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 Marie-Odile [P/S]
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Iskupitel

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Sire de Picardie, Souverain des Isles de Coupe et de Pitel
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mer 18 Fév - 4:15


CHAPITRE SEPTIÈME
-
COOKIE


Il est dur de souffrir. Cela peut paraître semblable à dire que l'eau mouille ou que le feu brûle. Mais la vérité est toute autre. Cela semble évident, mais en réalité cela ne l'est pas du tout. Cette souffrance qui vous perce les yeux, qui vous travaille l'estomac et qui vous scie le crâne n'est pas supportable. Je ne la supporte pas. Je ne sais comment la supporter et l'oublier. Il y a la douleur quotidienne, celle qui suit l'enchâssement d'un orteil dans le coin d'une porte ou d'une table. Il y a la douleur exceptionnelle, celle qui accompagne la séparation amoureuse ou la douleur d'un proche. Et il y a la véritable douleur, la douleur suprême. C'est celle-là que je subis, c'est sous son règne que je tente de vivre. Car bien qu'il soit facile de survivre, se laissant simplement porter par le temps, il est bien plus difficile de vivre réellement. Je pense que le préfixe « sur » du mot « survivre » se rapproche assez bien du mot « superficiel ». Il me serait difficile de le prouver par une quelconque racine latine ou étymologie ancienne. Mais je reste persuadée que c'est là le véritable sens de la survie. Comme dans le « sur-moi » dont parlait Freud dans ses théories de psychanalyse. Un « moi » moins fouillé, moins précis, plus facile à trouver et plus facile à contenter. Freud aimait analyser les rêves. Pour ma part, je n'aime pas les analyses. Je ne pense pas qu'elles soient véritables et il est très facile pour un psychologue de tout rattacher à l'enfance ou d'inventer des histoires, de faire des amalgames, pour recevoir ses honoraires. Cette profession libérale, tant qu'elle restera une profession et non une passion, me semblera inutile. Mais il est déjà préférable que le psychologue et le psychanalyste officient en dehors d'un hôpital. Car s'ils étaient payés par l'État, quel que soit le travail qu'ils ont abattu pendant le mois, cette activité serait d'autant plus douteuse, et cela signerait l'arrêt de mort des travaux de Freud et de ses descendants.

Quoi qu'il en soit, ma souffrance n'est pas superficielle, et je ne souhaite pas que ma vie le soit. Elle ne l'a jamais été, ou du moins je me suis efforcée qu'elle ne le soit pas. Le 9 janvier, ma mère est morte. Je n'aime pas le savoir. L'entendre est difficile. Mais l'écrire est pire que tout. Lorsqu'on le sait, on n'y pense pas forcément en permanence. C'est une information comme une autre qui est traitée de la même manière par le cerveau. Elle est seulement affublée d'une étiquette « souvenir triste » et est rangée avec la perte de mon premier poney quand j'avais huit ans et ma dernière rupture. Mais je n'aime pas le savoir, car si je le sais c'est que cela est arrivé. Ce fait me refroidit le corps et provoque souvent une montée de larmes. Lorsqu'on l'entend, la douleur n'est pas énormément supérieure, bien qu'elle le soit. On obtient simplement une information supplémentaire et un peu douloureuse de lorsqu'on est seule à le savoir : une autre personne est consciente de la mort de ma mère. En l'occurrence, de nombreuses personnes en sont conscientes. Et je ne peux que souhaiter qu'elles cessent de l'être. Je ne veux pas que ma mère soit oubliée. Mais je ne veux pas non plus que ma douleur soit sue de tous, et le sentiment le plus désagréable que j'aie jamais ressenti apparut lorsqu'un groupe d'une dizaine de personne m'a vue dans la rue, s'est arrêté et est venu me dire « Toutes nos condoléances ». Je ne veux pas que les gens m'associent au décès de ma mère. Je suis heureuse que des dizaines d'articles aient été faits sur sa mort. Cela montre qu'on ne l'oubliera pas. Mais j'ai veillé à ce qu'aucun de ces articles ne précise le nom de ses quatre enfants. Le milieu dans lequel elle évoluait a été fortement touché. Mais je ne veux pas qu'elle reste plus longtemps sous le feu des projecteurs à présent que de son vivant. Ma mère n'est pas un symbole. Elle a fait de nombreuses choses pour l'élevage et a élevé de grands champions. Mais elle n'aurait pas souhaité être surestimée. Ma mère était connue de tous dans son métier, qu'ils soient au Qatar ou en Allemagne. Mais elle était également modeste, et elle savait qu'elle n'était pas la meilleure et qu'elle ne le serait jamais. Voilà pour l'entendre est difficile. Car ni elle ni moi ne le voulons. L'écrire est plus difficile que tout, mais j'espère réussir à passer outre. Le problème n'est pas le même que lorsque je l'entends. Le problème ici est la pérennité de l'encre sur le papier, des informations dans les fichiers informatiques. C'est pour cela que je n'ai jamais réussi à écrire grand-chose. Je ne suis pas une écrivaine et ne le serai jamais. Car je ne raconte pas quelque chose au hasard. Si j'écris, c'est pour raconter quelque chose de vrai, véritable et véridique, que je souhaite conter à quelqu'un. Je n'écris pas pour moi. Ce que je fais actuellement, je l'écris pour Otto. C'est lui qui nous a tous convaincu d'écrire nos doutes, nos sentiments et nos pensées dans des cahiers. Je ne pouvais pas lui refuser cela. Mais j'ai peur de ne pas vouloir être pour toujours associée à ce que j'écris. Lorsque je dis quelque chose, je considère que la personne à qui je le dis peut l'oublier. C'est une possibilité avec laquelle je suis personnellement assez familière. Lorsque j'écris, rien ne sera oublié, et il est toujours possible, en cas d'oubli, de retourner à la base sans avoir à passer par la douane que je représente à l'oral. C'est pourquoi je n'aime pas écrire, c'est pourquoi je n'aime pas l'écrire, et c'est pourquoi je n'aime pas décrire. Car telle une impressionniste ce que je vois et ce que je pense change souvent, et de toute façon je n'aurai jamais la même façon d'en parler, que ce soit à l'écrit ou à l'oral. C'est cette possibilité de changement que je vous conserver, encourager et favoriser. Oui, ma mère est morte. Il est difficile de l'écrire. Mais ce n'est pas qu'un fait. C'est également, indirectement, un état d'esprit que ses proches – dont moi – ont. Et je ne veux pas que quiconque se fasse de fausses idées ou même puisse s'informer ainsi. C'est aux proches de la grande Marie-Odile de gérer le flux de la connaissance pour les étrangers qui ne sont pas encore conscients de la situation. Pas le devoir d'un peu d'encre sur une feuille.

