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 Lana rêve [TS] ou [M]
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Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 13 Sep - 15:32

Merci, j'ai corrigé Wink C'est vrai que ça me paraissait évident sur le moment mais c'est vrai que ça fait bizarre :')
Oui en effet x) Je me mélange un peu pour les professeurs, la plupart n'ont pas de sexe défini x)

La voilà !


La sonnerie. Cathy me rejoint, elle me murmure qu'elle est désolée. Je comprends et je la rassure pendant que nous sortons de la salle. Elle ne peut pas tout mettre en danger pour moi. Elle perdrait la confiance et l'amitié des gens. Sa vie deviendrait pareille à la mienne, un enfer. Petit enfer, enfer quand même.
La journée passe vite. Lorsque je remonte dans le car, je ne suis qu'un cadavre qui respire. Les morceaux de mon cœur brisé palpitent en solitaire. Je m'assois. Les deux garçons s'installent derrière moi. Ce sera plus amusant pour eux, un peu triste pour moi. Mais puisque ça fait leur bonheur... C'est le prix à payer, n'est-ce pas ? Je suis née pour souffrir. C'est ce que l'ange m'a dit mais, au fond de moi, je le savais depuis longtemps. Là pour satisfaire les besoins des autres, leur envie de faire du mal et leurs pulsions sadiques. Le bus démarre, les insultes fusent. Ils discutent, parlent de leur journée, commentent à voix haute mes vêtements – et surtout la bretelle qui dépasse. Une remarque cinglante, qui étirent leurs sourires cruels :
« Tu portes un soutif ? T'es sérieuse, t'en as même pas ! »
Tendres éclats de rire, morsure dans mon cœur flasque. Je rougis violemment, des gens se retournent. Mon corps se morcelle. La douleur revient. Terrible. Pire que tout, peut-être ? À part ce fameux soir, bien sûr. Ne pas y penser.
Trop tard.
Le bus s'arrête, je titube jusqu'à la sortie, trébuche dans les rues, me traîne devant ma maison. J'ouvre la porte. La douleur est horrible. Indescriptible. Le ventre tordu. Le cœur pressé dans le poing puissant de la vie. C'est une brûlure, peut-être ; ou une blessure profonde qui s'est infectée. Je suis pourrie de l'intérieur, je ne suis plus en vie. Ô, douleur ! Ô, souffrance ! J'escalade les escaliers. Je m'écroule dans ma chambre. À même le sol. Et puis, l'ange vient me chercher.

Je rêve – vraiment ? – que je suis dans ma chambre. Allongée. Dans mon lit je crois. Assis près de moi, l'ange me regarde. L'adjectif qui me vient est « tendrement », mais est-ce véritablement cela ? Il me lance joyeusement :
« Tu es enfin endormie. »
Je souris. C'est absurde, mais ne suis-je pas en train de rêver ?
« Pourquoi ne suis-je pas dans le couloir ? »
Petit sourire triste, celui des secrets et des destins dissimulés.
« Tu as failli y aller. Mais je t'ai amenée ici. J'ai pensé que ce serait mieux pour toi. »
Je hoche doucement la tête.
« Tu as bien fait. »
Ses yeux, envoûtants.
« Mais, reprend-il, quand tu reprendras conscience, je ne pourrais rien faire. Tu auras mal encore, et si jamais tu t'évanouis, si jamais tu t'endors, tu retourneras là-bas. Sans que je puisse te venir en aide. »
Ses propos me glacent. Mes doigts qui jouaient dans les plis des draps s'immobilisent. Je lève un regard interrogateur sur lui, allumée d'une étincelle de prière. Dis-moi que ce n'est pas vrai. Il soupire. Sa main s'avance, capture la mienne.
« Je suis désolé. Je ne suis qu'un petit ange. »
Je souris tristement, lui celant ma déception. Je me croyais invincible quand il était à mes côtés, me protégeant de la douleur, mais à présent, mon armure vient de se fendre. Je suis vulnérable et pourtant, sa présence futile me rassure.
« Ce n'est pas grave, petit ange. »
Il rit. J'ai peur de me réveiller. Je demande :
« Parle-moi de mon destin. »
Il hésite. Il ne veut pas me rendre triste.
« Ce n'est pas très amusant. »
Je secoue la tête ; c'est sans importance. Je veux savoir à quoi m'attendre.
« Tu n'es pas née sous une bonne étoile. »
Il ne veut pas continuer. D'une pression sur sa paume, je le pousse à le faire.
« Tu n'as pas fini d'avoir mal. Mais je serai là. J'agirai dès que j'en serais capable.
- C'est gentil. »
Ma souffrance sera éternelle. C'est étonnant. À présent que ma douleur est posée, étirée tout le long de ma vie, je ne suis plus dans l'espoir qu'elle s'arrête. Cela la rend moins éprouvante. L'espoir entretient une sorte de flamme, qui nous brûle quand ce qu'on attend ne se réalise pas, ajoutant de la douleur à la douleur.
« Il n'est plus temps de bavarder, Lana. »
Il a une manière agréable de prononcer mon prénom. Très douce. Basse, murmurée. Et le « a » final, qui se perd dans l'ombre des non-dits.
« Pourquoi ? »
Ma voix est plaintive. Je veux rester avec lui.
« Il faut danser. »
Il m'aide à me lever. Il me demande :
« Tu te souviens de la phrase ? »
Je secoue la tête.
« Évidemment. »
Pas besoin de la dire. Il se la rappelle aussi.
Nous valsons au son du silence.

Je reprends conscience. Il n'est même pas dix-huit heures. Je suis par terre. J'observe fixement les brins de moquette bleu pastel. C'est étonnant, le monde, vu d'ici. Je me relève prudemment, m'assois en tailleur. Il n'y a personne dans ma chambre. Je m'allonge sur mon lit. Je suis épuisée. La douleur explose en même temps que mes souvenirs. C'est atroce. J'ai besoin de quelque chose à quoi me retenir. Une main à serrer trop fort, un roc auquel m'agripper. Je m'étends sur mon lit et tente de respirer. J'ai l'impression qu'un étau enserre ma poitrine. Je ferme les yeux et me concentre sur mon souffle. Je le ralentis. J'ai l'impression de mourir et de revivre en même temps. C'est étrange. Quelques minutes plus tard, je me suis apaisée et même si la douleur est toujours horriblement présente, je suis capable de me lever et de travailler.
Des exercices sur les inéquations, encore. Quel intérêt ? Je soupire, sors ma calculatrice et me lance dans une aventure numérique, prête à recommencer des dizaines de fois jusqu'à trouver un résultat correct.
Ma mère m'appelle d'en bas. Je délaisse mon travail et, me levant doucement, je rejoins ma mère dans la cuisine.
Autour de table, elle me dit, enjouée :
« J'ai rencontré la mère de Cathy ! Elle parlait avec le père de Michaël, d'ailleurs. On a discuté tous les trois, c'était très agréable. »
Je hoche la tête. J'ai peur des questions qui vont venir.
« Tu parles un peu avec Michaël ? Vous vous entendez bien ? »
Mentir. C'est la seule manière.
« Ça va. »
Elle voit que je n'ai pas envie d'en parler et passe à un autre sujet de conversation. Je l'écoute à moitié. La douleur, toujours plus forte. J'ai envie de hurler. C'est atroce. Tenir mon masque, ne rien laisser paraître, me demande beaucoup d'efforts. Il me faut aussi combattre la douleur et ne pas perdre connaissance encore une fois. C'est terrible. Je parviens à articuler :
« Je n'ai plus faim et je suis un peu fatiguée. Je peux aller me coucher ? »
Ma mère est étonnée, mais elle accepte. Elle m'assure qu'elle peut se débrouiller seule pour une fois et qu'elle s'occupera de débarrasser. Je la remercie et retourne dans ma chambre. Mes exercices de mathématiques m'attendent sur le lit. Je les balaie d'un geste de la main. Je m'assois sur mon lit, sors le couteau de ma table de chevet et, sans attendre, fais couler le sang. La douleur aiguë s'étire dans mon bras, électrise mon échine. Je frissonne. C'est bien plus agréable que d'habitude. Je regarde le sang s'écouler. Je fais les mêmes gestes qu'avant. C'est délicieux. J'aime la couleur rouge, intense et profonde, du sang. J'aime le voir couler. S'enfuir. Comme si ma douleur, lâche, s'en allait avec lui. Mais ça n'atténue pas la souffrance qui me dévore. J'ai l'impression de mourir.


Il s'en rappelle aussi => se la rappelle
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 13 Sep - 18:33

(Merci pour le cadre Isku  )
Ça va vite, la danse s'accélère !
Je l'ai déjà dit mille fois mais comme je suis une emmerdeuse née  je veux le redire, je le redis, j'adore le personnage de l'ange. Il est à la fois présent et absent, et il trace une frontière assez floue entre le rêve et la réalité de ton texte. C'est terrible de sentir Lana s'échapper, mais lui, il est là pour la rattraper - à moitié. 
J'ai hâte de lire la suite  





La porte de nos rêves est celle de nos cauchemars.
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 13 Sep - 19:59

Eh oui, on approche du dénouement Wink
C'est super qu'il te plaise Very Happy Si tu as des idées pour l'améliorer, n'hésite pas Smile

La suite Smile
(C'est court mais c'est pour préserver l'effet de surprise et également parce que c'est là que s'arrête le chapitre dans la découpe que j'ai faite ^^ Désolée ^^)

Il est tard. Je suis épuisée, mais je ne dois pas dormir. Car si je m'endors, je vais cauchemarder. J'ai horriblement mal ; je n'en peux plus. Mon poignet est en sang, j'ai lacéré mes cuisses, et la douleur est omniprésente. Je n'en peux plus. J'ai l'impression de brûler à cause de mes souvenirs. C'est insupportable. Je n'en peux plus. Mes yeux se ferment seuls, et je ne sais plus qui je suis, ce que je fais. J'arrive à peine à ranger le couteau dans le tiroir de ma table de nuit. J'enlève mes habits, chancelante. En sous-vêtements, j'observe les entailles profondes. Le sang s'est à peine arrêté de couler. J'avance une main tremblante de fatigue vers mes blessures. Je trempe mon index dans le sang. Une vague de douleur, puis plus rien. Je retire mon doigt rougi, puis, sans être réellement consciente de ce que je fais, j'écris le mot « douleur » en lettres majuscules sur mon ventre. Puis, rechargeant mon crayon d'encre rouge, sur mon bras. Au besoin j'entaille de nouveau ma peau, partout, partout, tout ! Tout, plutôt que ça...
Bientôt, tout mon corps est couvert d'écritures sanglantes. Alors, j'enfile mon pyjama. Je m'allonge en espérant ne pas faire de cauchemars ; tout en sachant que c'est perdu d'avance. La souffrance est telle que je ne l'ai jamais connue, à son paroxysme, originelle. Puisque ça fait deux ans, aujourd'hui.
À ce souvenir, tout se brise.
Folle à lier. La douleur s'empare de mon corps. Elle l'envahit, je me tords sous mes draps, je lacère ma peau de mes ongles pour faire sortir ce corps étranger, je me cabre violemment, mes os craquent, ma bouche exhale des gémissements spectraux, la souffrance est inimaginable, intense, surnaturelle. Mon poignet me brûle. Le bas de mon ventre s'est enflammé. Je pousse un faible cri, qui ne représente rien de ma souffrance. J'ai mal ! Hurlement. Hurlement, encore. Je n'en peux plus, c'est insupportable ! Mon corps va exploser. Je vais mourir.
Et avant, cauchemarder.
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 24 Sep - 19:16

