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 Marie-Odile [P/S]
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Iskupitel

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Sire de Picardie, Souverain des Isles de Coupe et de Pitel
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MessageSujet: Marie-Odile [P/S]   Dim 24 Aoû - 18:59

J'sais pas trop si j'vais me faire engueuler pour avoir posté un texte, mais bon, j'peux pas attendre l'ouverture du forum x)
Bonne lecture, j'espère que vous apprécierez
Et n'hésitez pas à commenter, critiquer (positivement, je préférerais, mais faites comme vous voulez ^^), recommander... plus vous serez nombreux à me conseiller plus je pourrai avancer et vous proposer quelque chose de qualité.

___________________________________________________________________


CHAPITRE PREMIER
-
OTTO


Comme souvent, mon état d'esprit était en accord avec la météo. C'était une règle tacite pour mon corps, qui semblait analyser les changements météorologiques afin de modifier mon tempérament. Il m'était déjà arrivé plusieurs fois de changer brusquement d'humeur en même temps que tombaient les premières gouttes ou que commençait à briller un arc-en-ciel. Et lorsqu'au loin s'amoncelaient des nuages effrayants, il était commun que mes sourcils se froncent et que mon ton se fasse plus sec.

Je ne m'appelais pas réellement Otto, mais tant de monde avait adopté ce surnom que j'en avais presque oublié le prénom que mes parents m'avaient donné. Souvent, je m'apercevais qu'en réalité j'étais Otto, que j'avais surgi dans ce monde à l'âge de onze ans et que je n'avais rien vécu d'autre ; que ma vie en dehors du collège était si fade qu'elle en devenait transparente, et que je passais au travers comme on traverse un mur d'eau. Au cours de ses cinq années de vie, Otto n'avait jamais été le meneur. Moi non plus. J'étais intégré à un petit groupe d'amis qui étions peu séparables. Comme un cube d'argile, notre cohésion était mise à mal par des actions externes à nous. Mais rapidement nous nous reformions sous cette même pression. Malléables, innocents et dociles, nos heures de cours étaient de joyeuses récréations, et nos récréations étaient d'enjouées minutes de repos. Nous fonctionnions à l'envers de ce que souhaitaient les professeurs mais à l'endroit de ce que souhaitaient les autres élèves ; mais, surtout, à l'endroit de ce que nous souhaitions. Car tout humain que j'étais, j'avais développé une conscience de groupe. Deux personnes existaient : Otto et moi. Otto était le garçon au physique banal et aux cheveux d'or qui déambulait cyniquement, allant et venant comme pour inspecter son territoire tout en faisant preuve d'intelligence et de sens de l'humour. Quant à moi, j'étais le garçon derrière Otto. Doté d'un physique plus que banal, mes cheveux n'étaient pas aussi dorés que je l'espérais, et après cinq années je me suis rendu compte qu'Otto n'était qu'une idéalisation, un rêve de moi-même. Mais, embourbé dans la fange de mes désirs égocentriques et narcissiques, je m'étais persuadé que j'étais lui, n'apportant ainsi que des malheurs à ceux qui comptaient le plus pour moi : mes amis.

Un seul côté d'Otto me ressemblait nettement, et c'était celui du cynisme. Toujours cynique, parfois sadique, il m'arrivait de profiter des instants d'inattention de mes camarades pour assouvir mes désirs auto-mélioratifs de diverses façons. Faisant preuve d'une rhétorique inattendue bien qu'inexpérimentée, il m'était aisé d'apaiser les soupçons qui grondaient contre moi. J'étais le côté pervers et vicieux d'un moi-même idéalisé. Jamais je ne suis parvenu à me l'avouer, mais le fait est que je préférais de loin mes amis à ma famille, tout proche qu'elle ait pu m'être. Mais ce penchant était si puissant qu'il persistait même chez le rêve que je faisais de moi en permanence et que je considérais parfait. J'étais pourri jusqu'à la moelle, et même couper l'os ne m'aurait pas sauvé. J'avais donc deux possibilités, bien que je n'en sois pas conscient : ou bien continuer sur la voie de la dissimulation de soi avec les conséquences pernicieuses que cela aurait, ou bien détruire Otto. J'ai choisi la première, usant pour excuse auprès du peu d'humanité qu'il me restait le fait qu'il était trop difficile de détruire mon double. Sans apparence physique, la personnalité m'avait ravi une partie de la mienne. J'étais engagé, sans avoir conscience de quoi que ce soit, dans une lutte sans merci entre mes différentes personnalités. Les parties les plus oniriques de celles-ci étaient sans égal de majesté et de beauté, prouvant l'immense imagination que j'avais déployée dans le but de me créer un second moi, une personne que je pourrais chérir et que je pourrais imaginer être chérie par mes connaissances réelles.

L'imagination était ma perte, comme à mon habitude. Jamais la lutte ne prit fin, et le garçon que j'étais vivait dans une complaisance entachée de son propre sang épandu sur les parois de son chef. Mais au-delà de cet affrontement brutal et sanglant dont j'étais le spectateur inopiné, ayant parfois l'impression de devoir me faire tout petit en face des immensités barbares qui évoluaient en moi, j'étais à l'origine de l'embryon d'un second homme ; l'embryon du remplaçant d'Otto.

Je n'ai jamais été le meneur de notre groupe d'amis, et je le ressentais chaque jour, comme si on me le ressassait en toute connaissance de cause, tentant de me faire, plus encore, souffrir. Lors de mes premières années de détresse interne, je n'étais rien d'autre qu'un ami dont personne ne se souciait, un ami qui était toujours à la traîne et que les autres ne prenaient jamais en considération, un ami qui était toujours de trop, le cinquième ami.

Car dans le système éducatif grâce auquel j'avais l'honneur, au même titre que plusieurs millions de compatriotes, d'apprendre ce qu'on nommait l'enseignement général, la tendance était aux binômes de travail. Quelle n'était pas alors ma détresse lorsqu'un professeur annonçait qu'il était nécessaire de constituer des groupes de deux ! Je me souviendrai encore longtemps de ce qui était vite devenu habituel : imperceptiblement, je me dressais un peu, tentant de surpasser la ligne de têtes des membres de la classe, cherchant avec un faible espoir dissimulé derrière des montagnes et des futaies d'expérience malheureuse le signe d'une personne miraculeusement seule et que j'appréciais suffisamment pour accepter de m'associer à elle pour lier travail et bavardage inutile durant quelques minutes avant de retourner à mes us de solitude attablée quotidienne. Parfois, il advenait qu'un de mes amis – car je continuais de les considérer comme tels – soit absent. Il était alors évident que je m'en réjouissais intérieurement, obtenant par intérim le droit si recherché de côtoyer enfin ceux que j'appréciais.

Je ne me sentais pas seul, malgré tout ce qu'on avait pu me faire subir, et je rationalisais ma douleur en permanence, me répétant d'une voix tranquille qu'ils m'appréciaient tout de même et que, quoi qu'il en soit, il était préférable d'être seul avec eux que réellement seul. Cette réflexion, je l'ai contractée tant de fois que j'en étais presque malade, ayant pris pour habitude de me tenir les côtes lorsque je la faisais. Au départ, je les tenais pour rire du ridicule de cette pensée, puis semaine après semaine je tentais d'empêcher les sursauts lacrymaux, et finalement, longtemps après, je les tenais comme coupables de mes souffrances, tel un triste homme à la vie si bouleversante qu'il cherchait désespérément une raison à ses sanglots quotidiens. Toutefois, aucune larme n'a jamais coulé hors de mes yeux durant cette période, n'admettant pas qu'il m'était possible de pleurer pour ce qu'une partie de moi considérait aussi insignifiant que la vie et la mort d'un éphémère et quelconque insecte.

Toutefois, une partie de moi savait à quel point j'étais foncièrement seul. Physiquement, il était rare que je sois le seul humain à qui parler dans mon environnement le plus proche. Mais plus rares encore étaient les instants où j'étais mentalement ou psychologiquement proche de mes amis. Quelle étrange notion que celle d'amitié ! Là où certains y voient une relation fraternelle atténuée, je n'y voyais qu'une façon de ne point paraître pataud au cours de mes journées ; du moins après quelques temps. Quand j'y réfléchis bien, il me semble qu'il fut un temps, très lointain, si lointain que je ne parviens pas à m'en souvenir autrement qu'à travers une couche de brouillard épais, où je disposais d'amis réels ; des amis qui comptaient sur moi et sur lesquels je comptais au sein d'une belle relation fraternelle. Mais de nombreuses choses ont dû changer depuis, car je n'ai jamais retrouvé cette sensation chaleureuse. Depuis, j'erre comme un hurluberlu assoiffé de proximité aux airs de hautain méchant de cinéma, comme si mon enfance avait été secouée par un quelconque traumatisme m'ayant atteint.

Le bonheur, lorsqu'on se sait seul, n'est que peu aisé à atteindre. Le bonheur, lorsqu'on est seul mais qu'on se persuade qu'on ne l'est pas, est une notion ambiguë. Ni réellement atteinte ni totalement éloignée de son état d'esprit, le bonheur s'échappe toujours par une porte qu'on n'avait pas imaginée. Il redouble de ruse pour se frayer un chemin entre les pauvres et médiocres barricades qu'un esprit humain peut tenter d'opposer à sa fuite. C'était mon cas.

Malgré l'absence de bonheur intrinsèque et l'amère relent de solitude, je vivais tranquillement et m'attachais à mes fréquentations scolaires. Les temps allaient comme le vent d'hiver glace les arbres alentour : lentement mais sûrement, et avec lui j'évoluais, hélas en faveur d'Otto et non en la mienne. Les années continrent des mois, et tous les douze mois, à l'occasion du changement d'année, je m'apitoyais sur mon sort.

Puis, un jour que j'avais 16 ans, toutes mes habitudes furent étrangement bouleversées par l'absence d'un membre de ce groupe dont j'étais une part. Rien d'anormal, en soi, mais je sentais que cette absence, qui se fit de plus en plus longue ne regorgeait que d'amer sel, ce que je pus confirmer quelques temps après, lorsque ce membre en question, dont je connaissais à peine le nom, qui devait commencer par une lettre quelque part entre la première et la septième de l'alphabet, fut accablé par les circonstances et les événements selon un fait qu'il m'est trop difficile d'évoquer pour le moment. À cette occasion, j'y réfléchis, prenant conscience que je n'avais jamais, en cinq années, pris la peine de retenir le nom de mes amis, et peut-être était-ce là la première de mes erreurs dans la quête d'amitié que je souhaitais si ardemment poursuivre. Mais je n'étais pas le seul fautif, j'en étais persuadé. Je ne connaissais pas leur nom, je le reconnaissais et l'assumais tout à fait. Toutefois, j'étais sûr qu'ils étaient dans le même cas, tant ils ne s'étaient jamais intéressés au pauvre mien.

J'avais le sentiment que son absence était néfaste au groupe. Rien de très grave en soi, mais j'avais l'impression intime qu'au plus profond de moi mon for intérieur hurlait au danger. Je n'avais jamais pris conscience de sa présence alors que je pensais que c'était elle qui était dans cette situation. Et je ressentais le fait que les choses n'étaient pas comme je les avais toujours imaginées, pas comme je les avais toujours cataloguées, peut-être par facilité.
de nombreuses choses ont du changer => dû
ils ne s'étaient jamais intéressé => intéressés
mon fort intérieur => mon for intérieur
 
ARK

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 24 Aoû - 20:20

Sujet délicat à aborder que la schizophrénie. Bonne chance pour la suite.

