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 Les Cendres (2.0) [TS]
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Lullaby

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Connasse
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MessageSujet: Les Cendres (2.0) [TS]   Mer 29 Juil - 11:43

Voilà, la nouvelle version de Cendres. Comme l'histoire et les persos sont assez différents, je me suis permise de refaire un sujet (les Cendres 1.0 étant disponible ICI). Je me réserve le premier sujet pour en faire une table des matières, et je ferai le synopsis un peu plus tard. Comme promis, l'ambiance sera un peu plus sombre, l'écriture un peu différente aussi, même si normalement il devrait évoluer en même temps que les personnages, et revenir à quelque chose qui ressemble plus à l'écriture des Cendres 1.0.

Sur ce assez de Blabla.






Et pour me lire, jetez un coup d'oeil ici.

"En bref, j'aime ces lunettes !" Kyoukai no kanata (ouais ça m'a marquée)





Dernière édition par Lullaby le Jeu 6 Aoû - 11:47, édité 2 fois
 
Lullaby

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Connasse
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MessageSujet: Re: Les Cendres (2.0) [TS]   Mer 29 Juil - 11:56

Prologue


Confortablement assis dans un vieux fauteuil, je profitais du feu qui brûlait dans la cheminée, rendant la température de la pièce spacieuse plutôt agréable en regard de la pluie glaciale qui tapait à la fenêtre.
- Pense qu'à une époque tu n'aurais eu besoin que d'un geste pour nous virer tout cette flotte.
Fermant les yeux, j'avalai une gorgée de whisky, tâchant d'ignorer les voix qui avaient envahi ma tête depuis si longtemps. Dans la pièce aux lueurs tamisées, la voix d'Andy Biersack retentit, accompagnée au piano, « I ruled the world …».
- Ouais, nous aussi, tu te rappelles ?
- Chut, laisse-le, Dreidan, veux-tu ? D'ailleurs, que tu le veuilles ou non, laisse-le.
Comme si l'intervention Ydracshi allait y changer quelques chose. Aucun d'eux n'étaient capable de rester silencieux bien longtemps. Un rire féminin répondit à mes pensées. Soupirant, je laissai une autre gorgée glisser le long de ma gorge. Non pas que cela suffirait à me rendre ivre. A cause de ma résistance, il me faudrait des centaines de verres avant de perdre mes moyens.
- Si je peux me permettre, tu n'as pas besoin d-
- Tais-toi donc on t'a dit, Dreidan !
Grognant, je me levai et ouvris la porte-fenêtre. Fuyant la bibliothèque aux tons faussement chaleureux, j'avançai sur l'immense balcon, balayé par la pluie. Verrouillant mes mains sur mes hanches je baissai mon regard sur la ville parée de ses illuminations nocturnes. Je respirai à fond l'air humide et lourd, chargé en gaz polluants, le crépitement des gouttes sur le sol effaçant presque les paroles du chanteur, l'eau ruisselant sur ma peau à travers mes vêtements désormais trempés. Les voix dans mon esprit devinrent de simples chuchotements, plus faciles à ignorer. Peut-être devrais-je changer de forme et voler quelques heures ? C'était la seule chose pour qui pouvait réduire au silence total les quatre autres - au moins temporairement.
Des millions d'années passés à les entendre se disputer dans ma tête, me faisant pleinement ressentir ma culpabilité sans pour autant m'accuser.
- Tu n'es pas la seul fautif, Raust. Nous avons tous participé à notre chute.
- Raust plus que nous autres.
- Dreidan !
- Dreidan !
- Dreidan !
Je retins un rire cynique. Trois sur cinq qui pensaient la même chose. C'était ce qui se rapprochai le plus de l'harmonie chez moi. Soudain une autre voix se fit entendre. Pas dans ma tête heureusement. C'était Ulrich, l'un de mes plus loyaux sujets.
- Seigneur Chase, nous avons des nouvelles de Loyra.
Loyra était le nom de code d'un espion placé à la cour du « Roi » Narilon. Cet être avait une ambition et cruauté comme j'en avais rarement vues.
-Et pourtant, tu en as vu.
- Dreidan  !
Par chance, après l'intervention de Gelsha, aucune interruption intempestive des autres présences dans mon esprit ne se fit entendre, me laissant me concentrer sur les paroles d'Ulrich.
- … Piedrani se rend en France, mais personne ne sait exactement pourquoi. Toutefois, Loyra a entendu une rumeur selon laquelle la nouvelle voyante de Narilon aurait donné des informations importantes sur l'enfant de la Prophétie, elle pense donc …
Mais le reste du rapport fut noyé par une vision tentant obscurcir mes sens. La repoussant, je fis remarquer mentalement à Almeina que c'était pas le moment.
- Très bien mais au plus vite, Raust, c'est important, cela concerne la Prophétie. Narilon est malheureusement sur la bonne piste.
Piedrani, le chien favori de Narilon. Il était hors de question qu'il mette la main sur l'enfant. Enfin s'il existait.
- Raust !
Bien. Alors il était temps que je fasse mes propres mouvements.
- C'est bon Ulrich, je m'en occupe.
Me retournant, je pus voir, malgré l'obscurité, sa stupéfaction. Mais il se reprit vite.
- Bien Seigneur, je vous laisse.
Il inclina la tête avant de quitter les lieux. Dans ma tête, les chuchotements avaient repris avec plus d'animation. L'enfant de la Prophétie. La possible fin de notre calvaire. Me rasseyant sur mon fauteuil, je laissai la vision d'Almeina m'apparaître.
D'abord il n'y avait que les ténèbres. Puis doucement un lueur m'apparut se transformant en une flamme. Non ce n'était pas une flamme. Un chevelure rousse ? Une silhouette se fit voir. La chevelure voleta avant de laisser place à un visage flou, comme une photo mal développée. Seule la couleur mordorée des yeux et le teint pâle se laissaient deviner. Puis la vision se dissolut.
C'était tout ?
- Je suis désolée Raust. Ses pouvoirs la protègent déjà.
Un énième soupir s'échappa d'entre mes lèvres. Il ne me restait plus qu'à suivre Piedrani, cette vision ne m'apportant que peu d'informations sur l'enfant.