En fait je n'écoute pas Lady Gaga mais elle a sorti une chanson récemment et je trouve que c'est une coïncidence mignonne :3
Du coup je poste la suite Very Happy (qui n'est pas très mignonne :3)


Je rêve que je suis dans le couloir. La lumière décline et fait briller la poussière. Les carreaux sont jaunes et bruns, les fenêtres sont sales. À ma gauche, des portes marrons en mauvais état, des poignées rouillées. Je me retourne, cherchant l'ange. Il n'est pas là. Je m'attends à éprouver une souffrance intense, mais rien ne se produit. Un sentiment de normalité s'empare de mon être. Le petit ange n'était pas avec moi ce jour-là. Je lève la tête. Au fond du couloir, la silhouette massive. Je me demande qui c'est. Michaël, je crois. Il me fait signe, me lance :
« Lana, tu peux venir ? »
Je reconnais sa voix grave. J'hésite. Il n'est pas comme ça d'habitude. Il m'ignore, comme tous les autres.
« Viens, tu peux me faire confiance, non ? »
Il veut sans doute me demander quelque chose pour un quelconque travail en mathématiques ou en anglais. Je m'avance. Le trajet est long – quelques secondes, je suis gênée – une sorte de malaise s'empare de moi. Je sais qu'il me regarde, qu'il m'observe. Il me lance, moqueur, quand j'arrive à sa hauteur :
« Pourquoi t'es toute rouge ? »
Je ne réponds pas, lève les yeux au ciel. Il me demande ce que je fais ici.
« J'ai oublié un livre dans cette salle, je crois. »
Il hoche la tête : il s'en moque éperdument. Nous entrons dans la salle déserte. Des bureaux de bois, le tableau mal effacé. L'estrade qui grince. J'aperçois mon livre sur une table. J'ai toujours ce sentiment désagréable de gêne. Je jette, prétendument désinvolte, à Michaël :
« Qu'est-ce que tu voulais, du coup ? »
J'entends du bruit, il ne répond pas. Il m'ignore. Je range le livre dans mon sac. Michaël me propose de rentrer ensemble. Je ne comprends pas d'où vient cette gentillesse – ou du moins, cette considération – à mon égard, mais j'accepte.
Alors que nous allons sortir de la salle, il m'envoie un coup de poing dans la tempe. Assez puissant pour que je tombe par terre et que je ne puisse pas me lever, totalement déséquilibrée. J'ai mal, le coup résonne dans mon crâne. Je reste prostrée le temps de reprendre mes esprits, il me lance :
« Bouge pas. »
Il s'agenouille en face de moi. La tête dans les mains, le coude sur le genou et la jambe tordue, je ne comprends pas. Je ne parviens pas à parler. Il me renverse sur le dos et m'immobilise. Ses mains sont des serres. Je réussis à crier :
« Arrête ! »
Vains mots. Son visage est si près du mien. Ses lèvres mordent ma bouche, sa langue s'enroule autour de la mienne comme un serpent. Il me dérobe mon propre corps. Ses grandes mains agrippent mon tee-shirt. La douleur prend naissance en moi, d'abord terreur. Je tente de repousser Michaël et ne parviens qu'à m'affaiblir. Il baisse mon pantalon – la honte qui m'envahit est indescriptible. Elle me possède littéralement. J'ai l'impression que l'horreur et la honte s'unissent pour ne former qu'une sensation inconnue et terrible. Je veux crier de nouveau, il me fait taire d'un coup de poing. Douleur si faible et si forte.
« Ta gueule. »
Je lutte encore, tente de le frapper, je pousse sur mes maigres bras pour éloigner son torse. Les larmes me viennent aux yeux. Je les ferme, je tente encore une fois de l'empêcher mais c'est impossible : je n'ai pas assez de forces. Je laisse échapper une plainte sourde. J'ai si mal ! Ses mains vont et viennent sur ma peau.
« Obéis. » crache-t-il.
Il a simplement baissé son pantalon. Je suis terrorisée. Il ne peut pas faire ça ! Pourquoi moi, moi qui suis si laide et si masculine ? Pourquoi pas une autre plus jolie ?
La douleur qui explose dans mon bas-ventre annihile toute pensée rationnelle de mon cerveau. C'est insensé. La sensation la plus terrible de toute ma petite vie, je veux crier hurler crier encore. On me viole. On me force à procurer du plaisir. Est-ce cela la définition ? J'ai mal ! Quelqu'un ! Que quelqu'un m'aide ! Que la porte se rouvre pour me secourir… Quelqu'un pour arrêter ce supplice ! Les larmes roulent silencieusement sur mes joues tandis qu'il continue de me transmettre cette douleur lancinante par des va-et-vient incendiaires.
L'une de ses mains passe dans mes cheveux, il murmure dans un râle :
« J'voudrais qu'tes cheveux soient plus longs. »
Je veux crier, mais j'ai peur de la douleur, la douleur qui est déjà là de toutes manières, là, nichée en moi, son corps qui me brutalise, qui me détruis, qui vole, qui me viole. J'ai mal ! Mal mal mal. Mal au corps, mal à l'esprit. Je me débats, la douleur est toujours là, je ne peux pas m'y soustraire.
Combien de temps ? Combien de temps, les mains sur ma peau, Michaël sur moi, nos corps mêlés sans mon accord ? Combien de temps, à ne rien dire, à se contenter de souffrir en silence, puisqu'on n'a pas d'autres solutions ? Combien de temps lui qui prend plaisir et moi qui veux partir ? Combien de temps ! Ses doigts comme des griffes qui déchirent ma peau ! Lui qui implante la douleur et la honte dans mon corps pour toujours ! Combien combien combien ? Et combien voulez-vous pour que ça cesse ?
Une fois cette durée infinie écoulée, une fois qu'il m'a laissée prostrée sur le carrelage froid, une fois qu'il s'est mis debout, avec son pantalon taille basse et son tee-shirt à la mode, il me regarde, éclate de rire, et me jette :
« C'est pas parce que t'es belle, hein. C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. T'es conne ! »
Je me déteste. Il s'approche de moi, effleure ma jambe en sachant que sa douceur sera plus terrible que sa violence.
« Tu diras rien. Je te fais confiance. »
Il me dégoûte et je me dégoûte.
Il sort, me laissant en morceaux sur le carrelage, l'esprit fuyant le corps, le corps se fuyant lui-même. La porte claque.

moi qui veut => veux
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Ven 25 Sep - 16:19

Est ce que par hasard ce passage représente ce que Lana a déjà vécu, mais avec Michaël pour antagoniste? Ça serait très intéressant Smile 
On voit que la fin est proche, que la douleur physique de Lana augmente en même temps que sa douleur mentale. J'ai hâte de lire la suite. 
Isku in love





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Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 1 Oct - 18:48

Hélas non, ce n'est pas aussi subtil que ça :') Je ne veux pas parler de problèmes incestueux ou autres mais plus de ce qui peut arriver dans l'univers du lycée/collège, parce que Lana a déjà des difficultés dans sa famille. Enfin voilà je sais pas trop pourquoi mais je préfère que ce soit Michaël :') Parce qu'il y a déjà des choses magnifiques qui ont été réalisées sur l'inceste Very Happy
Donc voilà à partir de maintenant c'est très bizarre x)

Lorsque je reprends connaissance, je suis allongée dans un lit d'hôpital. Il y a un autre lit à côté de moi, vide et fait au carré. Par la fenêtre, une ville autre que la mienne sommeille. Le mobilier est neutre. Il y a une porte, qui mène sans doute à la salle de bain. Des néons éclairent stablement la pièce. Sous leur lumière blanche, tout est épuré. Les couleurs – bleu pastel et saumon – de la chambre sont apaisantes.
Des souvenirs me reviennent. La difficulté à respirer, la douleur qui étreignait mon cœur et mon ventre. Les rêves. Michaël. Aussitôt, des milliers d'aiguilles s'enfoncent dans ma peau. Je pousse un cri. C'est intense, puis ça disparaît, et ça revient, pour s'atténuer un peu et se stabiliser : la douleur comme des vagues. Je me cambre brutalement, tentant de chasser la souffrance. Je n'y parviens pas. Des larmes de rage et d'impuissance dévalent mes joues, je crie encore. C'est effroyable. Ma colonne vertébrale est en flammes. Mon ventre voudrait hurler.
La porte s'ouvre à la volée. Deux infirmiers, vêtus de blouses blanches, débarquent et s'approchent de moi, avec des questions et un ton alarmé :
« Où est-ce que tu as mal ? »
Partout ! Mon corps entier n'est que douleur, et mon esprit le sera bientôt. J'éructe :
« Par... tout.
- Tu arrives à respirer ? »
C'est difficile. Je cherche l'oxygène, désespérément, tirant sur mon cou pour aller plus haut, plus haut pour un peu d'air. J'ai mal ! Mes larmes redoublent.
« Essaie de te détendre. On va chercher des anti-douleurs. Ça va aller. »
Je suis les conseils de la voix douce. Je reprends conscience de mes muscles, tente de les relâcher. Tout de suite, respirer devient plus facile. La douleur revient à l'attaque, plus férocement. J'ai encore la force de pousser un cri, je me débats. On me plaque au sol pour que je ne me fasse pas mal. C'est terrible, d'avoir conscience de tout et de ne pas pouvoir agir. Les mains agrippent mes poignets pour m'allonger, je hurle, trop de mauvais souvenirs, trop de rêves, une petite douleur pour rappeler mes scarifications.
Je veux perdre connaissance, absolument. Je n'en peux plus. Mais si je sombre de nouveau, je vais faire encore un rêve.

Tiens bon, Lana. Tout va bien se passer. Il faut que tu oublies la douleur. Il faut que tu te concentres sur autre chose. Oublie, les rêves, les souvenirs, les souffrances. Ne te concentre pas là-dessus. Ce n'est pas important. J'ai peur pour toi, Lana. Je me déteste pour ne pas réussir à changer ton destin. Mais je ne suis qu'un petit ange, comment inverser le cours du temps ? Je veux un avenir somptueux pour toi, Lana. Je veux un bon métier, un mari aimant, des enfants enfantins. Je veux du beau temps tous les jours derrière les rideaux, du chocolat dans le placard, la lumière du soleil tous les matins, la rosée dans l'herbe et le givre dès qu'il fait un peu froid, le parfum de la peinture, des automnes à n'en plus finir. C'est ainsi que je voudrais que tu vives. Avec tous ces petits plaisirs qui ne sont rien mais qui font tout. Tu mérites ces petites choses. C'est minuscule, mais important. Apprends à les reconnaître, à les apprécier. Si tu ne le fais pas maintenant, tu ne pourras plus jamais y arriver. Tu es malheureuse. Tu as mal, constamment. Ces choses futiles estompent la douleur. Il faut que tu acceptes le bonheur. Tu en es digne, crois-moi. Bien plus que certaines personnes. Tu aurais dû avoir une belle vie. Tu n'es pas une mauvaise personne, tu en avais le droit. Mais les étoiles en ont décidé autrement. Dans leur danse insensée, elles t'ont jetée hors de la ronde. Tu erres. Je devrais pouvoir te faire revenir dans leur chorégraphie d'astres, mais les étoiles sont plus puissantes que les anges, puisqu'elles le font le bien et le mal. Piètre adversaire, que celui qui combat pour le bien. Ridicule, celui qui répand le mal. Un pied dans les deux camps, on est sûr de gagner. Les étoiles ne trahissent pas l'un ou l'autre : elles se contentent de soutenir les deux partis. Quelles fines stratèges, intrigantes metteuses en scène. Elles parviennent toujours à leurs fins – mais quels sont les buts des étoiles ?
Il faut continuer à valser, Lana, et un jour tu ne danseras plus avec moi, mais avec elles.