Prend garde par contre au langage très soutenu, cela peut perdre une partie des lecteurs qui ne sont pas habitués aux élans philosophico-psycho-névro-maniaco-métaphysique.
Peut-être ton texte gagnerait-il en puissance en intégrant au récit des phases de "vie réelle". Je m'explique:

Par exemple, adopter ce style de langage soutenu et intellectuel pour tout un pan de l'histoire centré sur le monologue intérieur. Et diluer cela dans des phases de "vie quotidienne" accompagnées de dialogues et de langage commun, abordant les relations de ton personnage avec le monde extérieur.
Plusieurs intérêts à cela:

Déjà, casser ce côté intellectuel qui peut rebuter une partie des lecteurs.
Ensuite, cela permettrai à mes yeux de renforcer encore plus la puissance de ton récit: la trame narrative de ton texte, rendue bicéphale par cette dualité des types de langage utilisés, ferait écho au thème de la schizophrénie que tu abordes dans ton texte.
Au final, cela permettrai aussi de donner du dynamisme à l'ensemble. Et surtout une certaine forme de cruauté pour le lecteur.

Pour ce concept, voici une métaphore, un tant soit peu maladroite, mais je pense judicieuse.
Imagine toi perdu en pleine mer (ce qu'induit ton incipit brutal qui plonge le lecteur directement, non pas in médias res, mais plutôt in médias monologue intérieur. Ton lecteur se retrouve comme naufragé dans une mer de réflexion.).

Tu es donc perdu en mer, tu risque de te noyer (comme le lecteur, dans les méandres des pensées d'Otto). Plus ca avance, plus tu coules (comme le lecteur qui s'enfonce dans la noirceur du texte). Mais au bout d'un moment, tu cesses de lutter et tu te laisses couler (un peu comme le lecteur de ton texte, qui accepte cet univers morose et ces élans intellectuels mélancoliques et n'en est plus du tout surpris).

Maintenant, imagine ton texte passé à la moulinette ARK: c'est à dire froid, cruel, et un brin sadique (mouhahaha).
Tu es perdu en mer, tu coules. Mais tu vois une bouée qui flotte à deux mètres de toi. Tu nages de toutes tes forces pour l'atteindre. Le courant l'emporte. Tu coules. Tu te déchaîne. Il ne reste que vingt centimètres. Le vent l'éloigne. Au bout de tes forces tu l'atteint. Elle est crevée. Tu te noies avec les résidus d'une bouée dans les mains. Mouhahahahahaha.

Eh bien ces phases de dialogue en langage commun pourraient être cette bouée.
Le lecteur est plongé dans la noirceur du texte, et par les dialogues et la "vie quotidienne" il reprend espoir de découvrir de l'humanité chez Otto... avant de retomber dans les ténèbres.


Bref, j'espère avoir pu t'éclairer sur le fond de ma pensée concernant le potentiel de ton texte. A bientôt pour la suite, mon cher Isku!
 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 24 Aoû - 20:57

Oh, c'est une idée très intéressante !
Enfin pour ce que j'en ai retenu : le lecteur a un espoir, et ensuite je le lui fais perdre Very Happy
Le langage soutenu et les élans philosophico-etc., c'est mon style, je peux difficilement faire une crois dessus. Mais effectivement des dialogues apparaîtront (mais pas avant le chapitre 4, désolé, en attendant j'ai à me pencher sur deux autres personnages ^^).
Merci pour ton commentaire, Gra, il me fait avoir des idées malsaines pour les prochains chapitres. J'adore ça :3
Parce que, eh oui, le roman ne se penche pas uniquement sur Otto. Il se penche aussi sur les autres membres de son groupe d'amis, vous pourrez lire tout cela juste après ces quelques mots :

Lapin Friand d'Échalotes Cuites.

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CHAPITRE SECOND
-
COOKIE


Cookie ; un savant mélange de chocolat, de sucre et de farine. Je ne suis pas réellement un cookie, comme tous s'en sont toujours doutés. Mais l'on me surnomme ainsi, alors je me présente souvent comme un cookie exilé, ce qui est toujours l'occasion d'une série de rires et de blagues nulles à mon sujet. Ou plutôt, au sujet de mon surnom. Certes, j'en ai d'autres ; mais celui-ci est celui qui me tient le plus à cœur, car c'est celui qui représente le plus de choses pour moi. Je ne me souviens pas de tout et jamais je ne pourrai tout révéler à un inconnu, mais beaucoup de circonstances ont abouti à ce nom que je vois aujourd'hui comme mien et que je chéris tout autant. Mon vrai nom est A****. Cookie est mieux.

Je n'ai jamais été la leader d'un groupe. En tous cas, je n'en ai pas l'impression. Un leader doit toujours servir ses subordonnés ; un leader doit être fort tant mentalement que physiquement ; un leader doit s'imposer. Je ne sais pas m'imposer. Si certains m'appellent leader, certains se trompent. Parfois, les gens me suivent ; la plupart du temps, ils comprennent bien que je ne suis rien. Et j'en suis heureuse. D'aucuns me verront humble, d'aucuns me verront modeste, d'aucuns me verront discrète. En réalité, je ne suis que moi-même, une jeune fille de dix-sept ans pleine de rêves et d'ambition dont on dit qu'elle a les capacités pour faire ce qu'elle veut : un cookie en confection. Un jour, on m'a dit que j'étais encore dans le four. Je ne parviens pas à me souvenir de qui était cette prophétesse, mais elle avait peut-être un peu raison. Je suis dans une période où je dois redoubler de patience pour atteindre des objectifs que je me suis fixés alors que j'étais bien plus jeune.

Je suis entre deux âges, entre deux ères au parfum et au goût sensiblement différents. Je suis un cookie en construction, une tour inachevée, un narval sans ivoire. Comment un être aussi fragile que je le suis peut-il survivre dans ce monde ? Cette question, je me la suis souvent posée, mais n'ai jamais réellement trouvé de réponse. J'hésite entre la chance, le temps et la pitié. La chance, car il me semble avoir survécu à de nombreux périls sans trop y faire grand chose ; le temps, car peut-être ne survivrai-je plus très longtemps ; la pitié, car il est envisageable que la Divinité de ce monde ait pris pitié de moi.

Je ne sais pas même si je suis heureuse de vivre. J'ai toujours été la même, j'ai toujours vécu de la même manière et disposé des mêmes parents. Je ne connais que peu la vie. Mais j'ai connu un groupe d'amis, et je le connais encore. C'est là une de mes plus grandes joies. Je ne me considère pas comme son leader, bien que certains ne soient pas d'accord avec ma vision de l'organisation du groupe. Je ne donnerai pas dans la sociologie, mais il m'est toujours apparu ou bicéphale ou anarchique. Il ne me semble pas avoir jamais vu un seul chef du groupe, mais en revanche il arrive que deux se dégagent. En réalité, aucun n'est la tête, puisque notre groupe est suffisamment souple pour que, à la manière d'une boule de caoutchouc, nous reprenions à chaque déformation notre forme. Nous sommes élastiques, et j'aime participer à la tension. Quand les choses ne me vont pas, je le dis ; c'est un de mes traits de caractère les plus proéminents. Mes quatre compères l'ont bien compris, et ils l'ont rapidement assimilé, œuvrant à m'ignorer lorsqu'ils l'estiment nécessaire ou utile. Je pense être bien intégrée, là n'est pas le problème. Mais j'ai parfois l'impression qu'ils ne m'ignorent pas quand il le faut. J'ai l'impression de ne pas être écoutée, l'impression de parler dans le vide et de ne pas être comprise dans la prise de décision de mes amis. Même Otto, le plus lunatique et absent de nous tous, ne m'écoutait pas.

Le voir ainsi, les yeux mi-clos, le regard perdu et les mains négligemment nouées autour de son cou, me faisait à la fois de la peine et du réconfort. Prise de grands élans de générosité et de condescendance, je me demandais s'il était ne serait-ce que parfois heureux, s'il avait une famille, s'il n'était pas muet. Tant de questions futiles et sans réponse auxquelles je m'étais habituée. Toutefois, il me réconfortait à être absent, mettant en exergue ce que je n'étais pas et représentant un inestimable soutien dans les pires moments. Il était visiblement ému par ma présence et le fait que je pose de temps en temps la main sur son épaule ou sur sa joue. Il était jeune, plus jeune d'un an que nous autres ses amis, mais il paraissait si vieux ! Il aurait pu porter toute la misère du monde sur les épaules, avec ses cernes vigoureuses, son dos légèrement courbé et ses épaules basses. Souvent, il était tant blasé par ce qui se passait autour de lui qu'il ne prenait même plus la peine de bouger, et il lui arrivait d'attendre tel un poteau la fin de la journée à l'entrée du bâtiment de cours, ne prenant pas même la peine de se rendre en salle de classe.

Il me donnait un peu de peine ; mais peu de temps après mes 17 ans j'eus d'autres affaires plus urgentes requérant mon attention. Des affaires inévitables qui atteindraient tous mes amis ; et même Otto n'en serait pas épargné, tout à l'écart qu'il puisse tenter d'être. Car vivre à l'écart total du monde est impossible, d'autant plus à son âge, retenu que nous sommes par l'emprise matérielle de nos corps. Un ermite sera toujours blessé, malgré son évasion psychologique, par le froid que son corps ressentira. Otto est comme cet ermite, mais il a encore plus d'emprise sur ce monde, puisque l'éducation française oblige son corps à être présent au lycée, à mon côté et à celui de ses amis. En fait, je ne sais s'il nous considère comme des amis, mais nous le considérons comme tel, et tant que nous n'aurons pas de réponse fiable de sa part, nous admettront que nous avons raison et agirons en amis bienveillants, quand bien même il peut être blessant, inutile et lunatique.

Mais bien plus qu'Otto mes trois autres plus proches amis seront touchés, émus ou tomberont en larmes suite à l'annonce de cette nouvelle. Je n'en suis pas à l'origine, je n'en suis pas une cause, je n'en suis pas collatérale, mais je suis cette personne qui doit annoncer une nouvelle essentielle à ses camarades. Ayant le choix, j'ai décidé de n'avertir que ces quelques amis, car que cela se répande trop ne serait pas bénéfique à l'origine de cette information. Le jour où ils l'apprirent, tous furent touchés. Trois tombèrent en larmes, je restai de marbre, ayant déjà suffisamment souffert, et Otto s'assit. Je m'y attendais, et étais presque touché par le fait qu'Otto ait pris la peine de s'asseoir sous le coup de l'annonce. Mais son visage calculateur ne reflétait absolument aucune expression, et ses yeux ouverts ne transmettaient ni la peine, ni la douleur, ni le regret. Étrangement, en les regardant bien, je ressentais de la culpabilité. Ni la mienne ni la sienne, mais ses yeux mettaient en exergue une culpabilité à laquelle je ne m'attendais pas. Une culpabilité qui n'était pas censée exister. Une culpabilité sans nom et qui ne provenait de personne, comme un miroir refléterait un rayon de soleil sans qu'on sache précisément de quel côté du soleil il peut bien provenir. Et cela me fit tant souffrir que j'en perdis mon équilibre et que je tombai à la renverse, me heurtant au sol dallé de pierre avec force. J'en perdis connaissance, et me réveillai sur un banc, au milieu d'un parc, Otto me tapotant sur la tête tout en regardant, d'un œil pervers, les jambes d'une jolie fille affairée à se remaquiller, assise sur le banc d'à côté.

Il ne semblait pas décidé à me parler et était très absorbé par son attraction du jour. J'étais heureuse de voir ce qui l'intéressait. Telle une mère se demandant si son fils est normalement constitué, je m'étais souvent demandée s'il avait des passions, des envies et des occupations, comme tout le monde est censé en avoir. Et j'étais heureuse de le savoir normal à ce sujet. Il n'était donc pas perdu, et malgré le poids de la nouvelle que j'avais annoncée à mes amis et celui de la révélation silencieuse d'Otto, restait prioritaire dans mon esprit le désir de le changer. Tel un tas de neige, je voulais en faire un homme normal sous toutes les coutures. Prise d'une envolée de bonté, je cherchais depuis plusieurs années déjà un stratagème pour le faire rejoindre la société selon un angle de normalité habituellement banal. J'étais prête à faire de nombreuses choses pour lui, même si je ne savais pas grand chose de lui et que jamais je ne me serais doutée qu'il serait récupérable.

