Zéphyr Embrasé
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 18 ans [S]
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Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
Féminin Messages : 1333
Date d'inscription : 29/07/2014
Age : 20
Localisation : Between the peanuts and the cage
MessageSujet: 18 ans [S]   Ven 25 Sep - 18:40

Parce que j'avais envie d'instaurer un rituel et que je trouve très intéressant de faire le point sur mon évolution tant au niveau du style qu'au niveau de mon état d'esprit, cet exercice me plaît Wink


Sa bouche était exactement celle de mon premier amour. La ressemblance était trop troublante pour ne pas être notée, cela signifiait que quelque chose d'irréparable s'était produit.
Comme je marchais seule dans la rue, à la suite de diverses associations d'idées, j'en suis arrivée à souffler à voix haute :
- L'Acte.
Puis j'ai éclaté de rire.

Un homme. Je cherche ici une réconciliation et nul ne pourra me faire reculer. Un homme de dos. Un immense dos, je crains de ne pouvoir en faire abstraction mais il le faudra pourtant. Un homme de dos au loin. Il doit être encore plus impressionnant de près, je lui ferai face sans broncher. Un homme de dos au loin, nu.
Nu, êtes-vous sûr ? Faut-il vraiment qu'il soit nu ? Il me semble à présent que c'est mal. Nul ne pourra me faire reculer, c'est ce que j'ai prétendu, mais c'était une bravade. Je n'ai pas le courage aujourd'hui d'être une femme.
"Yo hago magia ¿ quieres que te regale las estrellas del cielo ?"
NDT : Veux-tu que pour toi je parsème le ciel d'étoiles ?
L'homme n'est plus de dos, il n'est plus au loin mais il est toujours un homme et il est toujours nu. Tout en lui est immense, presque disproportionné. Trop grand pour ne pas être monstrueux :
Il sourit et il a raison de sourire car lui sait ce qui l'attend. Moi je dois être stupide : je n'arrive pas à comprendre. Cette histoire est aussi émasculée qu'acéphale.

- Tu n'as pas à penser à cela, tu n'as que huit ans. A huit ans tu ne devrais même pas savoir que ces choses existent, et même si tu sais qu'elles existent, tu ne peux pas connaître leur portée, leur importance, leur signification. Non, tu as huit ans, ne pense pas à ces choses.
- Je n'ai pas huit ans, j'en ai dix-huit, comme toi ! A cet âge on peut penser, on se doit de penser à ces choses.
- Peut-être, mais pour moi tu auras huit ans pour toujours. Ou alors peut-être que je te bloquerai à dix, à onze ou à quatorze ans. Selon mon humeur, tu auras l'un ou tous ces âges à la fois, mais dix-huit ans, non, je ne peux pas, ça te va trop mal. C'est trop sérieux pour toi, je ne peux pas me résoudre à te laisser grandir, tu es... je t'aime comme l'enfant que je n'aurai jamais.

Le rêve s'est achevé, je n'étais pas dans mon lit. Ça n'avait pas de sens, mais j'ai compris immédiatement que j'étais chez le médecin, que c'était en rapport avec le rêve, qu'il fallait me guérir de ce que mon cerveau détraqué m'avait montré cette nuit-là.
J'imaginais que des infirmiers allaient venir me chercher ; ils auraient des blouses blanches, comme dans ces récits stupides dans lesquels la folie ressemble à un épouvantail que les oiseaux ne craignent pas tant elle est mal dépeinte.
Ils ne sont pas venus. Je me suis réveillée une seconde fois. Pour de bon, enfin.