C'est pourquoi je remercie Otto, qui a de belles intentions et de bonnes idées. Mais c'est également pourquoi j'ai peur de son idée, et je ne suis pas rassurée par Otto lui-même. Lorsque j'ai tenté de lui exprimer mes doutes, il m'a simplement répondu « Écoute Cookie. C'est une idée. Une proposition. Tu n'es nullement obligée de t'engager là-dedans. Mais une fois que tu te seras engagée, je veux que tu ailles jusqu'au bout. Je ne tolérerai pas de désertion ou d'abandon ». Je dois dire que parfois il me désespère. Je ne suis pas méchante, et je ne veux pas que les gens autour de moi se sentent mal. Mais il est trop difficile de comprendre Otto. Alors je fais comme je peux pour lui, mais il ne m'aide que rarement. Je ne lui ai pas parlé de l'inhumation. Je pensais qu'il y penserait, lui qui est toujours si prompt à savoir les choses et à réfléchir. Mais seul son père est venu. Ridicule. Otto a des moments de génie, et c'est pour cela que je l'apprécie et qu'il fera toujours partie de mes amis. Mais le reste du temps il est seulement… bête. Il me faut le dire. Bête et pervers, qui plus est. Combien de fois je l'ai surpris à regarder le postérieur d'une collégienne de trois ou quatre ans de moins que lui ? Je me souviens d'une fois où il m'a présenté, tout gentiment, une lettre d'amour qu'il comptait bien glisser dans le casier de sa proie du moment. Je dois avouer que parfois il me dégoûte. Qui écrit des lettres d'amour de nos jours ? Otto. Un véritable puriste romantique symbolique. Si le monde en contenait davantage, je ne sais s'il s'en porterait bien. Mais je sais ce qu'être une amie signifie. Et je l'ai aidé en lui faisant remarquer les défauts dans sa lettre. Je ne sais s'il a mené ce projet à bout, et si cela fut concluant, mais j'espère qu'il pourra, un jour, être véritablement heureux. Je me prends parfois à me souvenir de l'Otto que j'ai rencontré en arrivant en sixième, dans ce collège où les seules personnes que je connaissais étaient détestables au possible. À l'époque où personne ne l'appelait encore Otto. Il venait d'arriver dans cette ville, et ne connaissait absolument personne. Et malgré son étrangeté apparente, il m'avait impressionnée. Il n'était pas le seul à ne connaître strictement personne parmi les 170 élèves de sixième. Et pourtant, sans se rapprocher de ces autres personnes esseulées, il trouva lors de son premier jour des gens avec qui sympathiser. Ces gens sont aujourd'hui encore, et pour longtemps je le crois, ses amis. J'admire et je respecte ce pari d'un courage extrême. Bien sûr, il vécut de nombreuses choses durant les années que nous avons passé ensemble. Il vécut les hauts et les bas de la vie. J'ai parfois été un frein à son bonheur. Mais je pense l'avoir toujours aidé, d'une façon ou d'une autre et ce malgré les apparences. Je n'oserai jamais prétendre le connaître mieux que quiconque, et je sais qu'il a des amis partout et de tout âge.

Toutefois je pense pouvoir dire que c'est en partie grâce à moi qu'il a pu se faire ces amis qui le connaissent et en lesquels il peut avoir confiance. Lorsqu'il est apparu dans mon monde en sixième, j'ai connu une personne douce, enfantine et naïve. Je l'ai vu grandir, je l'ai vu évoluer, je l'ai vu devenir gentil, mature et responsable. C'est moi qui suis à l'origine de sa popularité. Car bien qu'il se refuse à l'admettre, je suis convaincue qu'il fait partie de ces gens populaires. Au lycée comme au collège, il connaît un très large nombre de personnes, de la petite fille de 11 ans qui l'admire et le voit comme le prince charmant à la populaire de 14 ans qui change de petit ami toutes les deux semaines et aime faire sa pétasse en vêtements de grandes marques en passant par la tête de classe de Terminale Scientifique. La première fut rencontrée au self, où il lui marqua un peu d'attention et de gentillesse. La seconde fut rencontrée à son casier, alors qu'il lui souriait tous les jours et qu'un matin il décida de réparer son casier dont le système de fermeture était en mauvais état. Le troisième n'est rien d'autre qu'un ami rencontré par le biais d'un ami commun. Il faisait en permanence des rencontres nouvelles, mais jamais il ne négligeait les connaissances précédentes. Partout, on reconnaît unanimement sa gentillesse. Je pense que c'est en partie grâce à moi, car je l'ai aidé à progresser. Tout du moins, le penser me permet de me rapprocher un peu plus du bonheur, à mes yeux. Parfois, je l'admire et me dis qu'il est simplement fait pour être aimé. Partout où il va, il fait preuve de charisme. En sixième, alors que personne ne l'appréciait vraiment, il avait failli devenir délégué de classe. Et il n'a jamais abandonné l'idée d'être élu. En Première et en Terminale, il fut élu délégué de sa classe, mais également délégué de tout l'établissement. Il a mis du temps à se constituer son réseau d'influence et de connaissance. Mais il est sans doute le plus efficace jamais vu. C'est pour cela que je n'ai pas pensé une seule seconde, lorsqu'il m'a remis ce cahier avec la tâche de le remplir de mes impressions, que ce pouvait être une mauvaise chose. Je sais que ce qu'il fait est toujours fait pour le bien commun. Je trouve même beau qu'il ait pensé à nous et pas seulement à lui dans ce moment, alors même qu'il n'a jamais connu ma mère. Peu de moments me relient à lui, mais je suis heureuse de ces rares instants. Grâce à lui, je ne peux plus jeter une bouteille sans que cela ait un sens. J'aime ces petits détails qui montrent que j'ai moi-même évolué et vécu des choses dans une vie que je pensais au premier abord morne et inintéressante. Mais le plus amusant reste que ce soit Otto qui m'en ai fait prendre conscience. Qui aurait imaginé cela du petit être de 10 ans dans cette fatidique classe de sixième ? Qui aurait vu l'homme qu'il devient malgré tout ? Qui aurait misé sur lui ? Je le sais capable de grandes choses, et je suis heureuse de le voir presque tous les jours. Il n'est pas mon meilleur ami, et il est rare que je lui parle en dehors des cours. Mais je ne peux l'oublier, je ne peux le renier, et je ne peux le remercier pour tout ce qu'il fait pour les autres. C'est pourquoi je ne lui en veux pas pour toutes les fois où il a préféré aller avec d'autres gens, pour toutes les fois où il a été de mauvaise humeur, pour la fois où il n'est pas venu à l'enterrement. Car je sais qu'au fond de lui il n'oublie personne et qu'il nous garde tous dans son cœur, aussi cliché que cela puisse paraître.