Mon absence de plusieurs jours semblait l'avoir inquiété, car il ne tapotait que les choses qui lui avaient manqué. Ainsi, il n'était pas rare de le voir tapoter sa cigarette, le soir, quand il l'avait attendue toute la journée. Et s'il ne la tapotait pas, c'est qu'il en était à sa deuxième. J'étais à la fois heureuse qu'il me tapote, sachant ce que cela signifiait, et gênée, car je ne l'avais jamais vu tapoter quelqu'un et que c'était, à la longue, un peu ennuyant. Des gens passaient, regardant avant de détourner la tête l'étrange situation d'une jeune fille à la tête posée sur les cuisses d'un garçon dont la main droite s'aplanissait sur le front de la demoiselle avant de s'élever dans les airs pour revenir sur son front.

Je ne savais si je devais lui parler de ce que je ressentais, je ne savais si je pouvais me confier à lui. Plusieurs fois, j'avais profité de sa gentillesse et de son écoute pour lui dire tout ce que je vivais, et il l'avait révélé à d'autres personnes. Mais ce n'était pas systématique, et je ne parvenais pas à classifier les informations qu'il révélait et celles qu'il conservait pour lui. Je ne savais comment il réagissait en lui-même : divulguait-il les secrets par plaisir, par envie occasionnelle, par besoin intime ? Je ne pouvais me fier à lui, car il était instable. Et en même temps, son attitude distraite m'attirait. Pas d'une manière sentimentale ou physique, mais Otto est quelqu'un de fascinant, quelqu'un que j'ai toujours aimé regarder. Il n'est pas particulièrement beau, mais il est captivant. Quand je pose mon regard sur lui, j'ai l'impression de ne plus pouvoir l'en retirer, tant il m'emprisonne dans une prison de métal tiède.

De même, je me demandais souvent s'il pouvait aimer quelqu'un autrement que par attirance physique. À plusieurs reprises, je l'avais surpris en train d'admirer les divers atouts féminins des demoiselles le côtoyant, mais jamais je n'avais su s'il était capable d'aimer quelqu'un pour autre chose que son physique. En toute logique compréhensible, il préférait les beaux physiques aux femmes disgracieuses, mais il ne m'avait jamais parlé de ses amours. Peut-être celles-ci étaient-elles inexistantes. Ou peut-être étaient-elles frustrées. Je ne l'imaginais pas dans une relation sérieuse avec une femme, et je n'imaginais pas de femme pouvant accepter de s'accoupler avec lui, ne serait-ce que pour quelques semaines.

Selon moi, il était hélas condamné à être seul. Et c'était la raison pour laquelle je ne voulais pas que ses amis l'abandonnent également, la raison pour laquelle il était le mien, la raison pour laquelle je le soutenais moralement. S'il souhaitait me voir, j'étais là. S'il souhaitait me parler, j'étais prête à l'écouter. S'il souhaitait me tapoter le front, je restais docile.

Je n'avais pas réellement de raison de rester calme sous son tapotage, hormis ma bonté naturelle et le fait que je désirais véritablement lui être plaisante. Je vivais des heures extrêmement tristes, dures et épuisantes, mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser à lui ainsi qu'à d'autres amis dont le bonheur m'importait.

J'étais éveillée depuis plusieurs dizaines de minutes lorsque son attraction se déroba, apparemment, à sa vue. En effet, il stoppa sa main et me regarda. Lorsqu'il s'aperçut que j'avais les yeux ouverts, il n'ouvrit pas la bouche, mais appliqua sa main droite sur mon front, comme pour estimer ma température interne. Il attendit quelques secondes, silencieusement, puis dit simplement : « Je suis soulagé ».

tous s'en sont toujours douté => doutés (quoi qu'avec Malherbe on ne sait jamais ^^)
je m'étais souvent demandé => demandée
jamais je ne me serais douté => doutée
ne serait que pour quelques semaines => On peut écrire « ne serait » tout seul ? Si tu es sûr de toi, n'hésite pas à éditer, dans le doute j'ai mis « ne serait-ce » ^^
 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 24 Aoû - 21:06


CHAPITRE TROISIÈME
-
DARJEELING



Le Darjeeling est un thé d'origine indienne au goût exotique et sucré, fruité et vert, délicat et intriguant. Quant à moi, je suis une jeune fille d'origine bretonne à la fois fade, brune et platonique. Je ne me considère pas comme revêtant ou suscitant un quelconque intérêt, et je serais étonnée de voir quelqu'un m'annoncer le contraire. Ma vie se résume avant tout à quelques occupations épisodiques, mineures et futiles telles que la natation. Ce sport est toutefois ce qui me permet de survivre. Le fait d'être vivant implique tant de choses rarement agréables qu'il me semble impossible de trouver un intérêt à la vie. En ce sens, étant donné que je n'ai jamais compté mettre fin à mes jours malgré le profond désespoir que je ressens envers la chose humaine et la chose vivante, il m'a fallu développer mes compétences en un domaine particulier, chronophage et relaxant, et nager est une des seules activités à concilier ces trois éléments de manière suffisamment forte pour que je l'agrée. Ainsi, plusieurs fois par semaine je nage, car il est agréable de glisser au sein des eaux bleutées tout en sentant leur caresse contre tout son corps. Si l'eau était respirable, nager serait la plus belle chose au monde. En attendant, elle est assurément la moins pire. Au fur et à mesure de mes péripéties aquatiques, mes introspections aliénantes se faisaient de plus en plus prégnantes, et c'était là un intérêt non négligeable. Contrairement aux autres gens de mon groupe d'amis, que j'ai rejoint par hasard il y a à présent deux ans, je n'ai pas de surnom, et en conséquence je ne peux me faire appeler que selon l'envie spontanée de mes camarades. La plupart du temps, ils hésitent entre « l'autre » et « Indiana », car j'ai des origines indiennes. Mais il ne faut pas croire que je ne me contente pas de ces appellations ; je m'attendais à pire, et de toute façon je ne me contenterai jamais de quoi que ce soit. Mon prénom, M******, ne me plaît pas, et je ne conçois pas que quiconque puisse le porter sans dégoût. Je n'aime pas me présenter aux gens, mais lorsque je dois le faire je le fais sans fioritures, et je ne me présente jamais sous mon nom. À la place, j'utilise mon deuxième prénom, Marie, que je préfère.

Si je suis incluse à un groupe d'amis, c'est car j'en connais la fondatrice. Pour moi, les groupes d'amis sont comme une organisation : il y a un fondateur, et d'autres personnes y sont invitées par ce fondateur. Parfois, le fondateur attribue même des fonctions administratives à certaines personnes, lorsque le groupe d'amis devient trop grand. Petite, j'ai lors de mes premières années à l'école primaire eu le loisir d'observer Cookie s'occuper grandement de moi, alors même que je ne lui avais rien demandé. Je ne l'appréciais au début pas plus que cela, mais rapidement je me suis rendu compte que le désespoir que je développais lorsque je me rendais compte que je devais une fois de plus aller en cours était effacé par le fait de penser à Cookie. Sa présence et son attention représentaient alors tout ce que je pouvais espérer, et souvent je me demandais si je n'étais pas dans un rêve, un rêve où pour une fois je serais aimée et chérie. N'ayant pas une famille disposée à être chaleureuse, je considère Cookie comme ma famille. Après l'école primaire, cependant, j'ai été séparée longtemps de mon amie, car elle et moi ne fûmes pas inscrites dans le même collège. Mes quatre années de collège furent un supplice, car j'oscillais entre la tristesse de l'éloignement de la seule personne qui m'aimait et l'idée lancinante et anarchique qu'elle m'avait peut-être oubliée. Je n'osai jamais la contacter, et comme elle ne me contactait pas, j'ai passé quatre années à aller à chaque endroit extrascolaire où je pourrais avec un peu de chance la dénicher, sans jamais une seule fois avoir ne serait-ce que l'impression de la voir. J'étais comme si je m'étais droguée toute ma vie : c'était plaisant presque en permanence, mais une fois que je n'avais plus ma drogue tout me semblait si fade que j'en développais des envies sérieusement suicidaires.

Une fois au lycée, je l'ai retrouvée. Elle avait changé, physiquement, mais elle était toujours autant attentionnée, et durant ses quatre années de collège elle avait fondé un groupe d'amis, qui s'était petit à petit agrandi, passant de rassemblement de quatre écoliers un peu timides, marginaux et si différents que leur unique point commun était Cookie à une grande organisation où des liens amicaux étaient tissés avec la majorité des étudiants de troisième ; et l'organisation était encore amenée à grandir au lycée, puisque bientôt personne en seconde n'ignorerait le nom de Cookie. Là est une de ses plus grandes forces : la sociabilité, bien qu'elle se voile la face et refuse de l'avouer. Maître en amitié depuis bien longtemps, elle était au fil des années devenue également maître en dissimulation des sentiments. Quittée joyeuse et extravertie, je l'ai retrouvée joyeuse et extravertie en apparence, car j'ai vite vu qu'en réalité derrière ses airs joyeux se cachait souvent une tristesse inexpugnable ; mais ses amis ne semblent pas capables de voir cette facette de sa personnalité, tant ils n'agissent jamais comme si elle était triste. Je ne sais s'ils sont idiots ou s'ils sont juste masculins, mais ils sont inutiles, et cela me suffit pour me conforter dans ma pensée. Je sais que cela est fortement égoïste, mais je suis la seule à pouvoir comprendre et accepter réellement Cookie. C'est pour cela que je dois être sa seule amie.

Cookie, d'ailleurs, est le surnom que je lui ai donné, au primaire. Un jour qu'il pleuvait doucement, je l'ai trouvée sous un porche, affairée à manger plusieurs cookies et, bien entendu, à s'en mettre partout. Je suis restée plusieurs minutes, cachée entre deux poubelles, à la regarder discrètement. Puis, sortie de ma cachette, j'ai marché vers elle, et je lui ai simplement montré ma poche en disant « Cookie ». Nous avions presque huit ans, mais j'avais du mal à construire des phrases, et souvent je ne disais qu'un mot, un mot-clé, qui était censé permettre à l'interlocuteur de comprendre ma pensée en fonction du contexte circonstanciel, tant visuel que factuel. Mais Cookie, elle, avait des problèmes de compréhension, et c'est pourquoi, au lieu de comprendre que j'avais d'autres cookies dans ma poche, elle comprit que je l'interpellais pour qu'elle aille voir ce qu'il y avait dans ma poche. Se levant, elle a alors bondi sur moi et m'a enlacée, déposant des miettes de biscuit partout sur mes jolis vêtements, puis dit « non merci » et partit tranquillement. Le lendemain, je l'ai nommée Cookie, et le surnom semble être resté, car une petite dizaine d'années après, au lycée, elle est toujours nommée ainsi.

Et plus que jamais elle avait besoin de mon soutien, de mon aide et de mon attention en ces moments difficiles. Après qu'elle soit tombée dans les pommes en tentant de nous informer de la situation et qu'elle ait été récupérée par Otto pour l'emmener on ne sait où, je suis restée à discuter avec les deux moyens du groupe d'amis. Si je les appelle « moyens », c'est car ils ne sont ni les meilleurs amis de Cookie, ce titre m'étant réservé, ni Otto – Otto étant l'ami qui n'avait rien à faire en ami, l'ami dont Cookie se contrefiche en permanence. Je me demandais pourquoi les deux moyens n'avaient rien opposé à l'emport de Cookie par Otto, et je commençais à me demander s'ils méritaient vraiment d'être les amis de ma A****. Ils étaient à présent assis, sur un banc en bois abîmé, et discutaient avec moi des choses de la vie et de la mort. Frappés par l'annonce de la nouvelle, leurs corps étaient immobiles, et seules leurs lèvres se mouvaient dans le vent d'est ambiant. Parfois, l'un d'entre eux deux grelottait, et on s'apercevait alors qu'ils étaient encore en vie. Moi, j'étais assise à côté d'eux, et j'agissais comme eux. Je n'avais pas trop de raisons d'agir ainsi, si ce n'est que je n'étais pas choquée par l'annonce mais bien par autre chose. Par le fait que Cookie ne m'ait pas prévenue auparavant, en exclusivité. Je ne pouvais pas me résoudre au fait que je n'ai pas été la première et la seule informée, j'étais dégoûtée d'être placée au même niveau d'importance que les deux moyens et, surtout, qu'Otto. Et même si demain Cookie venait me rassurer en m'expliquant qu'elle ne pouvait pas me prévenir auparavant car elle ne pouvait le dire à personne et que l'occasion s'était présentée pour tout le monde et qu'elle me placerait toujours plus proche d'elle que les autres, je ne la croirais pas. Par les faits, elle m'avait rabaissée, et je détestais cela.