Ce matin, j'ai ri en pensant que la plupart des gens ne faisaient que courir après un excrément danois. C'est plutôt drôle, non ? Je crois que je la ressortirai. Ensuite, je me mettrai à pleurer parce que, merde, moi aussi j'ai bien envie de comprendre.
Les amourettes automnales ressemblent aux feuilles mortes. Le docteur a dit : « Tu as dix-huit ans et tu ne crois pas en l'amour ! ». Il se trompait. Je crois à mon amour qui est beau, puissant et égoïste bien que désintéressé. Je ne crois simplement pas à l'amour des autres.
J'ai fait de ma passion une religion. J'ai atteint un tel degré de désintéressement que j'ai dépassé le fanatisme, je suis dans l'abnégation totale, au plus proche de Dieu, j'ai mené ma guerre intérieure et j'ai trouvé la paix. Je crois ?
On m'a traitée de simple d'esprit, d'imbécile heureuse. J'aurais aimé dire que je n'étais pas si simple d'esprit puisqu'au moins je savais être heureuse. Comment maintenir un argument si faible ? Toute paroisse a ses sceptiques, mais je ne croyais pas douter si vite.

C'est l'histoire d'un mec prisonnier. Tous les jours, on lui apporte un grain de riz, un seul, qui sera son unique nourriture jusqu'au matin suivant. Tous les jours, le mec mange son grain de riz sans protester, il ne demande pas davantage. Tous les jours, comme ça pendant, pfft, un an, deux ans, trente ans ? Bref, longtemps.
Puis un jour, le gardien ne vient plus, le mec n'a plus rien à manger. Le jour où l'on retire à cet homme son unique grain de riz, n'est-il pas en droit de protester, monsieur ?

La semaine dernière, pour la première fois j'ai bu sans pleurer. J'ai l'alcool triste d'habitude, mais là ça allait parce que j'avais atteint une forme de sérénité. Pourtant aujourd'hui, je suis plus sobre que jamais et j'ai quand même envie de fondre en larmes.
Je suis complètement perdue, je pensais que s'aimer, accepter son sort, c'était une preuve de maturité, qu'attendre quelque chose c'était régresser et qu'en allant trop vite on risquait de tout perdre.
Maintenant je ne sais pas, je pense que tout le monde ne pourrait pas supporter ma situation et je clamais fièrement que je n'étais pas tout le monde mais je n'en suis pas si sûre. Se contenter de rien, est-ce que c'est possible ?
J'avais réussi à me convaincre que je ne ratais pas grand-chose mais alors pourquoi, pourquoi, pourquoi est-ce que c'est si important et pourquoi est-ce qu'on me dit que si je n'essaie pas je ne saurai jamais ?

Je suis allée me promener, j'ai croisé mon idéal masculin dans la forêt de G. Il avait une jolie petite barbe tout juste grisonnante, une chemise sombre et il prenait des photos. Sa démarche était adorable, j'ai bien aimé sa manière de me dire bonjour. Puis je l'ai dépassé, et je ne l'ai plus revu. Je l'ai appelé Michel del Castillo, parce que ça lui allait bien même si l'auteur ne lui ressemblait pas du tout. Sisyphe était tombé amoureux de son rocher.

Je suis rentrée avec le sentiment d'avoir violé quelqu'un. Je m'étais assise à côté de Camus pour patienter, quand j'ai trouvé le Carnet. J'ai reconnu avec peine l'écriture qui le noircissait, et j'ai perçu dans le contenu plus de doute que ne pouvait en supporter la bienséance.
La tentation était forte de plonger dans cet esprit inconnu que, peut-être, j'aurais pu aimer. Pourquoi laisser en évidence cet objet si intime et m'inviter ensuite à fouiller – à souiller – cette chambre de mes yeux inquisiteurs ?
« Ce week-end était divin ». Ce week-end était il y a trois jours, et c'était déjà trop. J'ai fermé le Carnet. Je me demandais ce qui serait écrit sur moi le soir venu.

- Tu es accro ?
- Je ne sais pas. Ce n'est pas un manque physique, c'est entièrement psychologique, alors je me dis que je peux arrêter quand je veux. Cependant, il subsiste un drôle de sourire à mes lèvres quand j'y repense...

Depuis quelque temps, je m'adonne à toutes les drogues non délétères : le sport, les belles lettres et l'amour. Je suis un esprit sain dans un corps sain, car tel est l'opium des intellectuels. En vérité, je me sens davantage comme un esprit libre dans un corps entravé. Pléonasme, qu'est-ce qu'un corps si ce n'est une prison de chair ?
« De ta petite fenêtre, tout ça te semble compliqué, mais c'est pareil pour tout le monde. ». Voilà sans doute ce qu'on aurait pu me répondre.

