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 Lana rêve [TS] ou [M]
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Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 9 Aoû - 19:06

Merci beaucoup ! Smile (désolée du retard ^^)

Rêves : Oui, je suis coincée :/ Je ne sais pas comment donner l'impression d'un quotidien répétitif... sans répétitions ^^ Si vous avez des conseils, je suis preneuse !

Meredith : Oh j'ai hâte de savoir si tu as deviné :3 Merci ! Smile Mais quel livre ? Wink

Daemoon : Oh merci Je vais essayer de poster souvent, mais ça risque d'être difficile (problèmes informatiques...) :/

Je posterai la suite très prochainement j'espère !
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 9 Aoû - 19:06

Ça s'appelle "Vous parler de ça" Smile (ne regardez pas un résumé, on ne sait jamais ça pourrait vous spoiler la fin !!!)



 
Tout ce que j'écris
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Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 10 Aoû - 14:45

C'est très gentil Rimi de comparer mon texte à ce roman Je le lirai Smile

Du coup la suite


Je rêve que je marche dans un couloir. Je reconnais les lieux, ce sont ceux d'un bâtiment du collège. Le sol est couvert de petits carreaux jaunes et marron sales et des fenêtres à ma droite laissent passer la lumière hivernale de dix-huit heures trente. Je fais quelques pas dans le silence. Quelqu'un m'attend, une silhouette floue, à plusieurs portes de moi. Un pincement au creux de mon ventre me fige. Je demande à voix haute :
« Quel jour sommes-nous ? »
Quelqu'un pose une main sur mon épaule. Je sursaute, inspirant brutalement, me retourne et découvre un ange ; sans savoir d'où je tiens cette certitude. Il porte un jean, un sweat et des baskets de marque. Ses cheveux sont coiffés soigneusement, à la mode. Mais ce sont ses yeux qui m'attirent le plus. Je suis incapable d'en distinguer la couleur. Ils passent d'un iris de couleur claire à une teinte très foncée qu'on ne différencie pas de la prunelle. Je suis subjuguée par son regard, et quand il parle, sa voix me parvient sous forme d'un murmure quasiment inaudible.
« Tu le sais bien. »
Je réfléchis un instant. Sa voix est la douce ombre de ses yeux.
« Ce jour-là ? demandé-je d'une voix fêlée par l'appréhension.
- Oui, bien sûr. »
Son regard est posé sur moi en une fraîche caresse.
« Tu peux encore reculer, Lana. », fait-il, une indicible prière dans la voix.
Je réfléchis. C'est tentant, mais est-ce vraiment possible ? Et ses yeux...
« Non. Ce jour est écrit, maintenant, je ne peux plus rien changer. »
Je ne dois pas espérer. Il faut se résigner.
« C'est un rêve, Lana, murmure-t-il avec un sourire triste. Tu peux tout faire.
- Tu penses ? »
J'hésite, je ne suis pas convaincue. Je tourne la tête, jetant un coup d’œil à la silhouette qui semble m'attendre au bout du couloir.
« Oui, j'en suis sûr. Fais demi-tour, Lana ! »
Sa voix se fait plus pressante. Il semble se soucier de mon sort. Une idée germe dans ma tête, suave semence. Je murmure :
« Si nous sommes dans un rêve, je ne peux pas me contenter de ça. Je peux faire mieux. »
L'ange s'écrie :
« Non ! Lana... »
Je ne l'écoute plus. Ses yeux hypnotiseurs n'ont plus aucun effet sur moi et je m'avance pleine d'audace vers la silhouette. Le simple bavardage vire au cauchemar.

Je me réveille, en sueur. Mon cœur bat trop vite, bien trop vite. Je reprends ma respiration très soudainement, comme si j'avais été longtemps en apnée. Je voudrais repousser éternellement le moment où je me mettrais à penser, mais c'est impossible.
Brutalement, mon rêve me revient.
Je mords mon poing pour m'empêcher de hurler. Une douleur insupportable s'empare de mon corps. Mon esprit est en lambeaux, je ne peux plus rien faire, juste me repasser mon cauchemar en boucle et prier pour retrouver le sommeil.

Tu aurais dû m'écouter, Lana. Tu as été têtue, comme une petite fille à qui on dit de ne pas toucher aux médicaments dans le placard du haut. Tu sais ce qui lui arrive, à cette petite fille : on la retrouve étendue inconsciente sur le carrelage lavande et blanc de la salle de bain. Tu as fini comme elle, tassée, ratatinée, recroquevillée ; mais contrairement à elle, tu ressens encore la douleur. Tu sais combien tu souffres. Pourquoi, pourquoi y es-tu allée, au bout du couloir ? Personne ne t'y obligeait. Je ne peux rien faire contre toi, Lana. Je suis là pour te protéger. Seulement, si je suis déjà impuissant face à ta douleur, comment pourrais-je combattre un nouvel ennemi – toi ? Tu serais trop forte pour moi et je ne pourrais plus te sauver. Comment te contrer sans te faire de mal ? Nous ne pouvons que rester face à face de peur de nous heurter. Il faudrait trouver un moyen de nous toucher, de nous rapprocher pour que je puisse t'aider. Y en a-t-il seulement un ?

Je me réveille brutalement. Mercredi. Nous sommes mercredi. Cette information anodine me paraît étouffante, et je suffoque. Je n'ai pas envie de me lever. Je me demande à quoi ça sert. Au prix d'un ultime effort, je parviens à sortir de mon lit. Mon cauchemar tourne en boucle dans ma tête, je voudrais pouvoir fermer mon esprit à clef, mais il est déjà trop tard. Les souvenirs sont entrés. Ils ne sortiront plus. Et dire qu'il faut se lever...
Rituel du matin. Ma mère reste dans son bureau, trop de travail.
Il fait vraiment froid dehors. On est sans doute en décembre, fin novembre peut-être. Je ne sais plus trop. Je marche vite, mon sac sur sur une épaule. J'ai hâte d'entrer dans le bus pour avoir moins froid. J'ai peur, aussi. Les gens vont me regarder bizarrement et rire. Comme d'habitude. Je soupire et essaie de marcher la tête haute.
Le car est déjà là quand j'arrive à l'arrêt, et je presse le pas. Il fait si froid !

Je rêve que le vent souffle fort. Il est glacé. De son haleine gelée, il balaie ma peau qui se couvre de givre. Le vent hurle, et je suis emprisonnée dans une gangue de glace. Je tente de bouger, mais j'en suis incapable. Devant moi, des adolescents me montrent du doigt et rient ouvertement. Je voudrais protester, leur expliquer, les insulter, mais je suis immobilisée. Je ne peux même pas ouvrir la bouche. Impuissante, je subis leurs moqueries tandis que le froid qui m'enveloppe s'insinue en moi et enserre mon cœur dans ses serres.
Je meurs.

Je voudrais rester assise sur le siège inconfortable, mais je me lève et sors du car. Je sais qu'une journée horrible – une de plus – m'attend. C'est dur d'avancer en sachant pertinemment cela. Tout en marchant, je construis ma façade habituelle : un sourire à demi-esquissé, une lueur d'intérêt dans les yeux et les sourcils un peu haussés, comme si j'étais continuellement surprise par ce qui se passait. Ce masque n'est pas trop difficile à tenir, il est assez léger.
Cathy me rejoint en chemin. Elle me sauve la vie, une fois de plus, au milieu de tous ces gens – comme une bouée jetée au naufragé. Elle me demande si ça va ; je réponds comme d'habitude à l'affirmative. Pas besoin de l'inquiéter. Ça ne servirait à rien de lui raconter mes problèmes. Elle ne peut rien y faire, quand bien même si elle semble proche de Michaël. Pourquoi l'ennuyer avec ma tristesse et ma lassitude ? Elle a ses ennuis, j'ai les miens. Pas besoin de les partager.
Chaque pas est douloureux. La souffrance part de mon ventre, et rayonne dans les muscles qui s'étirent. Cathy avance, si légère et si libre ! Avec des yeux paisibles. Elle est normale, j'imagine. Avec une vie banale. C'est si facile de vivre quand on ne s'est pas encore rendu compte que ça fait mal.
La routine est pesante. Une fois de plus, je passe les portes du lycée, une fois de plus, je passe à mon casier, une fois de plus, j'écoute Cathy, et une fois de plus, je vais en cours. C'est tellement triste, comme vie. Tellement inintéressant. Mais c'est rassurant de savoir qu'on a seulement une matinée ce jour-là.
Pendant ma dernière heure, j'essaie de rêver, sans y parvenir : la douleur est trop présente, brûlante, là, en moi.
Lorsque la sonnerie hurle, je ne parviens pas à me lever. Mes jambes sont comme coupées. Cathy me rejoint, elle me demande si ça va. Sa voix me ramène à la réalité, et je relève la tête, murmure que oui. Le vacarme des chaises qui raclent le sol à l'étage supérieur est assourdissant.
Nous nous dirigeons vers la sortie, Cathy m'observe du coin de l’œil.
« Tu es sûre que tu vas bien ? » demande-t-elle encore.
Je hoche la tête. Même pas envie de dire oui.
« Je m'inquiète vraiment pour toi Lana... »
Sa main se pose délicatement sur mon épaule. Je me maîtrise pour ne pas la repousser brutalement. J'ai l'impression qu'elle m'a frappée. Je murmure :
« Il ne faut pas. Ça ira, ne t'inquiète pas. »
Elle se tait, à peine convaincue. Nous passons le portail.
« Il s'est passé quelque chose pour que tu ailles mal ? » demande-t-elle, vraisemblablement angoissée.
Je tente de la rassurer en sachant que ce sera vain.
« Il ne s'est rien passé. »
Elle soupire, les lèvres tordues, les yeux suppliants.
« Je ne te crois pas. »
Je sais. Mais pourquoi me demander ce qu'il s'est produit ? Pourquoi s'amuser avec moi ? Je réponds, plus agressive :
« Alors ne fais pas semblant ! Tu as vu les mêmes choses que moi, les mêmes regards, les mêmes sourires moqueurs, les mêmes doigts pointés sur moi... Tu as vu qu'on me déteste. Tu as entendu les insultes. »
Elle répond après un silence, avec une voix très douce :
« Oui, j'ai vu. J'ai entendu aussi. »
Je ne parviens pas à la regarder. Elle a vu et n'a rien fait. Je la comprends et en même temps, mon cœur se fissure.
« Tu peux les rejoindre, si tu veux. Va avec eux. » lancé-je d'un ton désinvolte pour cacher ma douleur.
Elle sourit, secoue la tête. Ses cheveux noirs volettent sur ses joues.
« Pourquoi je ferais ça ? C'est stupide !
- Parce que je ne suis pas quelqu'un de bien. »
J'ai presque envie de pleurer. Je me dégoûte... Je me déteste.
« Si je ne t'appréciais pas je serais pas là à parler avec toi et à essayer de te réconforter.
- Il n'y a rien qui me remonte le moral. »
Nous nous éloignons du lycée. Je respire un peu plus facilement.
« Je suis sûre que si… tente-t-elle.
- Tu ne peux pas savoir, Cathy ! »
Elle rétorque :
« Si ! Tu comptes vraiment pour moi, je peux t'aider. Je peux savoir. »
Ses paroles me touchent mais ne parviennent pas à calmer la douleur. Nous arrivons aux arrêts de car et je monte dans le mien. Elle me crie :
« Tu es sûre que ça ira, hein ? »
Je souris faussement pour lui faire croire que oui, tout ira bien.

petits carreaux jaunes et marrons => marron (on accorde pas les adjectifs de couleur qui sont un nom à la base, à part quelques exceptions dont « marron » ne fait pas partie. On entend bien d'ailleurs qu'une jupe maronne, c'est moche)
une iris => un iris (eh oui, ce mot est masculin !)
naufrager => naufragé
Il n'y a rien qui me remonter => remonte
 
Eilift

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 10 Aoû - 21:19

Mmmh, j'aime vraiment beaucoup cette histoire, j'ai l'impression que les chapitres prennent de plus en plus d'intensité /o/

Rien à voir :
 
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 11 Aoû - 10:35

Je ne sais pas si c'est gentil parce que je ne l'ai pas aimé plus que ça xD
Il y a des bons passages, mais globalement j'ai trouvé qu'on devinait trop vite. Je trouve que ton roman est beaucoup plus subtil, il laisse planer le doute Smile

Pour moi, ce passage est le meilleur que tu aies posté jusqu'ici : Lana commence à s'affirmer, à être plus présente et moins "floue", mais la transition se fait en douceur de manière très subtile et on ne la sent presque pas.
Je suis presque sûre que j'ai raison, mais je crois que si je n'avais pas lu ce livre je n'aurais pas deviné Wink

Ce rêve est un moment très fort, de même que la discussion avec Cathy. Ce personnage est d'ailleurs plus facile à cerner et on s'attache à lui :3

Petite remarque :

Maze a écrit:
quand bien même si elle semble proche de Michaël

J'aurais mis soit "quand bien même elle semble", soit "même si elle semble", sinon ça m'a l'air bizarre, qu'en dis-tu ?