Assise sur le banc depuis plusieurs minutes, atone et immobile, je n'avais pas vu les heures passer, et lorsque je sortis de mes pensées il était presque trop tard pour rentrer chez moi. Nous n'étions pas allés en cours après la nouvelle, nous n'en avions pas la force. Pour une fois, j'étais d'accord avec les deux moyens. Le premier se leva, essuya quelques larmes, me jeta un regard triste puis le porta sur la deuxième, qui se leva à son tour et tomba dans ses bras, pleurant à chaudes larmes. Il lui chuchota quelque chose, puis m'adressa un regard amical et disparut. La deuxième, sursautant à chaque reflux de larmes, se rassit, prit son sac et voulut s'approcher de moi, voulant me faire une embrassade amicale. Je ne la lui refusai pas, mais ne lui facilitai pas la tâche non plus, restant statique. Une fois qu'elle eut terminé sa besogne, elle tapota mon épaule puis partit, et alors je sombrai dans la tristesse. Non pas la tristesse de la nouvelle, mais la tristesse de voir qu'Otto avait corrompu la moyenne, l'intronisant au tapotage. Si les choses continuaient ainsi, bientôt Otto se sera répandu partout dans le lycée, et Cookie et moi n'aurons plus notre place, car je suis sûre qu'Otto a pour seul objectif celui d'humilier Cookie et de lui faire payer un grief inconnu et précédent mon arrivée ici. Chassant ces pensées, je me relevai, contemplai le banc un instant, puis me dirigeai vers l'arrêt de bus, où je pourrais enfin rentrer chez moi.

Lorsque je passai le pas de la porte de la petite maison pavillonnaire que j'habitais en bordure d'une petite ville de campagne, à une dizaine de kilomètres du lycée, ma mère, qui était dans la cuisine, m'appela.

« M****** ? Tu es rentrée ?
— Il semblerait bien que oui, puisque je suis là.
— Ta journée s'est bien passée ?
— La mère de Cookie est décédée. »

de toutes façons => de toute façon (bizarrerie de la langue française, « de toutes les façons » devient « de toute façon »)
un groupe d'ami => un groupe d'amis
elle et moi ne fûmes pas inscrits => inscrites
la seule personne qui m'aime => qui m'aimait (concordance des temps)


Dernière édition par Iskupitel le Lun 25 Aoû - 1:03, édité 3 fois
 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 24 Aoû - 21:07


CHAPITRE QUATRIÈME
-
OTTO


La nouvelle m'avait fait un choc, et rarement j'en avais connu d'aussi puissant. Il y a une différence entre un choc et un vrai choc, un choc puissant et vindicatif. Moi, toujours porté par le vent et ne pouvant que peu m'y opposer, j'en ai été témoin et victime de manière distante. Mais, hélas, la distance ne permet pas d'accuser complètement le coup, et l'événement alla de pair avec l'éloignement d'un anti-cyclone sur le nord de la France. L'humeur maussade qui en résulta fut amplifiée par l'ambiance régnant au sein de mes compagnons. Nul ne souhaitait être heureux. En y réfléchissant, sûrement le voulaient-ils, mais par convention sociale ont-ils préféré garder le silence et feindre comme je le feignais la tristesse la plus profonde. Otto semblait très à l'aise lorsqu'il s'agissait de respecter les conventions sociales. Jamais un pas de trop, jamais un regard heureux lorsque l'ambiance était morne, il avait la capacité d'être le parfait endeuillé tout en hurlant à la face du monde, en silence, toute l'étendue de son cynisme. C'était peut-être aussi cela qui lui avait permis d'obtenir cette image respectée de roc dans la tempête. Quelques idiots l'avaient même surnommé Albert, car Albert Einstein (« stein » signifiant pierre en allemand). Un surnom évidemment peu apprécié. J'étais sidéré, de mon côté, de voir l'absolue absence de tristesse chez Otto. Plus que de tristesse, il manquait cruellement de véracité. Comme un personnage si parfait qu'il en deviendrait imparfait. L'uncanny valley se révélait.

Cette vallée dérangeante, selon laquelle le réalisme d'un être artificiellement créé le rendrait imparfait en augmentant, se montrait enfin à moi. Elle s'exprimait pleinement. Les petites voix auxquelles je me parlais, ce destinataire de mon « tu » perpétuel, étaient tout en bas de l'échelle du réalisme. En grandissant, je me suis forcé, petit à petit, à obéir aux règles, aux normes, à la société en général. Je me tus. Mais se rendre volontairement à une prison ne rend pas la prison plus belle. Mon tutoiement ne reprit pas. Mon esprit, en revanche, trouva d'autres biais pour s'épanouir dans la fange sur laquelle je souhaitais tant cracher. Il est très difficile de bloquer l'eau puissante qui s'échappe par le robinet. Toujours, elle trouve une façon de sortir. C'est ainsi qu'un premier embryon d'Otto naquit. Ce fut le début de la vallée dérangeante. Au fur et à mesure que je grandissais, j'étais de plus en plus spectateur. De plus en plus, mes paroles devenaient sable, et Otto vent. Sa perfection croissait rapidement. Les traditionnels écueils sur la route du hâtif apprenti avaient disparu. Je le vis grandir. Et cette vision me fit prendre peur, d'une peur qui teint mes yeux en rouge au moment fatidique. D'une peur qui au lieu de m'immobiliser me faisait marcher normalement. D'une peur d'autant plus effrayante qu'elle était invisible. Aucun chien ne la sentait. Aucun humain ne la pressentait. Dieu lui-même semblait avoir abandonné. J'étais seul. Bien sûr, j'avais des amis. Des gens biens, pour la plupart, qui étaient prêts à m'aider. Mais aucun n'était préparé à m'apporter cette aide. Nul ne l'était. J'étais seul, j'en étais persuadé. Je n'étais pas abandonné, j'étais seulement accablé d'une solitude pesante et froide, inachevée. Goethe disait : « la perfection est atteinte non pas parce qu'il n'y a plus rien à ajouter, mais parce qu'il n'y a plus rien à retirer ». Chaque élément est négatif. Tout est négatif. Ce n'est pas la plus optimiste des pensées, certes, mais c'était la seule que j'avais, et c'est pourquoi je la chérissais tant. Je crois me souvenir avoir passé des bons moments avec mes amis durant cette longue période. Mais je sais que ce n'est pas moi qui les ai passés. Un voile de brume orangée recouvrait chaque début de souvenir. Je sais que je ne suis pas celui qui a gagné leur amitié. Je ne suis que le fond, il est la forme. Nous sommes complémentaires. Mais cette complémentarité n'est bonne que si le fond que je suis n'existe pas. Or, j'existais. J'existais et je subsistais. Comme l'enchaîné au fond du cachot sombre, je me raccrochai à l'élément de la Boîte de Pandore : l'espoir. J'avais l'espoir naïf, puéril et fanatiquement optimiste, que je parviendrais un jour à me sortir de là. Un jour où l'autre. Étonnamment, je ne me pressais pas. Je me fichais de passer dans cette posture 2 ou 30 ans. « L'âge, c'est surfait », disait un illustre picard. C'est lorsque j'ai commencé à développer l'espoir que j'ai pu retrouver une sensation de vie, une sensation de ce que faisait Otto à ma place, une sensation de ce que j'aurais fait à la sienne. J'étais redevenu moi, mais je n'étais toujours pas libre. Je pus alors admirer toute « l'horreur de ma création », comme aiment à ricaner les méchants de films. Je ne voyais que ses défauts, là où auparavant je les oubliais aussitôt que je voyais ses réussites. Otto était comme un robot, comme un être artificiellement créé. Otto était un artifice intrinsèque. Otto était tel un projet de vie artificielle qui aurait échoué et dont l'esprit se serait réfugié au sein d'une personne le souhaitant inconsciemment. L'inconscient est toujours plus réel que le conscient. L'on imagine des êtres en possédant d'autres. Mais s'imagine-t-on ce que deviennent les possédés ?

La tristesse d'Otto n'était pas triste. Elle était sociale. La tristesse d'une veuve est silencieuse. L'endeuillée pleure loin de tous ; elle ne cherche pas à montrer sa tristesse. Otto, sûrement sans chercher à la communiquer, était si efficace dans sa feinte que bien vite l'attention fut portée sur lui. Et tandis qu'il s'élevait dans les airs, porté par une lumière blanche et drapé dans un drapeau immaculé, il pouvait voir Cookie, qui portait sur lui un regard bienveillant mais lourd de haine et de mépris. Cookie restait insensible à ses charmes. Jamais elle n'avait faibli, et jamais elle n'avait révélé sa véritable nature. Tous se questionnaient à son propos. Qui aurait pu passer outre ? Elle était parfaite. Elle cueillait le jour présent sans se soucier du lendemain. Elle respectait Horace, oui. Plus encore, elle lui rendait grâce. Tel un écueil de roses dans un désert fétide, elle se dressait fièrement, parfaitement épaulée par ses amis, et tenait tête à tout être se présentant devant elle. Je n'avais jamais eu la chance de rencontrer sa mère. Il me semble qu'Otto non plus. Celui-ci, toutefois, ne semblait pas s'en soucier. Il était triste de l'avoir perdue, et il s'était informé çà et là afin de parfaire son rôle d'attristé. Pendant une semaine, il fit un deuil imaginaire. Il ne cessa que lorsqu'il le jugea bon, et juste avant que la société le considère comme nuisible. Il était parfait, bien trop parfait.

« Otto ?
— Oui, Cookie ?
— Pourquoi tu n'es pas venu, à l'enterrement ? »

En ce jour béni de février, j'avais aperçu des renforts. J'avais entr'aperçu une ombre. Certes, elle était floue et sombre. Mais elle était là, au loin, au bout du couloir, au plus profond des efforts à fournir. Je ne pouvais l'atteindre en restant oisif. Mais j'avais une raison de ne pas le rester. Otto avait faibli. Il avait fait un pas en arrière. Il n'avait pas su quoi répondre. Ses yeux étaient d'abord restés plongés devant ceux de Cookie, puis ils avaient fixé le sol sans qu'il y prenne garde.

« Je... c'était trop dur.
— Otto. C'était ma mère. Tu ne l'as jamais rencontrée. Quelle raison te gardait chez toi ? »

J'étais joyeux, au fond de lui. J'étais joyeux car la rédemption me tendait la main. Je voulais tout faire pour la saisir et quitter cette situation. Mais Otto dut coincer une branche entre mes jambes.

« J'avais peur. J'avais peur, car je ne voulais pas voir la tristesse dans tes yeux, assura-t-il avec un léger tremblement dans la voix. Je te demande pardon », ajouta-t-il.

J'avais perdu la bataille. Otto s'était renforcé, Cookie n'avait rien découvert, et je n'étais pas avancé, seulement démoralisé par la disparition d'un espoir. La déception est un sentiment peu agréable à vivre, et ce plus encore lorsque l'on n'a plus rien pour retrouver le moral, pour se lancer dans un autre projet. Otto était définitivement devenu trop puissant pour moi. Il avait appris à s'adapter à toutes les formes de questionnements, à toutes les manières de mise en difficulté. Il était devenu apte à devenir interrogateur à la solde du KGB.