Mon expérience amoureuse la plus fantastique a duré huit minutes et vingt-deux secondes, ce qui, apparemment, est le temps que met la lumière du soleil à parvenir à la Terre. Un jour, le soleil est mort. Je n'aimais plus, mais je ne m'en rendais pas compte, puisque pendant huit minutes et vingt-deux secondes encore, ma vie était éclairée d'une passion éteinte. C'était merveilleux.
Por dios, ces huit minutes et vingt-deux secondes ne devraient pas être autant prolongées, je risque de me perdre.

Tengo que escribir en español también, porque hay que evocar la importancia que tiene este idioma en mi vida. Este año, aprendí a decir cosas como "cabeza de chorlito", "criar malvas" o "me cago en Dios". Me gusta mucho.
Me gustan también la revolución cubana, Penélope Cruz, la marijuana, la palabra "zambullirse", Pedro Almodóvar, un abuelo, Pablo Picasso, el gaspacho y las novelas de Carlos Ruiz Zafón que ocurren en la vieja Barcelona.
He comenzado un texto en español, una historia de amor, supongo. Empeza así :
"Ya no llore. Todo está bien. No hay razón de llorar. No hay razón de gritar tampoco. No hay nada que decir sino que todo está bien."
No sé muy bien lo que puedo hacer con esto. Quisiera añadir también que mañana voy a deciros que todas las noches, cuento mi secreto a la luna y las horas sin la persona que quiero. Porque es un buen retruécano. Pero si estoy enamorada (¡ Y claro que estoy !), todavía no he buscado el objeto de mis sentimientos. Entonces, no puedo decirlo. ¡ Qué pena ! Era un buen retruécano.

Traduction:
 

Superstition de pigeon, je me suis habillée comme le jour où j'ai croisé Michel del Castillo dans la forêt de G. et je me suis promenée au même endroit. C'était ma dose de rêve avant le départ, un petit battement d'ailes avant une immersion définitive au milieu de kétoupatrons, de gypaéthologues, de ptérodactylos, de faucons et de vrais.
J'ai versé une larme quand j'ai compris que plus rien ne serait comme avant. Peut-être que quelqu'un écrira un jour que c'était un sale moment parce qu'on pensait tous qu'on ne se reverrait plus jamais et qu'on s'en foutait. Ce quelqu'un aura tort. Je ne savais pas qu'on ne se reverrait plus et si je l'avais su, je ne m'en serais pas moquée.

J'ai encore cette chanson dans la tête :
Someone's knockin' at the door
Somebody's ringin' a bell
Do me a favor
Open the door and let 'em in.

Traduction:
 

Ensuite, j'ai repensé à cette histoire de fenêtres. On m'a dit que c'était difficile de regarder au travers, mais que c'était pareil pour tout le monde. Seulement, je crois qu'on ne joue pas tous au même étage. J'étais au rez-de-chaussée que j'avais déjà le vertige, je croyais que j'avais réussi à supporter la vue que j'avais de ma petite fenêtre, même à l'aimer, mais c'est devenu trop petit, je voudrais bien monter d'un étage pour mieux voir, pourquoi la porte est-elle fermée ?

Je m'intéresse à l'instant au mot « Calenture ». Je l'ai noté sur le mémo de mon téléphone comme cela m'arrive souvent lorsque j'apprends quelque chose dont je voudrais me servir plus tard. Je ne sais plus où je l'ai rencontré exactement, dommage.
Il s'agit d'un délire furieux observé chez les marins au moment de la traversée des zones tropicales et s'accompagnant d'un désir irrésistible de se jeter à la mer. Le lien avec le mot « zambullirse » et cette histoire de fenêtres et d'étages devient évident. Ce devait être la Peau de Chagrin.