En tout cas c'est génial, la suite



 
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Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 11 Aoû - 11:08

Eilift : Merci d'avoir lu le début ! Very Happy Et je suis contente que ça t'ait plu Wink Game of Thrones Very Happy

Meredith : C'est très gentil Embarassed J'essaie de développer un peu plus le personnage de Cathy, j'espère y arriver ^^ Pour cette forme un peu étrange, j'ai juste modifié la formule de début en la remplaçant par "quand bien même"... et j'ai oublié d'enlever le "si" Smile Je vais le faire Very Happy
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Ven 21 Aoû - 20:01

Internet ! Désolée pour l'absence ^^

Je vous donne la suite maintenant :3 J'espère que ça vous plaira Smile


Je m'installe dans le bus, au fond comme d'habitude. J'ouvre mon sac et sors un livre, pour passer le temps et me concentrer sur autre autre chose que les moqueries des deux garçons derrière moi. Malcolm a fait connaissance avec un autre garçon, Nathan – un élève de seconde également, tout aussi mature – et je suis devenue leur cible préférée. Une petite poupée de porcelaine, si facile à briser.
« Eh, tu lis quoi ? »
Je fais mine de ne pas l'avoir entendu. Ça ne les intéresse pas vraiment, ils cherchent juste à me faire du mal.
« Laisse tomber, elle parle jamais. »
La voix de Malcolm transpire le mépris. La douleur transperce mon crâne, descend lentement et me déchire en deux. Je laisse échapper une plainte aiguë et on se tourne vers moi. Je me mords la lèvre jusqu'au sang. Les deux garçons, goguenards, échangent un regard et Nathan me demande :
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
Ils rient. C'est sans doute amusant. La douleur est intolérable.
« Mais réponds, t'es conne ? »
Nouvel assaut de la douleur, la souffrance me dévore vivante... Mais suis-je seulement en vie ?
« Je lis du théâtre. »
J'ai arraché les mots du fond de ma gorge. C'est surhumain. J'ai atrocement mal.
« Du théâtre ? T'es sérieuse ? » s'exclame Nathan.
Il a un petit rire de dédain. Du plomb brûlant se répand dans mes poumons.
« Mais c'est de la merde ! » renchérit Malcolm.
Je ne sais plus quoi répondre. Je ne respire plus.
« Je sais… Désolée. » m'excusé-je maladroitement d'une voix étranglée.
Les deux garçons s'esclaffent bruyamment. Le car s'arrête. Je prends mon sac, les yeux baissés, et me lève, les jambes douloureuses. Un coup à l'arrière de mon genou gauche me fait m'écrouler sur le sol sale. Je ne cherche pas à amortir ma chute. Ils rient encore plus fort. Un autre coup m'atteint au ventre. Mais cette douleur-ci n'est rien comparée à ce que j'ai pu éprouver… Je la trouverais presque agréable. J'ai eu mal pendant toute la journée, retrouvant des sensations passées, et à présent, cette douleur est la bienvenue. Qu'elle vienne en moi ! Qu'elle remplace l'autre…
Les deux amis s'en vont avant que le chauffeur ne les voie. Pantelante, je me relève et les suis hors du véhicule. J'ai peur et envie qu'ils s'en prennent de nouveau à moi, qu'ils me fassent encore mal, tout, du moment que ce n'est pas cette douleur, cette douleur enfouie au plus profond de moi... Est-ce que la douleur pourrait la déterrer ? La douleur pour guérir de la douleur ? La douleur pour laver la douleur ? Au fond de moi, j'entends murmurer : « Non, le rêve pour effacer la douleur. » ; mais quelle futilité que le rêve ! Je n'y arrive plus ; ni le jour ni la nuit. Le cauchemar s'est emparé de mon esprit. Je vis l'enfer, j'ai mal, constamment.
En rentrant chez moi, en traversant l'allée, mes pensées engluées dans la réalité, je sais que je vais pleurer dans quelques minutes. Que je vais me laisser abattre, encore, parce que j'ai tout essayé et que rien n'a fonctionné. Il est difficile de faire changer les gens d'avis lorsqu'ils ont des préjugés. Mais peut-être ont-ils raison aussi…
Je monte les escaliers, retrouve ma chambre et me jette sur le lit.
Peut-être ne veulent-ils pas de moi parce que je suis effectivement inintéressante et asociale ; parce que je ne sais pas mener une conversation, parce que je ne parle pas beaucoup, parce que je n'ai rien à dire. Parce que je suis étrangère au monde, à leurs vies, leurs centres d'intérêt... Je suis trop différente, peut-être ?
Je m'allonge sur le dos, les joues humides encore de mes pleurs lâches. Je voudrais être courageuse, être belle, être normale. Ne pas être moi. Ne pas être, tout court ? Être, une torture... Un verbe si difficile à conjuguer ! Trop présent au futur et au passé, trop futur au présent. Un radical changeant, des terminaisons identiques... Être, quel mot atypique. Il ne fait jamais comme tout le monde et pourtant on le rencontre partout. On l'utilise et le conjugue. On est. Mais pour quoi faire ?
Pour quoi faire...
Je soupire, me relève en position assise et attrape mon sac. Je commence à travailler, avec un peu de musique en fond. Un genre que je ne saurais pas définir. Une voix grinçante et rauque, délicieusement étrangère, indécise, qui flotte entre la justesse parfaite et la fausse note ; et quelques accords sèchement plaqués sur une guitare. Les chiffres dansent dans ma tête, les fonctions grammaticales y font la ronde, l'espagnol et l'anglais dansent un slow langoureux... Je déteste ça, tout s'emmêle. C'est trop difficile – quand c'était si simple avant ; avant la douleur.
Il est environ dix-huit heures quand je referme le dernier de mes cahiers. J'éteins ma musique et m'étends sur le lit. Je me demande à voix haute – je me sens si fragile dans le silence :
« Mais que faire, maintenant ? Je ne peux plus rêver. Il faut dormir, alors. Au moins dormir, si ce n'est pas rêver... Pour échapper à la vie quelques minutes de plus. »
Sur ces mots je m'endors avec, toujours, la douleur dans mon ventre ; comme si j'étais enceinte de la souffrance.

Un sommeil lourd. Noir, pesant. Épais, collant. Grumeleux. Je déteste ça, quand dormir nous fatigue plus que vivre.

Ma mère me réveille en frappant doucement sur la trappe. Sans entrer, elle me lance :
« On mange, tu descends ? »
Je l'entends ensuite parler à quelqu'un au téléphone. J'émerge lentement, réponds que j'arrive. J'ai la bouche pâteuse et les mots ne sont que des moitiés de syllabes. Je balance mes jambes ankylosées hors de mon lit, la douleur s'y propage, descendant le long de mes cuisses, ruisselant sur mes mollets et rongeant mes chevilles. Je descends prudemment les escaliers, me traîne dans le couloir, passe au rez-de-chaussée et enfin, enfin, arrive dans la cuisine. Je suis étrangement essoufflée et lutte contre la douleur qui voudrait me terrasser. Ma mère, le téléphone coincé entre oreille et épaule, me dit du bout des lèvres en déposant deux bols sur la table :
« C'est des restes pour ce soir. Ce n'est pas grave ? »
Je me force à sourire – ça fait mal ! Je manque de m'effondrer. Je m'appuie sur la table.
« Pas du tout. »
Elle lève les deux pouces pour toutes réponses en allant chercher d'autres plats. Elle parle d'un ton professionnel et féminin quand elle est au téléphone. J'aime beaucoup cette voix. Je m'installe et me sers en légumes. Ils ont l'air secs. Ma mère revient, s'assoit en face de moi. Elle acquiesce, dit oui à quelques mots, puis raccroche. Elle dépose un carré de viande dure dans son assiette et me demande si j'ai passé une bonne journée.
« Ça allait... », réponds-je évasivement.
Elle me sourit naïvement.
« Tu as vu Cathy, donc ?
- Oui.
- Elle va bien ?
- Oui.
- C'est super.
- Oui. »
Ma mère comprend que je n'aie pas envie de parler et commence à me raconter sa journée. Elle m'annonce que mon père a téléphoné et qu'il prévoit d'arriver samedi matin, assez tôt. Je fais semblant d'être contente. Comme une comédie, la vie... À toujours porter un masque, à toujours réciter le même texte, à toujours se parer d'un costume bien trop grand pour nous.
J'aide ma mère à débarrasser, à faire la vaisselle. Je remonte ensuite dans ma chambre, un couteau en main.
Je n'ai pas besoin des autres pour avoir mal. Pourquoi attendre qu'ils me frappent quand je peux me faire souffrir moi-même ? Je laisse échapper un ricanement – vapeur de ma folie – et mes doigts se resserrent autour du manche de plastique du couteau.
Je ne vais pas mourir. Juste avoir mal, physiquement, d'une manière différente de d'habitude.
Je ferme la porte à clef et m'assois sur mon lit. Perplexe, je regarde les jeux de lumière sur la lame. Comme une jeune femme pour sa nuit de noces, je suis indécise, je ne sais pas comment m'y prendre. C'est peut-être de l'improvisation.
Alors, improvisons.
Je pose la lame froide sur mon poignet. Ma peau frémit. Je me sens vulnérable et invincible à la fois – forcément, puisque je suis victime et bourreau. C'est un contact très étonnant, surprenant. Les dents comme un chaton mordent ma peau. Les veines semblent si accessibles. Sans plus me laisser le temps de reculer, je me lance.

Je rêve que je suis une violoniste. Seule sur scène, les sièges vides, les projecteurs allumés par intermittence qui tremblotent. Je joue sans trêve sur mon instrument. La mélodie est rapide. Pas de fausses notes. Je n'écoute pas la musique, je me concentre sur les gestes à faire. Je ne ressens rien, je suis comme anesthésiée. La mélodie s'aiguise. Les coups de l'archet arrachent des cris plaintifs à l'instrument. Je n'y prends pas garde, ce n'est qu'un objet. Ses cordes grincent, son bois gémit ; l'archet va de plus en plus vite, de plus en plus loin, comme s'il sciait le manche fragile. Et puis, l'improbable : le violon se brise. Milliers d'éclats de bois, cordes scintillantes, tout cela voltige. C'est aérien.

que je n'ai => que je n'aie
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Ven 21 Aoû - 20:37

Argh, cette fin >_<
Ce chapitre m'a vraiment beaucoup plu, tu as accéléré la vitesse d'évolution de ton roman, et je trouve ça génial (non pas que les autres chapitres étaient plats, au contraire, mais celui-ci annonce des changements)
Tout d'abord, Lana ne s'abandonne plus au rêve aussi facilement, et dans les précédents chapitres, j'étais habituée à savoir que c'était sa bouée de sauvetage, quelque chose qui la tient hors de l'eau, de la douleur ( mot qui a été un chouilla trop répété dans ce chapitre - de mon point de vue. Je suis extrêmement chiante avec les répétitions ). Et puis, il y a cette décision que Lana finit par prendre, celle de s'infliger sa propre souffrance, ce qui va certainement jouer un rôle important pour la suite. Bref, j'adore, continue et bon courage pour la suite Very Happy





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 22 Aoû - 11:10

Maze a écrit:
« Mais c'est de la merde ! » renchérit Malcolm.
Je ne sais plus quoi répondre. Je ne respire plus.
« Je sais… Désolée. » m'excusé-je maladroitement d'une voix étranglée.