Je rêve que je suis Michaël. Je suis au bout du couloir, et j'aperçois une fille qui rentre dans le bâtiment, l'air perdu. Je ne la trouve pas particulièrement belle – mais pas forcément laide. Disons, pas repoussante. C'est Lana. Une fille discrète, un peu timide, qui ne parle pas. Je savais qu'elle viendrait. Je la hèle, elle tourne la tête, hésite à venir vers moi, puis elle s'avance. Elle a des yeux bleus et durs, des cheveux courts comme les garçons, des taches de rousseur. Quasiment pas de poitrine. Je laisse un sourire amusé se dessiner sur mes lèvres. Les siennes sont d'un rouge vif. Ça m'aide à la voir comme une femme. Je lui lance, moqueur :
« Pourquoi t'es toute rouge ? »
Elle lève les yeux au ciel. Je souris un peu plus largement. Nous entrons dans la salle. Je la regarde s'avancer vers une table où se trouve son livre. Je détaille sa silhouette, de dos cette fois : des épaules pointues, un bassin peu large, des jambes longues et très fines. Sa nuque est dégagée. Je peux voir les vertèbres tendre la peau translucide. Il faut que je la trouve belle. Elle range le livre dans son sac. Elle me demande ce que je fais ici. Je ne réponds pas. Je l'observe bouger, se mouvoir, aérienne. Marchera-t-elle encore comme ça, après ? Elle va sortir, mais je referme la porte. Elle n'a pas le temps de protester : je la renverse sur le sol et l'immobilise. Elle veut crier, je la fais taire d'un coup de poing. Mes phalanges contre sa mâchoire. Lana est terrifiée, ça se voit sur son visage. Elle tente de me repousser, je souris : elle a tant d'espoir. Elle est si frêle ! Comment peut-elle croire qu'elle a un moyen de prendre le dessus sur moi ? Je me penche sur elle et l'embrasse. Elle doit comprendre que je suis bien plus fort qu'elle. Je goûte sur ses lèvres la saveur de la peur. Je retire facilement son tee-shirt. Elle porte un soutien-gorge noir. Elle lutte encore, je la frappe de nouveau. Je baisse son pantalon. Elle a honte, je crois. C'est tellement amusant de la torturer ainsi.
Son corps est étonnant. Ainsi dénudée, elle paraît plus vulnérable, mais également plus puissante. C'est une impression dérangeante. Je l'empêche de se cacher. Je la veux en mon pouvoir, lui faire du mal. Je veux m'imposer et montrer que je peux avoir tout ce que je veux. Voilà, Lana ! Je te voulais, je t'ai.
La sensation est étonnante. Elle veut crier, je la fais taire. Elle a terriblement mal, ça se sent. Ma contre sa peau. C'est plaisant. Je la domine.
Est-ce que j'avais envie d'elle ? Je la voulais certainement. Envie de Lana ? C'est une idée amusante, à la limite de l'absurde. Envie d'elle, de cette fille dénuée de beauté, squelettique et masculine ? Plus je l'observe, tout en douleur et en pleurs, plus je la trouve jolie pourtant – d'une certaine manière. Encore timidement magnifique. Son corps maigre qui lui donne l'air d'un esprit décharné colle soudainement avec son âme à vif. Il lui manquait sans doute, pour être belle, d'être uniforme : torturée spirituellement et physiquement. Voilà, Lana, je t'offre la beauté à présent et tu ne peux pas la refuser. Tu ne peux pas t'échapper ! Non, elle ne peut pas s'échapper, Lana. Elle est trop faible. Comment voudrait-elle me repousser, avec ses bras si fins ? Je pourrais les briser si je le voulais. Elle n'est rien, Lana ; juste un objet. Besoin de prouver quelque chose, besoin d'éprouver quelque chose. Je ne sais plus.
Lorsque j'ai fini, lorsque je ne veux plus d'elle, je remonte mon pantalon et remets ma ceinture. Je soupire. Elle n'est rien ! Déjà pas grand-chose au départ, la voilà roulée en boule sur le carrelage sale, fripée et vulnérable, sanglotant, gémissant. Je lui jette, comme pour l'achever :
« C'est pas parce que t'es belle, hein. C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. T'es conne ! »
Je m'agenouille auprès d'elle et effleure sa jambe. Je voudrais lui dire qu'elle est plus jolie, maintenant, mais je murmure :
« Tu diras rien. Je te fais confiance. »
Une petite chose, un animal blessé. Meurtrie, Lana. Brisée, Lana. Au revoir, Lana.
Je m'en vais. La porte claque.
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 13 Oct - 18:33

Ne crois surtout pas que je t'ai abandonnée, me voilà !

Dans ton antépénultième (#prepalettresj'melapète) post, j'ai pensé à une exorcision. Ce n'est pas constructif, mais je voulais partager cette image qui m'a secouée. Je trouve ça toujours horrible dans les films quand quelqu'un semble possédé par un corps étranger et cherche à l'en faire sortir (et non, je n'aime pas les films d'horreur, sauf si l'intrigue est vraiment intéressante, ce qui est rarement le cas).

Avant dernier post : j'avais raison ! Du coup, je dois admettre qu'à la fin je n'attendais plus qu'une confirmation et comme j'étais sûre de moi je trouvais que c'était un peu long. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de synthétiser pour autant, dans un sens c'est le fait que les choses traînent qui est insupportable (dans le sens qui sert la diégèse le récit).

Je reviens sur le contenu de la scène de viol plus tard, pour la comparer avec ton dernier post.

Petit point négatif de la forme ici : « Douleur si faible et si forte. » => Je n'aime pas trop, je ne comprends pas vraiment ce que ça veut dire et même en admettant que ce soit une douleur physiquement moindre en comparaison au trouble psychologique (?), je ne trouve pas que ce soit très joli. C'est vraiment bien argumenté dites donc ^^

« Pas d'autres solutions » => J'aurais naturellement mis au singulier, ça valorise l'absence d'échappatoire, mais je te laisse décider.

« Et combien voulez-vous pour que ça cesse ? » => Magnifique, le lecteur est surpris en flagrant délit de voyeurisme et Lana nous fait remarquer « Eh, qu'est-ce que tu fais, tu me regardes me faire violer ? Qu'est-ce qu'il te faut pour arrêter de lire ? »

Concernant le dernier post : j'adore le discours de l'ange, c'est une jolie capture d'images et je t'en félicite parce que c'est simplement beau. J'aime en particulier le paronomase « Enfants enfantins ». Je trouve qu'il est porteur de beaucoup de sens.

« Je rêve que je suis Michaël. » => Brillant. Juste brillant. Cette phrase vient briser le discours de l'ange et je crois qu'elle est le comble de l'horreur. Pour le lecteur, cela signifie vivre deux fois cette scène sous deux angles différents. Pour Lana c'est une identification à la cause de son mal, ce qui est... atroce.

Pour commenter cette fameuse scène de viol, je dois dire qu'elle me dérange, sans doute parce que je n'y crois pas. Je suis peut-être naïve, mais je ne pense pas qu'un violeur soit aussi cruel que ça, surtout si jeune.

Voici pour moi les différents états d'esprits possibles pour Michael :
1) Lana est pour lui un objet de fascination unique, il la désire elle et seulement elle depuis longtemps. Cela semble peu probable. Toutefois, si tel est la solution choisie, Michael ne doit éprouver pour Lana que de l'amour, amour égoïste et violent, certes, mais bien présent. Il ne comprend pas pourquoi elle se dérobe à lui si il la désire à ce point.
2) Michael est désespérément en manque (ce qui paraît être la solution que tu as choisie) et il saute sur tout ce qui bouge, même cette fille qu'il ne trouve pas particulièrement désirable. Dans ce cas là, je pense qu'il faut plus insister (surtout dans la deuxième reprise de la scène) sur ce sentiment de manque. Je pense que Lana gagnerait à être décrite encore plus comme un bout de viande et les pensées de Michael à être vraiment obscènes. Dans ce cas de figure, il ne peut pas se moquer d'elle aussi ouvertement. C'est une bête, il n'a pas à lui lancer des petites piques pour en rajouter. Ce qui me semble étrange c'est que Michael a l'air plutôt populaire et comme Lana le dit elle-même, il aurait pu en prendre une autre plus jolie. Je perçois que Michael est attiré d'une certaine façon par Lana, mais qu'il n'arrive pas à se l'admettre. Cette piste doit être plus explicite à mon avis.
3) Michael ne ressent pas particulièrement de manque, seulement c'est une sensation physique (ou visuelle ?) qui déclenche tout. Elle le frôle en passant, il voit une jupe trop courte et se demande "Comment c'est en dessous ?", il doit vraiment être échauffé et devenir la victime : elle n'avait qu'à pas provoquer ses sens, elle en paye le prix, ce n'est que justice.

Dans tous les cas :
- Il me semble étrange que Michael ait "prémédité" son viol comme le suggère la phrase "Je savais qu'elle viendrait".
- Je ne pense pas que quelqu'un qui vient de violer une femme se mette à la provoquer, sauf si c'est une femme qu'il connaît bien et qui occupe une place particulière dans ses fantasmes (donc le premier des trois cas) ou en étant un vrai psychopathe, et c'est vrai que j'ai écarté un peu vite cette possibilité peut-être trop dérangeante pour moi. A mon avis, après avoir violé une femme, la réaction est plutôt, passé le soulagement immédiat, une forme de crainte de se faire prendre. Cette crainte peut effectivement expliquer qu'il cherche à lui faire peur, mais dans ce cas ses doutes devraient être mieux mis en valeur.