Pourtant, il m'a manqué à l'enterrement. Pour la cérémonie étaient présent Viviton, Darjeeling et d'autres amis. La foule était immense lors de l'inhumation, je n'avais jamais assisté à une telle cérémonie. Le déplacement de certaines personnes était impressionnant. Un couple d'éleveurs était venu d'Allemagne pour l'occasion. Je me suis sentie indirectement touchée par ces efforts. Je pense que c'est l'objectif de ces gens. Contenter leur souhait de faire un dernier adieu tout en apportant un peu de réconfort aux proches qui restent sur le quai de la gare, partagés entre l'envie de prendre le prochain train pour ne pas rester loin du défunt et l'envie de rester parmi les vivants et de surmonter l'obstacle. Lorsque la cérémonie fut terminée, j'ai souhaité inviter ces amis à se détendre un peu chez moi pour me détendre et me changer les idées. Nous avons joué à divers jeux et bien ri afin de chasser l'ambiance pesante régnant dans le manoir. Mais je sentais qu'il manquait la présence silencieuse et attentive d'Otto. C'était comme si un pan de mur manquait dans une maison : elle tient toujours debout, mais on sent un courant d'air désagréable en permanence. Je me demande si Viviton, son meilleur ami, aurait été du même avis que moi. Ils sont si différents, tous les deux… et il est si difficile de croire qu'ils sont meilleurs amis ! Leur relation est semblable à deux soleils jumeaux. Ils ont été placés par la providence l'un à côté de l'autre, ne se ressemblent pas, mais ensemble ils accomplissent de grandes choses. Il est amusant de les voir ensemble.

Quoi qu'il en soit, j'ai donc tenté d'évacuer les souvenirs de ma mère et l'ambiance de l'enterrement. Et lorsqu'ils sont partis, je n'ai eu d'autre choix que de sombrer d'un seul coup dans le désespoir. Lorsqu'on est sur un skateboard et qu'on s'apprête à sauter dans le vide car le skateboard s'est dirigé vers une falaise à pic, le réflexe unanime est de sauter. On se maintient alors en l'air quelques instants, et on évite la chute. Mais elle n'est alors que plus rude et fatidique. Je ne sais si j'ai bien fait de les inviter ou si j'aurais dû attendre et croupir dans le désespoir. Mais la première solution n'est apaisante que si elle dure longtemps, car autrement elle ne donne qu'une illusion qu'il est d'autant plus aisé de regretter, tandis que la seconde est si réaliste et empirique qu'elle pousse à la dépression. Je ne souhaite ni l'un ni l'autre, et en regardant les deux je me rends bien compte qu'il est nécessaire de tomber dans la dépression et la tristesse. Il est impossible de passer outre. C'est bien là la première leçon que j'apprendrai de ce passage à vide de ma jeunesse, je pense. Il est certains obstacles que nul ne peut surmonter sans souffrance. Et il est dur, très dur, si dur, de souffrir.
Un « moi » moins fouillée => fouillé
je me suis efforcé => efforcée
en cas d'oublie => oubli
il m'avait impressionné => impressionnée
je l'ai aidé à progressé => progresser
je suis heureux => heureuse
i lest => il est



Dernière édition par Iskupitel le Mer 18 Fév - 13:09, édité 1 fois
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mer 18 Fév - 11:19

Isku a écrit:
trouvez les références, les amis, trouvez-les et soumettez-les-moi, j'vous promets des cadeaux cools

J'en ai uuuune !

Isku a écrit:
Cela peut paraître semblable à dire que l'eau mouille ou que le feu brûle.

Charlie et Lulu !

J'ai beaucoup aimé ce chapitre, il y a plein de réflexions hyper intéressantes sur la douleur comme quoi on ne peut pas comprendre et... bref, j'aime beaucoup Razz

J'ai hâte de lire la suite (et de découvrir le dernier membre du groupe !)

 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mer 18 Fév - 13:12

Dedarimi a écrit:
Isku a écrit:
trouvez les références, les amis, trouvez-les et soumettez-les-moi, j'vous promets des cadeaux cools

J'en ai uuuune !

Isku a écrit:
Cela peut paraître semblable à dire que l'eau mouille ou que le feu brûle.

Charlie et Lulu !

J'ai beaucoup aimé ce chapitre, il y a plein de réflexions hyper intéressantes sur la douleur comme quoi on ne peut pas comprendre et... bref, j'aime beaucoup Razz

J'ai hâte de lire la suite (et de découvrir le dernier membre du groupe !)

Euh... Je connaissais pas Charlie et Lulu, donc on va considérer que c'est plutôt une référence populaire, hein x)

C'est vrai qu'il y a un cinquième membre, j'avais pas pensé ~
Le prochain chapitre sera sur Viviton, alors tu prendras un peu ton mal en patience, hein :3

 
La Grenouille

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Natalie Sodomie, égérie Dior
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 3 Mar - 14:22

J'ai lu le premier chapitre.

C'est bien écrit. C'est superbement bien écrit. C'est magnifiqu (TA GUEULE!)... Euh C'est bien écrit. Je trouve ça très beau, après je t'avoue que je ne lirais pas tout d'un coup parce que déjà le sujet abordé est... un brin sensible pour moi en ce moment (ouais je croises un peu trop de "cas psy" ces derniers temps) et parce que, comme je l'expliquais sur un autre post... C'est du Léonidas. C'est délicieux, c'est vraiment super bon, on a envie de dévorer toute la boite et de courir en racheter MAIS on ne le fait pas. On ne le fait pas pourquoi ? (Parce que ça coûte trois bras et demi...) Mia ! Et depuis quand tu te soucies de l'argent toi ? (Depuis qu'une connasse a décidé qu'il y avait une économie au Paradis). Hum. Donc je disais quoi ? Ah oui ! Les Leonidas, donc les Leonidas (ou même tout autre chocolat d'un chocolatier artisanal) on les savoure. D'ailleurs non. Toi c'est pas du Leonidas. C'est encore plus... Précieux. C'est vraiment le chocolat du petit chocolatier artisanal en centre ville qui fait ça depuis cinq générations. Tu adores son boulot, tu l'adores tellement que tu veux prendre le temps de déguster. Tu prends le temps aussi parce que tu as conscience de l'effort demandé, du travail qu'il y a derrière.