Ce passage est juste un coup de poignard, moi non plus je n'arrivais plus à respirer quand je l'ai lu, mais ça veut dire que c'était bien fait, alors bravo (:/

La réflexion sur "l'être" permet à Lana d'utiliser un ton plus emphatique, de jouer avec les mots et les sonorités, je trouve ça très joli et intéressant Smile (bien-sûr, il ne faudrait pas que tout le roman soit comme ça, c'est l'originalité de ce passage dans le tout qui lui donne son charme Wink )

La fin est magistrale, l'archet, le couteau, le bras, le violon, les cris, les grincements ; tout se mêle dans nos têtes et on serre les dents. C'est une manière très originale de raconter cette situation, qui sans cette espèce de métaphore filée pourrait être mal dépeinte, je crois.

Je pense recueillir quelques petits indices qui me confortent dans mon hypothèse concernant ce qui est arrivé à Lana, mais c'est vraiment très subtil Smile

Tu es très douée, on attend encore et toujours la suite Wink



 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 24 Aoû - 20:23

Merci beaucoup !! Vous êtes vraiment adorables, de suivre comme ça mon "roman" et de commenter aussi régulièrement ! Very Happy

Rêves : Je suis toujours à la recherche d'un synonyme du mot "douleur" qui pourrait avoir strictement le même sens :') "Torture" me semble un peu trop fort, "élancement" trop faible... Mais je corrigerai ça Wink

Meredith : Je suis sûre que tu es sur la bonne piste Wink


La suite

Quand je sors de ma transe, j'ai le poignet gauche en sang. Des profondes tranchées parallèles y ont été creusées. Le sang coule, goutte sur mes draps. Ça brûle. C'est délicieux. J'ai bien moins mal que d'habitude et cette douleur futile masque l'autre. Je regarde les larmes écarlates qui roulent sur mon avant-bras. C'est si beau. Je souris, et c'est en souriant que je me rends compte que j'ai pleuré. Lâchant le couteau, j'essuie mes joues humides. Je me sens fatiguée. Vidée, en quelques sortes. Je me lève doucement, enfile mon pyjama. La manche râpe ma blessure. C'est douloureux mais agréable, si bon... Je vais dans la salle de bain et tout en me brossant les dents, fais encore le jeu, me regarde encore et encore jusqu'à n'en plus pouvoir de laideur. Je déteste mon visage et mon corps, mais lorsque je lève mon poignet devant le miroir, lorsque j'observe les traits rouges, le sang qui s'est figé, je parviens à trouver de la beauté en moi. Juste là, au creux de ma souffrance. Dans mes veines vides et ma peau sanglante.

Je rêve que je le fais, encore et encore. Que je ne cesse de me scarifier. Puisque je dois avoir mal, autant que ce soit de cette manière.

Dans mon lit, les yeux fixés au plafond, je me concentre sur la douleur qui irradie mon poignet. Je m'endors rapidement, mais mes scarifications n'éloignent pas les cauchemars.

Je rêve que je suis de nouveau dans le couloir. J'ai oublié un manuel dans une salle et je dois aller le chercher. Il y a une silhouette au loin et j'entends sa voix, déformée, qui m'appelle :
« Lana, tu peux venir ? »
J'hésite. Un souvenir tente de revenir à la surface, ma mémoire frémit. Un pressentiment naît.
« Viens, tu peux me faire confiance, non ? »
Je ne réponds pas. Je n'en ai pas l'impression. Je chasse de mon esprit mes appréhensions et esquisse un pas vers lui. C'est de toute manière là où je dois me rendre.
Quelqu'un me dépasse alors et se place devant moi, comme pour me barrer la route. C'est un ange. Un sweat, des cheveux bruns, et des yeux étincelants. Il me saisit doucement le poignet et me murmure, désolé :
« Rappelle-toi, Lana...
- De quoi ? »
Il sourit tristement. Beau, il possède ce charme des poètes torturés.
« Ne va pas au bout du couloir. »
La phrase sonne tragique et fatale.
« Mais on m'appelle. »
Je suis perdue. Il ne m'a pas lâchée. Ses yeux passent d'un violet clair à un bleu indéfinissable – profond et léger à la fois.
« Il ne faut pas que tu y ailles. »
Il a l'air sûr de lui. Je hoche la tête et demande d'une voix qui n'a pas été brisée par la douleur :
« Tu pourras prendre mon livre, alors ? »
L'ange sourit. Si doux. Il me répond d'un ton fraternel :
« Bien sûr. Allez, va. »
Je le remercie et fais demi-tour. Ses doigts me laissent filer.

Je me réveille, le cœur battant. Dans le noir de ma chambre, j'observe les ombres, je scrute les formes sombres à la recherche d'une silhouette. Je frissonne. La douleur me reprend, dévorante – aussi intense que si je m'étais rendue au bout du couloir. L'horreur me saisit quand je me rends compte de ce à quoi j'ai échappé. Je gémis, me balance d'avant en arrière. Mon regard tombe sur mon poignet. Aussitôt, la souffrance s'efface. La brûlure a disparu – je ne ressens qu'un petit picotement à présent – mais regarder mes scarifications m'apaise. C'est visible, impossible à cacher. Les traits rouges s'étendent depuis la racine de mon poignet, jusqu'au milieu de mon avant-bras. La peau est rougie tout autour et le sang séché s'y craquelle. C'est beau.
Je vais dans la salle de bain. En retirant mon haut, une douleur m'électrise. Une fois nue, je m'observe dans le miroir. Je suis si laide... Je passe la main dans mes cheveux trop courts. Mon regard dérive sur mes traits anguleux, sur mon corps osseux. Je ne veux pas rencontrer mes yeux, ses yeux. Ceux de mon père.
Je fais couler l'eau jusqu'à ce qu'elle soit brûlante et me glisse sous la douche, gardant mon bras gauche hors de portée du jet. J'ai peur que les entailles se voient moins. Puisque c'est la seule chose qui peut me faire moins souffrir, il ne faudrait pas qu'elles disparaissent. Mes scarifications me fascinent.

Je rêve que je flotte. Je suis dans le néant absolu. Il n'y a rien autour de moi. Tout est vide. L'espace est gris, aérien. On dirait un ciel maussade. Le temps est mélancolique, sans doute à cause des étoiles qui ne se montrent pas le jour. Je ne vois rien, rien d'autre que ces nuages uniformes, ces vagues nuances de couleur... Il va bientôt pleuvoir, peut-être. J'aime quand il pleut. À grosses gouttes, qui se glissent dans le dos, qui s'écrasent sur le visage, qui sont si froides ! Cela m'apaise...
Immensité du ciel, dans toute sa splendeur. Peut-être l'ange sera-t-il ici ? Dieu, aussi ? Ce serait amusant. Je me sens si légère ! J'arrête de penser, je laisse mon esprit mourir et mon corps respirer. Aller tranquille dans ce lieu grisâtre, flotter, flotter indéfiniment, comme un navire à la dérive... J'ai perdu ma boussole, mon astrolabe, toutes mes cartes ; et je vais.

Je n'arrive pas à rêver dans le bus. Malcolm et Nathan sont assis juste devant moi. Ils discutent, glissent parfois quelques regards goguenards vers moi, et je me sens mal. La douleur revient, je remonte mes manches, sans faire attention au monde autour de moi. J'observe les rayures rouges. Si belles... Trouver du réconfort dans la souffrance. Pourquoi chercher à comprendre, à analyser, si ça me fait du bien ? C'est étrange mais c'est bon. Je rabats ma manche sur mon poignet d'un coup sec. Malcolm me lance un regard que je ne parviens pas à interpréter, un peu curieux, et en même temps incompréhensif et effrayé. Je ne le soutiens pas. Trop peur.
Le car s'arrête, on descend, on s'enfonce dans la masse bruyante des élèves, on converge vers le lycée – ce stupide lycée ! – et on va en cours à la sonnerie. La routine, le quotidien, on vit sans s'en apercevoir des journées identiques. Quel ennui.
J'ai cours d'espagnol. Je m'installe à ma place, échangeant un dernier regard avec Cathy avant de m'asseoir sur la chaise – une véritable mise à mort. Michaël me rejoint, agacé peut-être de se retrouver à côté de moi. En s'asseyant, il me lance avec un petit sourire :
« Lana... »
Je me concentre sur les reflets des néons dans les cheveux de Hyacinthe – une fille assez gentille, un peu réservée. Je déteste cette manière qu'il a de prononcer mon prénom. Il détache chaque syllabe avec arrogance et perversité.
« Ça va ? »
Question innocente aux accents moqueurs. Je réponds simplement :
« Oui. Et toi ? »
Comme si j'y prêtais une quelconque attention ; comme si je voulais qu'il aille bien !
« Bien sûr. » répond-il narquois.
Il rit.
« Est-ce que ça pourrait aller mal ? me jette-t-il. J'ai des amis, une famille. J'ai ce que je veux, quand je veux. »
Il me dévisage, mimant le dégoût.
« Mais pas toi, on dirait. »
Je note ce qui est écrit au tableau, tout en concédant :
« Non. C'est vrai. »
Il ricane. Je ne relève pas. Je me concentre sur la douleur d'hier soir, tentant de maîtriser celle qui prend racine dans mon ventre. J'essaie de retrouver la brûlure de mon poignet.
« T'es tellement conne... »
Je suis prise d'un haut-le-cœur, et la souffrance m'envahit. Je suffoque. La pression sur mon abdomen m'empêche de respirer. J'ai envie de hurler ! J'ai atrocement mal, mon corps entier voudrait convulser et se tordre, mais je reste stoïque. Je ne dois pas montrer ma douleur. Sans me laisser de répit, Michaël reprend d'une voix sifflante :
« Tu réponds jamais rien quand on te dit ça. »
C'est parce que j'ai perdu mon souffle. À chaque fois, c'est comme ça. Mais comment le dire ? Ses yeux sont posés sur moi et ma peau me brûle. J'ai atrocement mal. Des taches noires apparaissent devant mes yeux, je cligne plusieurs fois des paupières sans parvenir à les chasser, je cherche désespérément un peu d'oxygène. J'asphyxie ! J'asphyxie ! Je voudrais mendier l'air, quelqu'un, s'il vous plaît, un peu d'oxygène et une mémoire sans souvenirs ? J'asphyxie !
« Eh, ça va pas ? » me demande-t-il avec un sourire cruel.
Je ne parviens pas à répondre. Mal ! Je brûle ! Je saigne ! Je me putréfie !
« Attends, allonge-toi, ça va aller. Madame ? » interpelle-t-il la professeure.
Je n'entends plus rien, je ne vois plus rien. Tout est bouché. Je ne peux que ressentir – et ma perception s'est embrasée. J'ai l'impression d'être ligotée sur un bûcher, et les flammes lèchent ma peau. L'oxygène qui me manque !
Les mains de Michaël me font descendre de ma chaise et m'allongent sur le sol froid et carrelé. La douleur s'intensifie, je réussis à pousser un cri étranglé. Je ne veux pas qu'il me touche ! Je ne veux pas qu'on me touche. Le visage de Michaël, flou, presque noir, si près du mien, apparaît au-dessus de moi, et sa voix murmure :
« Encore muette, hein ? »
Et puis, le noir.

Ne vas pas => va pas
rien d'autres => autre
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 24 Aoû - 22:36

Raah, depuis plusieurs chapitres, je m'aperçois que tes fins sont de plus en plus insoutenables >_<
Alors. Les choses deviennent sérieuses. C'est drôle, à chaque retour de l'ange gardien, un autre évènement bouleverse la vie de Lana. La dernière scène en classe quand elle s'évanouit à cause des paroles de Michael, qui joue de plus en plus avec elle, est vraiment bien retranscrite, j'ai rarement eu l'impression - au cours du roman - d'être dans la peau de Lana à ce moment là. Et puis, on sent bien qu'elle est sur le point de sombrer dans la spirale infernale de la scarification... (Oui, je retranscris dans le désordre, désolée Wink ) La cadence s'accélère, on pourrait symboliser la vie de Lana comme une longue danse qui va de plus en plus vite et deviens plus difficile...
Vivement la suite





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 25 Aoû - 10:48

Je ne peux que plussoyer Rêves, je ne sais pas pour un synonyme de "douleur" mais pour "torture" il y a "attendre la suite de cette histoire"

Je crois que je vais relire ton roman pour voir tout ce que j'ai laissé passer de petits détails subtils Smile



 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mer 26 Aoû - 10:28

Rêves : C'est génial que tu fasses la comparaison avec une danse

Meredith : Merci beaucoup, c'est super de prendre du temps pour faire ça ! Je sens que ça va bien m'aider Smile

Voici la suite ^^ (Perso je n'aime pas beaucoup ce passage x) )


Je rêve. Tout simplement. Je ne suis ni quelque part, ni nulle part. Le jour n'est pas encore là, mais les étoiles ne se sont pas pointées. Ni bruit ni silence, ni froid ni chaud. Étrange sans l'être. Cette atmosphère d'oxymores m'empêche de penser ; puisque je suis et ne suis pas.

