas y aller mais je trouve le courage de me lever, de prendre mon sac sur mon épaule et de me diriger vers le portail. Tous ces gens qui me haïssent, il faut que je leur réponde même si ça n'a aucun effet. Simplement leur montrer, leur prouver que je suis forte. Je suis tellement plus forte qu'eux ! Se sont-ils fait violer, eux ? Ont-ils à fréquenter leur violeur – violeur violeur comme un refrain c'est chantant dansant à force de tourner dans ma tête – tous les jours, eux ? Ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont. Leur existence est précieuse et ils s'en moquent, ils boivent de l'alcool pour oublier qu'ils n'ont rien à oublier. Ils ne savent rien de la vie. Ils pensent que respirer est un réflexe, ils n'ont jamais ressenti la douleur comme je l'ai ressentie. Je leur suis inférieure : j'ai une existence bien plus terrible que la leur. Pourtant, à force de vivre ce que je vis, je sais plus quelque chose de plus qu'eux. Comment vivre, par exemple. Vivre et vouloir vivre. Désirer survivre de tout son cœur et sans craindre la mort.
Cathy m'accueille et elle me confie sa hâte d'aller à la fête, me demande comment elle pourrait s'habiller puis se répond à elle-même, proposant quelques tenues. Je hoche la tête à chacune de ses phrases. Elle est radieuse. Elle a hâte. Elle me demande si je vais mettre une robe – sinon elle n'en met pas, ce n'est pas drôle. Je réponds que je ne sais pas. Je suis préoccupée ; par la fête, évidemment, mais aussi par ces cauchemars où je ne retrouve pas toutes les phrases. Cela devrait me soulager, pourtant je ne peux m'empêcher de me poser des questions. Qu'arrivera-t-il si je réussis à faire taire Michaël définitivement ? Ça n'effacera pas le viol de ma mémoire. Ça ne l'empêchera même pas de commettre son crime. Alors à quoi cela sert-il ?
C'est parce que t'es muette.
Bientôt, c'est toi qui le seras.

Il ne se passe pas grand-chose pendant cette journée. Toujours de petites insultes mais je ne réponds pas ; il n'y a rien à dire. Que faire ? Répliquer que je ne suis pas ennuyante ou stupide comme ils le prétendent, et que je sais parler ? Ils se moqueraient de moi, encore et encore. Rien ne peut les arrêter. Ils savent que je ne suis pas la personne qu'ils décrivent mais ils ne veulent pas prendre la peine de me connaître. Qui se cache derrière Lana, Lana le garçon, Lana la muette, la conne la chiante la salope ?
Salope comme s'ils savaient quelque chose de ma sexualité, comme s'ils savaient ce qui s'est passé il y a deux petites années.
Michaël joue un peu avec moi, à midi il vient nous parler avec derrière lui quelques garçons. Cathy discute un peu avec lui tandis que je me tasse sur le banc.
Je suis absente pendant toute la journée. Je suis toujours étonnée, presque préoccupée, par mon rêve. Ne pas avoir entendu ce « Pourquoi t'es toute rouge ? » était une délivrance. C'est ma seule certitude. Et si cela annonçait la fin de mes cauchemars ? Je ne sais pas si je dois l'espérer. Ça rendrait la chute encore plus douloureuse. La fin des cauchemars. Elle ne fera pas tout non plus. Ce n'est pas le problème. C'est le fait de côtoyer Michaël chaque jour qui est atroce. Bonjour, bonjour violeur, regarde nous sommes côte à côte en espagnol et je ne peux pas m'empêcher de penser que tu m'as touchée là où j'aurais voulu que personne ne me touche. Tu as posé tes mains sur mes cuisses et tu as écarté mes jambes. Jambes que tu continues de regarder avec ce petit sourire narquois en étant exempté de tout reproche de toute punition. J'ai l'impression de t'appartenir encore, l'impression que tu es encore à demi assis sur moi. Je sens encore tout le poids de ton corps dans tes yeux.
Bientôt, bientôt, Michaël. Tu seras muet.

De retour chez moi je travaille un peu. Je jette des coups d’œil lancinants au tiroir de ma table de nuit. Il faut que j'attende que la douleur soit maximale. Il faut que je sois patiente. Quand je serais en train de me tordre de douleur par terre, quand je revivrai sans cesse le moment où Michaël m'a déshabillée, alors je pourrai prendre le couteau et me scarifier. Pas avant. Il faut que je sois forte. Résister, ne pas céder à la pression, à ce besoin animal. J'écris de plus en plus difficilement les mots sur mon cahier. Tenir fermement le crayon dans sa main et coûte que coûte tracer ces lettres les unes après les autres.
Ma mère m'appelle soudainement, je laisse tomber mon crayon et sors de ma chambre précipitamment. Je dois mettre le plus de distance possible entre ce couteau et moi. Pendant ce temps, la douleur ne cesse de ricaner dans mon ventre.

Le dîner se passe bien pourtant. Elle me demande de raconter ma journée et j'essaie de le faire. Je parle d'un cours qui m'a intéressée, de Cathy qui a parlé. Je n'ai pas grand-chose à dire qu'elle puisse savoir. Pourquoi lui dévoiler le harcèlement que je subis ? Pour qu'elle fasse quelque chose ? Je vais me débrouiller seule. Je vais y arriver.
Elle est heureuse de me voir parler, ça lui fait plaisir. Elle sourit et m'encourage par de petits hochements de tête. Elle boit et mange sans me quitter des yeux. Elle a un regard incroyable. Je me tais soudainement pour reprendre :
« Maman, tu me trouves belle ? »
Elle ne répond pas tout de suite, prenant le temps de m'observer pour me faire croire que son avis sera objectif.
« Lana tu es magnifique. »
Je hausse les épaules et soupire.
« Je ne te ressemble pas. »
C'est pire de le dire à haute voix. Ça ancre ce fait dans la réalité. Ma mère se lève, commençant à débarrasser, et me lance :
« Tu ne ressembles à personne. Tu es unique. »
Je rétorque que j'ai le même visage que mon père. Je lui tend mon assiette, elle commence à faire la vaisselle tandis que j'essuie la table.
« Tu es atypique. Ça ne veut pas dire que tu es laide. Ça veut dire que tu as un physique qu'on ne rencontre pas partout et que tu es particulière. Tu as du charme Lana. »
J'éclate de rire, elle aussi, doucement. J'aimerais la serrer contre moi. Je m'avance un peu vers elle, elle est surprise. Je sens son espérance, son amour, cette chose qu'elle a en elle et qu'elle éprouve pour moi. Que je n'éprouve pas pour elle. Je lui touche le bras, le tissu soyeux de son chemisier rencontre mes doigts. Elle s'approche de moi et je la serre contre moi. C'est difficile et douloureux mais je le fais pour elle. Je retiens mes tremblements, mes nausées, et je me contente de ferme les yeux. Ça dure quelques secondes et me paraît des heures, je m'écarte, elle va dire quelque chose. Je la coupe parce qu'elle ne doit pas gâcher ce moment :
« Merci maman. »
Elle sourit un peu tristement et me laisse partir.

Je m'en voudrais => voudrai
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Ven 5 Aoû - 23:12

"Bientôt, Michaël, tu seras muet."
J'ai eu un énorme pressentiment en lisant cette phrase deux ou trois fois. Je suis tellement persuadée de ce qui va se passer que je serai presque déçue si ça n'arrive pas
Tant de suspense, c'est trop





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 11 Aoû - 18:11

La remarque de Rêves m'intrigue, j'ai hâte de voir ce qui va se passer

Et puis merci pour ce moment d'apnée, cette relation mère-fille rend très bien, je trouve Smile

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 20 Aoû - 23:27

Hihi Very Happy Bon c'est pas un registre très mouvementé ne vous attendez pas à trop hein :')
Oh merci, c'est important pour moi !



Une fois dans ma chambre, je referme la trappe et m'éloigne de mon lit. Je m'assois dos au mur. Le combat reprend, ne pas prendre ce couteau dans la table de nuit. Ne pas réduire mes efforts à néant ! J'ai promis. Je me remets à pleurer tandis que la douleur se faufile en moi. Mon ventre n'est qu'un trou noir. Il aspire mon cœur. Mes jambes sont à la fois insensibles et endolories. Je ne vais jamais résister. Jamais jamais jamais. J'ai bien trop peur de retrouver toutes les phrases si je ne me mutile pas !
Je me précipite sur ma table de nuit ouvre le tiroir d'un grand geste et saisis le couteau. La lame scintille et le manche se love dans ma paume. Je pose mon bras sur mes jambes repliées et enfin, enfin, je me scarifie.
Le sang coule toujours quand je cesse mon auto-mutilation. Il goutte sur ma chemise de nuit et l'imprègne. L'odeur entêtante l'odeur enivrante je me sens vivante. Je repose le couteau dans le tiroir et m'allonge, poignets vers le plafond pour tâcher un minimum mes draps.
Je suis faible. Je n'ai aucune volonté. Je n'ai pas réussi à me sevrer et je n'y parviendrai jamais. Accro à la douleur, je ne peux plus m'en passer. Il me faut ma dose avant d'aller dormir sinon je fais des cauchemars.
Des cauchemars où peu à peu Michaël se tait ; où peu à peu je le fais taire.

