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 [P] Dix centimes australiens
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Darlinglïng

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Gradada, Maid d'Isku et Maîtresse des thés
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MessageSujet: [P] Dix centimes australiens   Ven 15 Jan - 20:53

Sous la demande pressante de Mery, je poste un texte qui date de cet été. Personnellement, j'ai de gros doutes mais bon !

À Lou.

Des tout petits morceaux d'infinis. Des tout petits morceaux d'infinis qui volent, que les gens respirent, que les gens oublient. Ils s'inscrivent dans des mémoires et puis ils s'effacent et puis il reste des instantanés. Des flashs. Les gens oublient les infinis. Ils aiment les choses rapides : les fast-foods, les collections automne-hiver, printemps-été, les résumés. Les gens aiment le changement. Alors les petits morceaux d'infinis, c'est sûr, ça fait peur. Ça a beau être petit, c'est long et ça ne s'arrête jamais. On n'en voit pas le bout, on piétine, c'est toujours la même chose. Une après-midi assise sur une barrière, le soleil en face, une présence à côté. C'est joli mais c'est pareil. C'est fixe. Ça ne bouge pas.

Moi, je ne comprends pas. L'infini, c'est rassurant. On sait à quoi s'en tenir. Une après-midi assise sur une barrière, ça ne deviendra pas un matin couché dans un champ. C'est une après-midi, c'est une barrière et voilà. Alors, c'est sûr, ça manque d'originalité à un moment. Mais moi, ça ne me gêne pas. Si c'est une après-midi dehors, alors il faut sentir le vent. Il faut essayer de voir comment il passe dans nos cheveux et comment il passe dans les cheveux de la personne à côté. Comment il pousse les nuages, s'il sent l'orage ou la chaleur enveloppante, s'il nous rappelle notre enfance ou notre futur. Si c'est une après-midi dehors, il faut séparer les nuances de vert de l'herbe. Vert pomme, vert sapin, bleu-vert, vert émeraude. Elles n'ont pas besoin d'avoir un nom puisqu'on sait qu'elles sont là. Et puis les couleurs, ça ne s'appelle pas. Ça vient quand ça veut, ça parle si ça veut. C'est libre une couleur.

Si c'est une après-midi dehors, il faut essayer de voir les gens. Ceux qui sont dans leur maison, ceux qui sont dehors. Ceux qui sont contents, ceux qui pleurent. Il faut essayer de sentir ce qu'ils sentent et de savoir pourquoi ils le sentent. Et puis, si on peut, c'est toujours bien d'aller les consoler de leur malheur ou consolider leur bonheur. Un bonheur, c'est fragile. Ça n'est pas infini comme une après-midi sur une barrière. Non, ça se dégrade vite un bonheur. Tenez, vous venez tout juste de finir de lire un bon livre. Vous êtes heureux, cette histoire d'amour vous a éclairé le cœur. Et voilà que le téléphone sonne. Vous vous précipitez parce-que le téléphone non plus n'est pas infini. Vous décrochez. Vous attendez. Quelqu'un d'extérieur à la scène verra votre visage se décomposer. Quelqu'un d'intérieur à la scène (plus précisément, vous) apprendra que votre mère est morte. À ce moment précis, votre bonheur s'effrite. Mais pas d'un coup, non, tout doucement. Comme pour vous faire souffrir un peu plus. Il y a toujours du soleil dehors et un rai de lumière tombe sur votre livre que vous trouviez si plaisant. Mais dans tout ça, il n'y a plus de bonheur. Et pourtant le monde continue de tourner.

Voyez comme c'est blessant, le bonheur ? Et pourtant, les gens courent après. Ça n'est même pas infini. Ça se casse en deux, en trois, en douze, en moins de deux. Ça ruine des choses, des souvenirs. C'est pour ça que les gens préfèrent le changement, les instantanés, les flashs. Ça reste un petit moment et puis si c'était mauvais, on le jette. On pourra toujours en changer. Alors que les petits morceaux d'infinis, il faut être soigneux quand on les choisit. Un mauvais morceau d'infini, ça vous pèse sur l'estomac, ça vous ronge, ça vous tue à petit feu. Les couleurs des herbes, vert sapin, vert pomme, vert émeraude, la chaleur des rayons du soleil, la présence assise sur la barrière, c'est important. S'il y a quelque chose de douteux, de mauvais, ça donne un goût amer.