Donc j'espère que tu ne m'en voudras pas de lire Marie-Odile comme je mange une boite de chocolat de luxe. Un chapitre de temps en temps, posée au calme en laissant fondre sur ma langue. ( Okay, c'est bien, maintenant on peut aller à McDo ?) Dégage ! Et je te souhaite vraiment plein de courage pour la suite de ce roman car c'est très dur comme sujet, je t'avoue que j'ai pas lu les commentaires (parce que c'est une feignasse)... Tu peux parler toi ! Mais du coup je me demandais si tu as parlé des troubles psychiatriques avec un professionnel ou si tu as lu des bouquins en rapport ou... quoi. Very Happy (Sinon tu peux en discuter avec Ivy puisqu'elle a pas mal de personnalités...) Ah ah ah...
 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 3 Mar - 15:19

Merci pour ton premier commentaire, Myh

Je ne t'en voudrai pas si tu le lis à ton rythme, je préfère cela à un risque d'indigestion qui me rendrait triste. Je n'ai pas parlé des troubles psychiatriques avec un professionnel, je n'ai pas lu de bouquins en rapport, j'ai simplement décrit ce que j'imaginais ^^ Et je pense que je ne lirai pas de livre à ce sujet, quitte à ne pas être parfaitement crédible et même parfois dans le faux lorsque je décrirai davantage, tout simplement parce que je ne pense pas (en tant que novice j'm'en-foutiste dans la psychologie) que tous réagissent de la même façon, et ainsi je me protégerai, en bon paresseux, derrière le 1% de gens qui diffèrent (pourcentage non contractuel). Et puis je trouve que les livres influencent trop ma façon d'écrire, et je n'aime pas être influencé. (Anecdote : Quand j'ai lu le Trône de Fer, alors que j'étais enfant, ma plume a été calquée sur celle de George R. R. Martin pendant plusieurs mois, c'est insupportable à relire. C'est pourquoi j'ai cessé de lire -- et à cause du manque de temps) ~

 
La Grenouille

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 3 Mar - 15:58

Je comprends totalement et en fait je suis rassurée que tu ne lises pas dessus parce que finalement ça virerait plus "médical" que romancé. (Mais toi tu adores te documenter ! Pour ça que tu emmerdes tout le monde avec ton Alaska !) Oui mais c'est pas pareil, c'est un lieu géographie et je "m'inspire" en plus t'es un perso, d'où tu parles oO.

Je plussoie pour le "calquage d'écriture" j'ai le même soucis. (Quand on sait qu'en ce moment elle lit une autre traduction de FSOG on est en droit de s'inquiéter pour ma mort...)
 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 20 Avr - 4:44

Voilà, chapitre huitième avec trente-sept minutes de retard sur l'horaire annoncé à Dedarimi. Je pense que cela n'aura lésé personne. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas tout à fait très content de ce que j'ai fait. J'ai l'impression de m'être un peu éloigné de ce que je fais d'habitude. Bien que cela soit expliqué par Viviton, je ne suis pas à l'aise. J'espère que vous ne serez pas d'accord avec moi. En tout cas, je tente dans ce chapitre un point de vue que vous verrez sûrement et qui, s'il m'a permis de ne pas faire seulement trois lignes, est différent de celui adopté pour les autres chapitres. Si je conserve ce point de vue, il ne s'appliquera qu'à Viviton. Pourquoi ? Parce que je suis un lâche et que je n'ai pas envie de me confronter à la difficulté : il m'est trop dur de comprendre et conter Viviton comme je le fais pour les autres personnages. Alors je contourne l'obstacle, et j'en suis heureux. Le chapitre neuvième sera sur Darjeeling, et le suivant sur Otto. Le cinquième personnage n'arrivera pas de si tôt, puisqu'il n'aura sûrement pas de chapitre(s) qui lui sera(seront) consacré(s). Je pourrais tenter d'expliquer cela par une réduction de budget ou une restriction budgétaire (deux choses identiques, pour ceux qui se demanderaient), mais je ne serais pas crédible. Voilà, appréciez ce chapitre. Le suivant ne risque pas de sortir avant le même laps de temps qu'entre le chapitre 7 et celui-ci.

Oh, j'avais dit que j'expliquerais pourquoi Viviton. Comme Viviton ne le sait pas et que les autres personnages non plus, je vous l'explique ici : Ano hi mita hana no namae o bokutachi wamada shiranai, épisode 2, 19:48. Voilà, comme ça les choses seront plus claires pour vous si vous comprenez, ensuite, toutes les associations d'idées et toutes les idées elles-mêmes qui se sont faites dans ma tête. Sur ce, bonne lecture ~

CHAPITRE HUITIÈME
-
VIVITON


Je me demande quelle est mon utilité. Je ne me pense pas spécialement déprimé ou dépressif, mais le fait est que je me sens désuet. Il est dit que tout un chacun, en ce monde, a une utilité, que ce soit pour soi-même ou pour les autres, proches ou non. Je ne sais si cela est vrai, et j'ai du mal à le croire, me sentant comme l'exception agissant comme contre-exemple. Ce à quoi beaucoup répondront que mon exception confirme la règle. Je n'ai jamais compris ce principe : comment une règle peut-elle être confirmée par sa propre irrégularité ? Peut-on dire qu'une épée est tranchante car sa lame est coupée ? Peut-on dire que la terre est ronde justement parce que nous avons l'impression qu'elle est plate ? Toute ma vie, j'ai tenté d'être agréable, gentil et sympathique. Je ne sais si je suis beau et je m'en contrefiche. Je tente, pour compenser par sécurité, de m'habiller proprement et de manière distinguée. Je n'ai pas de volonté spécifique d'être couru par les femmes. Je n'aime pas tout le monde, je n'ai de haine persistante qu'envers ceux qui aiment Cookie. Pas même envers ceux qu'elle aime. Je ne saurais dire pourquoi.

Cela fait onze années que je connais Cookie. Onze années que je n'ose lui avouer ce que je ressens, onze années d'amour à sens unique. Lorsque je l'ai rencontrée, la toute première fois, en classe préparatoire, j'ai voulu la frapper. C'est un souvenir ténu mais intense. Elle refusait obstinément de s’asseoir à côté de moi comme le demandait la maîtresse. J'avais envie de la frapper pour lui apprendre à respecter les ordres. Mais finalement c'est ce côté rebelle qui m'a par la suite fait craquer.