Quand je reprends conscience, je suis à l'infirmerie. Au-dessus de moi, un plafond sale et autour, une salle anonyme, un calendrier accroché au mur pour seule décoration. Je remarque que je suis allongée sur un lit inconfortable. Je prends peu à peu conscience de mon corps, qui n'est que douleur. Comme si tous mes os avaient été brisés, que mes muscles étaient déchirés et que ma peau était brûlée. Bouger me paraît un acte impossible. Je me sens brisée. Comme une poupée jetée sur le sol par une enfant capricieuse.
Une femme à côté de moi, me surveille anxieusement. Je croise son regard, elle se détend un peu. Elle a posé ses mains sur ses genoux. Son corps énorme, déformé par la maternité, se penche vers moi. Elle me lance :
« Tu es restée inconsciente une dizaine de minutes. Ça va mieux ? »
Je n'arrive pas à hocher la tête, alors un oui étranglé s'extirpe de ma gorge.
« Très bien. Tu pourras aller à ton cours d'après, alors ? »
Je dois avoir physique. Je ne sais même pas à côté de qui je me trouve. Peut-être qu'on change de place, aussi. Pitié, pas avec Michaël. Une sensation désagréable rampe le long de mon échine.
« Je crois. »
Je tente de sourire. Ça fait mal. L'infirmière – comment s'appelle-t-elle déjà ? – continue :
« Tu avais bien mangé ce matin ? »
J'acquiesce.
« Tu ne te sentais pas faible ? »
Je secoue négativement la tête.
« Tu veux aller en cours ? Tu es sûre ? »
Pas envie, mais je suis bien obligée, n'est-ce pas ? Je murmure :
« Oui, ce serait bien. »
Quelle souffrance atroce. Elle me sourit gentiment, encore inquiète, puis m'aide à me lever. La tête me tourne un peu, mais être debout et respirer est bien plus désagréable. L'infirmière me conduit dans son bureau, derrière le rideau qui cache le lit, et m'assoit sur la chaise. Je suis essoufflée.
« Ça va sonner dans une trentaine de minutes. Tu peux attendre ici. »
Elle fait entrer un sixième qui a mal à la tête et veut rentrer chez lui.
Lorsque la sonnerie retentit, que son hurlement crissant déchire mes tympans, je me lève – c'est horrible – et vais dehors après avoir remercié l'infirmière. Je me dirige vers les labos, lentement, parce que j'ai mal.
J'entre la dernière. Ils sont déjà là. La professeure me dit gentiment d'aller m'asseoir à côté de Michaël, puisqu'elle a changé les places. Je hoche la tête, la douleur m'enflamme, je rejoins Michaël qui, contrairement aux autres élèves, ne s'écarte pas de moi quand je m'installe. J'inspire, cent couteaux se plantent dans ma cage thoracique, je prends mes affaires dans mon sac, ma colonne vertébrale se disloque, je m'écarte de Michaël et mes jambes se détachent de mon corps ; c'est une torture ! Je croise le regard rassurant de Cathy, mais ça ne suffit pas. La professeure nous distribue une fiche décrivant une expérience à réaliser par groupe de paillasse.
Il ne me parle pas, se contentant d'être là, bien trop proche, et de me tendre les éprouvettes.
Par sécurité, je verrouille mon esprit, et en jette la clef.

Je rêve que je plonge dans l'une des éprouvettes. J'ai mal. C'est de l'acide et ça me brûle. Mes vêtements, d'abord, se dissolvent, puis ma peau commence à rougir. Le liquide se colore d'un écarlate quelque peu éclairci. C'est une douleur profonde, mais j'ai connu pire. C'est bien moins douloureux que de penser et se souvenir. Je ne suis plus qu'un squelette, maintenant. Que des os. Ça ne fait même plus mal.

Ça sonne. Michaël attrape son cahier et sa trousse, les fourre dans son sac et s'envole aussi sec. Cathy me rejoint. Elle me sourit gentiment, et lance :
« Tu m'as fait peur ! Ça va mieux ? Attends, je vais t'aider. »
Si attentionnée, Cathy. Elle m'aide à rassembler mes affaires. Elle sourit pour me donner du courage. Elle tente de paraître enjouée.
« Tu veux passer chez moi après les cours ? »
Elle voudrait me faire oublier ce qui s'est passé, ce pourquoi je me suis évanouie. Elle n'est pas assez forte.
« C'est sympa. »
J'ai mal…
« Tu préviendras ta mère chez moi. Tu viens ? On a histoire après. »
Elle fait une grimace de dégoût et un pâle sourire fleurit sur mon visage. Elle fait tout pour me distraire, le temps que nous allions au casier. Elle parle, intarissable, de son mercredi après-midi très rempli. Ça m'amuse, pas assez pour me changer les idées et m'apaiser évidemment. J'observe Cathy, si jolie. Cathy avec ses cheveux courts, noirs et ondulés, avec ses yeux d'un bleu des îles, avec ses fossettes et son piercing dans le nez. Cathy avec ses vêtements sombres et déchirés, avec ses chaussures à grosses semelles et son bracelet de force. Cathy gothique, mais Cathy heureuse. Elle est si libre, si féminine. Allez Cathy, parle encore ! Avec ta voix volatile. Tu pourrais chanter. Ce serait encore plus beau. Je ne t'ai jamais entendue chanter. J'aimerais bien.
On est l'après-midi. Il fait froid, encore. On est décembre, non ? Le premier, je crois. Cathy me le confirme. La sonnerie retentit et nous entrons en salle d'histoire.. Je m'assois à côté d'un garçon qui s'éloigne de moi. Il me lance un regard de dégoût, une insulte siffle.
« Putain, pas cette conne ! »
Comme un coup de poing dans l'abdomen. Une nausée salée m'enserre la gorge. Souffrance. Je serre les dents. Je peine à respirer. C'est si soudain. Je me déteste tellement. J'ai mal. La douleur est omniprésente – peut-être suis-je née pour l'accueillir en moi ? Je rentre la tête dans mes épaules et me courbe, me recroqueville. Je me crispe, inspire bruyamment, cherchant de quoi remplir mes poumons morts. Je ne peux pas parler. Je retiens un cri de douleur.
La professeure fait son cours. Elle nous fait part de notions incompréhensibles, tout se mélange dans ma tête. Les dates se confondent, les massacres s'enchevêtrent. Duquel parle-t-elle ? Je suis tellement fatiguée...
Fin de l'heure, le garçon à côté de moi se lève de sa chaise, me bouscule. Il lance à l'un de ses amis :
« Quand est-ce qu'on change de places ? Je m'emmerde trop avec elle ! »
Je me lève mécaniquement et puis, mon sac sur le dos, vais rejoindre les bus, sans attendre Cathy. Pas le temps, pas l'énergie, peut-être même pas l'envie. Si gentille, Cathy. Qu'elle ne perde pas son temps avec moi. Tant pis.
Monter dans le bus, se faire insulter par les deux garçons de derrière, descendre du véhicule, rejoindre la maison, y entrer, grimper les escaliers, tous les escaliers, et enfin s'affaler sur son lit, saisir le couteau taché de la veille et jouer à la violoniste encore une fois jusqu'à ce que les notes rouges dévalent les cordes et gouttent sur les draps.
Je m'allonge. Je devrais travailler. En bas, le téléphone sonne. C'est sans doute Cathy qui appelle pour prendre de mes nouvelles, pour demander pourquoi je ne suis pas rentrée avec elle. J'entends ma mère monte le premier escalier, traverser le couloir. Je glisse le couteau sous mon oreiller. Elle grimpe ensuite dans ma chambre et me tend le combiné. Seul son buste dépasse de la trappe ouverte. Elle tient son téléphone portable dans la main, elle s'apprête à appeler quelqu'un.
« C'est pour toi ma chérie. Cathy. On va bientôt manger, ne discute pas trop ! »
Elle me fait un clin d’œil qui se veut complice. J'attrape le téléphone, dissimulant mon poignet meurtri sous ma manche. J'articule timidement :
« Cathy ? »
Immédiatement, celle-ci s'écrie :
« Lana ! J'ai eu trop peur ! Qu'est-ce qui s'est passé ? »
J'inspire profondément. La douleur s'aiguise.
« Je me sentais pas bien, j'ai préféré rentrer. Désolée. »
Je vois presque Cathy secouer doucement la tête, ses bouclettes voleter de parts et d'autres de son visage, avec un petit sourire et un haussement d'épaules.
« T'inquiète pas, c'est pas grave. Je voulais juste faire quelque chose pour toi. Tu as l'air triste en ce moment. »
Un instant, je suis tentée de mentir, de dire que tout va bien, mais mon égoïsme prend le dessus et je murmure :
« Je crois que tu ne peux rien faire. »
Cathy ne laisse pas le silence grésiller. Elle s'écrie :
« Bien sûr que si ! »
Sa persévérance et ses espoirs me fendent le cœur. La douleur s'y infiltre, colmatant les fissures.
« Déjà, pourquoi tu vas si mal ? » attaque-t-elle.
Je voudrais pouvoir répondre, mais je me sens muette.
C'est parce que t'es muette.
« Je peux pas te le dire... »
Les larmes montent si facilement. Ça semble naturel de pleurer. Mon nez me picote tandis que mes yeux s'alourdissent. La douleur m'électrise.
« Il s'est passé quelque chose cette semaine ? »
J'ai mal. Quelque chose qui me déchire. Les muscles claquent et les os craquent et s'écartant.
« Pas cette semaine... »
Ma voix vacille, alourdie par des sanglots stupides.
« Quand alors ? »
Un gémissement m'échappe. C'est terrible.
« Je peux pas te le dire...
- Pourquoi ? »
Elle est déconcertée.
« Ça fait trop... mal... »
Je pleure réellement. Des grosses larmes roulent sur mes joues, chaudes et piquantes, et des hoquets humides sortent par soubresauts de ma gorge serrée. J'ai honte de ma faiblesse.
« Qu'est-ce qui fait mal ? »
Tout, tout fait mal, tout déchire, tout frappe, tout lacère. Respirer, parler, marcher, penser ; vivre. Ça fait mal.
« J'ai mal... »
Ma vie semble se résumer à cette phrase unique.
« Qu'est-ce que je peux faire pour que tu aies moins mal ? »
Elle est impuissante. Son empathie est si forte qu'une délicate grimace d'angoisse déforme sa voix.
« Rien... »
Mes pleurs redoublent.
« Ne pleure pas... Ne pleure pas, ça va aller. »
Bien sûr que non, ça n'ira pas. Et puis, aller où ? Ça ira quelque part où on a plus mal ? Cet endroit n'existe pas. On souffre quoi qu'il arrive, parce qu'on vit. Ressentir la douleur fait partie de l'existence. Il ne sert à rien d'espérer que cela s'atténue. On aura toujours, toujours mal.
Ma mère me crie que je dois descendre.
« Désolée, murmuré-je à Cathy, je dois y aller. »
Peut-être hoche-t-elle la tête, assise sur son lit ou par terre, en train de dessiner.
« Tu me rappelles quand tu as fini ? demande-t-elle avec espoir.
- Je suis trop fatiguée... »
Maudits cauchemars ! Stupides rêves noirs. Je voudrais dormir un jour sans devoir aller dans le couloir. La souffrance m'étouffe sans prévenir et je suffoque.
« D'accord, on en reparle demain. »
Elle est si gentille, Cathy. Compréhensive. Si elle était à côté de moi, elle me serrerait dans ses bras et je devrais la repousser gentiment parce que j'aurais mal.
« D'accord. À demain. »
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 27 Aoû - 22:57

Maintenant, je me demande combien de temps elle va tenir dans cet insupportable silence. Je suis impressionnée que tu aies la maturité d'écrire un texte aussi crédible et bouleversant. Continue !