Alors maintenant je comprends. L'infini, c'est dangereux. Mais moi, j'aime ça. J'aime bien le danger qu'il représente. J'en ai eu des infinis mauvais. Beaucoup. Des petits morceaux d'infinis de nuits en pleurs, de nuits anxieuses. Sans amour mais sans haine. Elles étaient un peu vides ces nuits et moi j'étais un peu vide aussi et on n'allait plus ensemble. Du vide plus du vide, ça ne crée rien d'intéressant, ça crée plus de vide et on se sent encore moins bien. Le vide, c'est comme l'infini sauf qu'un infini additionné à un infini, c'est moins gênant. On a déjà vu tellement de milieu sans bouts qu'un peu plus ou un peu moins, ça ne change pas grand-chose. Alors que beaucoup de vide, ça étouffe et ça donne envie de pleurer. Beaucoup de vide, on appelle ça parfois de « l'impuissance ». Parce-qu'on ne peut rien contre le vide. C'est là et c'est vide et c'est comme l'infini, ça ne change pas. Allez savoir pourquoi j'ai peur du vide s'il ressemble tant à mon infini. Les hommes ne sont pas réputés pour leur logique.

Mes tout petits morceaux d'infinis, parfois je les transforme en objet, je leur donne des noms. Ou alors ce sont les objets qui sont infinis et qui se nomment parce-qu'ils s'ennuient. Je ne sais pas encore trop bien. J'ai tout l'infini pour le comprendre, ça me laisse de la marge.
Mes tout petits morceaux d'infinis, ils sont très différents dans leur ressemblance. J'en ai deux qui ne se séparent jamais. Ils ressemblent à des baguettes chinoises. Longues, en bois, avec un petit papier enroulé autour de la partie la plus haute où sont inscrits des mots que je ne comprends pas. C'est drôle de penser que si quelqu'un qui parlait chinois les regardait, ils auraient un sens. Pour moi, ce sont des traits, pour lui ce sont des pensées. Je trouve ça aussi un peu triste. J'ai l'impression que je ne saisis pas tout leur infini. Ils me dépassent mais je les aime bien quand même.

J'en ai un autre, tout rond et tout brillant. Je pense que c'est une pièce de dix centimes australiens mais j'en doute encore un peu. C'est long, un infini.
Il est joli cet infini. Et puis il est toujours poli. Il me demande avant de ressurgir. Je me demande s'il ne fait pas partie de l'infini de la barrière. Il en parle souvent.

J'ai un infini long comme une robe longue. Il a une étiquette un peu usée avec marqué «Marks & Spencer ». Il est légèrement froissé mais les fleurs de son motif sont très colorées. C'est un vieil infini, un de mes plus nets. C'est un infini de famille. Il doit avoir vingt ans, peut-être plus. Il ne vient pas de moi mais je l'apprécie comme les autres.
Je n'aime pas faire de distinctions entre mes infinis. Après, ils sont mauvais. Si ça dure trop longtemps, je me fais des infinis bâclés, un peu boueux, un peu de travers et je me sens de moins en moins bien. Non, les infinis, c'est important d'être soigneux. On n'y pense pas beaucoup mais un infini raté, ça peut faire une dépression, ça peut pousser à la mort. C'est pour ça que les gens en ont peur. La vie, ça n'est pas infini et c'est fragile. Les flashs, c'est fragile mais c'est fragile moins longtemps. C'est une fragilité courte et c'est plus simple à vivre.