Je suis dans mon ancien collège. C'est un rêve. Je sais que c'est un rêve. Michaël est au fond du couloir. Je m'avance, un pas après l'autre sous son regard perçant. Pourquoi rougir ? Pour l'entendre me le demander ? Ça inutile et je ne rougis pas. Je l'ai appris dans mon dernier rêve. Je suis à sa hauteur à présent. Je suis aussi grande que lui sur mes talons. Ça allonge mes jambes qu'il n'a pas quittées des yeux. Je ne suis qu'un objet.
Nous entrons dans la salle de classe. Manuel dans le sac et coup sur la tempe, je m'écrase sur les carreaux. Déstabilisée je vais crier quand il me plaque contre le sol. Au lieu de me débattre je plante mon regard dans le sien, interloquée, je suis en état de choc et je ne sais pas quoi faire. Il m'embrasse – je sens mon cœur s'écraser au fond de mon abdomen parce que je comprends ce qu'il va se passer. Enfin j'agis.
Mais trop tard pour lui, il ne peut plus dire sa petite phrase, il ne peut plus m'intimer de ne pas bouger parce que je ne l'ai pas fait. Il n'en a plus le pouvoir.
Fin du rêve le viol encore les cris la douleur toujours ses mains ses mains partout sur ma peau et mes hanches que je voudrais plus larges ; être une femme qui mérite de se faire violer parce qu'elle a porté des talons ; il ne prend même pas la peine de m'empêcher de me débattre parce que c'est inutile ; les petits non non non.

Le lendemain, je me réveille, le corps saigné et la tête encore pleine de souvenirs désagréables. Le corps violé aussi et les oreilles vibrantes de petites phrases. Mon ventre est enflammé et l'effort que je fais pour soulever mes jambes est colossal.
J'ai réussi à vaincre le « Bouge pas. ». Je ne peux plus douter, à présent : je suis bel et bien en train d'effacer une à une les phrases de mon cauchemar. Elles disparaissent, je les élimine. J'y suis pour quelque chose. C'est incroyable de ne plus entendre sa voix narquoise m'appeler, me narguer, m'ordonner. Cela allège mes cauchemars. J'ai enfin du pouvoir. Enfin la capacité d'agir et de ne plus être cette simple spectatrice assistant à la représentation déplorable de son existence.
Puis les souvenirs m'étouffent.

La matinée se déroule comme les autres, avec toujours cette mélancolie et cette douleur prégnantes, toujours ces petites moqueries. Lorsqu'à midi je rentre chez moi, j'essaie de travailler, abandonne quelques minutes plus tard, puis essaie de lire pour me concentrer sur autre chose que mes cauchemars. Le soir, après le dîner, après l'auto-mutilation, je m'allonge sur mon lit et m'autorise à penser et réfléchir.
Je ne comprends pas ce qui se passe parce que j'ai peur. Je suis terrifiée à l'idée de ne plus cauchemarder, à l'idée d'aller mieux, de pardonner peut-être ou d'aimer mon corps même s'il a été violé. Aimer mon corps même s'il a été violé ! Ça me fait vomir. Ça serait tellement nouveau. Je devrais réapprendre à vivre, ça me terrorise. La douleur a toujours été mon seul repère. J'ai peur aussi, paradoxalement, que ça prenne du temps. Il m'a dit tellement de choses, vais-je avoir besoin d'un cauchemar pour chaque petite phrase ? Un viol pour chacune d'elles ? Ça semble anodin, ce n'est qu'un cauchemar. Seulement ça a été réel. Ça l'a été ; et ça fait encore mal. C'est le pire de la souffrance : les douleurs d'après. On peut essayer d'oublier tout ce qu'on veut, essayer d'anéantir les souvenirs, le corps a une mémoire propre. Une mémoire de sensations.
Si je fais abstraction de toute cette angoisse je sais ce qui est en train d'arriver. Michaël se tait peu à peu, peu à peu je prends le pouvoir sur mon rêve. Je le modifie. Je change le cours des événements. Il s'est passé quelque chose d'atroce ce jour-là et je suis en train de tout bouleverser. D'enfin agir, sans que ça soit inutile ou dérisoire.
Prise de conscience vertigineuse qui happe mon énergie, je suis tellement fatiguée. Paupières lourdes et poignets gourds, je sombre dans le sommeil.

Je suis dans le couloir, comme toujours. J'ai l'habitude à présent. Michaël est là, tout au bout, il semble m'attendre. Il n'a pas le temps de me demander de venir, je m'approche en marchant à grandes enjambées et avec une sorte d'assurance. Je m'arrête un instant devant lui comme pour vérifier s'il va dire la phrase. Il se tait et me fait signe d'entrer, je m'exécute.
La salle de classe le manuel dans le sac. Je suis terrorisée. Il ne va rien m'arriver n'est-ce pas ? Je pourrais essayer de m'enfuir en courant. Suis-je assez puissante pour changer le rêve de manière aussi brutale ? Je me tourne vers lui, il me tient la porte et je ne peux pas m'échapper je sais qu'il va me frapper. Je vous en supplie je ne veux pas me faire violer. Pas encore.
Coup dans le menton, j'ai essayé d'esquiver mais ai échoué. Je bascule, étourdie, sur le carrelage. Il s'agenouille devant moi puis me plaque sur le sol. Je me prépare à lutter puis me souviens qu'il faut que je reste immobile pour ne rien entendre. Alors lentement je détends mes muscles, il se penche sur moi et m'embrasse longuement. J'ai envie de vomir. Je veux bouger mais ne le dois pas. Perdre le contrôle pour le prendre. Je me sens comme coupable de ne pas agir. Je me laisse faire et ça me répugne. Je devrais le frapper crier hurler protester. Mais je reste immobile pour le faire taire, pour gagner. Le moment passe et enfin je peux bouger je peux me débattre je peux essayer de fuir ce cauchemar. Je veux vomir.
Quelle est la prochaine phrase, déjà ? Que va-t-il m'asséner ? Alors que je vais crier parce que je ne parviens pas à le repousser, je me souviens. Ta gueule. Je reste muette quand il baisse mon pantalon. C'est à ce moment-là que j'avais crié et que ça ne lui avait pas plu ? Je ne sais plus, pour une fois. Il faut que je tienne le plus longtemps possible. Je mords ma langue jusqu'au sang. Le goût de fer se répand dans ma bouche. Je reste muette quand il baisse mon pantalon – tenter de l'en empêcher a été vain. C'est insupportable, ne pas crier et protester, comme si ça ne me faisait pas atrocement mal, comme si ça n'était pas extrêmement humiliant. Mes larmes muettes déchirent mes joues, ça ira mieux après. Après avoir vomi crié pleuré.
Douleur douleur douleur douleur va-t'en. Il va et vient. Ça fait tellement mal ! Je pleure mais garde mes lèvres closes. Je mords ma langue comme pour me l'arracher. Combien de temps encore à garder le silence ? Je ne vais pas pouvoir, je n'en suis pas capable !
Hurlement qui déchire le silence de la salle de classe. Il me gifle.
« Obéis. »
J'ai passé le ta gueule.
Intérieurement j'éprouve une sorte de satisfaction que la douleur étouffe aussitôt. Il termine son acte me laisse sur le carrelage et s'en va.
Il faut que je me réveille. Il faut que je me réveille je vous en supplie.
La porte claque.
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 29 Aoû - 18:14

C'est horrible, mais d'un coup on comprend pourquoi tu nous as infligé cette scène encore et encore. Et on sait qu'on va devoir la supporter encore plusieurs fois, mais que c'est nécessaire. Tu nous fais vivre le chemin de croix de Lana, et c'est narrativement génial.

Dans ce passage, tu as écrit "Ça inutile", je te laisse rectifier à ta convenance ~

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mer 31 Aoû - 20:42

Merci beaucoup c'est vraiment très très gentil ! (tu ne peux imaginer ma réaction quand j'ai lu ça :'))
Oh oui, merci, c'est corrigé~



Levée, j'ai encore le goût du sang dans ma bouche et la langue endolorie. Ma mère dans la cuisine me sourit et me serre dans ses bras sans que je proteste. Je sens que ça lui fait plaisir alors je reste contre elle quelques instants avant de m'asseoir pour boire mon lait chaud. Le contact avec elle est de moins en moins difficile. Ça lui fait du bien. C'est bien.
Lorsque je prends ma douche, je suis devant le miroir et je peux voir mon corps face à moi. Mes lèvres fines qu'il a embrassée. Tressaillement. Je voudrais avoir les cheveux plus longs, ça me rendrait peut-être plus féminine. Aussitôt la voix de Michaël. Tremblements et muscles tendus. Je reste droite et plante mon regard dans le mien. Yeux d'acier qui s'embuent. Les souvenirs qui affluent. Il a mis ses mains sur mes cuisses et écarté mes jambes, et je peux me rappeler cette sensation. Ses dix doigts sur ma peau et la pression. L'impuissance totale et la honte insoutenable. Insoutenable.
Je tombe dans la baignoire à genoux et me mets à hurler. L'eau coule sur ma peau ma peau il a vu ma peau il l'a touchée.