Voilà, un peu dur mais je voulais que ce soit complet :3
N'hésite pas à profiter des vacances pour poster la suite Wink

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 13 Oct - 19:26

Merci beaucoup pour ton commentaire ! C'est super, je te remercie vraiment pour tous tes conseils Smile C'est gentil de m'aider à mieux cerner les choses - oui parce que c'est un peu brouillon en fait ^^ Donc merci Smile Et j'ai la flemme de répondre à tout mais c'est aussi pour chaque détail que tu as pointés Very Happy
En fait ça m'agace pas mal parce que je n'arrive pas vraiment à bien définir le personnage de Michaël. Je sais simplement qu'il a besoin de faire du mal aux autres pour se sentir bien dans sa peau ; qu'il a en effet une sorte de fascination pour Lana qu'il n'admet pas ; qu'il a subi des violences physiques étant petit ; et le plus étrange : qu'il veut pousser le plus loin possible le pouvoir et la violence qu'il exerce sur Lana - et un viol semblait être une "apothéose" ^^
Je suis en train d'écrire une suite à Lana rêve, dans laquelle je donne plus d'informations sur Michaël, mais il reste assez flou dans cette partie et je ne sais plus comment en introduire assez sur lui pour comprendre ce viol. Voilà x) Bon je n'ai certainement pas dit tout ce que je voulais mais j'en dirais plus un autre jour ^^
C'est sympa d'avoir trouvé le temps de répondre aussi Very Happy Et encore merci de me permettre de me replonger dans tout ça Wink
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 18 Oct - 19:09

S'il y a des conseils pour mieux appliquer les conseils de Meredith je suis preneuse Smile


Je rêve que je baigne dans une lumière dorée malgré la poussière. Il y a un jeune garçon au bout du couloir dans lequel je me trouve. Il m'appelle :
« Lana, tu peux venir ? »
Est-ce que c'est moi, Lana ? Qui est cette personne ? Je la rejoins en quête de réponses. Je remarque son regard posé sur moi. Il me détaille, c'est malsain. Je ne pense pas être belle. Nous entrons dans la salle. Elle est assez spacieuse. Il y a un livre sur un bureau, au fond. Le sol est sale. Il y a des papiers par terre. Le bureau du professeur, sur l'estrade, est couvert d'écritures diverses. Le tableau a été mal effacé, on devine les ombres des cours passés. La personne – grande, puissante – est toujours derrière moi. Je m'avance vers le livre, pour voir de quoi il s'agit. Je l'ouvre, découvre mon prénom à l'intérieur. Il est sans doute à moi, je le range dans mon sac. Je lui demande pourquoi il est ici mais il ne répond pas. Je trouve qu'il est puéril de m'ignorer ainsi, mais je n'ajoute rien. Alors que nous allons sortir de la pièce, il me frappe violemment à la tempe – assez pour m'étourdir. Je perds l'équilibre et m'écroule. Il me plaque contre le sol sale. Je me débats tandis qu'il m'écrase ; je hurle sans m'entendre, il me fait taire d'un coup de poing. Il m'embrasse avec violence, sans affection, simplement pour imiter les pornos. Il me retire mon tee-shirt, baisse mon pantalon. La brutalité qui s'échappe de ses gestes me dévore. Qui est-il ? Qui suis-je ? Je découvre mon corps en même temps que lui. Je ne peux m'empêcher de pleurer. Il me frappe quand je fais trop de bruit. Il s'immisce en moi comme il m'a embrassée : sans amour, pour la sensation de posséder physiquement quelqu'un. Le crime est commis en quelques minutes de torture infinie. Je ne suis bientôt plus qu'un petit tas recroquevillé, sanglotant, endolori. Il rajuste son pantalon, me jette un regard méprisant – terni par la peur que je le dénonce.
« C'est pas parce que t'es belle, hein. C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. T'es conne ! »
Sa voix est dure. Plus une once d'hypocrisie. Rien que le mépris qu'il ressent et cette insanité.
« Tu diras rien. Je te fais confiance. »
Idiot, tu as arraché la langue de Lana – est-ce vraiment moi ? Un petit sourire qui traîne sur son visage, comme une faute d'orthographe. Sa main passe sur ce corps qui est devenu sien. Il ne s'attarde pas et sort. J'aurais voulu ne pas être cette fille. La porte claque.

Encore, reprendre conscience est douloureux. Je sens la souffrance qui sommeille en moi. Pas encore réveillée, mais ça ne saurait tarder. Je sens le drap doux sous mes doigts. Son poids sur mes jambes. Le moelleux de l'oreiller qui soutient ma tête. La chaleur. Il y a un peu d'automne, ici. Seulement, il faut fermer les yeux.
Lorsque je les ouvre, je découvre le drap rigide, froid, les murs anonymes, le mobilier laid. L'automne, avec ses feuilles mortes craquantes et ses gros pulls de laine douce, disparaît ; envolé. Il faudrait rêver pour le faire revenir. Mais rêver, c'est s'endormir ensuite, et s'endormir, c'est cauchemarder. Mon rêve me revient brutalement en mémoire, et je pousse un cri. La douleur ouvre les yeux, sort les griffes.
Je suis sa proie. Elle m'a repérée. Pour lui échapper, il faut rêver. Puis s'endormir et faire des cauchemars.
Maudite ronde dont je suis captive...

Je rêve que je n'ai pas mal et que je ne m'endors pas, tout en sachant que c'est illusoire et que le sommeil viendra me chercher, m'emmènera de force avec lui et me violera – encore.

Je rêve que je suis dans un couloir, avec des carreaux jaunes sales. Lumière de fin de l'après-midi. À côté moi, il y a une fille maigre, aux cheveux courts, au visage fin dévoré par de grands yeux bleus-gris et des taches de rousseur. Une silhouette à la large carrure la hèle. Elle hésite puis la rejoint. Intriguée, je la suis. Je me demande qui sont ces gens et ce que je fais ici. Quand j'arrive près du garçon, je peux le détailler de plus près. Il est plutôt beau, avec son regard sombre et ses cheveux blonds coiffés à la mode. Il est musclé, massif. Sa présence est magnétique : on se sent obligé de venir à lui. Les deux jeunes personnes ne semblent pas se rendre compte de ma présence. Le garçon lance, moqueur :
« Pourquoi t'es toute rouge ? »
Elle lève les yeux au ciel. Cela semble lui demander un certain effort. Le garçon la regarde étrangement. Je les suis dans la salle. La jeune fille – ses jambes sont si hautes et si fines ! – va chercher un livre posé sur un bureau. Le regard de l'adolescent devient obscène. Il la détaille, lubrique. Elle glisse le manuel dans son sac et se dirige vers la porte. Il la précède. Alors qu'ils vont sortir, que les yeux du jeune homme traînent encore sur son corps, il la frappe et la met à terre. Je pousse un cri de surprise – de terreur ? – qu'ils n'entendent pas. Le garçon immobilise la jeune fille qui proteste violemment. Je me jette sur lui pour les séparer, mais je n'y parviens pas : il ne se rend pas compte que j'essaie de le pousser. Ne suis-je pas réelle ? J'ai l'impression de peser de tout mon poids sur lui pour le déstabiliser, mais cela n'a aucun effet. Je suis incapable d'empêcher se qui déroule sous mes yeux.
Ce serait lâche de s'enfuir ; mais je ne veux pas assister à ça. Je pourrais aller chercher du secours... Mais m'entendront-ils ? Si je ne suis rien de plus qu'un rien ?
Lui, sauvage et violent. Elle, terrifiée et fragile.
C'est horrible. Je ne peux rien faire. Je suis aussi impuissante qu'elle, cette pauvre fille qui tente de le repousser. Elle récolte d'autres coups. Je suis dégoûtée. Je hurle, plusieurs fois, peut-être une seule. Ils ne tournent pas la tête. Personne ne vient. Je suis invisible. Je tente de sortir de la pièce, mais je n'arrive pas à saisir la poignée entre mes doigts. Je ne peux rien faire ! Horrifiée, je ferme les yeux, pour ne plus avoir à subir cette torture.
Il a fini. Il s'est servi. Il remonte son pantalon, boucle sa ceinture.
« C'est pas parce que t'es belle, hein. C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. T'es conne ! » crache-t-il avec mépris.
Il s'approche d'elle, caresse sa jambe comme pour donner le dernier coup – la brise discrète qui fait s'écrouler le château de cartes. Il lui murmure :
« Tu diras rien. Je te fais confiance. »
Il la laisse. La porte claque.
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 20 Oct - 12:32

Tu es un génie.
Plus on revit cette scène et plus on est écœurés, on voudrait sortir de la ronde mais tu nous a piégés dedans. C'est magnifiquement écœurant Smile

 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 26 Oct - 17:08

C'est dur de commenter après Meredith, elle a déjà presque tout dit  Isku pleure
C'est incroyable que la frontière entre le rêve et la réalité soit si floue, si fine, dans ce passage. Il n'y a qu'au début qu'il est dit que Lana rêve (avec ce "je rêve que..." toujours parfait), sinon, elle souffre de la même manière que dans la réalité. Et qui est le fantôme de la fin? S'il n'est là que pour que l'on voie ce passage sous tous les angles, pourquoi est-il féminin? Est ce que c'est Lana? Une autre fille qui ne se souvient pas qu'elle est Lana?





La porte de nos rêves est celle de nos cauchemars.
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Lun 26 Oct - 19:47

Meredith : Merci beaucoup Smile

Rêves : Merci d'avoir commenté Wink Les deux derniers points de vue - lorsqu'elle se fait violer sans savoir qui elle est, lorsqu'elle assiste à son propre viol - sont des façons moins douloureuses pour elle de revivre cet évènement - tout en y étant toujours incluse.
Ainsi, Lana est ici "dans deux endroits à la fois" : elle s'observe - sans prendre conscience que c'est elle-même - et a une vision plus globale et moins douloureuse de la situation. C'est une partie d'elle-même dont elle n'a pas conscience, et dont l'ange n'a pas connaissance. Ce point de vue est, inconsciemment, la manière dont elle aurait voulu ressentir son viol : détachée de son propre corps, sans ressentir cette honte, cette souffrance mentale.
Lorsqu'elle ne se souvient pas de qui elle est, c'est plus la douleur physique qu'elle veut évincer : en n'étant pas vraiment rattachée à ce corps qu'elle ne voit pas comme sien, elle évite trop de douleur.
Je suis désolée c'est pas très clair en fait ^^ J'espère quand même que ça t'a un peu éclairée Smile


Ouvrir les yeux. Acte surhumain. Lorsque je tourne la tête, je découvre ma mère, endormie dans un fauteuil. Je n'ose pas la réveiller. Je remarque que je suis perfusée. Comme un prolongement de mes veines, de longs tubes transparents. Peut-être m'alimente-t-on ainsi, peut-être est-ce un médicament. Mon poignet gauche a été bandé. Il y a ma main, puis ce bandage blanc massif, et mon avant-bras. Comme un gros bracelet, avec un passé un peu plus lourd. Il n'y a pas d'infirmier, mais je ne veux pas les appeler. Je sens déjà la douleur qui remonte, et je dois retourner rêver – si seulement je savais encore danser.