 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Ven 28 Aoû - 16:46

Merci Meredith, ton commentaire me touche beaucoup et me donne le courage d'écrire ! Je pense devoir ralentir un peu le rythme de post, mais je vais essayer d'être rapide ^^

Pour vous situez un peu, on arrive à la moitié du "roman" Smile


Voici la suite !

Je raccroche et vais au rez-de-chaussée, dans la cuisine. Ma mère a sorti une jolie vaisselle, de beaux couverts, et a mis des bougies qui confèrent une atmosphère hésitante mais rassurante à la pièce. Son téléphone n'est pas près de son verre, son ordinateur ou ses dossiers ont disparu de sa chaise. Je m'assois, surprise. Dans mon assiette, il y a un petit chocolat dans son papier doré. Des reflets clairs veinent l'emballage d'or pâle. Je souris, mélancolique, et dis à ma mère :
« C'est joli. »
Elle répond en prenant place en face de moi :
« Il le fallait pour célébrer décembre. »
Elle est si belle, ma mère. Longs cheveux bruns, peut-être teintés, mais étincelants et soyeux, grands yeux noisettes, réconfortants, rieurs, lumineux. Petit nez rond, longues lèvres roses bien dessinées. Peau bronzée, parfaite, à peine ridée, dépourvue de taches de rousseur. Décolleté élégant. Ma mère, encore une femme. Toujours une femme. Que suis-je, à côté d'elle ?
« J'aime bien ce mois.
- Le mois on l'on peut manger plein de chocolat ! »
Elle rit, secouant sa cascade de cheveux bruns. J'aime ce mois pour ce qu'il signifie ; la fin d'une année trop longue et trop douloureuse. Ma mère me raconte sa journée, puis me demande si la mienne s'est bien passée.
« Oui.
- Tu en es sûre ? Cathy avait l'air inquiète.
- Ça aurait pu être pire. »
Je tente de sourire, sans réussir à soulever mes lèvres qui pèsent soudain une tonne. Ma mère n'est pas dupe. Elle prend ma main dans les siennes. Son alliance est glacée sur ma peau. Elle a l'air sincèrement préoccupée. Des rides se dessinent sur son visage sans l'enlaidir ; la vieillesse la rend plus sage et plus mystérieuse.
« J'ai l'impression que tu ne vas pas très bien en ce moment... »
Je répète mon texte appris par cœur.
« Si si, ne t'inquiète pas.
- Qu'est-ce qui te tracasse, ma chérie ? »
Je ne peux pas répondre. Je me suis tue pendant trop longtemps pour lui avouer la vérité maintenant. Elle ne comprendrait pas.
« Rien, je t'assure. »
Elle caresse le dos de ma main. C'est un contact désagréable. Je voudrais lui retirer mes doigts.
« Tu peux te confier à moi. Je ne dirai rien à personne. Même pas à ton père. »
Surtout pas à mon père...
« Non, mais c'est pas grave. »
Je fais une nouvelle tentative, qui échoue elle aussi : mon sourire s'efface immédiatement. Ma mère soupire, se mordille les lèvres.
« Ce soir tu n'as pas envie de parler, mais si un jour tu en as besoin, je serai là ma chérie. D'accord ?
- D'accord. »
Cela sonne comme un pacte. Je sais pertinemment que je ne le respecterai pas.
Je l'aide à nettoyer la cuisine, puis me réfugie dans ma chambre.
J'ai besoin de rêver.

Je rêve que je rêve que je rêve que je rêve que je rêve. Je suis dans un rêve, mais si je m'éveille, j'y serais encore. C'est rassurant. Je suis emprisonnée dans une autre réalité et il me faudra du temps avant de m'en échapper. Mais qui voudrait se réveiller et partir de son rêve ? Je veux y rester pour toujours, et ne plus avoir mal...

Le lendemain. Un vendredi, non ? Et le deuxième jour de décembre. Je regarde par la fenêtre, réflexe d'enfant pour savoir s'il a neigé – mais j'ai grandi et il ne neige plus. Rituel du matin, douche, petit-déjeuner et toilette, et puis le car, le casier, la sonnerie, les cours. Les gens stupides, leurs insultes mesquines, mordantes, sifflantes. Cathy qui parle, Cathy qui rit. Cathy qui essaie d'effacer les autres, ces personnes qui me tuent lentement. Mais tu n'es pas un ange, Cathy ! Tu n'as aucun pouvoir, tu ne peux rien faire. Tu es une humaine, aussi faible et incapable que les autres. Ta bonté ne peut rien y changer.
Espagnol, encore, et Michaël à côté qui s'amuse avec moi, qui rit de ma douleur, Michaël tout proche parce qu'il sait que je déteste ça, Michaël qui échange des regards avec les élèves autour. Je rêve à côté, mais ça ne suffit pas. Il me ramène sans cesse à la réalité, et je vacille entre les deux mondes, en équilibre précaire sur la frontière.
« Tu parles toujours pas, c'est chiant. »
Je rêve que je suis en voyage.
« T'es vraiment pas intéressante... »
En bateau.
« Sérieux, c'est quoi ton problème ? »
Il y a des vagues ; la mer s'agite.
« C'est parce que t'es conne ? »
Douleur. Du vent, aussi : du vent qui lacère ma peau translucide.
« C'est pour ça que tu parles pas ? »
Le bateau danse. Pourquoi répondre ?
« Muette, toujours muette... », chantonne-t-il.
Il ricane. La mer éclate sur ses flancs en petites étoiles d'écume.
« Je pourrais parler avec les autres, mais c'est amusant de te faire souffrir. »
Je sais. Ma peau est constellée de diamants humides.
« Ça se voit Lana... »
Qu'est-ce qui se voit ? J'ai un peu froid, la mer hurle et ses doigts glacés s'emparent de la coque du navire.
« Les marques sur tes poignets. Ça se voit. »
Mon rêve déjà chancelant se brise. Je me raidis, me tourne vers lui. Ses yeux sont cruels. Il me fixe, tranquille, sans me quitter du regard. Conscient que ça me détruit. J'ai l'impression que de l'eau glacée dégouline dans mon dos et s'infiltre dans mes veines. Douleur. Atroce. Le cœur dégringole. Il tombe, tombe, tombe comme Alice dans un terrier-trou noir. Mais l'organe palpitant se fait avaler par l'espace, lui, hélas ! Au revoir Alice, amuse-toi bien au Pays des Merveilles. Est-il seulement possible d'éprouver quelque chose de plus terrible ? J'ai envie de hurler. La souffrance que j'éprouve est indescriptible. De la peur, de l'angoisse, de la tristesse, de la douleur. Mon corps entier brûle. Je voudrais disparaître.
« Je me demande comment les gens vont réagir, quand je leur dirai. Mais peut-être qu'ils s'en sont déjà rendus compte. »
Je rabats vivement ma manche pour cacher au mieux mes blessures. Je réussis à dire :
« C'est juste... en faisant la cuisine. Ça a dérapé. »
Il éclate de rire. Un coup de poing dans l'estomac.
« Bien-sûr, je te crois. », lance-t-il d'un ton ironique.
Il saisit mon poignet. Son contact me brûle. Son doigt passe sur la croûte rouge sombre. Douleur, douleur, souvenirs, souvenirs, mon corps entier s'embrase. Je dégage sèchement mon bras. Il me laisse partir. Il aurait pu me retenir.
« C'est drôle. Je t'imagine très bien en train de le faire. »
Je voudrais avoir la force de lui intimer de se taire.
« Tu es pitoyable, vraiment. »
La douleur est à son paroxysme. Aussi forte que l'originelle. C'est terrible, je ne pensais pas revivre ça un jour... J'ai envie de hurler, hurler à m'en déchirer la gorge. Hurler jusqu'à ce que mes cordes vocales éclatent, que ma langue s'arrache, que mes poumons explosent. Pitié...
« Tu es fragile, si facile à briser. Je suis sûr que je vais réussir à te faire plonger. »
Combien de fois suis-je tombée ? Combien de fois me suis-je relevée ? Et à présent, ne suis-je pas en train d'avancer en rampant ? Coûte que coûte, progresser de quelques centimètres.
« Tu ne seras plus rien à la fin de l'année. », finit-il.
J'ai mal, tellement mal. Je ne suis peut-être plus que douleur. Son incarnation. Je n'en peux plus. Je ne respire plus. Ne bouge plus. La souffrance s'est emparée de moi. Je ne vois plus rien, puisqu'elle est aveugle, je n'entends plus rien, puisqu'elle est sourde, je ne dis plus rien, puisqu'elle est muette. Elle est muette...

Eyt => et
je serais là => je serai
quand je leur dirais => dirai
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 29 Aoû - 15:05

J'aime de plus en plus l'image macabre de l'archet et du violon. L'attente devient de plus en plus insoutenable, d'autant plus qu'on se rapproche du passé de Lana... Tu écris toujours aussi bien la suite





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 1 Sep - 17:25

Merci beaucoup Rêves Very Happy C'est vraiment gentil de suivre Lana aussi assidûment
La suite ! Wink


Fin de la journée. Je sors du collège en compagnie de Cathy. Elle m'accompagne jusqu'aux arrêts de cars. J'ai du mal à marcher. Elle progresse à mon allure, très lentement. Elle me demande plusieurs fois si j'ai besoin d'aide. Chaque fois je secoue négativement la tête ; quand je voudrais lui dire oui. Je vois mon bus arriver et me tourne vers Cathy pour lui dire au revoir. Sans prévenir, la jeune fille entoure ma taille de ses bras et me serre contre elle. Ses mains remontent jusqu'à mes épaules et me pressent sur sa poitrine. Je l'entends sangloter. La toucher me fait atrocement mal. C'est insupportable.
« Cathy... », fais-je, touchée et gênée.
Je voudrais être en mesure de la consoler. Elle ne relève pas la tête, garde son visage enfoui au creux de mon épaule.
« Lana, je veux pas que tu meures. »
Pendant quelques secondes, je reste ébahie. Je peine à répondre :
« Je ne vais pas me suicider, Cathy. »
Elle pleure de plus belle et rétorque :
« Et les marques sur ton bras ? »
J'aimerais la serrer un peu plus fort contre moi pour la rassurer, parce que ça vaut mieux que des mots, mais j'en suis incapable. Je réponds :
« Je suis désolée… On en parlera après, d'accord ? Mon bus est là… »
Je la repousse doucement. Elle essuie ses yeux. Ils ont la couleur du ciel de printemps lavé par une pluie de mars. Tout en me dirigeant vers le car, je lui lance :
« Ne t'inquiète pas, Cathy. Tout va bien. »
Elle sourit – pâle ébauche de sa joie des derniers jours.
Je m'installe au fond du bus, me blottis contre mon sac et regarde les deux garçons s'asseoir devant moi. Malcolm se tourne vers moi, sans son sourire cruel des autres jours. Son regard exprime un profond dégoût cette fois, et il se tourne vers son ami, lui chuchotant quelque chose à voix basse. L'autre hoche la tête, puis un sourire mielleux s'étale sur son visage, et il prend une figure larmoyante. J'entends une voix aérienne me murmurer de m'enfuir dans mes rêves, mais je suis figée. Je ne peux pas détourner les yeux, me boucher les oreilles : je ne peux que subir. Nathan passe la main dans ses cheveux blonds avant de mimer quelqu'un se scarifiant, tout en pleurnichant faussement :
« Ouin ouin ! Je suis Lana ! Ouin ouin ! J'me taille les veines ! »
Il éclate de rire, avec son ami qui semble avoir retrouvé la force de se moquer. Je conserve un masque impassible tandis que la douleur s'intensifie. J'ai atrocement mal... La douleur part du bas de mon ventre, se diffuse dans mes jambes, s'enroule dans mon ventre, enserre mes poumons, ronge mes articulations, lacère ma gorge, arrache mes pieds, crève mes yeux et enfin s'empare de mon cerveau. J'ai mal, absolument mal. Le car s'arrête, les deux garçons se lèvent et descendent. Mon corps meurtri, qui n'est plus chair mais cendres, est immobile. Je remue mes jambes tant bien que mal, sors du bus, marche si lentement sur le trottoir, rejoins ma maison, ouvre la porte... Je suis essoufflée, les larmes fleurissent sur mes joues rougies par l'hiver. J'entre vite. L'odeur de la cigarette me parvient, et je me souviens que mon père est là – rentré plus tôt que prévu, encore. Peut-être va-t-il nous annoncer que ça sera toujours comme ça, maintenant.
Je monte dans ma chambre sans faire attention à lui. Je n'ai pas l'énergie de faire semblant. En m'allongeant sur mon lit, j'essuie rageusement mes larmes. À quoi bon pleurer ? Ça n'arrangera rien. Je me saisis de mon couteau et, avec violence cette fois, déchire ma peau ; cette phrase lancinante dans la tête : « Tu ne mérites pas d'être heureuse. » Je voudrais avoir encore plus mal, je voudrais tout oublier dans cette douleur, m'y noyer, y mourir. Souffrance, délice ! La vie me torture, ces gens, pourquoi font-ils ça ? Pourquoi m'avoir choisie comme souffre-douleur ?
C'est pas parce que t'es belle. C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. Qu'est-ce que t'es conne !
Hurlement. Je brûle. Mon corps pèse trop lourd, je m'écroule. Le couteau tombe par terre dans un bruit métallique. J'écarquille les yeux sans rien voir, j'ai mal, horriblement mal... Je ne ressens que de la douleur. Ma peau, mes muscles, mes os ? Douleur ! Douleur et uniquement douleur...