Décidément, c'est difficile d'écrire. J'ai tenté plusieurs fois d'écrire comme Otto le souhaite. D'écrire mon ressenti, ma vision des choses, ce que transporte mon cœur. Je ne suis pas aussi doué que certains avec un stylo et une page blanche. Il paraît que c'est naturel chez certains. Rimbaud atteignit le sommet de son art à 16 ans. J'aimerais pouvoir dire qu'au moins je débute le mien à 17. Là, lors même que je tentais de parler de ce qui me tient le plus à cœur, de Cookie, je ne parviens pas à aligner deux mots et me voilà reparti à tergiverser. Plus le temps passe et moins je me sens apte à écrire. Si, dans ma tête, tout me semblait clair et net, sur le papier mon stylo s'égare plus que prévu. J'aimerais pouvoir parler du décès de Marie-Odile. J'aimerais pouvoir parler de mon amour pour Cookie, mais aussi de beaucoup d'autres choses. J'aimerais vraiment pouvoir me libérer de tout cela et sublimer mes désirs. Mais je sens, là devant moi, comme une sorte de barrière qui me bloque et m'empêche de poursuivre, de persévérer, de percer le verrou, d'entrer et piller la chambre qui comporte mon cœur. Finalement, je ne sais si c'est véritablement l'objectif d'une telle démarche. Je ne peux parler de moi, mais je peux parler des autres. Parfois, j'ai l'impression de lire clair en ton jeu, Otto. Mais parfois, le ciel est plus que gris.

Otto est un grand malade. Il aime faire des choses. En soi, tout va bien. Mais ce ne sont pas des expériences de chimiste qu'il mène. Non, son génie l'oblige à voir plus grand. C'est lui-même qui crée l'environnement pour ses expériences sociologiques. Je pense qu'il fait souvent cela, même s'il est difficile de le mesurer précisément. Il est capable de tout et ne peut s'arrêter tant qu'il n'a pas atteint la vérité. Il dupera son monde et recueillera avidement toutes les réactions de ses sujets. C'est un jeu sans cœur et sans fin qu'il joue. Il en fixe les règles et en tient la banque. Il est impossible de lui échapper, et tôt ou tard tous deviennent ses sujets. C'est un jeu dangereux que de jouer avec lui. Il fait partie de ces êtres calculateurs qui ne laissent rien au hasard et qui préparent méticuleusement chacune de leurs actions, chaque intonation, chaque inclinaison mimétique. Il vit sans remords et sans arrière-pensées, profitant de sa nature cynique. Car oui, je pense qu'Otto est en lui-même cynique, qu'il est intrinsèquement noir dans sa façon de voir les choses. Il est peu de choses qu'il touche sans qu'elles noircissent.

Il est un jour où Otto a vu une paire de demoiselles dans la rue alors qu'il fumait sa cigarette closant les cours. Après avoir satisfait son besoin maladif de délectation visuelle en admirant leurs courbes postérieures, il se mit en mouvement. Moi, qui fumais également, je le suivis lentement, ne souhaitant pas perdre le plaisir du tabac encensant l'air environnant. Lui marchait rapidement, puis disparut dans une ruelle. Je jetai mon mégot et tentai de le suivre, confiant mon sac ainsi que le sien, que j'avais transporté avec moi, à des connaissances discutant sur le chemin. Trottinant, courant par moments, je m'attelai à le rattraper. De ruelles en ruelles, j'avais pour objectif de retomber sur lui. Finalement, je le retrouvai, sur un banc, parlant naturellement aux deux demoiselles, blaguant, bavassant. Il était assis entre elles, et elles s'étaient tournées vers lui pour mieux l'écouter et le contempler. Voyant cela de loin et de profil, je n'osai intervenir. Je souhaitais, moi aussi, assouvir mon désir de savoir. C'est pourquoi je me plaçai discrètement non loin et écoutai leur conversation. Occupés à discuter, aucun ne me remarqua. Comme je l'avais imaginé, Otto était, ce jour-là, occupé à ce qu'il appela une « étude sociologique sur la verte ». Une sorte de sondage sur le nombre de personnes qui fument des drogues cannabinoïdes, leur fréquence de consommation, mais aussi la qualité du produit. Comme prévu, il soutirait toutes les informations dont il avait prétendument besoin en conversant simplement avec ses proies du jour. Elles étaient jeunes, en cinquième ou quatrième. Qu'elles fument déjà de la drogue ne me choqua pas. Otto en était sûrement responsable. Quelques mois auparavant, une personne avait réussi à rendre normal le fait de fumer du cannabis dans notre petite ville. Soudainement, la consommation avait explosé, et le nombre de vendeurs doubla. Otto avait soit provoqué soit pressenti une telle explosion de la demande. Il avait encouragé les jeunes esprits à se corrompre, à venir être rongés par la noirceur de l'herbe verte. Il avait, en discutant avec quelques personnes précises, relancé une économie souterraine que l'on croyait condamnée. La conversation dériva lentement sur les activités sexuelles des jeunes filles. Otto m'impressionne aujourd'hui encore. Son aisance au conciliabule est remarquable et n'est limitée, mais heureusement l'est-elle tout de même, que par sa générale incapacité d'action. Il est souvent une frontière matérielle qu'Otto ne parvient à franchir ; il est tel cette antique assemblée de prélats. Je me demande ce qui motive une telle impossibilité. Mais, dans le même temps, je ne souhaite pas voler trop près du soleil, et si je ne refuserais pas d'ailes je n'en ai pas à gaspiller dans l'immédiat. Puis, après que l'une des demoiselles disparut, Otto resta seul avec la jeune fille restante, une rousse aux cuisses un peu trop larges à son goût. Ils se levèrent d'un même élan et pénétrèrent dans une bâtisse située non loin dont la rousse avait la clé. Je n'osais pas imaginer ce qu'il tenterait de faire à l'intérieur. Sûrement volerait-il quelques objets avant d'agir de manière perverse et de disparaître dans le soleil couchant pour reparaître quelques heures plus tard dans le lit de l'hôte pour tenter de se faire pardonner. Otto est glauque.

Et pourtant, Dieu seul sait pourquoi, il se trouve que je suis son meilleur ami. Parfois, l'on se retrouve ami à quelqu'un sans trop le souhaiter. C'est un peu le cas ici. Mais je doute que lui ou moi l'ayons jamais souhaité. C'est une situation étrange. La première fois que je l'ai rencontré, nous avons parlé gentiment, comme deux garçons courtois se rencontrant. Je me souviens que c'était une discussion sur la croix gammée. Un de nos camarades en avait garni une table, et nous nous sommes amusés à comparer nos connaissances à ce sujet. Comme il était plus simple, à l'époque, de nouer des liens. De plus, qui aurait cru qu'une relation intéressante se créerait et se maintiendrait avec des fondations si lâches ? Quelle amitié a pour origine une croix gammée ? Ainsi que je l'avais pressenti en ce premier jour, Otto n'a jamais été capable de respecter les conventions. Il n'est pas de ce genre de personnes. Alors pourquoi sommes-nous devenus meilleurs amis ? Il avait besoin de quelqu'un à qui parler, avec qui passer du temps et avec qui partager sa passion de la Meurthe. J'avais les mêmes besoins, et nous devînmes donc proches. Je ne sais si cela est une bonne chose. Il est dit qu'être dans la gueule du loup est une bonne tactique de survie. Je dois avouer n'avoir jamais tenté une telle chose. Toutefois, le fait est qu'il ne me semble pas qu'Otto ait jamais tenté de m'hypnotiser ou de me faire subir une de ses expériences occultes, étranges ou sociologiques.