Si Otto n'était pas allé à la cérémonie, c'était car il avait jugé plus agréable de rester dans sa chambre à ne rien faire sur Internet, prenant du bon temps en se contrefichant de la peine de Cookie et de ses proches. Et si je n'avais rien fait pour le forcer à s'y rendre tout de même, c'était car j'avais moi-même peu envie d'y aller : je n'aime pas la fin des choses. Je n'aime pas admettre que j'ai tort, en règle générale, car cela modifie les bases de la relation sociale entretenue jusqu'ici. Je n'aime pas voir les choses et êtres mourir, car cela me rappelle que les changements peuvent survenir très vite. Trop vite, sûrement, pour que je puisse m'y faire, m'y préparer et l'accepter comme il se doit. De même, je n'aime pas exprimer mes sentiments à une demoiselle. Ce genre de situations, embarrassantes et de questions cruciales et dangereuses mais nécessaires afin de permettre l'avancement de la relation et son passage d'amical ou cordial à romantique, ne m'ont jamais plu. Bien que j’abhorre le terme de « sortir avec quelqu'un », car il n'a aucun sens romantique, si je ne l'ai que rarement mis en application c'est en grande partie à cause de cette peur de la fin : la meilleure façon d'éviter la fin est d'éviter le début. Et, de manière générale, demander à quelqu'un de sortir avec soi peut sonner le glas d'une relation, dans certaines conditions délicates que je pensais souvent respecter. En effet, l'incompréhension de l'être aimé peut être si grande qu'elle pensera s'être méprise sur moi. Ce malentendu est bien la chose qui m'horripile le plus au monde.

Otto, lui, passe toujours outre, et se fiche de l'amour. Voilà bien encore une chose que je rêverais de savoir faire. Le nombre de questions à se poser et de doutes à avoir est donc réduit par la même occasion. Et, ayant moins de points de réflexion, Otto peut être plus performant dans les autres. C'est à la fois impressionnant d'ingéniosité et glaçant de froideur et de calcul : il refuse certains points en sachant parfaitement les conséquences de ce choix uniquement afin de reporter ce temps et ces efforts dans un autre domaine qui sera plus important plus tard. C'est en réalisant ceci que je me rendis compte qu'Otto avait perdu toute once d'humanité et qu'il n'était plus que sa quintessence : afin d'approcher la perfection, il avait sacrifié une partie peu utile pour s'élever plus haut dans les airs. En quelque sorte, il était lui aussi contrôlé par une autre entité qui résultait de son envie d'être meilleur. Otto, une part de moi, était identique à moi sur ce point. Était-ce immuable ? Otto resterait-il en permanence en conflit avec cette entité supplémentaire comme je le suis avec Otto ? Me fallait-il faire disparaître l'Otto d'Otto pour faire disparaître le mien ? L'Otto d'Otto avait-il, lui aussi, un second degré ? La chaîne était-elle longue ? Pouvait-on la briser ? Le devait-on ?

Pour en revenir à la fin des choses, elle me semble à la fois inacceptable et immuable, nouvel exemple de la complexité, de l'ambivalence et du caractère paradoxal de ces réflexions, bâties par la discussion perpétuelle entre les deux entités formant ma conscience. En effet, dans ce cadre du concept de fin, je suis à la fois persuadé qu'elle ne doit jamais arriver, qu'elle doit être combattue et que personne ne devrait la connaître, et qu'elle est si immuable qu'elle doit presque être vénérée ; ainsi Otto accroît-il le côté ultra-réaliste et terre-à-terre de ma pensée. Là où je suis assez philosophique, pensant à l'éthique, aux répercussions et à toutes sortes de choses immatérielles et lointaines, Otto ne pense qu'au bienfait matériel et immédiat. Il vit dans l'instant. « Carpe Diem quam credula postero » aurait aisément pu devenir sa devise, tandis que la mienne aurait eu davantage de ressemblance avec « Cogito ergo sum ». La balance, l'équilibre entre les deux conceptions de la prise de décision opposant les deux parties de mon être, ou plutôt mon être et son parasite, penchait presque systématiquement en faveur de la première. Et, étonnamment, vivre dans l'instant m'a fait vivre 5 années – et ce n'est pas fini.

Je ne sais, parfois, si je ne dois pas lui en être reconnaissant. Parce qu'après tout, finalement, Otto ne s'est pas si mal occupé de moi que ce que je pensais. J'ai pu vivre onze belles années sans personne. Non seulement personne dans ma tête en plus de moi-même, mais sans aucun ami, aucun être cher. Ah, comme c'est amusant. Je pensais qu'Otto était la cause de mon malaise envers les membres de ma famille, que je trouvais ennuyants et peu propices à être aimés. Mais, en y réfléchissant sérieusement, je me rendis compte que c'était le cas bien avant qu'Otto n'arrive. Au primaire, j'avais des amis, ou du moins c'était ainsi que je les nommais. En réalité, ils étaient bien plus des connaissances que de réels amis. J'ai perdu contact avec la plupart d'entre eux. Ils ne souvenaient pas de moi, et l'unique qui se souvint de moi m'était inconnu. Quel être infâme suis-je, qui ne se souvient pas de ses amis et qui blâme celui qui l'a sorti de cette terrible situation à sa place ? Je me demandais si je me souvenais de mes connaissances de l'époque ; leur souvenir est fade, troué, transparent. Je me souviens d'une C*****, d'une L***, d'un G******, d'une M*****, d'une M*****, d'un Y****, d'un A********, d'un P*** qui était peut-être un B*******, d'un J****, d'une L*****. La première, la plus belle, la plus gentille, dont je me souviens le plus, celle dont j'ai perdu toute trace avant de partir de mon école primaire. Je pense l'avoir idéalisée, mais celle en qui j'avais le plus confiance, qui me tenait le plus à cœur, est celle dont je me souviens le moins de choses. Les autres sont un peu interconnectés, car C***** ne l'était pas. Elle était mon amie, la seule, la vraie, mais elle était seule et ne souhaitait pas connaître les autres. Pour cela, ils ont rapidement créé leur réseau, un réseau si imperméable que jamais je ne me sentais compris dedans. Combien de fois se sont-ils amusés sans que je sois même prévenu ? Combien de fois me suis-je ainsi senti trahi et délaissé ? Combien de fois suis-je ensuite revenu vers eux, leur laissant autant de chances qu'ils le souhaitaient ? Combien de fois, aussi, me suis-je demandé s'ils ne souhaitaient pas tout simplement me voir partir et les laisser tranquille ?

Pour en revenir à C*****, elle était pour moi le doute incarné. Depuis l'arrivée d'Otto, j'avais de nombreuses fois douté, ainsi qu'il n'est pas étonnant. Mais cette petite fille blonde était l'incarnation absolue du doute. Je me souvenais clairement d'elle, si clairement que j'en étais étonné, et je me souvenais avoir été chez elle une fois, pour jouer. Je me souvenais encore de l'odeur de sa maison, de la disposition des pièces, de la couleur du papier peint du couloir menant aux toilettes, des photos de famille dans ces-dernières. Je me souvenais toujours de l'absence de voisins, de la campagne environnante, de la cuve de ciment laissée dans un coin du jardin. Je me souvenais de la voix rassurante de sa mère, de son sourire franc. Et, paradoxalement, la persistance de ces souvenirs était la source primaire du doute, la fontaine dans laquelle il s'abreuvait, le garde-manger dans lequel il se nourrissait, le lit dans lequel il reprenait des forces. Plus exactement, cette persistance n'était que la source indirecte du doute. Mais elle restait essentielle. En effet, de la différence dans la netteté du souvenir naissait le doute de la réalité de C*****. Était-elle réelle ? Ne l'avais-je pas inventée ? Les moments passés avec elle, si bons, si parfaits, n'étaient-ils pas trop beaux pour être vrais ? N'était-elle pas l'ancêtre d'Otto ? N'étais-je pas seul, lorsque j'étais avec elle ? Tant de questions ne peuvent que signifier l'absence de réponse. Sans quoi d'une réponse découlent les autres, et les amas de question se défont, comme lorsqu'on trouve une solution à une trop forte congestion automobile autoroutière. La réponse est la déviation qui permet d'assainir le trafic, mais il existe de nombreuses bonnes déviations, comme il existe de nombreuses bonnes réponses.

Otto était peut-être, j'en prenais alors conscience, venu pour me sauver de l'emprise de C*****. Oui, il avait sûrement surgi dans ma tête pour initier le départ de son ancêtre. Ainsi, Otto était mon sauveur, et je lui étais redevable. De plus, comme je l'ai déjà dit, j'avais le sentiment qu'il avait beaucoup fait pour moi, et je doutais que j'aurais pu survivre au cours de ces cinq années sans lui. En effet, le côté manipulateur et ultra-réaliste d'Otto m'avait permis de m'éloigner doucement de nombre de problèmes et de doutes, justement. Comprendre à quel point je devais m'éloigner de certaines personnes et affects m'avait sauvé la vie plus d'une fois. Laisser Otto faire à ma place certaines choses m'avait sauvé de ma lâcheté et de ma paresse. Certes, il en avait parfois abusé. Mais le fait est qu'il restait mon unique aide, le seul à part Cookie, ma douce Cookie, qui ne m'avait jamais abandonné. Je pouvais bien lui pardonner quelques erreurs de gestion des relations sociales. Je le persuaderais de s'excuser de nouveau auprès de Cookie, puis nous irions satisfaire son désir de parties féminines dénudées en scrutant à travers le verre froid de ma fenêtre la chambre de la demoiselle d'en-face, une jeune fille qui aimait à lire sur son lit, sur le ventre et nue, pour une raison inconnue. Pendant tout ce temps, je le savais, je me morfondrais en me demandant si Cookie, Darjeeling, Viviton et Luth allaient bien et ne se morfondaient pas, eux.

Décidément, j'aurais aimé aller à l'enterrement de Marie-Odile.
Otto avait faiblit => faibli
Les moments passés avec elles => elle (C***** ? Première fois que j'ai réussi à associer un prénom  à la première lettre et au nombre de caractères xD)
Tant de questions ne peut => ne peuvent
d'une réponse découle les autres => découlent


Dernière édition par Iskupitel le Lun 25 Aoû - 1:04, édité 3 fois
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 25 Aoû - 0:18

Isku, non, pitié, ne laisse pas le Lapin Friand d'Échalotes Cuites envahir Zéphyr embrasé ! D:

Donc j'ai trouvé ce début de roman... magistral *.*
Pour moi, le style "soutenu" ne m'a pas dérangée, il faut juste s'accrocher un peu et on finit pas s'y habituer et c'est vraiment un délice de lire une si belle prose Wink
J'ai aussi admiré le fait qu'entre les différents narrateurs il y ait un changement de style léger mais perceptible tout de même, c'est très intéressant.

Pour le fond, je suis... émerveillée. Émerveillée par cette idée géniale de réunir ces amis dans un groupe hétéroclite formé un peu au hasard *.*
La vraie force de ce roman, c'est vraiment l'épaisseur des personnages, ils EXISTENT, on y croit à fond, on n'imagine même pas qu'ils sortent seulement de l'imagination d'un paresseux amateur de sucre Smile

Les personnages sont admirablement complexes, ils se fourvoient sur la perception qu'ils ont d'eux-même et des autres, si bien qu'on ne sait si c'est qu'ils ne se connaissent pas eux-même ou que les autres ne les connaissent pas. Et puis toutes les histoires de jalousie, de domination, d'être et de paraître sont vraies, pures, brutes ! Tout est fait pour éviter les stéréotypes et c'est MAGIQUE ! Very Happy

ARK a dit que le personnage d'Otto était schizophrène. Je ne l'avais pas forcément vu comme ça en lisant, je pensais plutôt que le narrateur avait choisi de jouer un rôle dans un moment où il désirait une belle apparence pour "séduire" ses amis, et qu'il n'arrivait pas à se défaire de ce rôle qui au final était devenu une part de lui-même sans parvenir à absorber tout à fait la vraie nature du personnage. Je crois que c'est mon personnage préféré pour l'instant, il est super complexe, impossible à cerner, je l'adore *.*

Et je crois justement qu'il n'y a pas besoin d'action parce que tout l'intérêt est porté sur cette réflexion intérieure des personnages qui leur donne une épaisseur et les fait exister. En gros, sans savoir comment va continuer l'intrigue, je crois qu'elle sera avant tout basée sur les sentiments de personnages et leurs perceptions parfois opposées ainsi que des malentendus qui risquent d'en découler. (Enfin l'explication du titre à la fin du chapitre 4 )

Mention spéciale à cette phrase, magnifique phrase au milieu d'autres magnifiques phrases :

Isku a écrit:
Si l'eau était respirable, nager serait la plus belle chose au monde. En attendant, elle est assurément la moins pire.