Cet être avait une ambition et cruauté comme j'en avais rarement vu => vues
se laisser deviner => se laissaient deviner
Puis la vision se dissout => dissolut





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Dernière édition par Lullaby le Jeu 6 Aoû - 11:40, édité 1 fois
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Les Cendres (2.0) [TS]   Mer 29 Juil - 20:49

Hum hum, je trouve que cette nouvelle version a l'air plus maîtrisée que la précédente, elle me donne plus envie de continuer en tout cas, tu as fait de gros progrès Smile

Tu prends davantage ton temps pour planter le décor et tu laisses une part de mystère planer, j'aime beaucoup, vraiment, continue comme ça !

Juste une petite remarque formelle :

"Confortablement assis dans un vieux fauteuil, un feu brûlait dans la cheminée" => J'espère que le feu est bien installé Wink



 
Tout ce que j'écris
Est vain, ridicule et insignifiant.
Vain comme mon amour,
Ridicule comme mon ambition
Insignifiant comme mon existence.
 
Lullaby

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Connasse
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MessageSujet: Re: Les Cendres (2.0) [TS]   Mer 29 Juil - 22:24

Merde, c'est vrai que vu comme ça ... Va falloir que je reformule ça scratch mais demain ^^.

Et sinon merci ^^ (oui c'est plus travaillé, contrairement au précédent où j'y allais un peu au feeling)





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Lullaby

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Connasse
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MessageSujet: Re: Les Cendres (2.0) [TS]   Jeu 6 Aoû - 11:46

Bon j'ai corrigé la phrase. Je l'aime pas trop mais je vois pas comment faire autrement. Et sinon voici le premier chapitre, plus de 3000 mots pour vos zolis yeux.