- Retourne-toi.
- Pourquoi ?
- Je change de pantalon.
N'était-ce pas justement cela qui accentuait le problème ? Savoir que, quelque part dans cette pièce quelqu'un changeait de pantalon et qu'il ne fallait pas regarder ? Cela induisait qu'il pouvait y avoir désir, car la pudeur y est intrinsèquement liée.
Si, sans pudeur aucune, cette personne avait retiré son pantalon devant les yeux indifférent du spectateur, les choses auraient été pour le mieux. Or, par ce « Retourne-toi », l'imagination produisait ce dont les yeux étaient .privés.
C'est de là que naissait le fantasme, d'une petite voix répétait : « Il serait si facile de regarder... ». Le corps n'obéissait pas à la petite voix, préférant savourer ces pensées interdites qui ne prendraient plus jamais fin.
Le désir naît de la frustration : pour ôter toute ambiguïté dans une relation, il faudrait se donner tout entier. Comment te l'expliquer ?

Il n'existe rien de plus terrifiant qu'un fantasme qui se réalise. Prenons un exemple insensé. Imaginons – pourquoi pas ? – que je décide de me promener à nouveau dans la forêt de G. et que je rencontre encore une fois Michel del Castillo. Cela n'est pas impossible, loin de là.
Il est peut-être un habitué des lieux, je ne m'y promène moi-même pas assez souvent pour en juger. Dans ce cas, notre rencontre, de possible, pourrait devenir probable. Ou bien il n'était que de passage, il ne devait venir qu'une seule et unique fois dans cette forêt pour ce rendez-vous avec moi et une nouvelle rencontre est impensable. Jamais nous ne saurons.
Dans le doute, nous admettrons qu'il n'existe que deux issues à notre expérience : que la chose soit ou qu'elle ne soit pas. Nous admettrons également que chacune de ces issues ait une chance sur deux d'être notre résultat final.
Ce sera faux : si Michel del Castillo est un habitué de la forêt de G et que je m'y rends souvent, il y a bien plus d'une chance sur deux pour que je le rencontre, s'il ne l'est pas cette probabilité devient infime. Seulement, en l'absence d'une confirmation de l'une ou l'autre des hypothèses, nous trancherons à la moitié.
Imaginons à présent que Michel, tout homme qu'il soit, se trouve soudainement depuis la forêt de G. projeté dans une pièce intime, proche de moi, de face, nu. Cela est en revanche très improbable, peut-être impossible. Quelle est la probabilité pour que cet homme que je n'ai aperçu qu'une seule fois devienne mon amant ?
Il faudrait déjà que je le rencontre à nouveau. Chose improbable s'il ne devait jamais revenir dans cette forêt. Or, nous avons réduit à une chance sur deux cette improbabilité. Il y a une chance sur deux pour que les choses soient. Une chance sur deux pour que la porte s'ouvre au lieu de se fermer, pour que l'enfant soit un garçon au lieu d'une fille, pour que je rencontre Michel del Castillo au lieu de George Clooney.
Dans ce cas de figure, il y a une chance sur deux pour que l'improbable se réalise. Or une fois que l'on a écarté l'improbable, le plus dur est fait sur le chemin de l'impossible. Si je croise effectivement de nouveau cet homme alors que nous devions ne jamais nous revoir, n'est-ce pas un signe ? N'est-il pas évident qu'il existe entre nous un lien sacré qui ne peut que nous conduire tous deux au même lit ?
Si je recroise Michel, je lui ferai l'amour. Il y a une chance sur deux pour que cela soit. Le cœur léger, je me promène dans la forêt de G, convaincue d'être sur le point de réaliser l'impossible. Alors, stupeur, je vois Michel qui se promène parmi les arbres, aussi beau que dans mon souvenir.
Mon fantasme est en train de se réaliser, à ma plus grande terreur. Il existait une chance sur deux, peut-être beaucoup moins, pour que je revoie cet homme et cependant le voici face à moi. Je sais déjà que nous allons faire l'amour et j'en tremble, car je me mets à croire au destin.
Or, voici que Michel me dépasse, comme la dernière fois, me saluant avec politesse certes, mais sans m'inviter à le rejoindre dans un endroit plus intime – un buisson aurait pourtant suffi. Il y avait une chance sur deux pour que l'impossible survienne ; dans ma folie j'ai oublié que cela faisait tout de même une chance sur deux pour qu'il ne survienne pas. Il n'existe rien de plus terrifiant qu'un fantasme qui ne se réalise pas.