Petites remarques sur la forme :

De manière générale, pourquoi choisir cette forme pour les dialogues ? Je n'ai rien contre, mais je reste adeptes de ces bons vieux tirets, plus visuels :')

Pour le chapitre Darjeeling :

Isku a écrit:
il m'a fallu développer mes compétences en un domaine particulier, chronophage et relaxant, et nager est une des seules activités à concilier ces trois domaines de manière suffisamment forte pour que je l'agrée

Répétition du mot domaine qui nous induit un peu en erreur en plus (trois domaines dans un domaine). Pour le deuxième, j'aurais choisi un terme différent "éléments" ou "qualités", quelque chose comme ça... Vois si tu trouves mieux Wink

Isku a écrit:
Se levant, elle a alors bondi sur moi et m'enlaça

Pour une meilleure concordance des temps, il faudrait que tu mettes soit tout au passé composé "Se levant, elle a alors bondi sur moi et m'a enlacée", soit tout au passé simple "Se levant, elle bondit alors sur moi et m'enlaça" Smile

Pour le quatrième chapitre (avec Otto à nouveau) :

Isku a écrit:
Je ne suis que la forme, il est le fond. Nous sommes complémentaires. Mais cette complémentarité n'est bonne que si le fond que je suis n'existe pas.

"je suis la forme" / "le fond que je suis". Contradiction dans ces deux phrases, tu as dû t'embrouiller. Le narrateur est-il le fond ou la forme ?

Voilà, c'est tout, j'espère que mes remarques t'ont aidé et te donnent la motivation pour continuer parce que je suis juste totalement fan de ce groupe d'amis *.*

 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 25 Aoû - 0:31

Merci pour ton commentaire

J'aime beaucoup cette présentation des dialogues, j'aime son originalité Razz M'enfin en l'occurrence, sur les forums ma présentation des dialogues bugue tout le temps, je vais en revenir aux tirets bien comme il faut x)
Effectivement, "éléments" serait mieux, bien vu Wink
Je me suis en effet planté au niveau des temps, je vais donc changer et tout mettre au passé simple (mais retirer le alors qui n'a plus rien à faire là).
Pour la dernière remarque, c'est là toute l'ambiguïté de la chose :3
Le narrateur est à la fois lui et Otto. Il est le fond et la forme. Mais il ne peut l'expliquer lui-même, d'où la confusion volontaire entre Otto et lui. Parce que, ce que j'essaie de décrire à chaque fois que je parle de ces personnages, tous autant qu'ils sont, c'est que leurs expressions ne sont pas claires. Que parfois ils doutent et que souvent ils développent des sentiments paradoxaux qu'eux-mêmes ne parviennent à expliquer.
Mais là c'était mal introduit, j'en parlerai donc dans le chapitre 5 qui, je vous l'annonce, s'appelle Viviton et parlera d'un autre personnage Very Happy
(et accessoirement je galère à l'écrire parce que le personnage est trop complexe pour moi x))

P.S. : Merci pour ta correction ~
P.P.S. : En fait j'ai mis la phrase qui avait une mauvaise concordance des temps dans le chapitre 3 au passé composé, qui correspondait mieux à l'environnement.
P.P.P.S. : Faut que vous tentiez de deviner les prénoms cachés sous astérisques, pour voir Razz
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 25 Aoû - 13:21

Isku a écrit:
Le narrateur est à la fois lui et Otto. Il est le fond et la forme. Mais il ne peut l'expliquer lui-même, d'où la confusion volontaire entre Otto et lui.

Ah, d'accord, pas évident à comprendre xD Mais c'est encore plus intéressant que je croyais du coup *.*

Isku a écrit:
Mais là c'était mal introduit, j'en parlerai donc dans le chapitre 5 qui, je vous l'annonce, s'appelle Viviton et parlera d'un autre personnage Very Happy
(et accessoirement je galère à l'écrire parce que le personnage est trop complexe pour moi x))

Trop complexe pour toi ? Je sens que je vais l'adorer !

Isku a écrit:
Merci pour ta correction ~

De rien ! Mais n'hésite pas à la vérifier parce qu'il y a des trucs dont je suis pas très sûre ^^

Isku a écrit:
Faut que vous tentiez de deviner les prénoms cachés sous astérisques, pour voir Razz

Donc pour moi la fille blonde chez qui Otto allait jouer s'appelle... Claire !

 
Midnight

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 31 Aoû - 18:15

Wahou *.*
Ce début est tellement... Je crois que Rimi a raison, le mot "magistral" correspond très bien.
Tu nous en mets vraiment plein la vue, tes personnages sont profonds, complexes, plausibles, et très différents les uns des autres, tout en gardant ce côté étrange, un peu à côté du monde.

J'adore tout particulièrement le personnage d'Otto, qui est, pour l'instant en tout cas, sans doute le plus complexe, le plus "flou", malgré sa psychologie très poussée, que tu mènes merveilleusement bien. Et c'est cette complexité qui le rend si intéressant, on ne peut jamais totalement cerner qui il est.

J'aime également beaucoup la différence parfois immense entre la perception que tes personnages ont d'eux-même, et celle que les autres ont d'eux. On a vraiment l'impression d'avoir deux personnes différentes, et en même temps identiques, et c'est super bien fait.

Vraiment, bravo, ces quatre premiers chapitres sont excellents !
Et je sens que je vais également beaucoup aimer le personnage de Viviton. Quand tu dis trop complexe pour toi, ça signifie qu'il l'est encore plus qu'Otto ??!! Je sens qu'il va être génial.

N'y aurait-il pas une Loïs, un Gustave et une Louise ? (un peu au hasard ^^)
 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 31 Aoû - 18:20

Ni Loïs, ni Gustave, ni Louise, désolé x)

Merci pour le commentaire, je suis content que tu aies lu



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partyski ! partyski !

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 20 Oct - 21:37

J'ai transféré la correction de Rimi sur EN
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 21 Oct - 8:37

*avait follement espéré que la suite était postée et est tristement déçue Sad *

 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 21 Oct - 8:54

*veut la suite aussi Sad*



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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 21 Oct - 12:06

*a espéré grandement aussi et est très déçue*
T.T
 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 21 Oct - 18:33

Toujours gratifiant de provoquer une vague de déception... D: je lirais donc "Marie-odile" à l'occasion si ça a l'air si bien ^^
 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 17 Nov - 1:05

Pardonnez la piètre qualité de ce chapitre, promis je me rattraperai au prochain, mais la difficulté de Viviton est comparable à celle de TMNT sur SNES. Sur un ton plus gai, trouvez les références, les amis, trouvez-les et soumettez-les-moi, j'vous promets des cadeaux cools

- - - - -



CHAPITRE CINQUIÈME
-
VIVITON


D'A******, je suis devenu Viviton, avec le temps et les déformations inhérentes à celui-ci, immuable par celui-ci également. En somme, ma nouvelle appellation est fruit du temps ; je suis né du temps. Et ma course dans cette vie est entièrement liée à celui-ci ; davantage que pour un humain lambda, j'entends. Je ne suis pas très intéressant et ne l'ai jamais été, mais j'espère toujours avoir ma place quelque part, trouver la personne que j'aime et vivre. C'est en quelque sorte ma triade personnelle. De là à savoir pourquoi je m'appelle Viviton...

Si j'écris aujourd'hui ce journal, c'est sur la demande d'Otto. Officiellement, c'est sur la demande de Cookie et de Darjeeling, mais je sais bien que l'initiateur de cette demande est Otto. Il n'y a que lui pour penser à de telles choses malgré les évènements qui ont secoué nos derniers mois. J'en parlerai au fur et à mesure. S'il a demandé cela, ce n'est pas afin que, tous, nous puissions coucher sur le papier ce qui nous tient à cœur. C'est dans le seul but de laisser notre propre trace de l'Histoire. Qu'en quelque sorte nous écrivions chacun l'Histoire, selon notre point de vue personnel. C'est une belle démarche. C'est pourquoi j'apprécie énormément Otto. C'est également pourquoi je ne pense pas qu'il soit nécessaire de le côtoyer plus que de raison. Il est trop... novateur, parfois. Et le reste du temps, il n'est que silence et étrangeté sinistre, voire lugubre. De la même manière que la citation du berceau, qui souhaiterait rester toute sa vie aux côtés d'un fantôme ?

Apparemment, Cookie. Elle ne sait que rester à son côté, telle son ombre, et ne fait que lui lancer des fleurs là où je souhaiterais lui lancer des pierres. Mais des pierres en mousse, je ne peux vouloir lui faire mal. Là où elle est mon soleil, il est ma lune : je ne peux vivre sans l'une, mais je me sentirais seul sans l'autre. Voilà mon point de vue d'amoureux transi, que je me force à suivre, et ce uniquement car le second ne me plaît moralement pas.

Mon point de vue véritable est une amitié profonde avec Otto. Je ne peux me résoudre à aimer Cookie plus que de raison, et Otto me le fait bien comprendre, par des chemins détournés. Il représente une personne très importante à mes yeux. Que doit-on refuser à nos amis les plus chers ? À mon sens, rien. Sans Otto, où serais-je aujourd'hui ? Il m'a sauvé de la débandade comme il est dit que Cookie l'a sauvé. C'est une rumeur, mais je ne suis pas sûr du sauvetage d'Otto. Comme je le connais, il s'est sauvé lui-même, et nul ne pourra le détourner de ce qu'il a choisi, pas même la déesse incarnée que m'est Cookie. Quant à ce qu'il n'a pas choisi, nul ne pourra l'y traîner. Quoi qu'on puisse dire, Otto choisit tout ce qu'il fait. Il ne peut se défaire de son envie de faire et organiser les choses, et c'est bien pour cela qu'il ne fait rien de ce qu'il ne choisit pas et qu'il laisse les autres choisir ce qu'ils font.

Je ne pense pas être soumis à Otto ; il faut simplement reconnaître qu'il sait, fait, voit nombre de choses que je ne peux qu'aimer. Il n'est pas immaculé, mais qui en ce monde l'est ? De plus en plus jeunes, les enfants découvrent le plaisir sexuel. Sous de nombreux autres points de vue, le monde est en décadence progressive. C'est une façon de penser qu'Otto aimerait discuter, bien au contraire de Pyrrhon d'Élis. M'éblouit-il ? Sans doute. Il est quelqu'un d'extrêmement impressionnant. Tout un chacun en ce monde devrait le côtoyer ; peut-être qu'ainsi il persévérera dans ses qualités sans négliger ses défauts. Combien de fois m'a-t-il affirmé que la qualité n'existait que par antagonisme du défaut, et qu'ainsi les qualités ne peuvent être reconnues que par l'abondance des défauts et non absolument ? À force de répétition, il semblerait que j'aie fini par le croire, à la manière du menteur persuadé de son mensonge au fur et à mesure qu'il le propage.