Ce mot a entre ses lèvres une signification seconde. S'il l'utilise normalement, il reste que sa façon de le prononcer laisse paraître comme un double fond, un sens caché qui requiert une clé spéciale. Cette clé, je sais qu'elle n'a pas de double et qu'elle ne peut être copiée. La serrure résistera aux meilleurs serruriers, car Otto est suffisamment intelligent pour en avoir disposé suffisamment pour essouffler les efforts de tous les serruriers de ce monde. Otto réfléchit à ses actes. Il ne prend que très peu de décisions hâtives. Lorsqu'il en prend, il pense à toutes les possibilités lui permettant de se sortir de toutes les conséquences que la décision pourrait hypothétiquement engendrer. C'est un être calculateur. Peut-être toute cette histoire de journaux intimes pour nous permettre de nous libérer de ce qui nous tracasse suite à la disparition de Marie-Odile est-elle une gigantesque supercherie montée par l'esprit tourmenté d'Otto. Il en a les yeux, sûrement en a-t-il les mains.
difficile de le mesure => mesurer

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 21 Avr - 21:35

Bon, je me remets de mon échec pour trouver la phrase qui t'a réveillé et je commente Wink (qu'est-ce que ça fait drôle de se remettre à parler par écran interposé avec quelqu'un qu'on a rencontré en chair et en os le jour même !)

Alors... dans l'épisode 2 d'un anime qui s'appelle Ano hi mita hana no namae o bokutachi wamada shirana au temps 19:48 les personnage se transmettent un Nokémon rare, le Roi de l'Amitié ? Et donc c'est trop bien, hourra, viva, Viviton ! /PAN/

Enfin j'ai trouvé très plaisant de lire ce chapitre, surtout maintenant que j'ai profité de la lumière de certaines de tes explications Smile
Je pense qu'il est meilleur que ton premier chapitre de Viviton et ce côté "sociologue" d'Otto que l'on découvre à travers les yeux de Viviton est très intéressant.

J'ai noté cette phrase en me disant qu'il y avait un problème dans la concordance des temps :

Isku a écrit:
lors même que je tentais de parler de ce qui me tient le plus à cœur, de Cookie, je ne parviens pas

mais en fait en la relisant je me demande si ça peut passer ou pas. C'est peut-être parce que je n'aurais pas instinctivement écrit cette phrase comme ça. Qu'en dis-tu ?

Je crois que je vais devoir tout relire avant que tu ne postes le prochain chapitre, je risque d'être frustrée sinon Wink

 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 21 Avr - 22:19

Pour moi, pas de problème sur cette phrase : il tente au passé, puisque c'est passé, mais Cookie lui tient toujours à cœur. Mais peut-être que je vais plus loin que ce que la langue française autorise, puisque je suis un visionnaire (un visionnaire linguiste, c'est vraiment pourri en fait Dx ) Razz

Le premier chapitre de Viviton était vraiment une sorte de tâtonnement, j'ai vraiment eu du mal à l'écrire, donc bon x) Merci en tous cas, ça fait plaisir

Et oui, hourra Viviton, c'est le Nokémon de l'amitié, il est trop cool et tout Isku in love

 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Ven 31 Juil - 2:39

CHAPITRE NEUVIÈME
-
OTTO


« Dis, Otto. »
« Oui ? »
« Est-ce que tu as une famille ? »
« Je… je crois, oui. »
« Tu crois ? »
« J'en étais sûr. L'eau a coulé sous les ponts de la Loire. »


On ne m'avait pas placé dans une situation aussi embarrassante depuis bien longtemps. Je ne savais plus comment réagir. Otto n'était pas prêt à de telles questions non plus. J'avais perdu le rempart qui me gardait du monde extérieur. Et là où j'aurais dû me sentir libre, la porte ouverte me semblait si sombre que nul être n'aurait souhaité s'y aventurer. D'un point de vue biologique, il est évident que j'ai une famille. Si elle n'est pas à mes côtés ou si elle ne s'occupe pas de moi, elle reste ma famille, et ce quelles que soient les conditions. Nul ne peut modifier les liens de sang ; nul ne peut les oublier. Pour moi, le terme de famille va plus loin que ce point de vue biologique rationaliste et froid. La famille, ce n'est pas cette structure sociologique proche de celle du ménage ou du foyer. Je veux voir plus loin que cela. Je ne peux faire autrement. François de Singly aimait reprendre Émile Durkheim et indiquer que la famille moderne était une famille nucléaire, centrée autour de l'enfant et comprenant les parents et leur progéniture jusqu'à ce qu'ils quittent le nid et abandonnent ceux qui les ont élevés tendrement. Je trouve cette description à la fois tout à fait obsolète et idéaliste. L'on sait tous que rares sont les enfants qui peuvent profiter d'une telle parenté. Je ne pense pas en faire partie, et bien téméraire serait celui qui me contredirait. Si j'ai eu une famille, je n'en veux plus. Otto s'occupe de moi. Non pas de manière parfaite, force est de le reconnaître. Mais il reste ce qui se rapproche le plus, à mon sens, d'une famille pour moi.

Et puis une famille ce n'est pas qu'une cellule familiale qui offre. Bien souvent, l'enfant est obligé à rendre la pareille à ses parents en en ayant lui-même. D'un côté, je comprends que la société se base sur une telle souche. Il lui est essentiel que les générations se renouvellent et que l'Humanité croisse sans répit. Telle un être vivant, la société s'auto-régule et met à l'œuvres ses membres afin de s'entretenir. De l'autre côté, je ne comprends pas que les membres de la société ne se révoltent pas contre cette oppression dure, cruelle et implicite que cooptent les sociétaires. Tel l'adage du vieux tyran, les anciens poussent leurs successeurs à poursuivre leur œuvre macabre.