Violée violée pourquoi encore ces cauchemars ? C'est insupportable insoutenable intolérable. C'est en train de me tuer n'est-ce pas, toute cette douleur qui me ronge ? Bonjour violeur qui a écarté mes cuisses – mes cuisses, ça sonne mal, écarter les cuisses encore moins bien. Michaël joue avec moi et je joue avec lui, seulement je perds. Je perds je perds même en rêve. Constamment violée, comme si c'était seulement quelques minutes dans la vie ! Ceux qui disent ça ne savent rien, constamment les douleurs et les sensations constamment le corps sur soi, le corps. Constamment les images devant les yeux. Je ne sais pas ce qui est pire entre les deux, les images avec ses yeux noirs et mon corps dénudé qu'il a entre les mains, ou bien les sensations, ces deux jambes qui s'éloignent l'une de l'autre sans que je puisse rien faire ? Les phrases peut-être ? Il faudrait que je reprenne espoir parce qu'elles s'effacent et que peut-être enfin les doigts s'effaceront eux aussi ; seulement ça va prendre du temps tellement de temps tellement de cauchemars tellement de viols.
Violée violée.

Ma mère arrive quelques minutes après m'avoir entendue crier, elle frappe à la porte et demande d'un ton affolé si tout va bien. Je ne peux même pas répondre. Je suis trop occupée à revivre le moment où sa main passe dans mes cheveux où sa voix son souffle trop près du mien effleure ma peau ma peau ma peau qu'il a touchée. Je ne veux plus de cette peau, je ne veux plus ne peux pas la porter. Il faut que je l'arrache à mes os.
J'entends la porte s'ouvrir mais je ne suis plus dans la salle de bain je suis dans la classe près des bureaux sur ce carrelage laid. Ma mère stoppe le robinet et se précipite sur moi. Elle agrippe mes épaules et je hurle de nouveau, elle se met à pleurer en voyant mes poignets. Elle crie que ça recommence que ça recommence.
Je voudrais perdre connaissance et ne plus ressentir toute cette douleur. Savoir que j'ai un corps m'est insupportable, cette peau n'est plus à moi, rendez-la lui et laissez-moi partir ! Laissez-moi quelques secondes de répit. Je reviens après je vous en supplie !

Violer c'est dépecer un chien.

Lana a toujours pleuré et Michaël jamais. Dès qu'elle est venue au monde, elle criait et geignait. Elle fut inconsolable pendant plusieurs jours. Ses parents s'inquiétaient sans comprendre. Sa mère la berçait, restait à ses côtés et chantait. Son père la regardait de loin. Elle s'est calmée au bout d'une ou deux semaines, ils étaient soulagés. Elle pleurait toujours bien sûr, mais plus en continu. Nous l'observions nous aussi. Nous entendions son ange lui dire : « Petite, petite, cesse de pleurer. Garde tes larmes pour plus tard. Profite de ton innocence et de tes premiers jours – car les prochains seront pires. ». Elle n'a pas suivi son conseil. Elle a un peu grandi, assez pour se cacher dans le grenier et pour continuer à pleurer. Une tristesse prégnante l'étouffait parfois, et elle devait verser ses larmes. Elle eut une enfance mélancolique. Son père le sentait et ne faisait rien, sa mère l'ignorait et faisait tout pour élargir ses faux sourires. Mais Lana se renfermait sur elle-même. Elle avait essayé de parler aux autres, mais ils ne l'écoutaient pas. Elle avait été muette, elle le serait.
Et Michaël est arrivé. Elle avait tant pleuré, il l'a fait tant pleurer ensuite. C'était triste et elle pleurait, pleurait sans s'arrêter. Tous les prétextes étaient bons. Que ça soit cette tristesse insolente ou ces souffrances d'après le viol. Elle rêvait d'une vie indolore. Elle ne savait pas encore que c'était impossible. Née pour souffrir. Il était normal que le père de Lana ne sache pas l'aimer, que les autres ne lui parlent pas, que Michaël la viole. Non pas qu'elle le méritait ! C'était simplement ce pour quoi elle était venue au monde. Triste vie, elle l'avait inconsciemment compris et elle pleurait.
Aujourd'hui elle pleure encore. Elle pleure des larmes de sang, des cris de douleur. Sa mère le sait maintenant et tente de réaliser ce qu'elle a toujours essayé de faire : rendre Lana heureuse. Combat vain, mais une mère n'abandonne jamais. Une femme n'abandonne jamais. Lana est toujours en vie, serait-elle finalement une femme ? Personne ne sait. Elle pense qu'elle n'est rien, mais ce n'est pas parce qu'elle est née pour une cause absurde proche du néant qu'elle n'est rien. Née pour souffrir ; elle n'est pas pour autant la souffrance comme elle en a parfois l'impression. Le but de sa vie est insignifiant pour elle mais pas pour les autres. Heureusement pour Michaël que ce fut son destin d'être un exutoire. Née pour rien, pour souffrir et pour vivre, ne serait-ce pas là la même chose ?
Elle pleure toujours Lana. Là, dans cette baignoire, avec cette mère désemparée qui ne sait plus quoi faire pour la rendre heureuse. Plus tard, quand elle se rendra compte qu'elle est faible et qu'elle a encore échoué. Cette nuit quand elle aura fait son cauchemar quotidien. Elle a toujours une excuse pour pleurer, Lana.
Michaël lui n'a versé que quelques larmes au cours de sa vie et il lui faut toujours une bonne raison pour le faire. Quand leurs destins se sont croisés, il n'a pas pleuré et elle si.
Nous ne jugeons pas. Nous comparons seulement. Nous savons quels sont les mauvais pleurs et les bons.

Je reprends conscience. Je suis allongée dans mon lit. Il y a un verre d'eau sur ma table de chevet. J'ai été bordée. Assise près de mes pieds, ma mère me regarde anxieusement. Je suis habillée. Elle m'a habillée ? Je commence à trembler et à manquer d'air. Elle tente de me rassurer et me dit que je n'irai pas en cours aujourd'hui, que ce n'est pas grave, doit-elle rappeler le docteur les urgences est-ce que ça va mieux ?
Je ne sais pas et je n'ai pas envie de savoir. Je ferme les yeux et les larmes s'accumulent derrière mes paupières. Elle me demande de nouveau si je vais bien. Je ne veux même pas répondre, je me sens tellement mal. Je hoche la tête avec difficulté.
« Tu as recommencé pourtant. »
Cette douleur, cette honte d'avoir menti et d'être découverte, de savoir qu'ils savent qu'on est une junkie accro à la souffrance. Yeux rougis par les pleurs, pupilles dilatées par l'obscurité de la chambre. Seringue aiguisée.
« Je suis désolée maman. Je suis désolée. J'essaie vraiment d'arrêter j'essaie vraiment ! Il y a des rechutes, c'est normal. Mais je vais réussir. »
Je m'interrompt brutalement et reprends mon souffle. J'ai honte. Honte comme quand il a écarté mes cuisses.
« Je te le promets. »
Elle sourit tristement. Je l'ai déjà promis. Je veux qu'elle me croit encore, je veux une nouvelle chance. Les promesses rompues, les tu peux me faire confiance.
« Je suis désolée maman. »
Elle secoue la tête comme si ça n'était pas grave ; mais ça l'est. Une haine sourde contre moi-même s'insinue dans chacune de mes blessures. Je ne peux pas m'arrêter de souffrir, je ne peux rien faire contre ça c'est mon destin. Souffre, souffre Lana aie mal fais-toi violer. C'est pour cela que tu es née. Les seules solutions que je trouve pour me soustraire à cette souffrance ne font que la déverser chez d'autres personnes.
J'ouvre les yeux, les larmes tombent, ma mère sait qu'elle ne doit avoir aucun contact avec moi dans ces moments-là et elle se tient à l'écart. Je suis désolée maman. On m'a bien trop touchée pour que je supporte encore ta main sur ma peau ma peau ma peau.
Je ferme de nouveau les yeux, inspire profondément et chasse mes larmes et mes souvenirs – les miens, je ne peux nier qu'ils m'appartiennent. Je déclare que je veux aller au lycée cet après-midi. Devant ma détermination, elle acquiesce et sourit en disant que c'est peut-être une bonne idée, en attendant je pourrais récupérer un peu ce matin. Je hoche la tête en sachant pertinemment que je ne dormirai pas : je ne veux pas faire de cauchemars. Je ferme alors les yeux, ma mère chuchote qu'elle va chercher son ordinateur pour rester avec moi. Je ne réagis pas et la laisse faire.
Pendant plus d'une heure j'entends les touches s'enfoncer sous ses doigts, avant de céder au sommeil ; malgré mes promesses je m'endors.