Chapitre 1


La lande déserte, couverte d'herbes sèches, s'étendait devant moi, et rien d'autre à l'horizon ne s'offrait à mon regard. Une odeur de renfermé emplissait mes narines, contrastant avec l'environnement dans lequel je me trouvais. Des cris. Ils résonnaient étrangement après les quelques minutes de silence presque angoissant qui les avaient précédés. Des cris de désespoir, des appels à l'aide retentissaient. Les cris venaient de partout mais je ne voyais personne. Prenant une direction au hasard, je commençai à marcher, l'herbe craquant sous mes pieds. Le soleil ne semblait pas bouger, fixé au dessus de moi comme une énorme lampe. La seule chose qui m'indiquait l'écoulement du temps était la fatigue dans mes jambes à mesure que j'avançais, un pied après l'autre, toujours sans savoir où j'allais. Je fis une pause pour soulager mes pieds jetant un coup d'oeil autour de moi dans l'espoir d'apercevoir un quelconque changement. Et le seul qu'il y avait était l'intensité des cris : ceux-ci devenaient plus sonores durant ma progression. L'air semblait plus lourd qu'avant comme si la pression n'arrêtait pas d'augmenter. Je repris ma marche, une certaine inquiétude s'emparant de moi. En plus d'être plus lourd j'eus l'impression que l'air devenait quelque peu opaque, comme si un brouillard se levait. Soudain des formes humaines se dessinèrent autour de moi. Un grand nombre de ces formes grises pleuraient, criaient ; les autres semblaient vidées de toute vie, comme si elles avaient perdu intérêt pour quoi que ce fût. Je frémis et me rapprochai doucement d'elles, pas sûre de ce que je devais faire. Je tentai de leur parler, des mots maladroits sortant de ma bouche, mais aucune des formes grises ne sembla m'entendre. Malgré mes efforts, rien ne changea les cris et les pleurs toujours aussi audibles.

Soudain une sonnerie m'agressa les oreilles, me faisant me réveiller en sursaut. Baillant, je tâtonnai sur ma table de chevet à la recherche de mon portable, mes yeux essayant de percer l'obscurité de la pièce. Quand je mis la main sur l'auteur de mon réveil, je désactivai l'alarme avant de rouler sur le côté et de me lever pour ouvrir les stores. La lumière inonda ma chambre et je plissai les paupières en attendant de m'adapter à la nouvelle luminosité. Étrangement, mon rêve me revint à l'esprit dans toute sa clarté. D'habitude mes songes finissaient par se dissoudre dans des images floues, toutes en teintes de gris.
Écartant les réminiscences des images perturbantes qui avaient accompagné mon sommeil, je m'en remis à ma préparation matinale. Douche, habillement, petit-déjeuner, brossage de dents, et sac de cours. Un casque de musique sur la tête, je laissai la voix d'Adam Lambert m'encourager à tenir bon* tout en m'engouffrant dans mon train matinal. Après un trajet que j'avais passé à somnoler, je m'engouffrai dans la métro parisien. Sans rechigner je me soumettais aux règles tacites des transports en commun, comme regarder partout sauf les gens - pas évident quand la rame était bondée - ou comme se serrer le plus possible sans pour autant toucher certaines zones des autres corps nous entourant - là encore, pas toujours facile. Heureusement, après deux stations, je fis un changement pour une ligne moins encombrée. Mon trajet journalier était, par la force de l'habitude, inscrit dans ma mémoire, aussi c'était encore un peu endormie que je parvins à destination - ma fac.