Je rêve que je suis près d'une porte, dans un couloir sale et dégradé. Des saletés légères volettent par terre, sur les carreaux jaunes et marrons. La lumière fait des poussières en suspension de petites étoiles. C'est beau. Devant moi, il y a une jeune fille au regard très bleu. Elle est fine, plutôt jolie. Ses cheveux ras et roux scintillent. À côté de moi, un ange. Sans savoir d'où je tiens cette certitude, puisque c'est un garçon comme les autres, vêtu d'un sweat et d'un pantalon large. Seuls ses yeux rappellent qu'il n'est pas humain. Sans cesse changeant de couleur, ils sont magnifiques. Comme des pierres précieuses aux reflets divagants.
Il fixe la jeune fille sans se rendre compte de ma présence. Il a une manière particulière de la regarder. Un sentiment indéfinissable s'en échappe. Je lui demande à voix basse :
« Qui es-tu ? »
Il sursaute, me jette un coup d’œil surpris, puis répond en se détournant :
« En quoi est-ce important ? »
Presque vexée, je me tais quelques secondes, puis ma curiosité prend le dessus et je pose une nouvelle question :
« Qui est-elle ? »
Il est agacé, mais daigne répondre. Elle est sans doute importante, elle.
« Lana. »
Une silhouette l'appelle au bout du couloir. Indécise d'abord, elle finit par marcher jusqu'à elle. Elle a une démarche volatile. L'ange les suit dans une salle de cours. Je lui emboîte le pas. Je n'ose pas poser de questions, au vu de la réponse sèche qui m'a été offerte tout à l'heure, mais je décide de rester avec lui.
Dans la salle de cours, la jeune fille – Lana – ramasse un livre sur un des bureaux en mauvais état et le glisse dans son sac. Le garçon l'observe avec un sourire pervers, la considérant clairement comme un objet. Gênée, je voudrais l'interpeller, le reprendre. L'ange ne semble pas intervenir et je me tais.
Ils vont sortir. Elle avance, aérienne, à côté de lui, qui a une démarche lourde. Danse et dense, homophones, l'un gracieux et l'autre pesant.
Le garçon referme soudain la porte et frappe la fille. Je pousse un hurlement de surprise. Elle s'étale sur le sol avec un cri de douleur. Il l'immobilise. L'ange reste immobile. Je lui crie, affolée :
« Il faut faire quelque chose ! »
Il me lance un regard sombre.
« J'ai déjà essayé. »
Ce n'est pas la première fois qu'il vient ici, alors ? Des souvenirs semblent se précipiter devant ses prunelles, et il ferme les yeux une seconde pour les chasser. Ses poings sont crispés, sa mâchoire serrée. Il ne perd pas son sang-froid, pourtant. Je comprends à son attitude que nous ne pouvons rien pour la jeune fille. Je voudrais fermer les yeux, m'accroupir dans un coin et ne plus entendre. Je voudrais devenir aveugle et sourde.
Peau contre peau. Elle pleure, il sourit. Deux contraires mêlés. Oxymores. Ses gestes sont brutaux, il veut seulement la dominer. Sans doute éprouver quelque chose, aussi. Je ne comprendrai certainement jamais.
Plus tard, il remonte son pantalon. Elle est recroquevillée, toute petite. Il semble immense face à elle. Il lui lance :
« C'est pas parce que t'es belle, hein. C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. T'es conne ! »
Un dernier regard. Il l'a mutilée. Il sourit, et se rapproche d'elle. Il tremble un peu – on dirait qu'il se rend compte de ce qu'il vient de faire. Il murmure à son oreille :
« Tu diras rien. Je te fais confiance. »
Il sort. Je voudrais le rattraper et le tuer. L'ange ne bouge pas. La porte claque.

Je me réveille. La douleur avec moi. Il y a des gens dans la chambre. Un monsieur chauve avec de petites lunettes rondes, une femme ronde et blonde, des jeunes personnes qui prennent des notes. Mes yeux sont ouverts. Un brassard gonflé compresse mon bras.
« Notez sa tension, Marine. »
Puis, son regard rencontre le mien. Il me sourit, s'approche de moi et lance à une infirmière d'aller me chercher un sandwich et de l'eau. Il s'agenouille près de moi – un peu trop près. Je demande d'une voix faible :
« Quelle heure est-il ? »
D'une voix très douce, il répond lentement :
« Dix-neuf heures trente. »
Il continue de parler, m'explique dans son jargon mon état. Je ne réalise pas bien. La douleur ricane. Ça fait mal. Je sursaute et me recroqueville sur moi-même.
« Qu'est-ce qu'il y a Lana ? »
Je secoue la tête, les mâchoires serrées, pour signifier que ce n'est rien. La douleur ne cesse pas – au contraire s'intensifie, et je pousse un faible gémissement qui se transforme en cri. Je m'agite, repousse mes draps. L'une des personnes présentes – une jeune femme brune – tente de m'immobiliser, mais ça ne fait que renforcer ma souffrance. Je me débats, il faut que ça s'arrête ! Et pour cela, une seule manière : l'inconscience. L'unique façon de me soustraire à la douleur.

Je rêve que je suis dans un couloir carrelé. Des fenêtres à ma droite, des portes à ma gauche. Quelqu'un au fond du couloir – Michaël ; et derrière moi l'ange. Je ne sais pas pourquoi il est ici. Je lui souris. Son visage fait écho au mien, mais un peu plus triste, comme toujours. Michaël m'appelle, j'hésite, je finis par venir vers lui. Je suis un peu gênée. Il me demande, moqueur :
« Pourquoi t'es toute rouge ? »
Je lève les yeux au ciel, jette un coup d’œil derrière moi : l'ange est toujours là. Il m'adresse un petit sourire rassurant – auquel aucun de nous deux ne croit.
J'entre dans la salle et aperçois le livre que j'avais perdu, sur un bureau. Tout en vérifiant s'il est bien à moi, je demande à Michaël :
« Qu'est-ce que tu voulais, du coup ? »
Il ne répond pas. Je soupire – son comportement enfantin m'agace. L'ange est resté près de lui. Je me retourne, nous allons sortir de la classe, quand Michaël ferme brutalement la porte et me frappe. Douleur insolente. Déséquilibrée et désorientée, je tombe sur le dos. Avant que je ne puisse me relever, Michaël s'assoit sur mon ventre. J'ai le souffle coupé. Je me débats, je veux crier. Il me frappe plusieurs fois, je l'entends m'intimer de ne pas bouger à travers les battements de mon cœur, puis :
« Ta gueule. »
J'essaie de lui échapper, je suis terrorisée, que fait l'ange ? Pourquoi ne m'aide-t-il pas ? Qu'attend-il ? Michaël enlève mon tee-shirt, je proteste, il me frappe encore. La honte m'envahit douloureusement. Je crie. Ses mains se baladent sur ma peau translucide. Ses doigts remontent, accrochent mes cheveux. Il susurre qu'il les voudrait plus longs. Je me débats, il baisse mon pantalon. Où est l'ange ? Où est-il, avec ses yeux d'arc-en-ciel ? Alors que les miens s'emplissent de larmes et ne croisent que Michaël partout autour de moi ?
Douleur atroce.
J'ai envie de disparaître. Parce que j'ai honte. Parce que j'ai mal. Parce que je me dégoûte. Parce que je suis salie. Parce que je suis triste.
Il me dégoûte, avec sa respiration hachée. Je veux m'en aller.
Douleur. Souffrance. Torture. L'ange n'est pas là pour arrêter cela. Peut-être regarde-t-il ? Peut-être s'amuse-t-il de me voir ainsi réduite à rien ?
Des années passent avant que je récupère mon corps. Michaël se lève, remonte son caleçon et son pantalon. Il rajuste sa ceinture. Il me lance un regard dégoûté, et crache :
« C'est pas parce que t'es belle, hein. C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. T'es conne ! »
Il s'agenouille près de moi et murmure :
« Tu diras rien. Je te fais confiance. »
Il s'éloigne sans que l'ange ne l'arrête. La porte claque.

aucun de nous deux ne croient => croit (le sujet est "aucun", comme par exemple "tout le monde", il est singulier)
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mer 28 Oct - 17:10

Maze a écrit:
Danse et dense, homophones, l'un gracieux et l'autre pesant.

Une vraie trouvaille *.*

Maze a écrit:
Il tremble un peu – on dirait qu'il se rend compte de ce qu'il vient de faire.

Oui, je trouve que c'est un comportement plus juste Smile

Bravo, la suiiiite

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mer 28 Oct - 18:41

Vous n'imaginez pas tout ce que vous m'apportez :3 Merci vraiment !


Je ne veux pas ouvrir les yeux. Reprendre conscience, c'est avoir mal. Vivre, c'est souffrir. La douleur plante ses crocs dans mon ventre, je pousse un cri malgré moi, écarquille les yeux. Il n'y a personne dans la chambre. Rassurée sans vraiment savoir pourquoi, je regarde le temps qu'il fait par la fenêtre avant de fermer de nouveau les yeux.
Il pleut.

Je rêve que je suis un ange. Je n'ai ni ailes, ni auréole. Je suis simplement un ange. Je porte un sweat-shirt confortable. Je me trouve dans un couloir sale. Le sol est carrelé. Les fenêtres laissent filtrer une lumière tardive. Devant moi, une jeune fille. Lana. Je suis là pour la protéger et l'aider. Je suis hélas souvent impuissant : son destin est trop fort pour moi. Oui, si terrible, ce destin. Impitoyable. Elle ne le mérite pas. Je soupire ; que puis-je contre cette fatalité stellaire ?
Quelqu'un l'a appelée, au fond du couloir. Elle n'est pas sûre d'elle quand elle le rejoint, près de la porte d'une salle de cours. Je la suis. Elle est si gracieuse, Lana. Elle aurait pu être une ange, si les étoiles ne l'en avaient pas empêchée.
Nous entrons dans la classe. De sa démarche flottante, elle va chercher un livre posé sur un bureau usé. Elle lance à Michaël :
« Qu'est-ce que tu voulais, du coup ? »
Le garçon ne bouge pas et ne répond pas à sa question, se contentant de la regarder. Elle ne la pose pas de nouveau. Elle est habituée à être ignorée. Elle se retourne vers Michaël, qui continue de l'observer. Ses yeux suivent la courbe de ses jambes, remontent lentement, jusqu'à ses yeux bleus. Les deux adolescents vont sortir de la salle, quand Michaël frappe violemment Lana. Elle tombe par terre avec un cri de surprise et de douleur. Elle va se relever, il l'immobilise. Un cri de rage m'échappe et je me jette sur le garçon pour l'empêcher de faire du mal à Lana. C'est vain, je ne suis qu'un petit ange. Il ne se rend même pas compte que j'essaie de le repousser. Je passe à travers sa peau. Il enlève le tee-shirt de la jeune fille qui se débat. Si belle, Lana, et si vulnérable. Michaël baisse son pantalon.
Quel moyen ai-je pour arrêter ça ?
Je pousse un nouveau hurlement de colère. Je suis si stupide, si faible ! Incapable de venir en aide à celle que je dois protéger de son propre destin. Je suis impuissant, impuissant, impuissant ! Je ne peux que regarder. Spectacle sordide. Lentement, mes yeux se remplissent de larmes. De petites étoiles, qui brûlent. Filent sur mes joues, s'éteignent dans mon cou. Je patiente. J'ai envie de me frapper. De souffrir à sa place, parce qu'elle ne le mérite pas. Je ne peux pas faire taire mon cri qui, intarissable, cascade hors de ma bouche sans que je l'entende. Je le sens seulement racler ma gorge.
Le monstre a fini. Il se rhabille. Tout en bouclant sa ceinture – petit bruit métallique – il lui lance :
« C'est pas parce que t'es belle, hein. C'est parce que t'es muette. Parce que t'es conne aussi. T'es conne ! »
Il ricane, un peu hésitant cependant – je décèle une certaine angoisse. Lana sanglote. Avant de partir, il lui effleure la jambe et d'une voix mielleuse, lui murmure à l'oreille :
« Tu diras rien. Je te fais confiance. »
Il laisse Lana – qui n'est plus Lana, mais un corps détruit, profané, aux croyances démenties, à l'honneur bafoué. Ce corps, abandonné, qui n'a plus d'espoir et plus de dignité, qui n'a plus rien à quoi se raccrocher, qui n'est plus que ruines, ce corps volé, ce corps violé, ce n'est plus Lana, non, puisque Lana était une fille à l'esprit de femme, qui se tenait debout malgré les souffrances, qui relevait la tête pour regarder son destin droit dans les yeux, Lana, qui ne fléchissait pas, qui se relevait toujours. Lana l'humaine au destin inhumain. Lana, avec ses cheveux d'homme, son regard d'homme, sa mâchoire d'homme, sa poitrine d'homme ; Lana une femme, Lana plus féminine et masculine que tous. Universelle Lana. Tout à la fois, Lana : homme, femme, ange, squelette, esprit, douleur. Petite Lana si frêle et si cassable. Fleur fragile. Friable. Maintenant ce corps, sur les carreaux jaunes, dans la poussière, pourra-t-il se relever ? Marcher, affronter son destin, respirer ? Non, c'est évident. Il faut une solution. Je ne suis qu'un petit ange, Lana. Je ne peux que te donner un conseil : rêve, Lana. Rêve.
La porte claque.