Bonjour le couloir et les fenêtres poussiéreuses. Bonjour la silhouette tout au fond. La lumière qui fait tournicoter des grains gris. Bien sûr que je peux venir Michaël, tu n'as même pas à demander. J'arrive moi-même.
Je n'ai pas le rouge aux joues lorsque j'entre dans la salle de classe, je suis habituée à présent. J'aurais bien assez honte dans quelques instants. Michaël est derrière moi. Bientôt je suis à terre et il m'empêche de me relever. Je connais ça par cœur à présent, à force de le revivre encore et encore. Je le connais pas cœur, c'est horrible à chaque fois. Il me viole ; mais je ne lui laisse pas l'occasion de me dire de ne pas bouger ou de me taire. C'est tellement difficile, chaque fois j'ai l'impression d'abandonner et de ne plus me battre – de sauter de nouveau avec l'ange. Je ne crie pas ! Je ne bouge pas ! Pour qu'il ne m'humilie pas avec ses mots à vomir.
Vient le moment où il va ouvrir la bouche pour m'ordonner d'obéir, parce que je me débats, parce que je refuse ce qu'il m'impose. Parce que je refuse d'écarter mes cuisses. Alors, en larmes, horrifiée par ce que je suis en train de faire, dégoûtée par moi-même parce que j'abandonne la lutte, je me raidis petit à petit et cesse de bouger. Ses mains – ses mains ses mains – agrippent mes jambes et je n'ai pas le droit de résister. Puisque je ne peux rien ; puisqu'il ne doit pas me le dire. Je le laisse faire. Je le laisse écarter mes jambes, je n'oppose pas ma force ridicule et vaine, je n'essaie pas : je le laisse faire !
La douleur est bien plus terrible que les fois précédentes. Les larmes sont bien plus abondantes. Les cris encore et encore. C'est pire. C'est le pire. La honte, la honte est telle qu'elle pourrait effacer la douleur de ses mains sur ma taille. Je le laisse toucher mon corps – toucher mon corps – et susurrer :
« J'voudrais qu'tes cheveux soient plus longs. »
Je suis en larmes et j'ai tellement mal, mais c'est bon. La phrase est passée, il ne peut plus me dire « Obéis », je peux bouger. Avec rage et énergie je me débats enfin, mais c'est trop tard il est déjà en train de me violer, de sauvagement détruire mon corps et mon esprit. Il maintient mes bras par les poignets pour que je ne le repousse pas – les poignets qui ne sont pas encore striés de rouge.
Il y a tellement de violence en lui et maintenant en moi. C'est humiliant.
Il a fini. Il me jette les dernières phrases avec haine mépris cynisme et s'en va. Je ne peux pas m'arrêter de pleurer et je n'ai même pas la force de me tirer au plus vite de ce cauchemar, je reste prostrée sur le carrelage à hurler en me tenant le ventre. Je l'ai laissé faire.
La porte claque.
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 3 Sep - 17:34

Je ne te l'ai pas dit plus tôt, mais j'aime beaucoup les effets d'écho et d'absence de ponctuation que tu utilises régulièrement. C'est un peu comme si le langage se dérobait lui-même et c'est intéressant, ça montre à quel point l'acte est indicible et omniprésent.

J'aime bien aussi le rythme binaire du discours des étoiles ("Lana a toujours pleuré et Michaël jamais.", "Son père le sentait et ne faisait rien, sa mère l'ignorait et faisait tout pour élargir ses faux sourires.","Elle avait tant pleuré, il l'a fait tant pleurer ensuite."... ), ça fait vraiment très différent mais c'est relaxant comparé à la profusion des idées de Lana.

Merci pour cette suite, j'espère pouvoir te lire de nouveau prochainement Wink

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 6 Sep - 20:30

Merci beaucoup :3 C'est très gentil de commenter malgré la rentrée Smile



En ouvrant les yeux, j'ai peur d'avoir crié dans mon sommeil. Tout mon corps me hurle de faire une nouvelle crise d'angoisse. Je me contiens en me laissant envahir par toutes les sensations douloureuses. Ma seule manière de tenir, de ne pas fondre en larmes, c'est de me dire qu'il ne m'a pas ordonné d'obéir. J'ai effacé cette phrase. Une de plus. Bien sûr qu'il ne me l'a pas demandé puisque je l'ai laissé faire ! Puisque je n'ai opposé aucune résistance ! Je veux hurler je n'en peux plus. C'est insupportable. Une phrase de moins pour une humiliation et une douleur décuplées. Une honte intense qui ne me quittera pas cet après-midi pour effacer trois syllabes. Je ne sais même pas si ça me sera utile, si tout ce que je fais a un sens.
Ma mère me sourit et me demande si j'ai bien dormi. Je me suis fait violer, ça allait, j'ai écarté les cuisses pour qu'il ne me l'ordonne pas. Une nausée enserre ma gorge mais je ne laisse aucune émotion passer sur mon visage. Sous les draps je serre le poing et enfonce mes ongles dans ma paume ; je me lève. Il faut y aller. Et oublier.

Midi, ma mère m'amène au lycée et invente un rendez-vous qu'elle avait oublié de signaler. Je sers le même mensonge à Cathy pour éviter de l'inquiéter, nous déjeunons ensemble. Elle me raconte la matinée avec entrain. Elle ajoute qu'elle s'est un peu ennuyée sans moi, qu'elle a dû se mettre à côté de gens inintéressants. Je lève les yeux au ciel et l'interromps :
« Cathy, je suis ennuyeuse. »
Elle allait continuer à parler mais s'arrête, surprise par mon intervention. Nous sortions du self, nous marchions, elle me bouscule un peu.
« Ne redis jamais ça. Je ne m'ennuie pas avec toi parce que tu es quelqu'un d'extraordinaire même si tu ne t'en rends pas compte. », fait-elle en me fixant d'un regard perçant pour me dissuader de la contredire.
J'éclate de rire, elle proteste en disant qu'elle dit la vérité, puis rit avec moi. Elle est si belle Cathy quand elle est heureuse. Elle est toujours magnifique. Rayonnante. Insouciante inconsciente c'est Cathy.
Nous passons au casier et y croisons Michaël ainsi que quelques-uns de ses amis. Il me salue d'un sourire narquois, comme s'il savait ce qui s'était passé ce matin. La crise d'angoisse parce que j'ai encore vécu mon viol, la douleur insupportable parce que pour le faire taire j'ai dû abandonner. Les gens autour de lui me demandent pourquoi je n'étais pas là, je ne prends pas la peine de répondre. Le regard de Michaël me suit un instant, puis je disparais. Ses pupilles collées à ma peau me rappellent que ce soir elles seront bien plus proches des miennes. Il faut que je trouve une solution. Il faut que je continue à le faire taire. La prochaine phrase de mon rêve est celle où il me confie – chuchote comme un enfant dit un secret – qu'il voudrait que mes cheveux soient plus longs. Comment éliminer cette phrase ? La réponse est assez évidente : il faudrait que j'ai les cheveux longs. Aussitôt, j'voudrais qu'tes cheveux soient plus longs. Je prends ma tête entre mes mains et ferme les yeux, commençant à trembler. Je me demande si j'aurais assez de force pour modifier mon apparence et faire pousser mes cheveux, une fois avoir pris conscience du fait d'être dans un rêve. Je l'ai déjà fait plus jeune, des rêves lucides où je faisais des choses futiles. Je peux y arriver encore aujourd'hui. Avoir les cheveux longs enfin. Son désir et mon envie. Étonnamment, nous voulons la même chose. C'est perturbant. Il veut que je ressemble à une femme et je veux ressembler à une femme. Je pourrais presque y renoncer tant cette idée me répugne. Avoir les mêmes envies que lui, c'est paradoxal parce qu'il a eu l'envie de me violer.
Je m'appuie un instant contre mon casier, le souffle court, appuyant sur mes tempes mes mains squelettiques. Je n'en peux plus, penser et penser et penser à lui sans cesse ! J'ai envie de hurler.
Il m'a violée ses doigts sur ma peau sur mes cuisses mes cuisses mes cuisses mes jambes trop longues trop décolletées.
Cathy arrive, elle pose une main sur mon épaule et me demande si je vais bien. Je me tourne vers elle, et sourit. Tout va bien Cathy tu es là. Tu es là, il ne peut rien m'arriver si tu es là puisque tu es tellement innocente. Je passe mes doigts dans mes cheveux courts, répétant inconsciemment son geste. J'voudrais qu'tes cheveux soient plus longs.

Nous sortons du lycée après une longue journée de cours. Les heures se sont enfilées les unes à la suite des autres comme des perles sur un fil fragile et à la dernière sonnerie le collier s'est brisé. Je ne peux rien retenir parce que son regard sur moi est obsédant, parce que leurs moqueries sont obsédantes, parce que la fatigue l'est et que les cauchemars le sont. La fête de Michaël est dans deux jours et deux jours c'est bien trop tôt. Il parlera encore dans deux jours.
« Tu viens hein Cathy à la fête samedi ? », m'enquiers-je avec inquiétude.
Elle répond avec enthousiasme qu'elle passera me chercher et que nous nous y rendrons ensemble. Elle sourit elle sourit elle sourit. Elle a hâte. Je pense qu'elle aime bien Michaël, qu'elle l'apprécie réellement. Il est beau et gentil avec elle. Il la drague un peu parfois et elle trouve ça drôle et flatteur. Souvent sur le trottoir je l'observe quand il lui parle, et j'ai tellement peur qu'il lui fasse du mal un jour. Qu'il la viole elle aussi. Je n'ose pas imaginer, Cathy qui arrive vers moi en pleurant, qui se jette dans mes bras, qui se tait pour la première fois de sa vie.
L'image me frappe violemment. Mais ça ne peut pas être son destin, n'est-ce pas ? Cathy est née pour rester innocente et être heureuse ? Cathy qui ne parle plus et ne sourit plus. Mes bras qui succèdent à ceux de Michaël.
J'ai des moyens d'empêcher ça, de toutes petites solutions bancales qui pourraient ne pas suffire. Je pourrais la prévenir, bien sûr. Ça serait insupportable et la ferait plus souffrir qu'autre chose. Je pourrais porter plainte aussi, comme cette femme au Parlement. Porter plainte, c'est amusant, c'est se plaindre d'avoir été victime ? Je sais que l'on peut se faire condamner pour ça, ici, mais j'ai l'impression qu'un procès ne servira à rien et que c'est juste une vengeance puérile. J'y ai déjà un peu réfléchi, parfois, et surtout les jours qui ont suivi – cela faisait longtemps que je n'y avais pas pensé, mais cette image ! Elle est terrifiante.
Quelques fois aux informations j'entends parler de ce genre de procès. Quelques fois, je me demande si j'aurais moi aussi un jour le courage de le faire. Parce que ça me fait tellement peur. Tellement, tellement peur que je refuse de porter plainte. Je n'ose pas penser à ce que pourrait m'apporter un jugement. Une sorte d'apaisement ? Je serais rassurée ? Soulagée ? Un poids en moins ? Et puis Cathy sauvée. J'ai peur.
Je suis ébranlée, désorientée par cette image glaçante. Cathy me jette un coup d’œil, continue de parler avec insouciance. Michaël la toucherait-il ? Oserait-il poser la main sur elle ? S'il m'a violée il peut la violer. Je le sais. Je suis la seule à savoir. Si je porte plainte, sera-t-elle réellement hors de danger ? Je ne sais même pas comment faire, quelle est la procédure à suivre. Je suis mineure, est-ce que je dois avertir mes parents ?
Papa, maman. J'ai quelque chose à vous dire. Qu'est-ce qu'il y a Lana ? Il y a deux ans Michaël m'a violée.
J'en suis incapable, tellement incapable.
Je mets toutes ces pensées – je réfléchis beaucoup trop et c'est en train de me tuer – de côté et écoute Cathy parler, parler, parler. Elle me change les idées avec ce bonheur qui émane d'elle et de ses paroles. Je souris sans que la douleur ne se fasse ressentir.
Procès pour un innocent qui n'a fait que son destin ; et ma légèreté s'efface.