Lana, relève-toi. Je t'en supplie, relève-toi. Tu le peux. Tu es assez forte, n'est-ce pas ? Rappelle-toi, comment faire bouger tes jambes, comment inspirer de l'air, comment ouvrir la bouche pour parler. Lana, tu dois continuer. Tu es faite pour vivre. Pas forcément pour être heureuse, mais tu es née et tu dois finir ton existence. Tu as signé, Lana, en sortant du ventre de ta mère, et tu dois remplir ton contrat ! Vis encore Lana, même si ça fait mal et même si tu souffres. Un jour, peut-être, tu seras récompensée de tous tes efforts et de toutes tes peines. Ton corps et ton esprit seront réparés. Enfin, tu seras heureuse. Tu as vécu des choses terribles, Lana, mais tu peux surmonter tes souvenirs. Les fantômes des jours passés ne doivent pas hanter ton présent. Vis délivrée. Pourquoi t'encombrer ? Laisse tout tomber. Comment puis-je t'aider, Lana ? Je ne suis qu'un petit ange, si impuissant. Je ne peux que veiller sur toi et te conseiller. Te souffler des mots d'ailleurs à l'oreille. Il faut seulement m'écouter. Tu peux t'appuyer sur moi, Lana. Je peux tout supporter, à défaut de pouvoir tout empêcher. Sèche tes larmes, essuie le sang sur tes poignets et lève les yeux vers moi. Je suis là. Dans tes rêves. C'est pour cela qu'il faut rêver, Lana. Si petite et si grande, tu crois que tu ne vaux rien alors que tu es une petite étoile au milieu des nuits de leurs existences futiles. Bien sûr, tu es une futilité au milieu de futilités, mais une belle futilité. Certaines choses n'ont aucune utilité et c'est ce qui les rend belles. Tu ne sers à rien, Lana, à part à vivre, et pourtant, tu es si belle ! Laide aussi, bien sûr. Mais ton inutilité te sublime. Chaque être naît pour une raison particulière, pour être heureux, et toi ? Toi, tu es née pour souffrir. C'est ton destin, avoir mal. Il faut que tu l'acceptes. Les gens se servent de toi, ils font de ta vie un enfer, mais c'est normal : elle est faite pour ça, tu es faite pour ça. Ne désespère pas. Tout s'améliorera un jour. Puisque ta vie n'est pas qu'un fil grossier de laine qu'on coupera court avec des ciseaux rouillés. À la fin, tes années seront plus belles. De la soie et des ciseaux argentés pour les trancher, pour t'accorder un dernier soupir. Ça s'arrangera. Oh, Lana, Lana, ma pauvre Lana. Il faut que tu me croies. Je dis la vérité. Je ne sais pas dans combien de temps tu pourras te dire que tu es heureuse, mais c'est peut-être bientôt. Cela vaut le coup de continuer. Ne t'arrête surtout pas. Tu viens de tomber, il faut que tu te relèves. Il n'y a qu'une seule chose à faire, Lana : rêve. Lana, rêve.

c'est ce qui les rend belle => belles
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 5 Sep - 9:47

Ow, Cathy est adorable. On voit que, en plus du rêve, c'est une autre bouée de sauvetage pour Lana. Et je ne sais pas pourquoi, mais j'ai peur que cette bouée ne s'en aille et ne l'abandonne... 
L'ange gardien est toujours aussi doux et tristement réaliste à la fois. "C'est ton destin, d'avoir mal." C'est rude... Les événements s'enchaînent toujours plus vite...
J'attends la suite encore plus impatiemment 





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 5 Sep - 11:21

Eh eh, tu nous tiens toujours en haleine !

J'ai apprécié le procédé d'alternance entre les répliques de Michaël et les éléments du rêve Smile

Maze a écrit:
Est-il seulement possible d'éprouver quelque chose de plus terrible ? J'ai envie de hurler. La souffrance que j'éprouve est indescriptible.

Répétition de "éprouver" Smile

Maze a écrit:
Tu ne sers à rien à part à vivre

J'aime beaucoup cette phrase, elle est assez énigmatique mais elle a un fond que je trouve énormément positif malgré un début qui laisserait présager une certaine rudesse Smile

J'ai trouvé l'ange quand même un peu dur à la fin, je le voyais comme une figure plus rassurante quitte à être un peu trop optimiste.

Voilà, je suis contente d'avoir trouvé le temps de te commenter



 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 5 Sep - 13:54

Merci beaucoup à toutes les deux ! Smile

Rêves : J'espère que la suite te conviendra aussi Very Happy

Meredith : Corrigé Wink Et merci d'avoir trouvé le temps ^^ Courage ! Very Happy


Suiiiite (désolée j'ai eu du mal à couper ^^) :

Je rêve que je suis un squelette. Un simple squelette sans peau ni muscles ni yeux ni lèvres. Sans nerfs pour capter la douleur et sans cerveau pour l'interpréter. Je peux encore bouger, pourtant. Du bout de mes doigts sans chair, j'effleure mon crâne à nu. Si lisse. Si doux. Je caresse mes orbites creuses. C'est étonnant. Je ne vois rien, je crois. Je n'en suis pas sûre. Suis-je aveugle ? J'aimerais être privée de tous mes sens. Tant pis si cela me réduit à néant – je suis déjà un squelette. Je ne suis rien. Je ne suis pas. Quelle bonheur, n'être qu'une négation. Ne, pas. En morceaux. Je suis parcellaire, un rien parcellaire. Négation égarée, dispersée. Séparée par des mots hideux. Prisonnière, un peu. Le corps là, l'esprit ici : ailleurs. Je n'ai plus mal, je ne suis plus. Ne pas, ne plus, ne rien, ne jamais : je suis tout ça. Invisible, inexistante, présente dans l'absence. Je ne m'appelle pas, je ne vais pas, je n'ai pas mal. C'est absolument délicieux. Nier la vie sans mourir. C'est si bon... Ne pas. Lentement, se répéter : « Je n'existe pas. ».

Le temps passe. Un jour, et puis deux, et puis trois.

Cathy me fait promettre d'arrêter de me scarifier. Michaël se moque encore de moi. Malcolm et Nathan me harcèlent dans le bus. Mon père m'offre un CD que je n'écouterai jamais. Ma mère l'embrasse sur la joue quand il repart le samedi soir.

Et puis quatre, et puis cinq.

Réveil. Brutal.
J'ouvre les yeux, la lumière m'assaille. Des souvenirs, en vrac, que mon esprit me refourgue en urgence, comme s'ils étaient nécessaires. Aussitôt, la douleur. Je fais partie d'elle, elle est en moi. La sonnerie stridente de mon réveil lacère mes tympans. Je l'éteins, reprends mon souffle. Mardi. Je me lève, marionnette, et me traîne jusqu'à la salle de bain. Je me déshabille. Mon corps, si maigre, si plat. Frêle et cassant, comme du cristal. Je fais couler l'eau, brûlante pour avoir mal. Le jet passe sur mes blessures d'hier soir. Désolée, Cathy.
Face au miroir, toujours sous la douche, je détaille mon visage masculin. Posé sur mon corps de garçon fragile. Je suis un monstre. Résultat d'une addition inhumaine, d'un pluriel difforme. Assemblage d'enfant. Je suis affreuse ! Si laide, si laide... Douleur... Rêve, Lana !

Je rêve que je suis belle. Je rêve que, lorsque je croise mon reflet dans le miroir, je ressemble enfin à ma mère. Que j'ai ses longs cheveux bruns, ses grands yeux noisettes, sa bouche pulpeuse. Enfin, me regarder n'est plus un supplice et si je m'observe en détails, ce n'est pas pour traquer chacun de mes défauts mais pour admirer ma beauté nouvelle. Je suis magnifique. Transformée. Du bout des doigts, j'effleure ma peau à présent bronzée au teint uni. Si douce. De la soie. Et mes yeux ! Des pépites d'or y nagent. Mes cils, si longs, si noirs ! Mon nez adouci. Mon air si féminin. Je retire mes vêtements, contemplant ce corps nouveau. Mes jambes, longues, fines. Ma taille un peu plus large, tellement plus féminine. Mes seins, bien dessinés, arrondis. Mes poignets, vierges de toutes traces. Le corps que j'aurais voulu. Celui qui n'a pas été profané. Celui encore intact. Je contemple, mes doigts, mes membres, mes seins, mon ventre. Je suis belle.