Je me demande si je ne pars pas trop loin. Peut-être que j'ai dépassé les limites de l'inconscient et du conscient humain avec mes histoires de baguettes chinoises et de centimes australiens. Il vaut peut-être mieux que je m'arrête là. Que je reste dans mon milieu sans bouts et que je laisse le monde tourner, avec ses flashs et ses gens un peu tristes, qui pensent être heureux. On va encore me prendre pour quelqu'un de dérangé et puis ça devient prétentieux de prétendre savoir ce que les autres ne savent pas. Oui, c'est prétentieux. Prétentieux, digne des dieux.
Je te laisse ici petit infini. Au plaisir de te réintégrer au plus vite.
Cordialement,

On en voit pas => On n'en voit pas
un champs => champ
Elles étaient un peu vide => vides
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: [P] Dix centimes australiens   Sam 16 Jan - 14:54

OUIIIII !

Alors moi j'aime beaucoup 👏
C'est un peu comme une réflexion enfantine (j'entends par là guidée plus par le ressenti que par une analyse de concepts rigoureuse comme on ferait en philosophie) qui te prend comme ça "Mais, oui, pourquoi ?" et te remue beaucoup parce que tu n'arrives pas à rationaliser mais que tu ne peux pas t'empêcher de te dire que c'est vrai, que c'est simple, que même un gamin peut le faire mais que tu n'y avais jamais pensé avant.

Dada a écrit:
Les gens oublient les infinis. Ils aiment les choses rapides : les fast-foods, les collections automne-hiver, printemps-été, les résumés.

C'est tout beau, tout mignon et tout incroyable :3

Et puis j'ai plein de mentions spéciales que tu ne dois qu'à ton style merveilleux
Dada a écrit:

Ça se casse en deux, en trois, en douze, en moins de deux.

Dada a écrit:
Beaucoup de vide, on appelle ça parfois de « l'impuissance ».

Dada a écrit:
J'ai un infini long comme une robe longue.

Je suis désolée de ne pas réussir à faire une vraie analyse et tout, je réfléchis à la portée de ce texte, parce que c'est vraiment le genre de texte qu'il faut méditer un peu ~
En tout cas il est super génial, au plaisir de te lire à nouveau !

 
Darlinglïng

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Gradada, Maid d'Isku et Maîtresse des thés
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MessageSujet: Re: [P] Dix centimes australiens   Sam 16 Jan - 21:04

Merci Mery Isku in love

Je suis contente d'entendre que ça fait enfantin parce-que c'était l'effet voulu ! C'est pas grave si ton analyse est courte, c'est cool que t'aies déjà pris le temps de lire mes vagabondages étranges
 
Rêves

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MessageSujet: Re: [P] Dix centimes australiens   Dim 7 Fév - 19:00

(Attention, ce qui va suivre n'est certainement pas une analyse concrète et complète du texte. C'est juste un petit commentaire désordonné mais qui tente néanmoins d'exprimer toute l'admiration que son auteur a eu en lisant cette nouvelle.)

Ow. Alors là... Je n'avais jamais lu de texte portant sur l'infini, auparavant. Je suis ravie que celui-ci soit le premier, parce qu'il est merveilleusement captivant. J'ai commencé à le lire et, même si j'avais voulu, je n'aurais pas pu m'arrêter avant la fin, tu nous embarques tellement loin dans ce monde avec tout plein d'infinis. J'adore la façon dont tu les manipules (les infinis) et les concrétises comme si c'était des petits objets qu'on a ou qu'on n'a pas chez soi, à qui tu t'adresses, aussi. Et, comme l'a dit Meredith, ton texte fait bien réfléchir.
Bref, j'ai adoré. Continues d'écrire c'est un ordre





La porte de nos rêves n'est pas si loin de celle de nos cauchemars.




                                                                                                                                                                   


Dernière édition par Rêves le Mer 10 Fév - 19:04, édité 1 fois
 
Darlinglïng

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Gradada, Maid d'Isku et Maîtresse des thés
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MessageSujet: Re: [P] Dix centimes australiens   Lun 8 Fév - 17:45

Merci, ça me touche énormément !
Je suis vraiment heureuse qu'il soit apprécié et complimenté, étant donné que j'étais extrêmement peu sûre de moi en le postant... j'ai été forcée help Toutes ces gentilles paroles me redonnent confiance !

Je m'en vais continuer à écrire alors o/
 
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