De retour chez moi, ma mère m'interpelle depuis son bureau et me demande si tout s'est bien passé cet après-midi. Je lui réponds que oui. Elle reprend une conversation téléphonique, rassurée certainement. Je soupire.
Elle ne sait rien. Personne ne sait à part lui et moi. Lui et moi. Ça me donne envie de vomir, lui et moi. Lui et moi lui et moi lui et moi. Lui et moi, parce que ce « et » qui nous relie c'est un viol. Il y en a eu un seul et depuis ça se répète dans ma tête. Les douleurs d'après. Les douleurs d'après que j'essaie peut-être d'effacer en empêchant Michaël de parler ? Les douleurs d'après dont le procès pourrait me libérer ? Je n'ai aucune certitude et seulement des espoirs.
Il ne m'a pas demandé de me taire, ni de bouger et d'obéir ; mais ce soir ce sont les cheveux. Cette phrase murmurée qui me revient chaque fois que je croise mon reflet pitoyable. Mais ce soir, ce sont aussi les cuisses et l'immobilité et le silence. C'est ce qu'il y a de pire, le fait de devoir chaque nuit effacer encore les autres phrases en répétant ce qui les a fait disparaître. Cette nuit encore il agrippera mes jambes et je ne résisterai pas.
Explosion de douleur, j'attends, le regard dur, que ça passe. Ça ne passe pas.
Je devrais travailler, je n'en ai ni le courage ni la motivation. Je n'ai pas d'avenir, qu'un destin sans pitié. Je m'allonge, tête sur l'oreiller je voudrais m'endormir. Je suis épuisée. Cette demi-journée m'a fatiguée, à force de trop penser.
Porter plainte. Porter plainte ? Cathy violée qui se précipite dans mes bras, papa maman je me suis fait violer.
Violer, je n'en peux plus de ce mot qui n'en est pas un.
Je ferme les yeux, un instant espère me décider quant au procès pour cesser d'y penser, puis m'endors.

Le couloir Michaël au fond la porte le manuel puis. Il me plaque sur le sol et me déshabille. Il enlève mes vêtements sommairement – j'ai l'impression qu'il arrache ma peau. Je pleure, je supplie à voix basse, je n'essaie pas de me débattre : la douleur est intolérable. Ne pas bouger ne pas parler. Je vais y arriver. Éliminer toutes les phrases une par une. Patiemment. Souffrance. Il le faut, c'est nécessaire. Je n'abandonne pas. Je laisse ses mains courir ses mains me toucher sans rien faire. Je le laisse écarter mes cuisses – ne pas résister est tétanisant de honte. Je me dégoûte mais me rappelle ma chambre autour de moi emballée dans ses ombres feuilletées.
Bientôt il va dire qu'il voudrait que mes cheveux soient plus longs ; alors je pense à la solution que j'ai trouvée pendant la journée. Nous sommes dans un rêve, tout est possible. Un instant la salle de classe tremblote mais le viol me cloue à ce cauchemar. Je suis prisonnière.
Je me concentre, me focalise sur mon crâne, mes cheveux, je les ressens tous. Ses doigts aussi d'ailleurs, douleur insupportable atroce insoutenable c'est horrible c'est horrible il faut que je me réveille. Mais d'abord je dois réussir à vaincre cette phrase. Il va bientôt la dire. Sa main glisse sur mon cou et s'avance vers mon crâne. Dépêche-toi Lana dépêche-toi. J'essaie de me convaincre que j'ai les cheveux longs, je les imagine aussi précisément que je le peux, éparpillés sur le carrelage dans la poussière.
Soudainement mes cheveux roux commencent à pousser. Ils deviennent plus épais et plus brillants et gagnent plusieurs dizaines de centimètres en quelques secondes. Michaël enroule ses doigts avec violence autour d'une mèche luisante qui se tortille comme une flamme. C'est un contact malsain. Pour la première fois de ma vie je voudrais avoir les cheveux courts puis cesse de penser tant la douleur et la honte m'écrasent.
Et il continue il ne s'arrête pas. Il ne s'arrête pas, ça fait toujours aussi mal. J'ai vaincu la phrase, la petite phrase mais je n'ai plus la force pour essayer de le faire taire encore. « J'voudrais qu'tes cheveux soient plus longs. ». Pour baiser une vraie femme c'est ça ? Pourquoi moi, Michaël ? J'ai tellement de questions et de douleur en moi. Pourquoi ma laideur ne t'a-t-elle pas repoussé ?
Humiliation et souffrance. Je fonds en larmes. Ce n'est pas penser qui me tue, c'est lui.
Il me jette ses ultimes répliques, me touchant une dernière fois – la jambe encore. Il sort. La porte claque.

une vrai femme => vraie
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 10 Sep - 15:14

J'ai beaucoup aimé dans ce passage en particulier le rapport au langage qui est présenté. Je pense à des phrases comme :

Maze a écrit:
Lui et moi, parce que ce « et » qui nous relie c'est un viol.

ou

Maze a écrit:
Violer, je n'en peux plus de ce mot qui n'en est pas un.
.

Il y aurait beaucoup à dire sur la place du langage dans ton texte, puisque Lana choisit justement de se taire et que pourtant la question de la parole est sans cesse interrogée (Lana cherche à faire disparaître les phrases prononcées par Michael). Bref, très intéressant et très beau, comme d'habitude Smile (On sent que c'est la rentrée, je me mets à réfléchir xD)

Je voudrais aussi revenir sur cette phrase :

Maze a écrit:
Elle allait continuer à parler mais s'arrête, surprise par mon intervention. Nous sortions du self, nous marchions, elle me bouscule un peu.

L'emploi de l'imparfait est possible, mais dans ce cas je mettrais "elle m'a bousculée" pour bien signifier que l'action est terminée au moment du récit (qui est le présent). Ou alors il faudrait mettre les verbes "sortir" et "marcher" au présent. En tout cas pour le moment ça me ne semble pas cohérent dans les temps Smile

 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 11 Sep - 13:28

Je me rends compte que je n'ai pas commenté l'avant dernier chapitre alors que j'étais persuadée de l'avoir fait... je crois que je commence à perdre un peu la tête, ça doit être l'âge.
C'est paradoxal que la moitié du titre du roman soit le mot "rêve" tandis que la moitié dudit roman est centrée sur le cauchemar de Lana, ça crée un contraste... J'adore les contrastes Isku in love
J'ai l'impression que le cours de l'histoire peut brusquement changer de trajectoire à tout moment. Je ne saurais pas citer une cause précise, mais en tout cas, je m'imagine pleins de scénarios hautement improbables ^^
Je suis d'accord avec Meredith sur le choix de l'imparfait en plein milieu du chapitre, c'est un peu incohérent (d'ailleurs, je m'excuse de ne jamais corriger les fautes de ce roman quand je lis les chapitres avant toi, même en les guettant je ne les vois jamais...)