Je me laissai tomber sur une chaise d'amphithéâtre, près de mes camarades déjà présents. Ceux-ci, comprenant à ma tête que je n'étais pas encore en état de faire la discussion, se contentèrent de me saluer avant de reprendre leur conversation. Lorsque je vis le professeur entrer plein d'enthousiasme alors que moi-même je peinais à garder les yeux fixés sur un point, assise sur mon siège pliable, une table ne faisant pas plus de trente centimètres de large devant moi, et une odeur de renfermé dans les narines, j'émis un un long soupir. La matinée - voire la journée - allait être longue. Quand le cours magistral se termina, une heure et demie plus tard, j'en fus soulagée. Étirant mes membres endoloris, je souris enfin à mes amies. Enfin amies … on suivait le même cursus, on s'entendait bien mais, depuis Adèle … Reprenant à temps mon esprit rebelle avant qu'il ne me pousse à la déprime, je saluai les autres filles chaleureusement, leur demandant comment s'étaient déroulés leurs week-ends respectifs. Au final, tout comme moi, elles n'avaient pas grand chose à raconter, sauf l'une d'entre elle, qui apparaissait régulièrement dans une web-série et qui avait eu un tournage. Elle nous raconta, la scène qu'elle avait jouée, ce qui nous poussa toutes à nous récrier. Elle nous avait spoilé !

A la fin des cours, Mél - diminutif de Mélinda - et moi, nous nous dirigeâmes vers le métro que nous prenions toutes les deux. Je la vis me jeter un regard soupçonneux.
« Y a un truc qui va pas ? m'interrogea-t-elle.
- Bof, répondis-je en haussant les épaules.»
Elle attendit patiemment que je continue. Finalement, au bout de deux minutes de silence, je m'apprêtai à lui répondre lorsque son téléphone sonna. Je la vis prendre son portable et décrocher.
« Hey salut ! dit-elle.
- …
- C'est vrai ? Non ! Comment ça s'est passé ? »
Sa voix était pleine d'enthousiasme, et mon cœur se serra un peu. J'aimais Mél et les autres filles, mais parfois je me sentais si éloignée d'elles. En dehors de nos études et de certaines de nos convictions, nous avions peu de points communs. Elles avaient chacune leurs amis, leurs familles, elles n'avaient pas les mêmes passions, et même parfois, des cultures différentes. Non pas que ça me dérangeait, au contraire j'aimais découvrir de nouvelles choses à leur contact. C'était juste qu'elles avaient… des attaches. Des attaches que je n'avais plus l'impression d'avoir. J'avais toujours été un peu solitaire, un peu à l'écart, mais depuis un an… J'entendis alors Mél dire au revoir à son interlocuteur, lui promettant de se voir bientôt. Aussitôt je chassai mes pensées moroses.
« Des bonnes nouvelles ? lui demandai-je.
- Carrément. Une amie a réussi à avoir des billets gratuits pour les Solidays.
- Super ! »
La conversation dériva sur les artistes qu'elle serait contente de voir à l'événement. Pas mon style de musique, pas d'artistes que j'aimais, là encore des passions divergentes. Et pourtant c'était avec Mél que j'avais le plus de points communs. Heureusement pour moi, mon amie dut changer de ligne et elle me quitta avant d'avoir pu remarquer à nouveau ma sombre humeur. Je mis mon fidèle casque sur les oreilles, laissant mes soucis et tout mon être se dissoudre dans la musique mélancolique et la voix grave du chanteur de Black Veil Brides. Lost it all… ce n'était pas une bonne idée d'écouter ça alors que je n'étais pas déjà d'humeur très joyeuse. Heureusement la musique changea, vers quelque chose de plus effréné.

Le lendemain je me réveillai encore une fois avec des vestiges de hurlements et de sanglots dans les oreilles. Je grimaçai. Déjà que je déprimais un peu en ce moment, ces rêves étranges n'arrangeaient rien. Je fronçai les sourcils. Si ça continuait j'étais bonne pour lire de la poésie mélancolique et triste, du genre Baudelaire. Pouah ! Secouant la tête je me dépêchai d'accomplir mon rituel matinal et d'enfoncer mon casque sur la tête. Heart of fire** retentit à niveau plus élevé que d'habitude dans mes tympans, mais je ne voulais pas me laisser une seule chance de ruminer mes rêves et mes souvenirs pénibles. Aussi, malgré mon sommeil agité, je me présentai ce matin-là surexcitée devant mes camarades. Elles se moquèrent un peu de moi, prétendant que le mardi m'allait mieux que le lundi, mais je ne relevai pas : c'était mérité. Cette fois la journée fut un peu plus animée, du moins à mes yeux. Toutefois je savais que ma bonne humeur ne pouvait pas durer, pas si je ne faisais rien, aussi je prévins les autres filles que je ne serai pas là le lendemain, ayant quelque chose d'important à faire. Mes résultats étaient plutôt bons, aussi je pouvais me permettre de sécher les cours de temps à autres. Elles me promirent de me laisser copier leurs notes plus tard. Et ce fut donc après une virée amusante dans le centre commercial le plus proche que nous nous séparâmes.