« Pourquoi cette question, d'ailleurs, Cookie ? »
« Oh, je me demandais juste si tu avais une raison de ne pas compatir. »
« Je ne suis pas sans cœur. »
« Ça, je m'en fiche. Que tu compatisses ou non, ce n'est pas ce qui m'inquiète. Il y a déjà suffisamment de gens qui sont touchés, et de toute façon cela ne changera rien. Je veux juste savoir si ta réaction est normale ou s'il y a quelque chose qui te préoccupe. Je ne veux pas que tu sois triste. »
« Tu as plus important à faire. Je ne veux pas te déranger en ce moment. »
« Tu ne me déranges jamais. Je ne peux plus rien y faire. Je souffre, tu sais. Je me demande tous les soirs comment cela aurait pu être évité. Mais c'est fait, je n'y peux rien. Tout ce que je peux faire, c'est faire mon possible pour que les autres personnes auxquelles je tiens soient heureuses et, si elles doivent disparaître, ne meurent pas tristes. »


Sous ses cheveux châtains, Cookie semblait plus triste, plus lasse, que jamais. J'avais rarement eu la chance de la voir ainsi, de la voir être touchée de cette manière. Ce n'était pas un spectacle dont je pouvais me dire heureux. De tels instants ne devraient être vus par personne sinon quelqu'un pouvant l'aider ; et je ne me sentais pas capable d'accomplir ce qui me paraissait être un miracle. Une telle tristesse n'est souhaitable à personne. Parfois, être triste n'est pas mauvais, cela permet de relativiser certaines choses et de reconstruire une personne sur des bases mises à jour. La tristesse, comme la majeure partie de tout ce qui est dans ce monde, me semble être une véritable arme. Je ne veux pas savoir la manier ; et si parfois je suis heureux que certains soient tristes, de la manière la plus égoïste qui soit, il est certaines personnes que je ne veux pas voir souffrir. Cookie fait partie de ces gens qui méritent davantage qu'une souffrance profonde, qu'une tristesse incommensurable. Ses yeux marrons se posèrent sur moi, interrogatifs, et elle dégagea une expression que je n'avais jamais vue auparavant. Manquant de mots, je ne saurais la décrire ; mais sa texture douce-amère ne me donna pas envie de la contempler de nouveau, toute belle qu'elle fût. L'espace d'un instant, je vis son nez frémir et sa bouche se tendre. Je ne savais que faire ; je ne savais si comment réagir. Par habitude, je cherchai au fond de moi les sentiments que j'avais pour elle. Non pas des sentiments charnels comme j'en ai pour de nombreuses demoiselles de différents âges, mais bien des sentiments amicaux. Je me souviens qu'avant l'apparition d'Otto je puisais souvent dans de tels sentiments pour faire face à l'avenir. J'aurais aimé pouvoir ressentir des sentiments pour Cookie de manière plus forte, c'est-à-dire sans Otto. J'aurais aimé pouvoir l'aimer, en quelque sorte. Mais cette barrière externe, qui se dressait toujours aux frontières de ma personne physique, empêchait toute espèce d'amour, et j'en étais réduit à cultiver mon amour des peaux lisses. Le vice devenait à cause d'Otto une première nécessité. Comme il m'était devenu impossible d'aimer quelque chose de pur, ce domaine étant le domaine d'Otto, le désir profond, sans forme, essentiel, ne pouvait plus qu'être exprimé sous forme de péché, loin de la sphère d'influence d'Otto, loin de ce qu'autorise la morale, mais infiniment plus proche du véritable cœur de l'homme.


« Otto ? »


Profitant du silence, elle s'était assise sur un banc proche, me laissant à mes pensées. L'environnement naturel du petit parc dans lequel nous étions – rien de plus que quelques arbres et un peu de gazon mesurant, à mon plus grand dam, presque 5 centimètres – semblait épanouir la conversation et être capable de délier des langues trop longtemps restées en bouche.


« Oui ? »
« Assieds-toi, tu seras mieux. »


Je lui obéis lentement, me laissant faire par Otto qui ne voulait pas faire attendre la demoiselle. Là, alors qu'Otto se préoccupait de sa coiffure et que je m'attardais sur la raison de la question de mon interlocutrice, le temps se figea, et du calme sur ce banc naquit, déposé sur mes lèvres, un baiser suivi d'un état d'ébriété contrôlée que je ne pus m'empêcher de relier à l'action salvatrice opérée par Cookie. Au contraire de ce qu'avait établi Otto à la suite de multiples et complexes calculs de probabilités, à la suite de comparaisons et d'affabulations aveuglées, ce n'étaient pas des conversations qui furent générées par le déliement des langues. Lorsqu'elle retira son visage du mien, me repoussant légèrement en poussant de ses mains contre mes épaules, elle me parut triste, tandis qu'Otto, ravagé par une telle preuve d'attention, m'étouffait de ses congratulations narcissiques et de ses tentatives de poursuite de l'expérience tout en assurant qu'elle paraissait heureuse. À mes yeux, Otto parut un être auxiliaire perdant ses moyens lorsque ce pour quoi il a tant travaillé lui échoit. Otto est un outil de la recherche, non de l'accomplissement, sans quoi il paraît disjoncter. En suivant le schéma classique de l'évolution, qu'elle soit à l'échelle de la Terre ou à l'échelle d'un individu, il serait peu étonnant qu'Otto évolue, que je sois doté de nouvelles attributions incluant la gestion de la réussite ou – soyons imaginatifs – qu'une personnalité supplémentaire se développe comme un parasite et s'occupe exclusivement – pour l'instant tout du moins – de la gestion de la réussite, si jamais sa croissance au sein de l'entité que je suis rend la chose courante.

Revenu de mes pérégrinations internes et de mes joutes personnelles à l'encontre d'Otto, je regardai Cookie dans les yeux, ayant pris conscience que cet événement fortuit m'avait ouvert le cœur et permettait à la véritable personne que je suis de s'exprimer. Sans le contrôle d'Otto, je pensais pouvoir dire des choses réelles et réfléchies à Cookie, je pensais pouvoir lui avouer des choses que je souhaitais avouer, je pensais pouvoir répondre, enfin, à ses questions, sans détours et sans subterfuge aucun.


« Tu sais, Cookie… j'ai une famille. Je l'aime. Je ne l'ai jamais perdue, je ne l'ai jamais quittée, et j'en suis très fier, très heureux. Je mesure la chance que j'ai de n'avoir perdu aucun membre de mon foyer. Je tente de mesurer la tristesse que cela peut dégager. Je sais que ma famille m'aime de la même manière que je l'adule. Il existe au sein du foyer une cohésion qui ferait pâlir de jalousie plus d'une fratrie. J'ai eu une enfance dans l'ensemble heureuse, rythmée seulement de bonheurs enfantins qui, bien que passagers, agrémentèrent largement mes années de vie inconsciente. J'ai un frère qui veille sur moi et une sœur sur qui veiller, j'ai un père qui se donne pour subvenir aux besoins de la famille et une mère qui n'est pas en reste et qui fait ce qu'elle aime ; si je devais choisir quelque chose à améliorer, il me faudrait tant de temps à trouver la chose qu'elle s'améliorerait d'elle-même. Et pourtant, je préférerais vivre seul, ne pas avoir de famille, me suffire à moi-même et n'avoir de comptes à rendre qu'à Dieu. Je ne sais réellement pourquoi. Mes parents ont toujours été justes et m'ont bien élevé ; ils m'ont enseigné les notions de bien et de mal et ont toujours respecté une certaine proportion dans les punitions. Combien de fois ai-je été sorti de ma torpeur par les cris de détresse du fils des voisins, A********, qui était battu à la ceinture par son père car il avait mal préparé le café matinal du maître de maison ?