Je me réveille. La douleur aussi, alors je me rendors.

Je rêve que je suis allongée par terre en train de pleurer. Je ne saurais pas dire depuis combien de temps. Je réussis à me relever. La douleur est intense, je tombe. Je m'assois et tente de me rhabiller. Je remonte mon pantalon en pleurant comme une enfant. Mon tee-shirt est trop loin, je n'ai pas la force de me lever pour aller le chercher. Il l'a jeté comme on jette un mouchoir. Je reste assise en tailleur, recroquevillée, tentant d'occuper le moins d'espace possible pour le moins de douleur possible. Je relève les yeux.
L'ange me regarde. Il pleure, lui aussi. Des larmes dans ses yeux – la pluie pour l'arc-en-ciel. Je cherche le soleil sans le trouver. Il tend me tend mon tee-shirt. Apeurée, j'avance une main craintive. Je saisis l'habit et l'enfile. Je n'ose pas remercier l'ange. Je ne peux pas parler. J'ai peur, peur de tout, peur de lui.
« Je ne te ferai pas de mal », dit-il paisiblement, tentant de me rassurer.
Je hoche la tête, à peine convaincue.
« Je suis ton ange gardien. »
J'ai mal. Atrocement mal. Je ne réagis même pas. Je murmure :
« D'accord.
- Je dois te protéger. »
J'ai envie de hurler devant tant d'absurdité.
« Pourquoi tu ne l'as pas fait ? »
Les souvenirs me reviennent brutalement, je gémis et me balance d'avant en arrière. Ça fait mal.
« Je ne pouvais pas. Tu es la seule personne que je puisse toucher. La seule à voir ce que je déplace, à m'entendre. »
Douleur. C'est insupportable. J'ai l'impression de mourir.
« Sinon, je l'aurais fait. »
Je le crois avec une facilité déconcertante. Il est gentil. Cet adjectif enfantin est celui qui me vient d'abord. Ma rage envers lui s'envole.
« Viens. Il faut que tu te lèves. »
Je refuse d'abord. Il sourit, patient.
« Je peux te porter, si tu veux. »
Je secoue négativement la tête. Personne ne me touchera. Je me mets debout, sur mes deux jambes tremblantes. Elles ne sont pas cassées, elles, contrairement à moi. Je fais un pas. Je me sens comme un gamin qui apprend à marcher. L'ange s'approche de moi. Il ne me touche pas, mais m'encourage :
« C'est bien. Je suis là pour te rattraper si tu tombes. »
Proche de moi, mais pas trop. Là où il faut. Nous atteignons la porte. Je refuse de sortir de la salle – j'ai peur que Michaël soit derrière comme les petits craignent les monstres sous leur lit. L'ange m'encourage. Je finis par l'entrouvrir, le cœur battant : le couloir est vide. Je m'y aventure, d'une démarche encore incertaine, si différente de celle de d'habitude. Je me sens étrangère dans mon propre corps – puisque que quelqu'un y est entré et m'a vaincue, il n'est plus à moi, n'est-ce pas ? Est-ce comme cela que ça fonctionne ? Comme pour la guerre ?
Douleur parce que je marche et respire.

Réveil. Puis aussitôt, sommeil.

Je rêve que je suis toute seule. Allongée sur le sol froid et incapable de bouger. Je ne peux que pleurer, ressentir la honte et la douleur au plus profond de mon être. J'ai envie de disparaître ; d'arrêter de penser.
Je parviens à ouvrir les yeux. Il n'y a personne dans la salle. Je me relève prudemment, tombe, m'assois. Je suis trop faible. Ma peau est en feu. J'ai relevé mon pantalon. Mon tee-shirt est trop loin. Je me traîne jusqu'à lui dans un effort suprême et l'enfile. C'est rassurant de sentir son contact sur ma peau. En m'appuyant sur un bureau, je parviens à me remettre debout. Et si j'étais enceinte ? Je porte une main froide sur mon ventre brûlant. Je voudrais déchirer la peau blanche et avorter de cette douleur innommable. Tremblante, après quelques minutes de vertige, je rejoins la porte et l'ouvre. Je m'aventure dans le couloir. Il est vide. Michaël n'est pas là. Pourquoi a-t-il fait ça ? Comment vais-je faire pour retourner en cours et le regarder dans les yeux ? Il pleut, les gouttes explosent contre les vitres sales. Est-ce qu'il va le raconter à ses amis ? Ils vont se moquer de moi. Il va leur dire ce qu'il a vu. La honte m'enflamme. Il va leur raconter mon corps nu, mes cris de douleur futiles, mes larmes idiotes. Je fais quelques pas hors de la salle. La douleur m'inonde.

Conscience. Inconscience.

Je rêve qu'il est difficile de marcher mais que je le fais quand même. Je longe un mur à ma gauche, pour m'y retenir si je tombe. J'écoute la pluie qui rit dehors. Lorsque je parviens à la porte du couloir, j'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée. La douleur est atroce. Le bas de mon ventre est embrasé. Le feu se propage dans tout mon corps. Mes os, charpente fragile, sont prêts de se briser. Je ne serais alors plus que cendres.
Ce qui vient de m'arriver est-il réel ?
J'ouvre la porte qui est assez lourde. Il pleut. Je n'ai pas de parapluie. Je m'aventure à l'extérieur. L'eau tombe sur mes bras nus, sur mon visage mort, dans mes cheveux trop courts, diffusant une agréable sensation de fraîcheur qui calme l'incendie. La douleur s'apaise légèrement. Je marche lentement jusqu'à sortir du collège. Mes chaussures crissent sur le gravier. La pluie tache mes vêtements et des points sombres s'y déploient. Mon sac mord mes épaules. Il pèse trop lourd. Je m'arrête sur le trottoir devant le collège et sors le livre que j'avais oublié dans la salle. Un banal manuel de mathématiques. La honte, la douleur, la colère et le dégoût s'emparent de mes mains qui balancent le livre sur le trottoir. Je le piétine rageusement avant de fondre en larmes.
Si je ne l'avais pas oublié. Si j'avais été assez forte. Si quelqu'un était passé. Ça tient à si peu de choses.
Je reprends ma route, avançant avec toujours autant de difficultés. Le trajet sera long, mais je n'ai pas d'autres solutions. Alors, sous la pluie qui me rince, je marche.
 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 29 Oct - 15:52

C'est presque comme une libération de sortir de ce passage mainte et mainte fois répété. On a l'impression de respirer de nouveau. Et puis, la manière dont tu écris est horriblement belle.





La porte de nos rêves est celle de nos cauchemars.
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 29 Oct - 19:29

Merci beaucoup Smile C'est génial de répondre aussi vite Very Happy


Réalité. Rêve.