Autour de moi tout était calme. Cela n'avait rien d'étonnant, puisque je me trouvais dans un cimetière, en milieu de semaine, et qu'en plus c'était un petit cimetière, pas plus grand qu'un terrain de foot. J'étais assise devant une plaque - en marbre peut-être ? je n'en avais aucune idée - où l'inscription suivante était gravée:
« Adèle Martin
1995-2014
Fille et sœur »
Malgré moi, cette plaque m'énervait. Fille et sœur. Comment pouvait-on réduire une personne à ses liens de parenté. Comme si le fait qu'elle avait eu une vie courte, une fin horrible, n'était pas satisfaisant ! Il fallait en plus réduire ce qu'elle avait vécu à ses liens de sang avec ceux qui étaient encore vivants. Ses amis, son petit-ami, ça ne comptait pas !
Fermant les yeux je tâchai de calmer ma rage. Ce n'était la faute de personne. Après tout, je n'étais même pas sûre qu'à travers leur chagrin, les parents d'Adèle aient vraiment réfléchi aux détails de ses funérailles. Ils avaient dû se laisser porter par le courant, tout comme moi à l'époque. La brise balayant mes cheveux et l'odeur d'herbe coupée me ramena en arrière, un an et demi plus tôt.

Observant attentivement mes cartes, je jetai un coup d’œil à ma meilleure amie, en face de moi, tâchant de deviner si sa main était bonne au non.
« Alors, c'est quand qu'il nous rejoint Nic ? demandai-je pour la déconcentrer un peu. »
Son petit-ami l'avait demandée en fiançailles. Leurs parents trouvaient que c'était trop tôt, et la partie la plus sérieuse de moi aussi, mais ça faisait des années qu'ils étaient ensemble, ils étaient majeurs, même si c'était depuis peu, alors c'était leur problème.
« Il doit plus tarder, me répondit-elle. Il est parti faire resserrer la bague. Je lui ai proposé de venir, mais il a dit que c'était pas la peine. »
Elle posa deux cartes sur le tas mais la prenant de vitesse, je m'écriai :
« Contre-Uno !»
Elle fit la moue, tordant ses lèvres minces, mais ses bleus pétillaient, et j'éclatai de rire tandis qu'elle piochait deux autres cartes. Ses cheveux bruns, coupés au niveau du menton, voletaient au gré du vent.
« Alors, me dit-elle pendant que je réfléchissais à la carte qu'il valait mieux que je pose, Sébastien ? »
Je sentis des papillons dans mon ventre, à la mention de ce nom.
« Pas grand chose, on a révisé les maths l'autre jour. »
Elle haussa un sourcil, mouvement dont la signification m'était claire.
« Tu savais qu'il était fan de Nightwish ? Il aime aussi Epica. Et il a dit que ça pourrait être sympa si on se faisait tous une sortie au ciné. Et par tous il sous-entendait, Nic, toi, moi, lui et quelques potes. En gros rien de bien transcendant, je pense pas que je l'intéresse.
- C'est parce qu'il ne te connaît pas assez ! Je suis sure que t'as joué ta timide.
- Mais je SUIS timide, andouille !
- Pas avec les gens que tu connais. Et soit-dit en passant, Nic t'en veux toujours pour son T-shirt préféré taché.
- Pauvre chou, fis-je en prenant un faux air attristé. Rappelle-moi, c'est qui qui a commencé ?»
Elle éclata de rire, un rire chaleureux qui invitait les gens à rire avec elle, continuant la partie en même temps.
« C'est pour ça que j'ai pas pris la défense de Nic. N'empêche que tu t'es lâchée cette fois-là.
- Eh bien Sebastien m'intimide un peu, ok ? Même s'il est gentil. »
Elle me sourit avant que son visage ne s'éclaire en voyant son homme arriver. Profitant de sa distraction, je posai ma dernière carte en déclarant à voix haute «Uno !». Elle me regarda un moment stupéfaite et je lui tirai la langue. Puis nous fumes prises d'un fou rire qui durant de longues secondes.