- Ça m'a fait plaisir de te revoir.
- Moi aussi.

Chez moi tout était encore chargé de sa présence. C'était le sol que ses pieds avaient foulé, le tableau où ses mains avaient écrit, le fauteuil où ses fesses s'étaient posées. L'ambiance était lourde, comme si la pièce elle-même ne savait comment interpréter ce départ.
« Je l'aime ». C'était l'évidence que je voulais ne pas admettre. Dans une semaine tout serait terminé, il n'y aurait plus rien, plus de corps auquel se raccrocher, seulement une absence aussi pesante que celle qui régnait dans cette pièce. L'Infini du vide.
Je sais que quelqu'un me plaît quand je l'entends me comparer à son ex. Comme il s'agissait ici d'odeur, de lessive précisément, le pincement était encore plus fort. « Je n'aimerai jamais quelqu'un qui sent comme mon ex ».

Vitrier, vitrier, vitrier !

Il m'a fallu trois expériences ratées pour comprendre que ce n'était pas grave. Il m'en faudra probablement trois autres réussies avant de me décider à l'expliquer, et au bout de trois milliards de suivantes, je ne sais toujours pas si mon cœur sera en paix.
Il faut pourtant arracher la perfusion. Maintenant. J'ai cru entrevoir une occasion lorsque cette jeune personne a dit :
- T'as l'air un peu paumée comme meuf, non ?
C'était vrai, mais je ne savais pas trop comment le prendre alors j'ai répondu que oui.
- Mais ça va, j'aime bien...
Est-ce une invitation ? Si oui, pourquoi suis-je incapable de me rappeler son nom ? A vrai dire, même son visage est brumeux dans ma tête, je ne suis pas sûre de pouvoir le reconnaître parmi la foule des autres. Allons, ce n'était pas une invitation. Sans doute un fantasme de plus pour l'impossible, tout comme ce sourire de collégienne en entendant le mot « haricot ».

Ah oui, les fenêtres. Il ne faut rien se fermer, c'est ça la maturité. Alors d'accord, j'essaie, je ne me résigne pas, faites-moi essayer, pourquoi est-ce que la porte est fermée ? J'assiste à des dizaines d'ascensions fulgurantes, je n'en aurais pas voulu il y a quelques années parce que j'avais trop le vertige, mais maintenant je me sens prête et les commentaires du troisième, du quatrième, du trentième étage me donnent envie de prendre mon courage à deux mains même si ce sera encore difficile.
Je reste coincée à mon petit rez-de-chaussée contre ma volonté, je me sens seule, je voudrais crier : « Attendez-moi ! » ou « Ouvrez-moi au moins la porte ! », mais personne ne peux m'aider.
Je suis totalement flippée, parce que même quand j'arriverai au trentième étage – si j'y arrive – je n'aurai peut-être qu'une vue médiocre. Je pourrai apprendre à l'aimer aussi, mais je ne veux pas vivre dans un monde ou tout deviendra trop petit.

- El avocado se ha ahogado.
NDT : L'avocat (= fruit) s'est noyé.
- Qu'est-ce que ça signifie ?
- Rien, mais ça sonne bien.

L'amour attendait, assis sur le couvercle d'une poubelle, emporté par un escalator ou entièrement nu à la sortie de bains japonais. Je n'ai réalisé que le lendemain ce que cela signifiait.
J'ai vu le regard de Maman et j'ai compris quel abyme infranchissable me séparait du prochain étage. Je n'aurai jamais la force et je crains qu'elle cherche à me retenir. Maman n'aimera pas la vue que j'ai de ma petite fenêtre.