Midi. Ça sonne. Je me lève comme un fantôme. Cathy s'approche de moi. Je lui souris. La douleur me mord sèchement. Je balance mon sac sur mon épaule, et nous nous dirigeons toutes les deux vers la sortie de la classe. La petite professeure d'anglais nous salue.
Dans le couloir, Cathy parle. J'écoute. J'essaie de ne pas me perdre dans un rêve. La douleur est présente. Moins forte qu'à certains moments, plus qu'à d'autres. Si vicieuse, cette douleur. Toujours là, tapie en moi.
Dans la queue du self, compressées, nous attendons patiemment. Pas en silence, Cathy parle. Toujours. J'aime bien. On se complète. Elle, sociable, souriante, enjouée, énergique. Moi, solitaire, maussade, pessimiste, faible. Elle fait attention à moi, à sa manière. Alors que nous nous installons à une table, elle me demande si je vais bien.
« Bien sûr. »
J'ai dû paraître un peu trop enjouée, puisqu'elle plante son regard dans le mien et déclare :
« Je ne te crois pas. »
Je souris amèrement. Impossible de lui mentir. Si Cathy parle tout le temps, elle sait aussi déceler chaque émotion de la personne qui l'écoute, chaque sensation.
« Tu devrais. »
Je hausse les épaules avec un petit rire. Nerveusement, je mordille mes lèvres. Je n'ai pas eu le temps de me maquiller, ce matin, et on s'est moqué de moi parce que je n'étais pas comme d'habitude. Il n'y a pas de logique, pas de véritable raison à leurs insultes : ils veulent simplement se défouler. Je suis la cible idéale. Laide et muette.
« Salut, Lana. »
Michaël. Sa voix grave et charmeuse. Cathy se raidit. Elle est sans doute partagée. Je me retourne lentement. Il est là, et derrière lui, quelques garçons de la classe, et ceux du bus. Une meute de loups, je suis leur proie. Je me prépare à mourir une énième fois sous leurs insultes. Je le salue sèchement, d'un signe de tête. Mon crâne semble peser une tonne. Quelques rires ébrouent l'assistance. Autant de flèches dans mon cœur.
« Tu dis pas bonjour ? »
Pourquoi répondre, si c'est pour leur offrir de nouvelles failles ? Je détourne les yeux.
« Toujours muette. »
Il se rapproche. Je peux entendre sa respiration et sentir son parfum. Il faut rêver, bien sûr, mais comment fait, quand la douleur étreint notre esprit, l'éteint ? Je ne peux que subir, consciente, et observer les fantômes qui dansent devant mes yeux. Cathy, calmement, rétorque :
« Laisse-nous tranquille. »
Nous. Comme si lorsqu'on m'insultait, elle souffrait avec moi. Je lui suis profondément reconnaissante de parler à ma place. Je ne peux rien dire, pas quand il est là. Michaël hausse les épaules. Il lui répond, avec une petite mimique :
« Comme tu voudras. »
Il s'efface dans une révérence moqueuse, suivi de ses amis. Cathy et lui échangent un regard, il hoche la tête, elle lui lance un regard moralisateur ; mais lui a déjà pardonné. Elle reporte son attention sur moi.
« Je lui parlerai, fait-elle en découpant sa pomme en quartiers. J'en ai assez qu'il joue comme ça avec toi. »
Je souris. Véritablement, je crois. Ça ne dure pas longtemps, mais Cathy semble comprendre que je lui ai offert le seul sourire réel que j'aie jamais esquissé en plusieurs semaines.
« C'est sans doute stupide comme question..., commence-t-elle, hésitante. Mais, pourquoi tu ne réussis pas à te défendre ? À lui répondre, au moins une fois ? »
Douleur. Je cherche une réponse correcte, une excuse qui pourrait fonctionner. Je dis simplement :
« Il a tous les droits. Et il pourrait se moquer de moi, encore. »
J'ai envie de lui révéler la vérité, soudain. D'enfin, me décharger de mon fardeau. Qu'elle m'ôte un peu de ce poids. Mais c'est impossible. Je suis bâillonnée. Je me suis tue, une seule fois. Cela m'a rendue muette à jamais. Je souris tristement. Je passe la main sur mes scarifications. Un peu rugueuses et je peux compter le nombre de traits. Un, deux, trois, quatre, cinq. J'en voudrais plus. Que mon bras en soit strié, depuis l'épaule jusqu'à la racine de mon poignet. Une douleur très légère m'électrise, pour se dissiper aussitôt. Je n'ai pas tenu ma promesse, Cathy.
Celle-ci n'ajoute rien. Nous sortons du self. Bientôt, ça sonne et nous allons en cours. Je m'installe au dernier rang, puisque nous ne sommes plus placés dans ce cours. Le professeur de français entre. Maigre, barbu, l’œil vif et papillonnant. Il pose sa sacoche de cuir brun abîmé sur le bureau et en sort un large classeur. Quelques chuchotements frémissent dans la salle, mais il suffit qu'il demande le silence pour qu'ils se figent. Je soupire. Je déteste cette matière. Elle me semble inutile. Il écrit au tableau :
La poésie romantique
Je hausse les sourcils. Je n'en ai jamais lue. Je soupire, persuadée que ça ne m'intéressera pas. Le professeur ne dit rien. Il nous laisse méditer le sujet. Puis, bondissant, il attrape mon regard inexpressif au vol et, d'une voix vibrante, clame :
« Lana ! »
Un nouveau soupir franchit mes lèvres. À côté de moi, Cathy sourit, amusée et compatissante.
« Monsieur ? »
Ses yeux scintillent au milieu de son visage ridé et terne.
« Que pensez-vous de ce sujet ? »
Je sens les regards posés sur moi, et pas seulement celui bienveillant de Cathy ou celui lumineux du professeur. Les yeux malsains de Michaël sont là, à même ma peau.
« Je ne sais pas.
- Si vous ne savez pas, inventez. »
Cela semble facile à faire ; peut-être est-ce comme le rêve. Pourtant je m'en sens incapable, trop faible et trop triste.
« Ça a l'air assez vieux. »
Il secoue la tête.
« Mauvaise réponse, Lana. La poésie est intemporelle. »
Il se détourne, et interroge quelqu'un d'autre. Sa phrase reste en suspens dans ma tête, tournoyante.

Je rêve que je danse avec elle. La poésie est intemporelle. La phrase est devenue une femme. Jeune, mais un millier d'années. Un visage lisse, épuré. Des yeux profonds. La femme possède une aura éclatante, je suis presque aveuglée. Ses mains sont douces, l'une posée sur ma taille, l'autre nouée à mes doigts. Ce n'est pas désagréable. Ça ne fait pas monter la douleur. Je lève les yeux vers les siens, nos regards se rencontrent. Ses iris changent de teintes, s'agitent, s'irisent. Comme celle de l'ange. Petit à petit, sa morphologie se modifie. Elle devient l'ange lui-même. L'ange, avec sa petite taille et ses yeux toujours aussi hypnotiques.

que je n'écouterais jamais => écouterai (dans « jamais » et « toujours » il y a un caractère définitif qui fait qu'on va utiliser du futur)
en quartier => quartiers (plusieurs dans une pomme)
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mer 9 Sep - 20:51

A un moment donné tu as écrit : "mais comment fait", je te laisse rectifier selon la formulation qui te convient le mieux entre "comment fait-on" et "comment faire" Smile

Le rêve de Lana qui se détaille devant le miroir est gênant et beau à la fois, comme de l'art contemporain ou des nus en peinture Smile

"La poésie est intemporelle"... On dirait que cette phrase du professeur a été rêvée quand elle est dans son contexte, et du coup j'adore

La suiiiite ! Wink



 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 10 Sep - 17:27

Oups, merci Wink
C'est bien que tu apprécies cette phrase je pense :3 Elle est un peu maîtresse de l'histoire en fait x) Mais ça n'a aucun seeens :')


Suite ! Very Happy

La sonnerie, et adieu les yeux. Je ramasse mes affaires. J'attends Cathy dans le couloir, et nous partons ensemble en espagnol.

Je rêve de l'ange.

Nous descendons les escaliers.

Nous tournoyons. La poésie est intemporelle.

Nous traversons la cour.

Notre danse aussi.

Nous entrons dans un autre bâtiment, puis dans la salle.

Est-ce une valse ?

Je m'assois. Michaël se glisse près de moi.

Ses yeux, si intenses.

Le cours commence. Michaël m'adresse la parole.

Comme un arc-en-ciel.

Je ne l'entends pas. Pourquoi écouterais-je ? Je suis en train de rêver.

La douleur n'est pas là. Elle déteste cet ange.

Les yeux de Michaël dans les miens. Un regard si futile, comparé à celui dans lequel je me noie.

Sommes-nous réellement deux, à cet instant ? Et pas une seule phrase ? La poésie est intemporelle.

Sa voix est rugueuse. Elle crisse contre mes tympans. Des insultes, je crois. Des moqueries, des petites piques. Et puis, toujours : « Tu es muette. »

L'ange n'a pas d'ailes. Seulement ce regard, pour le distinguer des autres. Et cette étincelle, aussi, ce rien qui fait tout.

Pourquoi écouter ? Pourquoi réveiller la douleur qui pour une fois me laisse tranquille ? Ce que Michaël dit n'a pas d'importance pour cette heure.

Est-il seulement une phrase ? C'est difficile à croire. Sommes-nous seulement une phrase...

J'écris sur mon cahier des mots que je ne comprends plus. Michaël s'essouffle. Sa voix devient floue.

La poésie est intemporelle. Continuons à danser. C'est si apaisant. Rêvons, rêvons encore.

Il faut écouter la professeure, mais je ne veux pas.

L'absence qui flotte autour de nous est somptueuse. Un silence comme je n'en avais jamais entendu.

Et si la sonnerie ne retentissait jamais ?

Rêve, Lana. Rêve.

Son strident. Il faut se lever.

Songe brisé.

Je ramasse mes affaires, émergeant lentement de ma danse. J'ai délaissé mon cavalier, je reviens à la réalité. Michaël me bouscule en partant. Douleur, comme quelque chose qui ne s'était pas produit depuis longtemps et qui refaisait surface. Je resserre mes bras autour de moi. Cathy me rejoint, me demande si ça va. Oui. J'ai encore devant les yeux le visage de l'ange. Nous sortons de la salle, et il se dissipe. C'était un rêve.

La fin des cours, toujours. Je m'installe dans le car. Les deux adolescents se placent juste derrière moi. Je fais semblant de rien, mais mon cœur se fige. Je fixe mon regard au loin, et observe les immeubles se succéder derrière la vitre sale. Il faut rêver, encore, mais je n'en ai plus la force. La danse m'a épuisée. Nathan, le garçon blond, me lance :
« Il paraît qu'il s'est passé un truc pour que tu sois comme ça.
- Ouais, un accident, renchérit Malcolm.
- Parce qu'on ne peut pas être naturellement comme toi. C'est pas possible. »
Ils ricanent. Nathan donne un coup dans mon siège. Je ne réagis pas.
« Du coup, tu veux pas nous raconter ? »
Je ne réponds pas. Je les ignore, mais ils ne sont pas stupides : ils savent que ça me touche. La douleur est acide, elle me ronge, grignote mes faibles résistances. Ses crocs s'enfoncent de plus en plus profondément en moi, elle déchire ma peau, mes muscles, arrache les organes et les déchiquette. J'ai horriblement mal, je laisse échapper un petit gémissement. J'ai envie qu'ils me laissent tranquille.
« Tu t'es fait battre ?
- Ton père est mort ? »
Chacune de leurs propositions est un coup de plus.
« Il s'est suicidé ? Ou il te frappait ? »
Je plaque mes mains sur mes oreilles. J'ai l'impression de brûler. Une souffrance, insupportable ; intolérable... Je voudrais hurler. Juste, hurler.
« Je sais ! Tu t'es fait violer ! » lance Malcolm, triomphant – assez fort pour que des gens se retournent.
Il faut qu'ils se taisent. Je ne peux pas en supporter plus. Je me lève, me tourne vers eux, tremblante, et crie :
« Vos gueules ! »
Mais, loin de les réduire au silence, mon cri les pousse à continuer.
« On a raison, alors ? »
Pourquoi font-ils ça ? La réponse vient d'elle-même : parce que je ne mérite pas de vivre. Ils me le font comprendre.
« Peut-être qu'elle a été adoptée... »
La douleur hulule. Elle déchire de ses serres tout ce qui me restait, et je me mets à pleurer. Ils hurlent de rire. Je me rassois, furieuse, et triste bien sûr. Ils se mettent à m'insulter, mais je ne réponds plus. Ça ne sert à rien, seulement à raviver leur haine. Les larmes coulent, silencieuses, et je me dégoûte. L'envie de me faire du mal me prend, et j'ai hâte d'arriver, simplement pour tracer, encore et encore, ces lignes rouges sur mon poignet. Dès que le bus s'arrête, je bondis de ma place et sors du véhicule, me précipitant chez moi. Je déteste pleurer, mais, inévitablement, les larmes rayent mes joues. Dès que je rentre à la maison, je m'enferme dans ma chambre et me laisse aller. Je ne peux que penser à ce que Malcolm et Nathan vont dire sur moi. La douleur s'intensifie. Je me tords dans mon lit, tentant de lui échapper, mais c'est impossible. Elle me tient prisonnière. Alors, je ferme les yeux et tente de trouver le sommeil. Juste, l'inconscience. Ne plus rien ressentir. Ne plus rien penser.