C'était l'un des derniers souvenirs réellement heureux que j'avais d'elle. Peu après elle avait appris sa maladie incurable, et j'avais vu l'éclat de la vie disparaître peu à peu de ses yeux, remplacé par la peur et le désespoir. Après sa mort, tout avait changé, sa famille avait déménagé à des centaines de kilomètres, Nic avait rejoint la capitale pour disparaître dans la foule de jeunes hommes à la recherche d'emploi. La plupart des amis d'Adèle n'avait plus que rarement de contact entre eux. Parce que c'était Adèle, l'exubérante mais fondamentalement gentille et empathique Adèle qui nous avait liés les uns aux autres. Sa disparition nous avait poussés à nous séparer, à prendre des chemins différents, éloignés. Quant à moi, qui n'avais jamais été de nature très sociable, je m'étais retrouvée seule. Je savais que c'était de ma faute, comme me l'avait fait remarquer ma meilleure amie ce jour-là, je ne me lâchais pas assez. Je savais que si elle était là, elle me râlerai un peu dessus, et me pousserai à sortir et à passer plus de temps avec mes amis, surtout les anciens que je ne voyais que peu. Malgré moi je souris, imaginant l'enthousiasme et l'énergie qu'elle aurait mis à me convaincre. Et elle aurait, encore une fois, dix mille fois raison. Caressant doucement la plaque funéraire, je murmurai:
« Je vais faire un effort, promis. »

Le lendemain, j'arrivai en avance devant l'amphi, un sac plein de donnuts sous la main. Une oreillette diffusant The Phoenix de Fall Out Boy dans l'oreille gauche, l'autre retombant négligemment sur ma veste, j'attendais mes amies, à qui je distribuais au fur et à mesure qu'elles arrivaient mes gourmandises. Quant Mél, l'habituelle dernière se montra enfin, nous nous installâmes dans l'amphi, où je les poussais, pendant les quelques minutes qui nous restaient avant l'entrée du professeur, à me parler de ce que j'avais manqué la vieille. J'eus le droit à une anecdote amusante sur un camarade de classe qui était arrivé quinze minutes avant la fin d'un cours parce que sa montre était en retard d'une heure. Le professeur lui avait alors fait remarquer que même en enlevant le retard imputable à sa montre, il avait quinze minutes de retard. La suite du compte-rendu d'hier attendit la fin du cours, et notre après-midi ayant été libéré pour cause de réunion à laquelle certains de nos enseignants devaient se rendre, nous fîmes un tour au centre commercial. Ce n'était pas mon passe-temps favori, mais Mél et les autres ne désespéraient pas de me rendre un peu plus… disons féminine, faute d'un meilleure terme.

Non pas que j'avais une allure masculine, c'était juste que je ne me maquillais que rarement, et j'arborais des vêtements passe-partout, n'ayant pas la prétention de me mettre en valeur. Mais ça leur faisait plaisir de jouer à la poupée avec moi, et j'étais de bonne humeur, alors pourquoi pas les laisser faire. Qui savait si leurs avis et conseils ne pourraient pas m'être utile un jour ? Quand je rentrai ce jour-là, j'avais un sac rempli d'affaires neuves, vêtements et cosmétiques, et de sérieuses craintes quant à la capacité de mon compte en banque à tenir jusqu'au prochain versement de ma bourse d'études. Toutefois le reste de la semaine fut plutôt euphorisante. Après tout, « Le bonheur, c'est un choix. » - ne me demandez pas l'auteur de la citation.