Je rêve que je ne sais pas où je suis. Là où vivent les anges, sûrement. C'est un endroit très pur et très doux. Nuageux et rassurant. Je suis debout, au milieu de nulle part. Mes jambes ne tremblent pas. J'appelle :
« L'ange ? »
Rien que le silence. Je fais quelques pas. Je me sens étrangement à ma place, ici. J'ai l'impression de retrouver mes origines. Enfin, un endroit où je me sens bien. Je relève la tête quand je marche. Ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Mes pieds s'enfoncent dans la matière lisse et déformable. J'observe ce lieu familier. Des sortes de cubes blancs flottent dans le ciel bleu, au-dessus et en-dessous de moi. Il n'y a personne. Je continue d'avancer, curieuse. C'est agréable de progresser dans cet univers. Je sais que je rêve, mais je n'ai pas inventé ce lieu. Peut-être l'ai-je tiré de ma mémoire, peut-être me l'a-t-on soufflé. J'y suis déjà venue : c'est la seule chose certaine.
Je parviens au bord du cube sur lequel je suis arrivée. En contre-bas, à environ quelques mètres, il y en a un autre. Sans me poser de questions, je saute.
La chute est très courte, mais délicieuse. J'ai l'impression de voler, je me sens incroyablement légère : comme si la douleur avait disparue.
J'atterris sur mes jambes fléchies. La surface flexible s'enfonce sous mon poids. Lorsque je me retourne, l'ange est là. Il me sourit. Ses yeux changent de nuances, dérivent vers des bleus et des violets pastels. Je demande à voix basse, pour ne pas troubler la paix qui règne dans ce lieu :
« Où sommes-nous ? »
Son sourire s'élargit, et il me répond :
« Là où je vis. »
Je lui fais part de ma sensation de déjà-vu.
« C'est normal. Je t'y ai emmenée, parfois, quand tu étais jeune. »
Je hoche la tête. Je n'en ai aucun souvenir et pourtant c'est gravé en moi. Sa voix est délicieusement paisible et je suis plus tranquille.
« Tu y vis seul ? » m'enquis-je.
Il acquiesce en m'expliquant que les anges sont des créatures solitaires. Il s'assoit au bord du cube, ses jambes dans le vide. Je l'imite. Un vertige puissant remonte de la pointe de mes pieds jusqu'au sommet de mon crâne. Nous restons quelques instants sans rien dire. Soudain, je me mets à rire.
« Pourquoi ris-tu ? m'interroge-t-il doucement.
- Tu n'es sans doute pas réel. Tu n'es qu'un rêve. »
Il baisse la tête, avec ce sourire triste.
« Peut-être, après tout. »
Nous restons songeurs. L'idée que je ne suis pas en train de vivre la réalité manque de me réveiller. Un instant, je sens les draps sous mes doigts et les tubes dans mes veines. Je réussis à revenir à mon précieux rêve.
« J'ai peur de me réveiller », avoué-je.
L'ange prend mes doigts entre les siens comme pour chasser le contact du tissu.
« Je vais essayer que tu n'aies pas mal à ton retour à la réalité. »
J'acquiesce, légèrement anxieuse. Ma voix, nerveuse, s'échappe de ma gorge :
« Est-ce vraiment possible ? »
J'ai honte de douter de lui. L'ange ne répond pas. Il perd son regard multicolore dans le vide bleu.
« Je ne sais pas. »
J'ai envie de pleurer, je crois. L'espoir que j'avais quand je suis arrivée ici se dissipe. L'ange, avec cette tristesse dans les yeux, déclare avec légèreté :
« Mais tant pis si c'est impossible. Je le ferai. »
Je souris et m'allonge sur la surface blanche.
« C'est un beau rêve. », fais-je d'un ton satisfait.
Il rit – c'est un son agréable. Je m'étire. La douleur ne se manifeste pas. L'ange s'étend à côté de moi. Nos regards se croisent. Je me laisse hypnotiser.
« Est-ce qu'il y a des étoiles ici ? »
Il ne répond pas tout de suite. Le silence est bon, lui aussi.
« Oui. La nuit y est longue. On peut les admirer pendant des heures. Les fois où tu allais un peu mieux, je venais ici pendant les temps nocturnes. Regarder, toujours. »
À l'évocation de la nuit, des souvenirs passent devant ses yeux.
Nous sommes là, tranquilles, quand elle vient. S'il n'y a pas de soleil ici, la nuit existe tout de même. Je ne pose pas de questions à l'ange – j'accepte ce rêve comme il vient. Le ciel bleu, et soudain le noir étincelant. Je dévore la nuit du regard. Insatiables, mes yeux s'écarquillent pour goûter davantage à cette obscurité lumineuse. Je souffle :
« Et si nous dansions ? »
Sans réponse, l'ange me prend la main et m'aide à me relever. Je tressaille quand nos corps se rapprochent. J'ai peur, peut-être. Le silence, seul, résonne, et nous n'avons aucun rythme pour nous porter. Mais nous dansons comme à notre habitude. La musique nous déstabiliserait peut-être. Sa main est posée délicatement sur ma hanche. C'est un contact qui me ferait souffrir si je ne rêvais pas. Ici, c'est seulement étrange ; et presque agréable.
Danse. Tourbillon, un pied sur l'autre, balancement tendre et lent. Les yeux dans les yeux. Un deux trois, un deux trois. J'entends presque le cri langoureux des violons, les soupirs du piano. La phrase. La poésie est intemporelle. Comme une mélodie. C'est si bon d'être libérée de mes angoisses, de mes souvenirs, de mes blessures. Je me perds dans cette valse elle aussi hors du temps. Je ne pense qu'à l'ange autour de moi. Sa peau contre ma peau. Son souffle mêlé au mien. Et ses yeux, ses yeux rivés à mon regard. Une personne à nous deux. Indissociables. Ange et humain. Homme et femme.
Bien après le début de notre danse, le jour se lève – aussi soudain que la nuit – et nous ralentissons, imperceptiblement, jusqu'à nous arrêter et nous tenir enlacés, immobiles, pensant à mon réveil et à la douleur, pensant à ce songe qu'on désire éternel. Blottis l'un contre l'autre, nous protégeant mutuellement de l'ombre sifflante et de la lumière brûlante, nous ne bougeons plus mais nous rappelons les pas.
Les yeux fermés, la tête posée au creux de son cou, je chuchote :
« Je ne veux pas reprendre conscience. »
Il s'écarte de moi, juste assez pour pouvoir me regarder dans les yeux.
« Alors reste ici. »
C'est sans doute évident pour lui. Mais je sens que la réalité m'attire vers elle, qu'elle m'aimante. Je sens une pression sur mon corps. Je sais, au fond de moi, que ce rêve prendra fin à un moment ou à un autre. C'est atroce.
« Je ne peux pas. », réponds-je avec une angoisse sourde dans la voix.
L'ange soupire. Il me serre longuement contre lui, presque désespérément. La réalité m'appelle. Le rêve semble trembler, s'effacer. Je me concentre sur le corps de l'ange contre moi. Je m'y accroche presque désespérément.
« Je ne connais qu'une seule solution pour te garder ici. Mais elle est terrible. »
Pense-t-il vraiment que cela va me faire changer d'avis ? Ma réalité est une torture. Je ferai tout pour m'en éloigner. Nous échangeons un regard. J'ai l'impression qu'il lit dans mes pensées. Je vois qu'il hésite à me révéler les siennes. Je presse doucement ses mains entre les miennes pour l'encourager. Nous n'avons plus beaucoup de temps. La réalité m'attire inéluctablement. Les yeux de l'ange se voilent, un peu de mélancolie dans les couleurs mouvantes. Il lâche :
« Il faut sauter. »
Son regard glisse, tombe sur le bord du cube, dérape dans la vastitude bleue. Il reprend :
« Le ciel ici, n'a pas de frontières. Il est infini. Notre chute sera éternelle mais tu ne retourneras pas dans la réalité si cela fonctionne. »
C'est une décision difficile à prendre. Cela signifie quitter la vie pour l'éternité, ne jamais revenir ; cela signifie rêver à jamais. Échapper à la douleur, à tout ce qu'on me fait subir. Cela veut dire aussi abandonnant Cathy et ma mère. Je n'envisage pas cela comme un suicide, plutôt comme une autre façon de vivre. Je me demande un instant si je vais vieillir en tombant. Ici le temps n'existe pas, n'est-ce pas ? Je m'imagine, chutant – volant – pour l'éternité avec l'ange à mes côtés.
« Je suis désolé de ne pas pouvoir faire plus. »
Je secoue la tête avec un petit rire et je murmure :
« Allons-y. »
Il est surpris. Il me rappelle, presque moralisateur ou déçu que j'ai accepté :
« Tu sais que tu ne pourras plus revenir en arrière ? »
Je réponds doucement :
« Je sais. »
L'ange sourit, vraiment, sans tristesse au coin de ses lèvres. Ses doigts s'enchevêtrent dans les miens. Nous avançons jusqu'au bord du cube blanc. Je plonge mon regard dans le bleu si vaste. Un vertige fleurit dans mon abdomen, puis fane. Il n'y a aucun risque. Nous ne ferons que tomber, tomber. Je ne connaîtrai plus jamais la douleur. Cela semble trop parfait pour y croire. L'ange me demande d'une voix douce :
« Es-tu sûre ? »
Je lève les yeux au ciel infini. La réalité, la douleur, la vie, tout cela bourdonne à mes oreilles, me hurlant de ne pas faire ça.
« Oui. Je le veux. »
Ma voix résonne dans le silence. Nous inspirons profondément.
Nous sautons, main dans la main.
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Ven 30 Oct - 23:34

Oh... oh... oh... oh...

C'est magnifique surprenant, angoissant, on voudrait dire "Ne saute pas !" mais qui on est pour dire ça ? J'ai peur de la suite mais j'ai vraiment besoin de la lire maintenant /:

 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 1 Nov - 21:01

La voici :3 C'est la fiiiiiiiin Very Happy Merci de m'avoir suivie jusqu'au bout Wink


Je m'écrase brutalement contre mon matelas – c'est du moins l'impression que j'ai. Je reviens à la réalité avec violence. C'est comme un coup de poing dans l'estomac. Je sursaute brusquement, ouvre les yeux par réflexe. La lumière m'aveugle, et quand elle se dissipe, je rencontre mes propres yeux. Une voix grave s'écrie :
« Elle s'est réveillée ! Elle s'est réveillée ! Docteur ! »
Une main osseuse – si différente de de celle de l'ange – compresse la mienne. Je pousse un hurlement. Je comprends que je suis de nouveau consciente, que je suis en vie. Je me mets à pleurer, à crier. Je ne veux pas être ici. La douleur jaillit pour s'éteindre. Alternance éprouvante.
« C'est moi. C'est ton père. Lana, est-ce que tu m'entends ? »
Non, je ne t'entends pas parce que je refuse de t'entendre. Je ne suis pas là ! Je suis dans mon rêve, avec l'ange, l'ange qui chute et qui ne pourra pas revenir... Je pousse un nouveau cri, une longue plainte déchirante. La souffrance m'envahit avec plaisir. L'ai-je perdu à jamais ? Ses yeux, seront-ils la dernière chose que je verrai de lui ? Mon ange ! Mon petit ange... Comment faire, sans toi ? Comment rêver ?
Le médecin et les infirmiers accourent. J'entends leurs pas précipités et leurs questions anxieuses. La voix grave est en train d'appeler quelqu'un au téléphone. Je me débats quand quelqu'un me touche. Je tente de le mordre. Les infirmiers, peu nombreux, sont dépassés.
« Appelez du renfort ! »
Des minutes, pendant lesquelles je griffe et frappe chaque personne s'approchant de moi, s'écoulent longuement – pour chaque ennemi abattu en surgit un nouveau. Quelqu'un demande alors une seringue, on m'immobilise assez longtemps pour m'injecter le produit, et je sombre lentement vers l'inconscience. Enfin.

Je rêve que je suis dans le paysage des cubes. Délabré, éparpillé, Des morceaux blancs et flasques tombent du ciel. Je vois de gros blocs se détacher des cubes et chuter. Le monde se disloque. Tout chute.
Mais où est l'ange ?
Je l'appelle sans savoir son prénom. Je hurle, je crie, et ma voix s'évanouit dans le vide bleu.
« L'ange ! »
Mais il ne répond pas, mon petit ange. Il est en train de tomber pour l'éternité dans son monde qui chute avec lui. Nous devrions être ensemble ; nous devrions nous regarder encore, moi ses yeux d'arc-en-ciel, lui mes yeux d'acier bleutés. Que donnerais-je pour revoir ses yeux ! Je cours jusqu'au bord du cube. Je pourrais sauter, mais pourquoi faire, sans l'ange ? Pourquoi tomber ?
Mon petit ange.
Alors, douloureusement, avec fatalité, je pense à la réalité et je me sens attirée hors de mon songe. Je jette un dernier regard au ciel bleu qui s'étend partout, espérant stupidement y apercevoir l'ange.
Mais il reste vide, et je quitte le rêve pour la vie.