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 12 Sep - 20:58

Merci à toutes les deux !! Very Happy
J'étais complètement perdue pour ce passage au niveau de la conjugaison, merci beaucoup Smile



Réveil brutal lorsque ma mère m'appelle pour le dîner. Il faut que je la rejoigne, je viens de me faire violer et je vais devoir parler avec ma mère de son travail. Je descends, parcourue de spasmes, essayant de me maîtriser. Au rez-de-chaussée, je suis déjà plus calme parce qu'il le faut. Je n'ai pas le choix.
Qu'est-ce qu'il y a Lana ? Je me suis fait violer.
Et si un petit procès pouvait un peu t'aider ? À mettre tout ça définitivement derrière toi ?
Cathy qui arrive en pleurant.
Tremblements.
La radio est éteinte, ce soir je n'entendrai pas parler de justice. Ça me soulage un peu. Ça m'empêchera de trop réfléchir. Je mets la table pendant que ma mère finit de préparer le repas, puis nous nous installons face à face. La douleur s'est réveillée après mon cauchemar. Je passe ma main dans ma nuque pour vérifier que je n'ai plus les cheveux longs. Courts c'est très bien. C'est très bien. Mes doigts roulent sur mes plus hautes vertèbres qui tendent ma peau, puis j'effleure mon ventre du bout des doigts afin de me convaincre que ce n'est pas seulement de la douleur. Il y a bien de la chair, il n'y a que de la chair. Je suis de la viande avec des yeux bleus pour lui. Un instant, un souvenir, il a posé ses mains sur mes cuisses.
« Ça va Lana ? » me demande ma mère avec douceur.
Je hoche la tête, ailleurs ; ailleurs dans la salle de classe à écarter les jambes. Elle sourit, amusée et inquiète à la fois devant ma réaction. Je vais vomir. Éparpiller ce qui reste de mes entrailles violées par terre.
« Je peux te faire confiance alors, pour ce soir ? »
Je lève la tête et rencontre son regard brun. Ses iris au centre de ses cernes lourds, de ses rides étincelantes. Il n'y a que ses yeux dans un tourbillon de peau fatiguée, tirée, plissée. Ses yeux humides et angoissés.
« Tu ne vas pas te mutiler Lana ? »
Elle prend un air plus grave, tentant de chasser son inquiétude. Son visage se durcit un peu, mais sa voix tremble toujours. J'ai l'impression qu'elle a bien plus peur qu'elle n'est déçue, et ça me rassure.
« Je ne pense pas. », soufflé-je les yeux dans le vide, gênée.
Ce n'est pas une réponse qui lui convient. Elle se mordille la lèvre, l'angoisse paraît à nouveau sur son visage. Elle me jette un petit regard plus insistant.
« Je ne peux pas t'en empêcher ? »
Je hausse les épaules, lâche avec un sourire mélancolique avant de me haïr pour cette réponse :
« Cache les couteaux ? Je me ferai moins mal. »
Ou peut-être que ça sera pire. Que je le ferai avec n'importe quoi. Je me mordrais, j'arracherais la peau avec mes dents si je le devais. Ma mère a les yeux brillants. Elle essuie une larme naissante de sa main. Ça me fait étrangement mal. Je n'ai jamais de place dans mon corps pour compatir d'habitude. Il y a bien trop de douleur, partout.
« Je suis désolée maman tu n'aurais jamais dû avoir cette conversation dans ta vie. »
J'ai tout gâché. Je ne suis pas une fille normale. Je ne suis pas l'enfant idéale qu'elle méritait. Je serre les dents, relève la tête. Pourquoi m'a-t-on donnée à elle ? Ne devait-elle pas avoir mieux ? Mieux qu'une adolescente stupide qui la fait souffrir. Elle est toujours là, à me regarder en souriant tristement, les paupières à demi-fermées sur l'amour qu'elle me porte et que je ne réussis pas à lui porter.
« Je n'aurais pas pu rêver d'une meilleure fille que toi, d'accord ? » dit-elle très doucement sans pour autant chuchoter.
Elle a deviné mes pensées. Elle prend ma main. Douleur dans mon ventre. Je me déteste tellement. Je le déteste aussi. Pour m'avoir infligé cette incapacité à toucher les autres et pour finalement avoir infligé à ma mère cette absence terrible de contacts.
« Je t'aime Lana. »
Elle se penche par-dessus la table et m'embrasse sur le front.
Tous ces gens qui m'aiment et que je n'aime pas en retour. Et que je n'aime pas en retour ?

Après le dîner, je fais des recherches sur la procédure à suivre en cas de procès. J'aurais voulu porter plainte de manière anonyme, mais c'est illogique. Je ne peux pas être une victime sans nom. J'aurais bien aimé, ça m'aurait évité tellement de honte. Je peux porter plainte sans être accompagnée par une personne majeure, mais si l'on donne suite à ma demande, cela devient obligatoire. Cela signifie que si je veux que Michaël soit condamné, je dois dire à mes parents ce qu'il s'est passé. Je ne vois pas d'autre adulte à qui me confier. L'idée de mon professeur de français m'a effleurée, mais c'est insensé. Je le verrais comme une sorte de trahison envers mes parents. Ils doivent savoir. Ils en ont le droit. Ça ne serait pas bon pour eux, ça ne les protégerait pas, d'être dans l'ignorance totale.
J'éteins mon ordinateur et me mets à penser, encore assise à mon bureau.
Est-ce vraiment nécessaire ? Ce procès ? Je suis seulement inquiète pour Cathy. J'ai peur pour elle parce qu'elle fréquente quelqu'un qui m'a fait du mal, énormément de mal, et qui pourrait lui en faire. Est-ce que Michaël jouerait avec elle de la même manière qu'il le fait avec moi ? Ça semble difficile à croire – pourtant elle est tellement plus belle et féminine que moi. S'il m'a violée il peut la violer.
Ce procès – le mot sonne dur, solennel, éprouvant – pourrait m'apporter une sorte de tranquillité. Le viol enfin derrière moi et Michaël muet plus seulement dans mes rêves. Dans la réalité, pour échapper à ses regards constants et ses sourires et ses moqueries et ses mots, un procès sera nécessaire. Il ne s'arrêtera pas tant que je n'aurais pas trahi sa confiance.
Tu diras rien, je te fais confiance.
Est-ce que le trahir c'est gagner ? Il faut que je l'avoue à quelqu'un au moins. J'ai l'impression que je suis encore capable de supporter tout cela, mais je sais que c'est illusoire : je n'en peux déjà plus. Je vais exploser. Ça fait tellement mal, le voir à chaque fois et le rencontrer et lui parler. Lui parler, lui parler ! Bonjour Michaël. Les douleurs constamment refoulées qui reviennent, qui commencent à pourrir tant elles sont en moi depuis longtemps.
Une nausée profonde m'envahit, j'enroule mes bras autour de mon ventre et serre fort comme pour l'étouffer.
Cependant, c'est mon destin n'est-ce pas ? J'ai l'impression que ça justifie tout. Que c'est normal. Comme si c'était moi qui étais en faute en essayant de ne plus souffrir. Ça l'est, mais je suis humaine et c'est intolérable. L'idée absurde que lors du procès viendront témoigner de stupides étoiles disant que je suis née pour cela me vient puis s'évanouit. Mettre fin à tout ça – à cette torture constante. C'est un rêve dont je me sens coupable. Je n'ose pas imaginer avoir un jour moins mal. Je suis faite pour ça. Souffrir. Ne jamais être heureuse. Je suis stupide, je n'accepte pas l'avenir que m'ont écrit les étoiles – si tant est qu'elles existent. Je pense à porter plainte pour ne plus avoir à le regarder dans les yeux et détourner le regard et perdre ! Pour protéger Cathy et pour tenter d'avoir moins mal. Pour me sentir mieux et ne plus avoir peur. Je refuse encore ce dont les astres m'ont accablée. Je continue de me battre contre quelque chose qui ne peut l'être. C'était mon destin de me faire violer ? C'est mon destin de supporter Michaël jusqu'à la fin. Je n'ai pas le droit au bonheur. Espérer est inutile et profondément idiot !
Je me lève, m'approche de la fenêtre et l'ouvre. Si l'ange me proposait de sauter je ne sauterais pas. Je ne suis plus comme ça. Ce destin est fait pour être transgressé. Changé. Je me demande parfois, s'il ne serait pas moins douloureux de souffrir et de ne plus lutter. Bien sûr, mais il faut que je vive. Vivre, c'est se battre. Je me battrai. Je pensais qu'il n'y avait que deux choix, suivre ce destin ou mourir. Mais voilà une troisième voie : la révolte.
Petit procès stupide et insensé contre Michaël. Petit procès pour un petit viol.