Le vendredi soir, sur le chemin du retour, je me creusais donc la tête pour savoir qui avait bien pu écrire cette phrase bien pensée. Là encore, je m'étais isolée auditivement du reste du monde, cette fois en passant en boucle If I Had a Heart de Fever Ray. J'avais eu un coup de cœur pour cette chanson en regardant la série Vikings. Mais malgré la bonne journée que j'avais passé, un mauvais pressentiment commençait à titiller ma conscience. Jetant un regard autour de moi dans la rame de métro, je ne remarquai rien d'anormal, me déplaçant légèrement pour laisser passer un sans-abri qui faisait appel à la générosité des personnes présentes. Je ne lui donnai rien, parce que je n'avais pas de monnaie, et aussi parce que je l'avais déjà vu ivre un mois plutôt, et que je n'allais sûrement pas financer son alcoolisme de mon argent. Quand la porte du wagon s'ouvrit, mon ventre se noua et le sang commença à pulser dans mes tympans. Serrant mon sac contre moi, je me levai du siège repliable pour laisser entrer la foule, tout en cherchant d'où pouvait bien venir cette funeste impression que quelque chose de mal allait se produire. Je déplaçai l'une des oreillette de mon casque de manière à pouvoir entendre ce qui se passait. Mais nous dépassâmes trois stations sans que rien ne se produise, aussi je mis ce pressentiment sur le compte de ma paranoïa, et j'entrepris de prendre de longues respirations pour détendre l'angoisse sourde lovée dans mes entrailles.

Soudain, alors que la porte s'ouvrait sur le quai, et que nombre de gens y descendaient, une main m'agrippa. Je fus assez violemment forcée de descendre à quai. D'abord trop surprise, je ne réagis pas. Puis mes yeux tombèrent sur ceux noirs d'un homme grand, avec un sourire vicieux aux lèvres, digne du Joker. Il ignorait complètement les gens qui se pressaient autour de lui et d'ailleurs ceux-ci lui rendaient bien. En fait c'était très étrange. Je savais bien les parisiens, surtout à cette heure-ci, indifférents aux autres usagers des transports, mais aucun ne se plaignait de notre présence en plein milieu du passage, c'était… flippant, comme si nous n'étions pas vraiment là. Retenant un frisson, j'interpellai mon vis-à-vis :
« Non mais ça va ?! Pourquoi vous avez m'avez tirée hors de la rame, vous êtes dingue ? »
D'abord il ne répondit pas, me jetant un regard plein de dégoût. Ma fierté en prenant un coup, je relevai le menton et croisai les bras. Puis il parla, dévoilant ses dents, toutes pointues et grises, définitivement pas humaines, pensai-je fugitivement.
« Mon maître souhaite vous parler, alors vous allez venir avec moi sans discussion. Et n'essayez pas d'appeler à l'aide, aucun d'eux ne vous entendra, me fit-il constater en pointant les passants.»
Oui, j'avais remarqué. Toutefois, je n'allais pas le suivre pour autant, pas au vu de la façon dont il me traitait. Pas alors que je ne le connaissais de nulle part et qu'il était effrayant. D'ailleurs… c'était moi ou ses oreilles avaient deux pointes en haut de chacune ? Bordel de… Mais qu'est-ce que c'était ce truc ?! Je ne pus m'empêcher de me pincer discrètement pour vérifier que ce n'était pas encore un rêve bizarre, alimenté par mon imagination. Mais c'était bien vrai.

Autour de nous la station s'était presque vidée, et, voyant que je ne bougeai pas, la créature s'approcha de moi. Aussitôt je fis la chose la plus censée. Faisant volte-face, je pris mes jambes à mon cou.