Toutefois, Otto n'est pas mon seul sujet d'intérêt : je reste un bon élève et un admirateur de Cookie. Chaque jour, je remercie Dieu de la création de mon lycée, car chaque jour j'y vois Cookie, et chaque jour j'y rencontre de nombreux moments de bonheur. Le lycée m'est devenu un lieu de bonheur ; et peut-être est-ce aussi pour cela que l'éducation fut rendue obligatoire pour tous ; et peut-être est-ce aussi pour cela que l'éducation fait partie des amendements de la Constitution américaine ; et peut-être est-ce aussi pour cela que je suis né là où je le fus. Mes yeux ne cessent de s'émerveiller de la vie. Mon corps ne cesse d'aimer la vie. Mon esprit ne cesse de penser la vie. Seul mon cœur est triste, triste de la vue de Cookie autant qu'il en est heureux.

Car s'il y a bien un sujet central dans ma vie, c'est Cookie. Je pense en avoir déjà parlé, mais il je dois en parler davantage, car j'ai cette fâcheuse habitude de tourner autour du sujet lorsqu'il s'agit d'elle. Je l'ai rencontrée lors de son entrée au collège, et depuis je n'ai pu retirer mes yeux de l'emprise magnétique qu'elle représente. Sa tristesse, sa peur, sa joie… je connais parfaitement l'entièreté de sa mimétique corporelle, et je sais que personne d'autre ne peut m'égaler en ce domaine. Est-ce du fétichisme davantage que de l'amour ? Je ne pense pas. Je ne crois pas, je ne veux pas croire, je ne peux pas croire, que l'amour a laissé sa place au fétichisme. Suis-je donc devenu un être abject et indicible qui ne considère plus sa bien-aimée ? En suis-je arrivé au stade du désenchantement suprême sans même avoir recueilli Sa réponse à ma question ? La placé-je à la fois comme déesse et comme objet ? Adoré-je un objet ? Suis-je si fou d'avoir écouté Otto que j'en vénère un objet ou que j'en réduis la grandeur de l'utilité même ?

J'accumule les questions et repousse les réponses ; je ne peux me revendiquer écrivain, de même ne puis-je me revendiquer intéressant à la lecture. Toutefois, je poursuivrai la demande d'Otto, pour Cookie. Pour la touche de jaune dans le coin de ses yeux associée au plissement succinct de l'extérieur de sa taroupe. Pour le mouvement fluide et contrôlé de la rare pulpe de ses lèvres associé au claquement de ses ongles lorsqu'ils s'entrechoquent dans un rictus manuel propre à ses manières. Pour le symbole de vie insufflé par la stature de ses doigts associé à la réaction à l'éblouissement du soleil et à la courbure technique de sa fibre angulaire. Pour Otto, associé à Cookie, mais aussi pour les autres, qui méritent d'être sortis.

Et avant de finir le patin du soir, il me faut parler de moi. Je me suis largement étendu sur Otto et Cookie, mais si peu sur moi-même. Je ne sais si je le veux réellement, mais je le dois. Mon véritable nom est A******. Mon nom d'emprunt est Viviton. C'est le Nokémon de l'amitié. J'aime beaucoup cette référence, il me semble que c'est Cookie qui l'a faite ; toujours est-il que je suis progressivement devenu ce Nokémon, sans trop le souhaiter, mais sans jamais le refuser. Je me suis laissé bercer par les embruns, et ces embruns révélèrent une ascendance éolienne, et je peux depuis ce jour revendiquer une ascendance olympienne. Ah ! Que j'aime être Viviton !
 
Jack Vessalius

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 17 Nov - 2:00

AAAaaaah, j'ai lu un chapitre et demi. C'est du lourd quand même ! Les personnages sont très travaillés et je me suis reconnu dans beaucoup d'aspects d'Otto, preuve que la psychologie que tu nous dépeins à toute sa cohérence ce qui n'est pas évident quand on va au fond des choses comme tu le fais. De ce que j'ai lu je trouve ce début de roman très impressionnant (et j'imagine que la suite l'est tout autant).

Après oui ça manque un peu de narration, d'histoire, pour que je continue d'une traite. Ça peut lasser le lecteur. En risquant une analogie avec Mrs Dalloway par exemple, il y avait une trame narrative qui nous gardait accroché au bouquin (quoique les passages ultra-rapide entre persos, qu'il n'y a pas dans ton roman, nous perdaient ce qui est un défaut de ce roman le rendant un peu ennuyeux et fouillis).
 
Midnight

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 17 Nov - 17:27

*Isku je t'aime et je t'adore veux tu m'épouser ? * <<< ma réaction en voyant qu'il y avait un nouveau chapitre, que ce n'était pas juste un méchant message

Bon, après, en effet le niveau de celui-ci était un peu au dessous de celui des autres... Mais ce personnage m'a effectivement l'air TRES complexe.(comme tous les autres d'ailleurs) Il l'est différemment d'Otto, ce qui le rend très intéressant.
J'attends de recroiser ce personnage pour me faire une idée plus précise Wink

Bon courage, on attend la suite avec impatience !



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Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 8 Fév - 1:39


CHAPITRE SIXIÈME
-
OTTO


Je ne pouvais après l'événement de l'enterrement plus que faire table rase du passé, oublier l'incident. Hélas, vivre est si dur ! Les conséquences de toute cette histoire sont difficiles, tant à vivre qu'à admettre. Le jour suivant l'enterrement, nous nous étions rendus chez Cookie, pour lui tenir compagnie en ces moments difficiles. J'étais pourtant triste de ne pas avoir pu découvrir l'environnement vital de Cookie auparavant. Comment puis-je me souvenir de manière heureuse d'une visite si triste ? Certes, nous nous étions laissés allés à jouer et à rire ; mais ces faux rires, ces faux divertissements, ne faisaient que remémorer la tristesse de la nouvelle à notre hôte. Il est difficile de s'accoutumer à la disparition ; je suis bien placé pour cela.

Tout au long de ma scolarité secondaire, j'ai pris la décision de préférer le plaisir de mes yeux au plaisir de mon corps, et je pense avoir pris la bonne décision. Certes, l'Église Catholique m'affirmerait que ma concupiscence me mènera en Enfer ; mais je n'en ai cure, et j'ai toujours vécu de manière libre et heureuse. J'aime voir, j'aime avoir – un mot étrangement construit, ceci dit : en considérant que le « a » de « avoir » est le « a » privatif, à la manière de « apolitique » ou « asocial », « avoir » signifierait ne pas voir ; une étrangeté si l'on considère le principe de possession, phénomène d'acquisition et de revendication de biens que, la plupart du temps, l'on a déjà vu –, j'aime savoir.

C'est la principale raison pour laquelle j'aime à admirer les demoiselles et leurs courbes. J'aime à procurer du plaisir à mes yeux. De là à dire que je suis un voyeur, il y a un pas immense que je ne franchirai pas. Le voyeur souhaite pénétrer dans l'intimité de sa proie, utilisant des termes barbares et inappropriés. Pour ma part, je souhaite en savoir davantage sur ce qui m'attire, tel une pie qui cherche à en savoir plus sur l'être qui possède l'objet doré qu'elle convoite. Ainsi, je cherche en permanence des informations ; mais surtout je cherche à approcher non son corps mais son esprit car, il est vrai, le corps est marcescible tandis que l'esprit est admirable.

Toutefois, il est nécessaire de le reconnaître, j'aime également à poser mon regard sur le corps des demoiselles. Pour ma défense, il est à admettre que, par les temps qui courent, nombreuses sont celles qui se vêtent en conséquence. Quel individu saurait résister en permanence aux charmes extérieurs ? Je suis d'autant plus amateur de corps qu'Otto me contrôle. N'ayant que peu de contrôle sur mes actions, je peux contrôler mes yeux et mes désirs, et ce désir me mène sans faillir vers les demoiselles et la beauté universelle de leur corps. Il m'arrive parfois, je l'admets, de m'attarder longuement sur les jambes ou les hanches d'une demoiselle ou d'une autre. Mais, encore une fois, cela ne se déroule ainsi que du fait de la demande exprimée par l'individu en question. En effet, de plus en plus de femmes, quel que soit leur âge, revêtent des tissus serrés ou rapiécés qui peuvent tous être qualifiés de « suggestifs ». Il me revient en mémoire une publicité hongroise rejetant la faute du viol sur les femmes habillées à l'image ou d'actrices de films pour adultes à tendance pornographique ou de coureuses de remparts assimilées aux apprentis d'Aristote. Je ne souhaite pas particulièrement être assimilé à ces autorités hongroises. Toutefois, je ne souhaite pas non plus que la faute entière puisse reposer sur moi, et c'est pourquoi je mets en exergue le fait que les femmes, dans leur gracieuse généralité, ne facilitent ni ma vie, ni mon existence, de par leurs attitudes, compréhensibles, d'appel à l'attention masculine. Or à cet appel, je ne fais que répondre, à ma manière d'homme emprisonné derrière une façade dont il ne peut se défaire.

Petit à petit, je suis parvenu à faire naître un avis chez Otto, qui parfois se mêle à mes yeux et mes désirs lorsque je lui parle d'une demoiselle réellement très attirante. C'est à ces occasions que je me rends compte que je ne peux rien faire sans Otto. Il occupe mon corps, et c'est par lui que je puis me rapprocher d'une demoiselle pour l'observer davantage, afin d'améliorer le plaisir de mes yeux. C'est lui qui m'offre la possibilité matérielle, de temps à autre, de débuter une conversation avec une de ces demoiselles. Je suis comme un chien, qui attend que son maître lui apporte sa pâtée pour pouvoir manger. Toutefois, au contraire du chien, je ne peux en aucun cas m'échapper, sortir de ma niche, courir jusqu'au portail, le sauter et partir, avec mes jambes à mon cou. Alors je reste asservi à mon maître, et je ne peux que lui rendre grâce pour sa bonté, qui s'incarne en un don de nourriture et de mouvement, tel le chien qui attend qu'on le promène. Ce que je considère comme mon plus grand rêve est d'être libéré de ce maître. Mais je ne sais si, sans lui, je pourrais survivre. Il est devenu si important et essentiel à ma vie que je ne sais si, une fois libéré, je pourrais officier aussi bien que lui à sa place. Je ne me sens pas capable de le remplacer. Peut-être est-ce pour cela que je ne me suis jamais débarrassé d'Otto et que je l'ai laissé s'installer dans mon esprit. Son rôle serait de prendre le relais là où j'en ai besoin, de prendre ma relève. Or s'il me remplace, cela signifie que je dois soit faire autre chose, soit prendre ma retraite. Ne remplissant aucune des deux issues, je n'ai pas, de mon côté, accompli mes maigres obligations. Peut-être que les accomplir dévoilera un avenir sous une autre forme. Il est tout fondamentalement impossible de savoir si cela peut ou non changer l'avenir, et ceci est une affaire de croyances. Toutefois, j'y crois.