Fenêtre ouverte, clope. Les épaules, nues. Yeux dans le rétroviseur, ne me regarde pas. Chante la ville que j'ai tant aimée et le port d'Amsterdam. Jolie voix, cheveux longs. Dread un peu défaite, bracelets aux poignets.
D'autres poignets plus tard me préparaient des pâtes au thon. La disposition des couverts était insolente, les fourchettes se pointaient l'une l'autre, prêtes à forniquer et l'expression sourdait des verres d'eau : « Tête à tête ».
Ce repas avait un délicieux goût d'interdit. Je dois dire que l'innocence lui allait à merveille et que je donnerais cher pour voir une si douce expression se peindre sur son visage à nouveau.
C'était comme lorsque ses doigts s'agitaient sur le piano, c'était comme un lent strip-tease qui respectait toutes les règles de la chasteté, ce qui en un sens était encore pire. Ciel, quelles jolies mains !
Je débarrassai son assiette, ce que bien-entendu l'on trouva mignon. Je ne voulais pas entendre ce mot de cette bouche et je fus foudroyée.
Il sortit un magnifique rot de ses lèvres, sur lequel je ne taris pas d'éloges. La tête pleine de bière à sept degrés, je me promettais de l'embrasser avant son départ. J'étais convaincue que cela ne tirait pas à conséquence, et peut-être était-ce le cas. L'alcool est redescendu, je n'ai pas tenté le diable.

Il était 19h et l'heure H était arrivée. Je n'arrivais pas à me sortir cela de la tête. J'avais percé l'énigme, c'était fait, le compte à rebours n'était plus un secret. J'étais la seule à savoir en dehors des deux protagonistes et la seule chose que je pouvais penser c'était : « Elle est avec lui ».
Hier nous étions à la proue du Titanic, j'étendais les bras et on me serait la taille, on me disait : « Tu vois ce bateau ? Un jour je te l'offrirai. ». Puis on riait parce qu'on savait qu'on n'avait pas le fric, qu'on n'irait jamais en Amérique, et puis qu'on n'avait rien d'espagnol.
« Je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas », le grand classique, mais qui fait toujours son petit effet. Dix minutes plus tard il pleuvait, j'ai compris que ça n'arriverait pas.

Trois compotes, un pot de fromage de chèvre, du pain rustique et deux briques de crème fraîche. On dirait une liste de courses, et pourtant ce n'est pas cela. C'est tout ce qu'il reste à la fin.
- A quoi reconnais-tu quelqu'un que tu aimes ?
- A son absence.
L'erreur serait de croire que je n'aime personne. J'aime l'Absent. J'aime cette silhouette sur le départ qui dit « Adieu » en agitant son mouchoir.

Connaissez-vous l'importance d'une pièce close ? Lorsque j'en suis ressortie, c'était comme si tout avait été consommé et je n'avais plus peur de ce qui pouvait arriver.
A genius is someone you want to be like, not to be with.
NDT : Un génie est quelqu'un à qui on a envie de ressembler, mais qu'on n'a pas envie de fréquenter.
Il paraît que Kierkegaard a rencontré l'amour de sa vie à vingt ans et a décidé de ne plus jamais le revoir pour garder le souvenir éternel de cette première passion. J'ai vu des gens conclure : « Il a eu une vie de merde, je préfère la mienne »
Ces gens sont si stupides. Savent-ils si Kierkegaard considérait sa vie comme un tas d'excréments ? J'avais pour une fois oublié la performance, ce n'était ni une question de beauté ni une question de bonheur, c'était une question de plaisir avant tout.
J'avais chanté pour son sourire, j'avais improvisé pour ses mains, j'avais retenu mes larmes pour ses yeux. J'avais confusément envie d'expliquer ce qu'était "silencier", mais je comprenais qu'il valait mieux se taire. A présent je peux le dire : Je suis le calme après la tempête.

 
Iskupitel

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Sire de Picardie, Souverain des Isles de Coupe et de Pitel
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MessageSujet: Re: 18 ans [S]   Mar 29 Sep - 16:32

Juste une remarque préliminaire avant que je revienne plus en profondeur, un autre jour, sur cette nouvelle :

Dedarimi a écrit:
L'homme n'est plus de dos, il n'est plus au loin mais il est toujours un homme et il est toujours nu. Tout en lui est immense, presque disproportionné.



Sur ce, je n'ai pas le temps de lire davantage, alors je m'arrête ici et reviendrai un de ces quatre (Peut-être le jour où tu passeras sur la CB :'))

 
 

18 ans [S]

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