*Le titre de la chanson étant Hold On.
**Chanson des Black Veil Brides.

toutes sa clarté => toute
je m'engouffrais => je m'engouffrai
trente centimètre => trente centimètres
s'était déroulé leurs week-ends => s'étaient déroulés
peu de point commun => points communs
je déprimai un peu en ce moment => déprimais
l'avait demandé => demandée
mécriai => m'écriai
le moue => la moue
tandis qu'elle piocha => piochait
Ses cheveux bruns, coupé au niveau du menton, voletait au gré du vent => coupés/voletaient
tu t'es lâché => lâchée
nous avait lié => liés
nous avait poussé => poussés
Quant à moi, qui n'avait => avais
je m'étais retrouvé => retrouvée
me l'avais fait remarqué => me l'avait fait remarquer
nombre de gens y descendait => descendaient
les gens qui se pressait => pressaient
aucun ne se plaignaient notre présence => plaignait de notre présence
vous avez m'avez tiré => tirée
pensais-je => pensai-je
d'eux de vous => ne vous
la plus censée => sensée (qui a du sens)





Et pour me lire, jetez un coup d'oeil ici.

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Daemoon

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MessageSujet: Re: Les Cendres (2.0) [TS]   Ven 7 Aoû - 22:40

Et voila j'adore !
Cette fois tu as mis plus de temps à faire rentrer ton histoire dans l'action, je trouve ça mieux.
Et ce retour dans le passé à propos d'Adèle, c'est tellement bien écrit qu'on s'y voit observer la scène. Je veux en savoir plus, je la connais pas elle !

Lullaby a écrit:
Mais qu'est-ce que c'était ce truc ?! Je ne pus m'empêcher de me pincer discrètement pour vérifier que ce n'était pas encore un rêve bizarre, alimenté par mon imagination.

Ça j'adore ! ^^ Elle se fait bousculer par un mec qui ne paraît pas humain avec ses oreilles pointues mais avant de fuir elle se pince 

Et la pas un mot sur Dreidan ? Lulla tu me pousses à bout !!
 
Lullaby

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Connasse
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MessageSujet: Re: Les Cendres (2.0) [TS]   Ven 7 Aoû - 22:53

XD Alors Dreidan (et les autres voix) on va pas en entendre parler avant un moment sinon c'est pas drôle Razz

Ensuite ouais, elle se pince parce qu'on sait jamais quoi Razz

Et pour terminer, Adèle étant morte, on la verra pas, toutefois elle représente une partie importante de l'histoire de mon héroïne... que je n'ai pas nommée XD (pas grave son nom viendra sur le tapis au chap 2 ^^). On aura donc l'occasion de reparler d'elle.

Et je suis d'accord dans ma première version tout allait trop vite, là c'est beaucoup mieux ^^.





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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Les Cendres (2.0) [TS]   Dim 9 Aoû - 18:42

Daemoon a écrit:
Cette fois tu as mis plus de temps à faire rentrer ton histoire dans l'action, je trouve ça mieux.

Je plussoie ! En plus, ton héroïne a une histoire maintenant, c'est beaucoup plus intéressant et ça la rend plus vraie Smile
Tu as aussi un style plus élégant Wink

La première phrase de la partie 1 est parfaite pour moi à présent, je me suis juste permise de mettre "je profitais" au lieu de "je profitai", parce que le passé simple ne me semble pas trop adapté à ce moment où tu plantes ton décor (ah, et tu avais inversé "feu" et "qui" aussi).

J'ai relevé deux petits défauts dans la deuxième partie :

me faisant me réveiller => Un peu lourd, non ? Pourquoi pas « me réveillant » tout court ?

Un casque de musique sur la tête, je laissai la voix d'Adam Lambert m'encourager à tenir bon* tout en m'engouffrant dans mon train matinal. Après un trajet que j'avais passé à somnoler, je m'engouffrai dans la métro parisien. => Répétition de "engouffrer"

Tu as un courage formidable de travailler et retravailler cette histoire qui te trotte dans la tête depuis un moment, ne le perd pas et continue !



 
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MessageSujet: Re: Les Cendres (2.0) [TS]   Dim 9 Aoû - 19:22

Merchi





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Les Cendres (2.0) [TS]

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