Ouverture des yeux. Ses yeux de pierres précieuses dans mes yeux d'acier bleu. Mes doigts engourdis. Nos mains entremêlées. La lumière des néons. Les étoiles dans la longue nuit. Mon père à côté de moi. L'ange, le petit ange, et nos peaux en contact.
« Bonjour, Lana. »
Qu'avait dit l'ange, déjà ? La première fois ? J'entends sa voix comme un écho, tu le sais bien. Ce n'est pas une phrase qu'on dit au commencement. Elle est trop dramatique. Presque moralisatrice, comme un frère qui disputerait son cadet.
« Bonjour. »
Un silence gêné. Le retour à la réalité est difficile. Je ne veux pas parler. Pas tant que l'ange ne m'a pas chuchoté à l'oreille de rêver.
« Ta mère va arriver. »
Je hoche la tête. L'ange.
« Je voulais t'offrir ça, en attendant. »
Il me tend un cadeau parfaitement bien emballé, carré, plat.
« Qu'est-ce que c'est ? » demandé-je, feignant la surprise.
Au fond de moi, un petit pincement au cœur. Espérais-je quelque chose de lui ?
« Tu le sais bien. », réplique-t-il avec un profond soupir.
Je suis d'abord choquée de reconnaître les paroles de l'ange. Lorsque j'en saisis le sens, ma respiration s'éteint. Est-ce que cette mascarade est finie ? La pièce est-elle enfin achevée ? Saluons bien bas le public et enfin, arrêtons de faire semblant de nous aimer. Je ne connais pas cet homme qui me ressemble tant, pas plus qu'il ne me connaît. Identiques ; différents. Je pose le cadeau sur ma table de chevet sans même l'ouvrir. Des tubes sont encore reliés à mes veines. Mon père inspire profondément, et se lance :
« Je ne voulais pas que ça se passe comme ça. »
Je souris cyniquement, laisse échapper un ricanement.
« Ne dis pas ça. Tu ne voulais pas que ça se passe, en réalité. Tu ne voulais pas d'enfant. »
Il secoue la tête, agacé – mais par lui-même.
« Je pense que si. J'étais heureux à ta naissance. »
Je hausse les sourcils, incrédule.
« Maintenant, tu ne l'es plus », lui fais-je remarquer.
Peut-être espéré-je une erreur de conjugaison ? Peut-être ai-je envie qu'il m'aime ?
« Je ne suis pas un homme né pour être heureux. »
J'ai la sensation de comprendre, soudain. De tout comprendre. De savoir d'où provient ma douleur – une partie au moins. J'ai l'impression qu'une lumière puissante vient de s'allumer dans mon esprit. Éblouie, je murmure, sur le ton infini de l'ange :
« Moi non plus. Je ne suis pas née pour connaître le bonheur. »
Nous nous regardons. Soudain, lorsque je me reconnais dans les iris froids de mon père, je n'éprouve plus du dégoût ou de la honte, mais le sentiment que nous sommes liés. Je continue, délaissant ses yeux – mes yeux.
« Je suis venue au monde pour souffrir et avoir mal. Mon destin, si je vis, m'entraînera vers la douleur. Rien ne pourra l'en empêcher. »
Il ne rétorque pas, comme l'aurait fait toute personne sensée, que je suis folle ou que j'invente. Il se contente d'acquiescer, comme s'il savait déjà ; comme si l'ange l'avait prévenu.
« Je suis désolé, Lana. »
Je secoue la tête, pour dire que ce n'est pas grave.
« Nous avons perdu trop de temps pour que je me taise. Je viens de comprendre que nous n'en avons peut-être plus assez. »
Je le regarde. Mâchoire carrée, nez pointu, yeux glacés.
« Tu es ma fille. Je suis ton père. »
Il tente de trouver les mots justes.
« Je pense que je t'aime. Je suis incapable de le montrer, mais je t'aime, parce que tu es ma fille, Lana. Nous avons trop joué la comédie. »
Un petit sourire triste naît sur mon visage. L'ange.
« Alors, il est tant d'enlever nos masques, continue-t-il, et de nous rapprocher. Tu es ma fille. J'ai eu peur. Tu es restée inconsciente... J'ai cru que tu ne te réveillerais pas. »
Il se tait. Il est essoufflé. Il a fait un effort colossal. Son visage est crispé comme si derrière les muscles rigides, se précipitait une foule d'émotions qu'il réprimait violemment. Je chuchote :
« Je ne voulais pas me réveiller. J'étais dans un endroit où je n'avais pas mal. »
Il hoche la tête comme s'il comprenait, encore.
« Nous allons faire en sorte que tu aies moins mal ici. »
C'est impossible, mais je ne le lui dis pas. Mon destin est mon destin, et je dois avoir mal, constamment.
« Merci. »
Il sourit. C'est la première fois qu'il me paraît sincère. Il prend ma main dans la sienne. C'est un contact étrange, auquel je ne suis pas habituée. Je le découvre. C'est étonnant mais pas inconfortable. Je répète :
« Merci, papa. »
Encore ce bonheur hésitant sur son visage. Je croise ses yeux. Iris d'acier. Mais aussi, son regard. Regard de père.

la dernière chose que je verrais => verrai
les iris froides => froids
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 1 Nov - 21:53

Hum, quelle fin étrange... J'avoue que je ne sais pas quoi en penser /:
J'aime bien l'idée de la réconciliation entre Lana et son père, mais je trouve étrange cette histoire de fatalité, elle est très noire et effrayante.
Enfin c'était un roman très agréable à lire et je te remercie de l'avoir partagé avec nous, c'est du beau travail, bravo Very Happy

 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mer 11 Nov - 20:53

Je suis aussi très surprise par cette fin, et j'avoue que je trouve qu'elle n'est pas conclusive. J'ai l'impression que ce roman est incomplet, que ça n'est pas la fin, que la danse n'est pas encore finie, ou alors qu'elle s'est arrêtée trop brutalement.
Mais lire ton roman, c'était magnifique. Je te félicite et te remercie également de l'avoir partagé avec nous, il était beau, douloureusement beau.
J'ai bien aimé que le père de Lana resurgisse à la toute fin, c'est un personnage dont tu nous as révélé l'importance au fil des chapitres qui était - et reste néanmoins - assez mystérieux. Le fait de ne pas nous avoir laissé de lui l'image d'un père distant et froid m'a plu. Il n'est pas si différent de Lana, il est "comme elle", destiné à souffrir. Dans les derniers chapitres, l'intrigue était de savoir si Lana allait accepter ce fait, celui de vivre en souffrant. Et on dirait qu'elle l'a accepté ou plutôt qu'elle s'est résignée à l'accepter. Car, si le "saut de l'ange" (je sors) symbolisait le fait de se laisser mourir, elle a échoué, puisqu'elle s'est réveillée. Même la mort n'a pas voulu d'elle. C'est là que j'ai ressenti comme l'ambiance de ce roman était triste... -manque plus que les confettis!! //SBAFF//
Il y a juste une chose que je n'ai pas comprise, ce qui a perturbé Lana dans le passé, c'était le passage que tu nous as maintes fois répété, ou pas ? Oui me m’excuse si tu as envie de te taper la tête contre un mur.
Voilà, au plaisir de te relire  





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Dernière édition par Rêves le Ven 13 Nov - 18:32, édité 4 fois
 
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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Jeu 12 Nov - 19:38

Hum, est-ce qu'un épilogue plus conclusif vous conviendrait ? :3 Ou devrais-je attendre d'avoir fini d'écrire la deuxième partie - qui conclut réellement l'histoire de Lana ?
Je voulais procéder comme on fait pour guérir d'une dépression, d'un profond mal-être : pas à pas. Sa relation avec son père était quelque chose qui lui faisait du mal. Cela s'améliore à la fin. C'est pourquoi cela ne semble pas fini : il y a d'autres choses qui doivent se passer avant que l'histoire se termine.
Lana s'est en effet résignée à souffrir (j'ai ri pour "le saut de l'ange" :') ). Saut qui d'ailleurs ne signifiait pas la mort, car Lana n'a jamais eu envie de mourir Smile Elle a en elle ce désir de vivre, et elle cherchait simplement un rêve infini (je vais le repréciser ça ^^). Donc, non, elle ne peut que vivre et souffrir :3
Hum oui Lana a été fortement perturbée par son viol x) Qu'est-ce qui t'as mise dans le doute - histoire que je corrige ? Smile

Merci à toutes les deux de m'avoir suivies Smile Vous êtes vraiment géniales ! Very Happy Vous m'avez apporté de nombreux conseils, toujours très instructifs. Et merci pour la correction Meredith Wink
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Dim 15 Nov - 12:19

Il y a une deuxième partie ?! Mais pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Wink
Je pense que tu devrais avoir fini d'écrire la deuxième partie avant de proposer quelque chose de plus conclusif Smile

Maze a écrit:
Hum oui Lana a été fortement perturbée par son viol x)

J'ai ri :') Enfin pour moi c'était assez évident, il faudrait avoir l'avis d'autres personnes Smile

Maze a écrit:
Elle a en elle ce désir de vivre, et elle cherchait simplement un rêve infini (je vais le repréciser ça ^^)

Par contre, ça je ne l'ai pas vraiment senti effectivement, à repréciser Smile

Bon courage dans ta réécriture, dans la poursuite de ton écriture ou dans ton projet qui n'a rien à voir selon ce que tu prends le plus de plaisir à faire

 
Rêves

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Mar 17 Nov - 19:36

Je suis d'accord avec Meredith  





La porte de nos rêves est celle de nos cauchemars.
 
Daemoon

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 21 Nov - 0:20

Whaou.
Je ne trouve même pas les mots pour m'exprimer. Ce que je peux dire c'est qu'en lisant, il m'était impossible de m'arrêter. J'avais l'impression d'être dans un long tunnel sans fin et j'en sors seulement lorsqu'on se retrouve la où vit l'ange.
Je me suis surprise plusieurs fois à lever les yeux de mon écran, juste pour respirer un peu car c'est difficile de respirer quand on lit quelque chose de si magnifiquement horrible.

En fait en y réfléchissant, je trouvais que ce passage avec l'ange, se terminant par
Maze a écrit:
Ma voix résonne dans le silence. Nous inspirons profondément.
Nous sautons, main dans la main.
avait vraiment une allure de fin et je trouvais ça très beau. Même si ça signifiait de laisser sa mère et Cathy, c'était la meilleure façon d'arrêter cette douleur qui de toute façon ne finirait jamais dans le monde réel.

J'attends de voir la deuxième partie de ton final pour émettre un commentaire car je reste assez indécise.

Mais sache que te lire, c'était incroyablement dur tellement ça faisait mal, tellement tu nous fais ressentir ce que ressent Lana et en même temps, te lire c'était tellement beau. Tu as un réel talent, tu nous embarques et tu ne nous lâches qu'à la fin en apothéose.
 
Maze

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MessageSujet: Re: Lana rêve [TS] ou [M]   Sam 21 Nov - 15:17

Parce que je ne l'ai pas du tout finie :/ Elle est encore très balbutiante, mais c'est vrai que l'histoire de Lana ne peut se terminer que si elle ne souffre plus :3 Je pense que je vais réunir Lana rêve et cette suite dans un même "roman" pour que ça soit complet Smile Merci à vous deux Very Happy
Merci beaucoup Daemoon. Je suis extrêmement touchée par ton commentaire. ça me fait très plaisir que tu aies lu Lana rêve en entier Very Happy
ç'aurait certainement été logique que Lana réussisse à rêver pour l'éternité aux côtés de l'ange... cependant je ne veux pas que ça se finisse comme ça :3 Parce qu'elle doit vivre, c'est son destin, elle ne doit pas fuir comme elle a tenté de le faire. Elle doit s'en sortir autrement, dans la réalité. Pour montrer qu'il reste un peu d'espoir par ici justement Smile
Pour la deuxième partie... Bon c'est un peu bizarre, je ne sais pas exactement si ça se tient :/ Du coup j'hésite encore sur beaucoup de choses, et je ne la posterai sûrement pas cette année :')
En ce moment il m'est difficile d'avoir accès à Internet... Je ne pourrais pas répondre rapidement ^^ Mais merci merci merci Very Happy Vous êtes vraiment incroyables !! Very Happy
 
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Lana rêve [TS] ou [M]

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