Ma mère entre dans ma chambre. Ça me réveille. Je garde les yeux fermés. Je l'entends me dire qu'il faut que je descende. Je bouge un peu. Je n'ai pas envie de subir ce repas et d'entendre ma mère parler. Je me lève. Nous descendons ensemble. Une fois à table, elle me parle des articles qu'elle a à rédiger. J'écoute. Je ne raconte pas ma journée : elle s'est résumée à des larmes et une danse. Le dîner, qui quand j'étais petite était très enjoué, est devenu un moment ennuyeux. Je reste placide. Rien à dire. Juste, faire attention à ce que dit ma mère, poser quelques questions pour qu'elle continue à parler. C'est si long...
Un temps indéfini plus tard, je peux remonter dans ma chambre et, enfin, reprendre mon couteau. Je pose la lame froide sur ma chair. Je n'ai pas peur. Ni peur d'avoir mal, ni peur de ce que les gens vont dire. Ce geste est devenu naturel, quotidien ; comme si je retrouvais une amie. J'enfonce la lame, d'abord, puis, dans un mouvement de scie, tente de faire couler le plus de sang possible. J'ai besoin de voir le liquide écarlate s'échapper de mon corps, comme si une partie de ma douleur s'en allait en même temps. Je ne pleure pas, je ne souris pas, je reste impassible face aux serpents, d'un rouge riche, qui rampent sur mon poignet. Peut-être est-ce pour prouver à Nathan que je ne verse pas de larmes lorsque je me scarifie ; suis-je aussi stupide ? Le sang goutte sur mes draps, y forme des jolis coquelicots. À l'affût du moindre bruit indiquant que ma mère s'approcherait de ma chambre, j'approfondis l'entaille par petits coups, des étincelles aiguës éclatent dans la blessure. Les veines bleues s'opposent au sang rouge. Contraste, violence. Lassée de creuser au même endroit, je cherche un espace libre sur ma peau, et recommence. Planter la lame, scier, approfondir. Sur l'autre entaille, le liquide fonce et se fige. Les arabesques qu'il a dessinées sèchent. La douleur se dissipe ici et revient là-bas. Je souris. C'est entier. Quelque chose d'absolu, dont je ne saurais dire si c'est du plaisir, de la douleur ou un rêve. Peut-être tout à la fois.
Je pose mon couteau, un peu plus tard, et regarde le sang couler. C'est magnifique. Je me couche et, les yeux fermés, me concentre sur la douleur qui picote mon poignet.

"...elle déchire ma peau, mes muscles, arrache les organes et les déchiquettent" => les déchiquette : le sujet est la douleur (remplacé par "elle"), qui ici est singulier.
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 10 Sep - 18:58

Owi, un nouveau chapitre  
J'aime bien le début, où on nage dans le flou avec Lana. J'adore la manière dont tu arrives à nous faire "vivre" ton roman à travers elle. Et surtout, on se rapproche de son passé. La suiite!! 
 (en ce qui concerne la correction, j'ai eu des soucis avec la mise en page et je n'arrive pas à mettre le cadre. J'ai corrigé ce passage:

"...elle déchire ma peau, mes muscles, arrache les organes et les déchiquettent" => les déchiquette : le sujet est la douleur (remplacé par "elle"), qui ici est singulier.


Bon, ça fait un cadre vert tout moche et tout vide que je n'arrive pas à enlever >_< désolée!

EDIT : Isku a tout arrangé, le cadre est joli et empli bien plus que de raison ~





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 10 Sep - 20:08

Oui, on le découvrira bientôt !
Merci, c'est corrigé Smile Et c'est pas grave Smile

Je poste la suite Smile

Je rêve que je suis dans le même couloir, le même jour, la même heure. L'ange se tient à côté de moi. Il dit, d'un ton infinitiel :
« Et si nous dansions ? »
Je souris – c'est une sensation étrange, et réponds que je ne peux pas, parce qu'aujourd'hui n'est pas un jour pour danser.
« Chaque jour est fait pour danser », proteste-t-il.
Je souris, plus tristement. Je sais que mon destin se trouve au bout du couloir, et qu'il ne prévoit pas que je danse avec un ange.
« Si je danse avec toi, je me réveillerai avant d'avoir accompli mon destin. »
Il hausse les épaules, et rétorque, d'un ton un peu déçu :
« Mais tu n'es pas obligée...
- Si. Un humain naît, pour accomplir son destin, pour vivre la vie qu'il doit mener. »
Il semble savoir quelque chose que je ne sais pas. Il a l'air de souffrir. Quelle vérité détient-il ? Soudain, il s'exclame, n'y tenant plus :
« Tu es née pour souffrir, Lana. Le voilà, ton destin ! Ton destin misérable est d'avoir mal, le plus mal possible, tout au long de ton existence. Tu vas pleurer, tu vas hurler. Tu vas aimer sans retour, tu vas voir les gens mourir sans mourir toi-même. Les dés sont déjà jetés, les cartes posées : je sais parfaitement quel sera ton destin. Tu peux seulement y échapper ici, et tu veux l'accomplir, même en rêve ? Ne fais pas ça, Lana. »
Je l'écoute, sans broncher. La nouvelle me semble trop irréelle pour être vraie. Surtout que cela n'est
qu'un rêve...

Je me réveille, tranquille, satisfaite de ne pas avoir fait de cauchemars, puis la douleur revient. Subite, atroce. Araignée, elle cabriole dans mon corps, tisse sa toile autour de mes organes, y plante ses mandibules. J'ai mal, comme d'habitude. Je sors difficilement de mon lit. La journée va être longue. Quel jour sommes-nous, encore ? J'ai envie qu'il finisse, quel qu'il soit. Je crois que nous sommes mercredi. Seulement quatre heures de cours, ça ira ? Sous la douche, je repense à mon rêve, à mon destin. À mon ange, aussi. Peut-être aurais-je dû danser, finalement.
Je fais mes devoirs tout en me séchant les cheveux. Je n'ai pas fait le français, hier, puisque j'avais trop mal. La poésie est intemporelle. Je l'ai écrite un peu partout dans mon classeur, sur les feuilles de cours, les polycopiés. C'est une phrase étoilée – de celles qui guident. Je sors mon crayon et réponds aux questions posées. Je crois que je commence à aimer cette matière. Des gouttes viennent étaler mes lettres d'encre, ce n'est plus lisible, mais je connais mes réponses. La poésie est intemporelle.
À l'arrêt de bus, Malcolm et Nathan sont déjà là. Ils me jettent un regard cruel, comme s'ils savaient déjà que j'allais pleurer. J'ai peur, mais j'avance sans rien montrer. Je m'adosse à la paroi vitrée. Je glisse mes mains dans mes poches. Ils s'approchent de moi, m'encadrent.
« Alors, le bébé, tu pleures plus ? »
Serrer les dents, baisser les yeux. Il faut que le bus arrive.
« Fais voir tes poignets. Je suis sûr que tu l'as refait.
- T'as encore essayé de te suicider. »
Étrangement, l'idée de mourir ne m'a jamais réellement effleurée. J'ai eu envie de disparaître, de ne plus rien ressentir, mais jamais de mourir.
Nathan saisit mon poignet gauche, un éclair de douleur me traverse. Je veux l'en empêcher, mais Malcolm bloque fermement mon autre bras. La souffrance, atroce, éclot. J'ai envie de hurler. Je me débats, tentant de donner un coup de pied, d'échapper à leur étreinte, mais Malcolm m'en empêche. Nathan retrousse ma manche. Les traits apparaissent, certains presque cicatrisés, d'autres, encore noirs de sang séché. Malcolm crache :
« Tu veux mourir ? »
Non.
« On peut te lyncher si tu veux, connasse. »
Si vous voulez. J'aurais mal. Mais qu'est-ce que cette douleur, comparée à celle qui me ronge continuellement ?
« Vous ne me faites pas peur », articulé-je.
Ils rient. Le car arrive, un coup dans le ventre, plus d'oxygène, et ils s'en vont. J'avance difficilement, gagne le bus et m'assois. Ils sont loin de moi. Je suffoque. Bruyamment, j'inspire de l'air sans en avoir l'impression. Les gens me regardent bizarrement, avec des petits sourires en coin. Je me sens horriblement mal. J'ai envie de hurler, mais mes poumons sont vides. J'entends Malcolm et Nathan s'esclaffer. Un coup de plus. Ils doivent se moquer de moi. Ne pas y faire attention... Il faut rêver.

Je rêve que j'arrive à respirer. Que je nage, dans un océan peu profond mais infini, et que, lorsque je remonte à la surface, je peux respirer à pleins poumons. Chaque gorgée d'air est plus belle que la dernière. Je fends l'eau, si facilement, sans aucun effort. Elle est chaude. Peut-être suis-je nue, ou en maillot de bain. Je ne sais pas vraiment, mais je me sens à l'aise dans mon propre corps, apaisée physiquement. J'avance, toujours, toujours. Sans me fatiguer. Aucune vague. Pas de vent. Juste la mer d'un bleu transparent. Nager, c'est un peu voler dans l'eau.

Assise en cours. À écouter. Attendant que ça sonne. À côté de moi, un garçon qui ne me parle pas. À quoi bon ? Allons rêver.

Je rêve, mais de quoi ? Il faut que je trouve. Je n'ai plus d'idées. Est-ce que l'ange va venir danser, si je l'invite ? N'est-il pas vexé que j'aie refusé, cette nuit, de valser avec lui ? La poésie est intemporelle.

Juste derrière moi, une fille me siffle des injures et se moque de moi avec son voisin. Je me mords la lèvre, je ne dois pas les écouter. Je voudrais être sourde. Aveugle, aussi, pour ne plus voir leurs regards méprisants dégouliner sur mon visage. Pour ne plus croiser leurs yeux... Je rentre ma tête dans mes épaules, pour exposer le moins possible de mon corps au regard scrutateur de la fille. Je tremble, je crois. Je n'arrive pas à m'évader dans mon monde, celui des rêves. Je suis prisonnière de la réalité. Je dois subir. Et puisque je n'ai aucun handicap, j'entends et je vois, j'écoute et je regarde, les insultes et les yeux rieurs. Je recopie le cours. La professeure est inintéressante. Je crois que nous sommes en anglais. La douleur est sourde, présente, tenace. Impossible à oublier. Je n'arrive pas à respirer ni à rêver.
Une boulette de papier atteint le haut de mon crâne. Je me retourne – pour quoi faire ? – et aperçois Michaël, un petit sourire sur le visage, qui me fixe. Je recommence à écrire, puis une deuxième, dans mon dos. L'épaule, ensuite. Le professeur a le dos tourné, son crayon glisse sur le tableau lisse et blanc. Dans la tête, une trousse, cette fois. Je me redresse. Ne rien laisser paraître. Je fige mes traits dans un masque de béton et d'acier. Ne pas bouger. Une seconde trousse vole et s'abat sur ma nuque. Je manque de flancher. Que celui qui n'a jamais péché jette la première trousse. Un garçon part d'un grand éclat de rire. La fille derrière moi pouffe et murmure que je l'ai mérité. La professeure se retourne, son double menton tremblotant.
« Que se passe-t-il ? »
Elle voit les sourires, elle voit les papiers chiffonnés par terre, elle voit les deux trousses. Elle ne voit pas, en revanche, mon visage véritable, celui qui pleure et qui hurle. Il regarde de tous côtés, son regard cherchant un coupable plutôt que des preuves. Je suis transparente. J'ai mal. Les gens me détestent. Comment penser ? Comment rêver... Je voudrais être cette jeune fille qui se recoiffe en cours, cette autre qui est brune et belle, celle-ci qui arbore un décolleté plongeant. N'importe qui, mais pas moi. Pas cette fille laide, seule, brisée.


Si je danse avec toi, je me réveillerais => réveillerai
que j'ai refusé => que j'aie
pourquoi faire => pour quoi faire ?
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 13 Sep - 7:44

Je commence à trouver la pression psychologique de ton texte de plus en plus difficile à supporter, mais c'est bien x)

Maze a écrit:
La poésie est intemporelle. Je l'ai écrite un peu partout dans mon classeur, sur les feuilles de cours, les polycopiés. C'est une phrase étoilée – de celles qui guident.

"Je l'ai écrite", je suppose que le sujet est "la phrase", mais il n'apparaît pas avant et on a l'impression qu'il s'agit de "la poésie", ça peut aussi faire un effet de style mais je préférais le signaler Smile

Maze a écrit:
Il regarde de tous côtés, son regard cherchant un coupable plutôt que des preuves.

Je crois que tu as hésité entre un professeur homme et femme et que tu as oublié de changer à un endroit Smile

Voilà, la suiiiite



 
Tout ce que j'écris
Est vain, ridicule et insignifiant.
Vain comme mon amour,
Ridicule comme mon ambition
Insignifiant comme mon existence.
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   

 
 

Lana rêve [TS] ou [M]

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