Croire que l'avenir peut être changé ne m'empêche pas de croire que l'avenir est prédéfini par Dieu ou une puissance assimilable. En effet, je pense que l'avenir est défini pour chacun de nous, mais que nous disposons d'un certain pouvoir appelé libre-arbitre qui nous permet de le modifier tout de même dans une certaine mesure tolérée par Dieu. Ainsi, nous avons la puissance, en tant qu'humains – donc d'êtres doués de raison et d'intelligence –, de décider une part de notre avenir en luttant contre Dieu qui est pourtant une force fondamentalement infinie. Et ce Dieu est suffisamment miséricordieux et magnanime – nous pourrons même admettre qu'il est généreux – pour nous laisser aller à son encontre, sans toutefois que nous ne franchissions certaines limites qu'il considère. C'est pourquoi je pense qu'Otto est une œuvre de Dieu. Dieu souhaite m'aider. Dieu ne souhaite pas que ma vie se résume à de la poussière d'étoiles répandue sur des souvenirs vagues n'ayant été créés que par ma propre pensée. Dieu ne souhaite pas que je ressente de sentiments qui pourraient m'affaiblir et m'empêcher ou d'accomplir une destinée qui m'est définie comme étant importante, ou d'abaisser le niveau moyen d'utilité de l'espèce humaine par ma négligence et mon inutilité naturelles. Selon cette théorie, Otto serait donc envoyé par Dieu pour prendre ma place et être une sorte de tuteur pour moi. Je ne sais quel est ce Dieu, mais si la théorie est véridique, il n'est pas une bonne divinité. Une bonne figure divine aurait expliqué son geste à l'individu en profitant. Afin, justement, qu'il en profite, et qu'il ne soit pas submergé de questions et d'interrogations au sujet de cette seconde personnalité s'imposant contre toute attente et toute volonté à un individu déjà fragilisé par une vie simple et bonne. De plus, je me demande quel seraient dans cette optique le rôle et l'objectif d'Otto. Serait-ce de décupler ma foi en ce Dieu ? Serait-ce de m'emmener à l'église et de m'y faire prier pour ce Dieu ? Ou bien serait-ce plutôt de m'apprendre à me gérer par mes propres moyens ? Lorsque j'étais jeune, ma vie était comblée par ce que mes parents pouvaient me prodiguer. Je disposais de tout ce que l'on pouvait espérer à l'époque : deux ordinateurs, une grande télévision, une console de jeux vidéos de salon., une grande maison, un immense jardin, une grande chambre faite selon mes désirs. Matériellement, il n'y avait rien que je puisse demander. Relationnellement, je manquais cruellement d'amis. Je pense en avoir déjà parlé dans ce journal. Mes amis n'étaient que des silhouettes y ressemblant. Je n'étais pas aimé. Je me demande pourquoi. Seule C***** m'aimait. L'aimant également, j'en étais heureux. Le jour où j'ai cessé de savoir qui elle était, le malheur s'est abattu sur moi. Depuis, c'est dans l'espoir de retrouver C***** que je poursuis ma quête de rencontres. Je suis persuadé, et Otto m'appuie en ce sens, qu'un jour je parviendrai à la retrouver et que je pourrai épanouir mon existence entre ses bras câlins, dans le même temps durant lequel elle pourra me retrouver et, elle aussi, trouver le bonheur auquel nous avons tous droit. Je sais que cette quête ne me prendra pas deux jours mais deux vies. Je n'en démordrai toutefois jamais. Il arrivera un jour où, ayant épuisé toutes les possibilités, je me tournerai vers le dernier itinéraire possible ; et il sera bon. Je ne pense pas que je puisse être aidé sinon par C***** elle-même si elle cherche également, de son côté, à me retrouver. Quelque chose dont je doute, étant donné qu'elle a disparu de ma vie sans raison. Enfin… en considérant que j'ai agi de la même manière, il est possible qu'elle ait entrepris le même genre de démarche… c'est en tout cas ce que me dit le côté de mon cerveau chargé du réconfort.

Si Otto est là pour m'apprendre à me gérer convenablement, alors c'est une chose étrange que de m'avoir envoyé cet être si parfait qu'il en devient imparfait. Une décision qui ne serait logiquement pas digne de Dieu, puisque Dieu, par définition, ne peut prendre qu'une bonne décision, sans quoi il va à l'encontre de sa raison même. Se demander si Dieu peut prendre une mauvaise décision revient à se demander si Dieu peut créer quelque chose de plus puissant que lui-même, ou si Superman peut s'assommer en se frappant. De telles interrogations n'ont aucun sens et ne devraient pas être. Quoi qu'il en soit, si Otto est censé être mon exemple, alors c'est un bien mauvais exemple. En effet, il est si pur et si parfait qu'il en devient douteux, et prendre exemple sur lui me semble impossible. Je ne souhaite pas devenir comme Otto. Je ne souhaite pas ressembler de près ou de loin à cet être apathique, et ce quand bien même cela m'autoriserait l'accès à la plus grande destinée que l'on puisse jamais imaginer. Toutefois je ne sais s'il m'est possible de ne pas m'accoutumer aux manières d'Otto et si je ne suis pas sans le savoir en train d'apprendre de lui. Peut-être qu'Otto a une place si importante dans ma vie pour prendre ma relève, assurer le bon fonctionnement de l'organisme que je suis le temps que je sois en apprentissage. Peut-être me séparerai-je d'Otto une fois cet apprentissage terminé, une fois mon diplôme obtenu et mon chapeau carré jeté en l'air. Peut-être suis-je actuellement en train de suivre à la lettre ma destinée, n'opposant aucune réaction à ce que Dieu m'oblige à faire, vivre et subir. Peut-être que c'est également le cas de tous les individus de ce monde, peut-être que Dieu les contrôle tous tout en les laissant penser, croire et affirmer qu'ils se contrôlent eux-mêmes et que Dieu n'a aucun pouvoir, voire qu'il n'existe même pas. Je ne sais que penser de tout cela. Je ne suis pas théologien, et n'ai aucune intention de le devenir. Je pense que cette science nécessite en elle-même de croire en l'existence d'un Dieu, quel qu'il soit, puisqu'elle réside dans l'étude de textes dits sacrés. Or pour qu'il existe du sacré, il faut qu'il existe du profane, et donc un Dieu qui fasse la distinction entre les deux concepts.. Je ne pense donc pas que cette voie soit la plus adaptée afin de trouver la réponse à la question de l'existence de Dieu. Toutefois, je considère qu'elle est une science intéressante, et c'est pourquoi je lui témoigne un respect certain. Alors Otto est-il un Ange envoyé par Dieu pour m'aider ? Je ne le sais. Je ne changerai pas ma façon d'agir envers cette persistante personnalité que je n'ai pas invitée à rester à l'intérieur de mon être. Et ce quelle que soit son origine. Mais je continue à me poser des questions quant à sa provenance, quant à son origine, mais également quant à son but, son objectif, sa raison d'être. Peut-être dans une optique de compréhension et d'acceptation ; peut-être dans une logique de contentement et d'expulsion. Dans les deux cas, Otto représente pour moi un problème urgent que je dois résoudre.

Car Otto occupe, bien que je ne le souhaite absolument pas, quasiment l'entièreté de mes pensées. Lorsque je me réveille, c'est lui qui m'obsède, et lorsque je m'endors c'est de lui que je rêve. Durant la journée, c'est à lui que je pense. Car c'est lui qui fait tout pour moi. Je ne sais si je peux réellement lui en vouloir pour tout ce qu'il fait. Si ce n'est pas toujours dans mon intérêt, au moins suis-je sûr que l'objectif est toujours mon intérêt et mon bonheur. Ce qui tendrait à confirmer la thèse selon laquelle il est mon mentor, mon exemple. Et dans ce cas, la personne qui est détestable, ce n'est pas lui mais bien moi-même. Je suis détestable, et je le sais. Je le sais, et pourtant je ne fais rien. Je reste enfermé dans ce petit recoin de mon être qui échappe à la puissance d'Otto. Je reste dans mon coin sombre comme pour fuir la réalité, comme pour refuser d'accepter ce qui est évident : Otto est bon, et je suis ingrat car jamais je ne l'ai remercié, jamais je n'ai vu le bon côté de son œuvre, jamais je n'ai accepté qu'il puisse peut-être faire quelque chose de bon. Je suis l'être abhorrable que tous les hommes de bien combattent. Je suis le lâche, le couard, le pusillanime, qui se cache derrière des prétextes et des grands discours car il ne peut admettre qu'il est mauvais. Je suis Hitler, je suis Mussolini, Staline, je suis Mao, je suis Kadhafi, El-Sadate, Baptista, Pinochet, Castro, Dolfuß ou encore Tito. Je suis tous les Khrouchtchev, Andropov, Deng et Shōwa de ce monde. Je suis la lie de toute humanité, le résidu, l'indésirable. Et mes camarades de l'école primaire l'avaient déjà bien compris. Eux m'ont rapidement laissé tomber, car ils savaient bien que je ne valais pas et ne vaudrais jamais la peine d'être apprécié. Alors comme pour le mauvais rêve ou le mauvais métrage, on l'oublie et on le bannit. On le condamne à un exil moral. Et tant que le produit ne s'est pas rendu compte de sa médiocrité, il est irrécupérable. Je me suis rendu compte, moi, de ma médiocrité. Pourtant, je sais ne pas être apte à être récupéré. Je ne suis pas encore bon, la fermentation n'a pas encore eu son effet salvateur. Quand le serai-je ? Peut-être lorsque je me serai suffisamment accablé et que personne ne pourra plus venir me sauver. Peut-être existe-t-il un juste milieu que le destin me montrera lorsque je l'atteindrai. Ou peut-être Cookie viendra-t-elle me sauver comme elle en a l'habitude.
nombreuses sont celles qui se vêtissent => vêtent
les femmes habillés => habillées
grâcieuse => gracieuse
un de ces demoiselles => une
le relai => relais
uen grande maison => une
ilhouettes => silhouettes
m'acoutumer => m'accoutumer
eput-être => peut-être
théologue => théologien (non ?)
entr eles => entre les
scienc eintéressante => science intéressante
c'est poruquoi => pourquoi
au mois => au moins



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Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 9 Fév - 20:50

Maismaismaismais, comment j'ai pu ne pas remarquer que tu avais posté le chapitre de Viviton ? O.o
C'est vrai qu'il est un peu moins bon que les autres mais au vu de la qualité de ce que tu nous proposes, on s'en rend à peine compte Wink

Enfin ce qui m'a surtout intéressée, c'est le chapitre d'Otto qu'on commence à mieux cerner petit à petit étant donné que c'est le personnage qui revient le plus souvent Smile

Otto a écrit:
Tout au long de ma scolarité secondaire, j'ai pris la décision de préférer le plaisir de mes yeux au plaisir de mon corps, et je pense avoir pris la bonne décision. Certes, l'Église Catholique m'affirmerait que ma concupiscence me mènera en Enfer ; mais je n'en ai cure, et j'ai toujours vécu de manière libre et heureuse. J'aime voir, j'aime avoir – un mot étrangement construit, ceci dit : en considérant que le « a » de « avoir » est le « a » privatif, à la manière de « apolitique » ou « asocial », « avoir » signifierait ne pas voir ; une étrangeté si l'on considère le principe de possession, phénomène d'acquisition et de revendication de biens que, la plupart du temps, l'on a déjà vu –, j'aime savoir.

Pour moi ce passage est tout simplement la perfection incarnée *.*
Et je trouve que le rapport d'Otto à la religion est à la fois contradictoire et intéressant Smile

Tu as nommé C***** sans astérisques D:
Oh, est-ce que Cookie s'appelle Adèle au fait ?

Isku a écrit:
Alors comme pour le mauvais ou le mauvais métrage

Je crois que tu as oublié un mot, non ?

D'ailleurs, vu que tu as laissé des fautes de frappes j'ai l'impression que tu ne t'es pas ou très peu relu et je suis impressionnée que tu fasses si peu d'erreurs, si je faisais pareil ce serait une catastrophe xD

Bref, bravo Sku, c'est un super boulot comme d'habitude et on attend encore et toujours la suite :3

 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 9 Fév - 21:10

Argh, je l'ai nommée sans astérisques ? D: Mince alors, ça fout tout en l'air, ça xD
Effectivement, je ne me suis pas relu (puisque je ne me relis jamais, lire ce que j'ai moi-même écrit me donne juste envie de me pendre, je me trouve toujours inintéressant au possible), et donc j'ai pu oublier des mots et tout ça... Je promets que je vais me relire tout de suite de manière sérieuse x)

Cookie ne s'appelle pas Adèle, hélas pour Gno. Bien essayé, toutefois ~



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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 10 Fév - 16:35


Un suite
Toujours un plaisir de te lire

Et puisque je n'ai pas vu C***** nommée sans astérisques, je me permets de proposer Carole ?



La Mère Patrie vaincra ~

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 10 Fév - 16:39

Pas Carole, dommage ~



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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mer 11 Fév - 11:38



Chloé ?
 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mer 11 Fév - 12:44

Pour Chloé il y aurait un astérisque de trop Razz

(Et je vais considérer que le était un signe de "j'ai beaucoup aimé Isku tu est vraiment un génie littéraire je t'aime et je t'adore, quand tu veux on se marie, avoir tant de lumière en face de soi, être éblouie par Dieu, c'est tellement plaisant", hein :3)



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