En me couchant, baignée dans la lumière dorée et caressante de ma lampe de chevet, je pense à cette discussion avec ma mère, à cette larme disparue entre ses doigts. Si le fait que je me scarifie la touche si profondément, comment lui avouer ce qu'il s'est passé il y a deux ans ! Et comment réagira-t-elle ? Je ne peux pas imaginer cette scène. Je ne peux pas la prévoir ; et ne pas pouvoir savoir ce qu'il va se passer m'angoisse.
Maman ? Lana ? Je me suis fait violer il y a deux ans.
Douleur profonde et mes souvenirs s'invitent sans même attendre que je sois endormie.
Il a posé ses mains sur mes cuisses et écarté mes jambes. Est-ce que quelqu'un comprend ce qu'il s'est passé ? Cette phrase a un sens. Il a baissé mon pantalon et a agrippé mes cuisses et il les a poussées comme si elles le gênaient dans son petit crime. Dérangeant, n'est-ce pas, je crois qu'il n'y a pas de geste plus humiliant. Le contact de ses doigts sur mes jambes, le haut de mes jambes, je l'ai encore. Ses mains ne sont jamais parties. L'automutilation ne m'a servi à rien, ici. J'ai toujours les dix doigts sur ma peau. Je ne sais pas si l'on peut le comprendre, non personne ne le peut pas même l'ange, pas la peine d'espérer.
L'ange. Les étoiles. L'ange.
Il a posé ses mains sur mes cuisses et écarté mes jambes. C'est l'une des nombreuses sensations horribles qui me restent. Il m'a demandé d'obéir, puis n'a rien dit en le faisant. Pas besoin de me rabaisser plus, c'était impossible – ou bien était-il seulement trop concentré ? Dire quelque chose aurait tout gâché. Le geste en lui-même est devenu une phrase insupportable qui me rappelle constamment qu'il a posé ses mains sur mes cuisses et écarté mes jambes. Posé ses mains sur mes cuisses et écarté mes jambes. Chaque mot compte mais je voudrais pouvoir les survoler, les penser à la va-vite. Je me sentais tellement impuissante à ce moment-là ! Vulnérable, j'ai pris conscience que j'allais réellement me faire violer. Violer violer violer violer. Ce mot qu'on ne connaît pas, qu'on ne comprend pas. J'y pense toujours. Violer violer ses mains sur mes cuisses. Violer vomir.
L'humiliation était totale et suffisante. Totale. Suffisante. Tellement de honte. Salie. Il m'a rendue honteuse de la partie de mon corps que je détestais le moins. Mes jambes qui étaient longues et fines comme ils le voulaient tous. Il les a touchées sans politesse, les a bousculées. Petites jambes qui barraient le passage et qui l'empêchaient de me violer. Me violer, savait-il que ce qu'il faisait s'appelait un viol ? Est-ce qu'en le faisant il s'en rendait compte ? Que c'était condamnable ? Pour lui qu'est-ce que c'était ? Considérait-il déjà cela comme un crime ? Viol viol viol viol. Mais il s'est habitué à mon silence, n'est-ce pas, et il a oublié. Il n'a pas à réfléchir à cela puisque je ne le trahirai pas. Il me fait confiance – je vais vomir.
C'est un crime pourtant. C'est un crime et il pourrait se faire juger pour ça. Je pourrais porter plainte. Si je n'étais pas aussi lâche et terrifiée et honteuse, je pourrais porter plainte. Bonjour monsieur, c'est ici le commissariat oui je viens porter plainte je me suis fait violer il y a deux ans vous me trouvez jeune même aujourd'hui c'était il y a deux ans. Je n'ai jamais eu le temps d'être une enfant.
Tellement honte et peur de porter plainte. Ce n'est qu'un petit crime, ça n'a détruit que ma petite vie qui était faite pour être pour être annihilée. Je ne sers à rien d'autre. Bonjour c'est ici le commissariat ? Papa maman je me suis fait violer.
J'ai envie de me frapper.
Bonjour c'est ici le commissariat ? Oui mais portiez-vous des talons alors je ne peux rien pour vous vous l'avez mérité. Bonjour c'est ici le commissariat ? Oui mais vous ne pouvez rien prouver vous êtes une menteuse encore une qui cherche à attirer l'attention. Bonjour c'est ici le commissariat ? Oui mais avez-vous essayé de fermer vos jambes quand il a posé ses mains dessus et qu'il les a écartées ?
Souffrance, les mêmes sensations, la même profusion de pensées qui s'entremêlent pour n'avoir plus aucun sens. Encore et encore, comme toujours, je tourne et retourne le problème dans ma tête, en arrive aux mêmes conclusions qui ne me mènent nulle part. Procès ou pas procès ? Parler ou rester muette ? Il m'a demandé de ne rien dire, et c'est un argument en faveur et contre le fait de porter plainte.
C'est insupportable. J'ai peur, une peur acide et obèse. J'ai l'impression que ça ne servira à rien, que je peux continuer comme ça encore longtemps, que ça finira bien par s'arrêter. J'ai le sentiment tenace de me venger de manière enfantine si je demande à ce qu'il soit jugé. De rapporter. J'ai peur surtout de sa réaction qui pourrait être violente. Et tous ces gens qui vont être au courant de ce qu'il s'est passé. Dans cette petite salle de classe au tableau mal effacé. Que vous a-t-il fait précisément ? Pouvez-vous raconter les faits en détail, Lana ? Il a posé ses mains sur mes cuisses et écarté mes jambes. Bonjour.
Je sens la douleur monter en moi sans que je puisse l'arrêter. Pleurer ne sert à rien, pourquoi pleurer ? Interrompez cette séance elle pleure. Je ne peux pas porter plainte si je suis faible. Porter plainte et ne pas être capable d'assumer ensuite. Assumer, c'est risible, assumer son viol. Porter des talons assumer par la suite.
La suite, la suite de toutes manières un de mes parents au moins doit être présent. Je ne serai pas seule. Je pourrai compter sur leur soutien ; apporter son soutien à son enfant violé, c'est difficile non ? C'est moi au début qui aurai à les aider. Ils ne pourront pas comprendre mais je ne leur expliquerai pas, je me contenterai de les aimer.
Les aimer.
Papa maman je me suis fait violer.
Comme dans les films dramatiques du dimanche soir oui.
Les larmes qui coulent, c'est insupportable d'être triste.
Porter plainte rester muette porter plainte rester muette. Ça ne sert à rien, ça peut être utile. Combien de temps encore, vais-je tenir avec le regard impuni de Michaël sur ma peau translucide ? Je peux le faire, je peux ne rien dire et ne pas m'infliger une honte plus grande encore. Je peux le faire. Je peux résister – et perdre à chaque fois. Le procès est-il la seule manière de gagner ? Je voudrais une solution plus facile. Sans honte ni douleur pour éviter une overdose.
Il est tard, je suis fatiguée. Je reviens sur ma décision, sur ce procès qu'il faudra demander ou non. Je change d'avis, tente de me convaincre. Des heures passées dans le noir à penser et penser et penser, avant de m'endormir enfin.
Je ne me suis même pas scarifiée.

Si tenté qu'elles existent=> si tant est
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 29 Sep - 15:31

C'est une bonne idée de faire réfléchir Lana à un éventuel procès, mais seulement maintenant, en insistant bien sur le après deux ans, ça veut dire des choses, ça nous parle bien davantage que si cette idée était présente dès le début du roman, ou le lendemain du viol.

Je trouve le passage où Lana imagine sa déposition magistralement écrit, on dirait du théâtre, et puis tu joues encore délicieusement de la répétition, c'est très beau, et absurde en même temps, est-il nécessaire de dire : "Bonjour" dans ces cas-là ?

Bon courage pour la suite, j'en redemande ! Smile

Oh, et Rêves : je n'ai rien à redire à ta correction sur le post précédent et puis il m'arrive aussi, bien souvent, de laisser des fautes Wink

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 2 Oct - 17:30

Merci pour ta correction, tu m'apprends encore quelque chose Very Happy
Et Rêves je n'ai rien non plus à redire je crois Smile C'est très gentil de me corriger aussi !


Un pas après l'autre avec mes talons dans ce couloir qui s'assombrit peu à peu. Ma mère, quand je les ai achetés, m'a dit qu'ils me faisaient de longues jambes et j'ai souri. À présent je me demande s'ils sont la raison pour laquelle Michaël me fixe avec insistance. Je ne laisse rien paraître de mon malaise. Marcher, ne pas s'arrêter devant lui, prendre le livre, se faire jeter au sol, se faire embrasser, se faire déshabiller, se faire toucher, se faire violer. L'écouter, attendre qu'il ait fini et qu'il remette sa ceinture. La souffrance déchirante qui m'étouffe, j'oublie presque que je suis dans un rêve et je me le rappelle de justesse. Je suis toujours étendue sur ce carrelage et il faut que je le fasse taire. Dans ma chambre j'agrippe le drap pour être sûre de pouvoir sortir de ce rêve. C'est un cauchemar.
Attendre qu'il ait fini et qu'il remette sa ceinture ; puis le déstabiliser en lui volant sa réplique et lui lancer en essuyant ses larmes – on a beau le vivre chaque nuit on ne s'habitue pas – avec une voix éteinte :
« C'est pas parce que je suis belle, n'est-ce pas ? C'est parce que je suis muette. Et conne. Qu'est-ce que je suis conne ! »
Abattre son poing sur le carrelage, pleurer, se recroqueviller sur soi-même en tremblant. Le bas-ventre en feu. Michaël éclate de rire en m'entendant dire ce qu'il comptait m'asséner, mais ne m'adresse aucun commentaire méprisant. Il se contente de suivre le rêve et arrive près de moi. En souriant, la main sur cette jambe qu'il a agrippée, il murmure :
« Tu diras rien, je te fais confiance. »
Il ne m'a pas dit que j'étais muette et conne. Ça a fonctionné. Il s'éloigne, martèlement des pas sur le carrelage.
Le corps encore dévoré par Michaël. Le visage reluisant de larmes, les yeux rouges. Je crispe mes mains osseuses autour de mes cuisses qu'il a touchées sans respect, avec dédain et insanité. La douleur enfle. J'ai incroyablement mal, je voudrais me tordre de douleur sur le carrelage pour échapper à cette souffrance absurde ; mais je n'en ai plus la force. Je vomis en silence mes pleurs et mes souffrances sans pouvoir respirer. Je ne suis pas belle et je suis muette et stupide, mais ce n'est pas lui qui me l'a dit. N'est-ce pas formidable ?
La porte claque.

C'est le matin. J'ai oublié de fermer les volets de ma fenêtre hier soir, le lampadaire dore ma chambre de son halo jaunâtre. Je repousse mes draps et me lève. C'est ma dernière journée de cours avant samedi.
Samedi.
Michaël.
Lui et moi.
Il m'a embrassée et a baissé mon pantalon.
« Et ».
Quelques minutes passées à genoux par terre sur la moquette, à me calmer et à ne penser à rien. J'agrippe les brins pastel pour ne pas agripper ma peau. Je me répète que tout ira bien, tout en imaginant la journée à venir. Je vais aller en cours écouter Cathy supporter les regards Michaël les moqueries Malcolm et Nathan. Et tous ces souvenirs, tous mes souvenirs - quelques minutes de plus comme un chien dans cette lumière sale.
Au moins ne m'a-t-il pas insultée cette nuit, au moins la souffrance au réveil est-elle un peu moins forte.

Dans le bus, les deux adolescents s'amusent avec moi. Ils me demandent si je suis prête pour la soirée de demain. Si je vais m'habiller joliment pour une fois, si je vais encore me maquiller comme une prostituée. De toute manière je ne peux pas être belle et ça ne me servirait à rien d'essayer. Pourquoi être belle ? Pour qui ? Un coup dans mon siège, sur mon crâne, des boulettes de papier dans les cheveux, l'arrivée du car. Je descends sans me dépêcher tandis qu'ils me huent une dernière fois. Je suis née pour ça. Pour eux.
Tenez prenez ce corps, je vous l'offre il est à vous, sacrifiez-le. Violez-le si vous le voulez.

Cathy aujourd'hui ne parle que de la fête de demain. Elle est tellement pressée ! Michaël et Michaël et Michaël. Qui m'a violée. Qui ne la violera pas.
Aussitôt l'idée de procès se répand dans ma tête, dans tous les recoins de mon cerveau. L'image terrible aussi, celle que je voudrais empêcher. Procès ? Pour qu'il ne lui fasse pas de mal, qu'il n'en fasse plus. Pour qu'il ne viole plus. Procès, encore faut-il qu'il soit coupable que ça ne soit pas toi Lana. Maquillée comme une prostituée qui écarte les jambes pour se faire violer.
Violer.
Violer.
Violer.
Violer.
Violer.
Violer.
Violer.
Violer.
Violer.
Violer.
Penser ce mot sans cesse jusqu'à ce qu'il perde son sens. Violer, je me suis fait violer. À une lettre près c'est une question d'argent. Violer violer violer. Les gens le disent et en plaisantent un peu parce que ça ne leur est jamais arrivé. Je me suis fait violer. Les adolescents qui lancent en riant ce mot dans leurs conversations. Ils en parlent comme si ça n'était pas un crime.
Violer violer
violer violer violer violer violer
Violer
Violer
Violer
Violer violer
Qu'on me laisse oublier ce que ça veut dire. Qu'on me laisse inventer un nouveau sens. Violer voler envoler. Michaël et ses iris noirs comme ses pupilles, qui m'embrasse qui me mord me dévore les yeux ouverts. Il a posé ses mains sur mes cuisses et écarté mes jambes. Violer. Il m'a violée.
La douleur, tous le savent déjà, est intolérable. Je sanglote silencieusement ; mais avant de pouvoir fondre réellement en larmes, je m'évanouis.

Il y a ce procès qui plane au-dessus de moi et qui me terrifie. La vengeance, la justice, être une victime et l'accepter, accepter de s'être fait violer, la puérilité, la confiance, tout raconter, tout dire à ses parents, à tous, se battre contre lui, enfin, ne pas perdre, et puis perdre parce qu'on n'est pas capable de se débrouiller seule, prétexter la protection des gens qu'on aime pour porter plainte, pour se donner une raison valable, quelle raison ?
Justice. Ne pas savoir qui est le criminel et qui est la victime, ne pas vouloir savoir.
C'est normal de se faire condamner pour ça et pourtant ne pas en avoir l'impression, ce murmure stellaire qui crie que le viol fait parfois partie du destin, comme la douleur et la honte et la terreur. Être horrifiée à l'idée d'un procès parce qu'on brise les règles du jeu : c'était seulement nous deux Lana, nous deux et personne d'autre. Il n'y a que toi que j'ai violée, pourquoi ça en concernerait d'autres ? Ai-je écarté d’autres cuisses que les tiennes.
Justice. Justice. Justice et viol. Et fête. C'est obsédant.
Le coupable victime de la justice.
Nécessaire. Procès. Inutile. Peur. Des mots sans aucun sens, reliés entre eux par un seul viol, des mots que je ne peux pas empêcher de traverser mon esprit je voudrais avoir une tête vide. Mais j'ai l'habitude je supporte. La justice qui donne aux faibles le moyen d'affronter les forts mais je refuse d'être faible je suis tout sauf faible, pourquoi suis-je encore en vie si je n'ai pas de force ?
Nécessaire surtout pour aller mieux pour pouvoir enfin oublier, n'est-ce pas ce que je recherche depuis le début ? Oublier ?
Justice justice et procès procès.

Je reprends conscience à l'infirmerie, encore, et ça me rappelle de mauvais souvenirs. La souffrance qui repose au creux de mon ventre me plie en deux, j'agrippe mes intestins à deux mains en retenant un cri. L'infirmière arrive, se place à côté de moi avec un regard très doux.
« Lana ? Ça va ? »
Je lui lance un regard crispé et hoche doucement la tête, pourtant impatiente. Elle continue :
« Tu as perdu... »
Je hoche la tête pour l'interrompre. Elle passe à la phrase suivante sans se rendre compte que c'est mécanique.
« Tu avais bien mangé ce matin ? »
De nouveau, j'acquiesce. Son visage rond et creusé est bienveillant, sa voix aussi, mais je me sens agressée par tout ce qui est humain.
« Tu te sentais bien ? »
Aussi bien que d'habitude, aussi bien que peut se sentir une personne qui s'est fait violer. Violer. Le verbe fuse cent fois dans ma tête ; mais ne pas y penser. Je saisis mon poignet et le presse dans mon poing pour avoir un peu mal.
« Bon… Tu peux retourner en cours ? » demande-t-elle d'un ton sceptique.
Je fais signe que oui. Je me lève douloureusement. Mes jambes tremblent légèrement, elle me soutient avec ses mains immenses et je déteste qu'elle me touche. Ça me brûle. Elle m'aide à rester debout et me demande si je n'ai pas la tête qui tourne. À ce moment, Cathy entre en courant dans la pièce et me serre dans ses bras. Je souris mélancoliquement. L'infirmière rit et déclare :
« Bon je crois que je peux te laisser avec elle ! »
Nous sortons bientôt de la petite pièce chauffée et retrouvons la morsure du vent - qui pourtant n'est pas pire que celle de ses regards. Cathy me raconte comment j'ai perdu connaissance au beau milieu de la cour alors que nous sortions d'anglais. Elle a été très impressionnée et inquiète, me dit-elle. Elle m'a rattrapée de justesse et m'a allongée sur le sol. Elle ne savait pas quoi faire, personne ne l'a aidée à part une surveillante qui est allée chercher l'infirmière quelques minutes plus tard. Cathy est finalement arrivée en retard ensuite, mais la professeure l'a excusée. Cependant elle n'a pas compris la fin du cours auquel elle a assisté.
Je remercie Cathy en la prenant un instant dans mes bras. Elle est touchée, je ne le fais pas souvent. Elle sourit je souris on rit. Puis le self pour écouter Cathy parler. Il faudra que je la remercie un jour d'être là. J'ai l'impression que je l'aime en retour.

Fin de la journée, chacun salue Michaël et lui dit à demain. Cathy n'y manque pas. Elle l'embrasse et rougit quand il lui souhaite une bonne soirée de sa voix charmeuse – la même qui m'a demandé de venir. Je me tiens un peu à l'écart. Il me jette un coup d’œil et me sourit, ravi.
« À demain aussi, Lana ! »
J'acquiesce sèchement, la tête alourdie par les souvenirs. Cathy prend mon bras et nous nous éloignons. Il joue et joue et joue avec moi. Je n'en peux plus. C'est insupportable, il sait réveiller la douleur que j'ai en moi, il en est le maître. Il est doué pour me faire souffrir. Je me demande pour quelle raison il est né, lui, et quel est son destin. Je n'aurai jamais la réponse sans doute. Les étoiles ne me le diront pas. Michaël et son grand avenir, moi et ma petite destinée.
Demain je me rendrai chez Michaël et je passerai une partie de la nuit chez lui. Michaël qui a écarté mes jambes sans pudeur ni affection.
Voyez il m'a violée sans m'aimer et sans que je l'aime en retour, n'aurait-on pu s'en passer ?

je m'en rappelle => je me le rappelle (ou je m'en souviens)
De toutes manières => De toute manière (mais « de toutes les manières », j'avoue que je ne sais pas pourquoi cette règle...)
Je n'aurais jamais la réponse => Je n'aurai (c'est mieux au futur
)
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mer 12 Oct - 13:10

On sent que ça progresse, j'aime ça, j'ai hâte de lire la suite Smile (Désolée pour ce commentaire un peu court, j'ai bien lu mais je n'ai pas trop le temps de développer, je me rattraperai, promis !)

 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 12 Nov - 14:47

C'est très intense la manière dont Lana vit cette incertitude de devoir agir ou non... On se demande toujours quand la douleur atteindra son paroxysme, finalement, il est là, le suspense Wink





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
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Lana rêve [TS] ou [M]

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