Alors pourquoi vouloir vivre seul ? Peut-être n'ai-je pas tout à fait le contrôle sur moi-même ; peut-être me laissé-je parfois emporter par la fougue de la jeunesse et m'abandonné-je à de nombreuses pulsions qui ne devraient pas être supportées par mon esprit. Peut-être ton baiser aurait-il dû être évité. Il est tant de réponses inexistantes que je ne tente même plus de les chercher. J'aime et j'aimerai toujours ma famille. Toutefois, il m'est difficile d'admettre qu'elle m'est utile tous les jours. Je pense qu'il serait nécessaire à ma propre formation personnelle que mes parents commettent une erreur irréparable et me forcent à partir, ou bien refroidissent les liens. Il serait peut-être intéressant pour moi que je m'éloigne un peu, quelques temps. “Tu n'as besoin de la lumière que lorsqu'elle brûle faiblement, le soleil ne manque que lorsqu'il commence à neiger, tu ne sais que tu l'aimes que lorsque tu la laisses partir, tu ne sais que tu étais bien que lorsque tu te sens mal, tu ne détestes la route que lorsque ton chez-toi te manque, tu ne sais que tu l'aimes que lorsque tu la laisses partir”, dit cette chanson anglaise dont j'ai totalement oublié le titre.

Je sais que cela marche avec la famille. Je sais que cela peut marcher avec moi, c'est pourquoi j'ai envie d'essayer ; j'ai envie de me créer de réels sentiments pour ma famille, j'ai envie de pleurer lorsqu'elle partira, j'ai envie de pouvoir comprendre au moins une miette de ta douleur, j'ai envie de te voir et de me dire que tu es encore plus forte qu'il n'y paraît, j'ai envie de pouvoir rire et pleurer en même temps : rire de ma petitesse et pleurer de leur grandeur.

Tu sais, Cookie… j'ai une famille. Et parfois j'en suis triste. De temps en temps, je pense aux autres personnes dans ce monde qui n'ont pas la chance que j'ai, je pense aux millions d'orphelins et aux millions de personnes qui aimeraient avoir deux parents pour s'occuper d'eux, une fratrie dans laquelle s'épanouir et un avenir confortable à vivre sous l'aile bienveillante d'adultes responsables. Je n'ai que peu d'empathie, et souvent je me prends à avoir des pensées malsaines envers ceux qui sont moins bien lotis que moi. Chaque domaine des choses de la vie est régie de manière différente dans mon esprit, et je suis souvent incohérent dans mes décisions. Je me laisse emporter par le courant, je laisse les rapides choisir ma vitesse, et je laisse les jolies demoiselles m'embrasser au détour d'une conversation, sur un banc. Toutefois, malgré tous mes défauts, il faut que tu saches simplement que je compatis, et que je ne compte pas cesser de compatir à ta douleur.

Tu sais, Cookie… souvent, je me répète ce proverbe : « la chance vient aux gens qui sourient ». Je n'arrive pas à le contredire. C'est pour cela que je l'applique non comme un simple adage mais comme une véritable doctrine de vie. Chaque seconde, je tente de respecter ces quelques mots, en accord avec ces pensées orientales, bouddhistes ou hindouistes, qui invoquent le principe de karma. C'est pour ça qu'il est là, mon sourire permanent ; c'est pour ça que même lorsque je suis triste je suis heureux, au plus profond de moi ; c'est pour ça que je suis optimiste et que j'en suis content. Et tu sais… »

« Otto, je ne sais pas grand-chose de toi. Je ne sais que ce que tu acceptes de révéler, et je me rends compte à présent qu'il y en a bien plus en toi qu'en dehors. Je vois bien que tu n'es pas la personne la plus empathique du monde, je vois bien que tu ne sais pas tout et que tu aimes garder les choses pour toi. Je ne t'ai pas embrassé pour entendre tout cela. Je t'ai embrassé, car cela m'a apporté du réconfort. Et j'espère t'en avoir apporté par la même occasion. Je ne peux te promettre que cela se reproduira. Je suis obligée de te couper maintenant. Je ne veux pas que tu te découvres et qu'ensuite tu t'en veuilles, que tu soulèves tes draps et qu'il soit su que tu n'es pas tel que tu parais être. Je ne répéterai pas ce que tu m'as dit. Comme tu le fais si bien, je garderai tout cela au plus profond de mon cœur et en ferai un secret bien gardé... »


Elle continua à parler quelques temps, mais je cessai rapidement de l'écouter. Il ne me semblait pas supportable de l'écouter jusqu'au bout. Je savais bien que je n'aurais pas dû parler autant, que je n'aurais pas pu en faire tant sans être interrompu et perdre l'élan qui m'avait mené jusqu'ici. J'avais encore tant de choses à lui dire. Il y avait encore un si grand nombre de choses que je voulais conter à cette demoiselle qui m'avait ouvert son cœur l'espace d'un instant ; mais le monde faisait que je ne pouvais me confier en totalité. Je ne pense pas qu'elle m'arrêta, ce jour-là, par pitié – ou par sympathie, comme elle semblait le prétendre. Quelle que fût sa véritable motivation, je ne pouvais l'accepter. Comme un coureur stoppé par une crampe attendue juste avant de franchir la ligne d'arrivée, j'étais partagé entre le dégoût, la frustration et le fatalisme. Soufflé par l'énergie cinétique rattrapant mon cœur sur le bas-coté, je relevai les yeux et vis, se tenant droit à quelques pas dans le dos de Cookie, Viviton. Du regard que nous échangeâmes, je n'ai que peu de souvenir ; mais Dieu sait qu'il n'était pas aussi amical que le disait son surnom, et Dieu sait que j'aurais aimé qu'il le soit.
j'aurais du => j'aurais dû
je ne saurai la décrire => saurais
narceissiques => narcissiques
pur subvenir => pour
qe => que
je laisse les jolies demoiselles m'embrasse => m'embrasser
tu sache => saches
je me rends copte => compte (bien que je ne sois pas contre les conversions religieuses Wink )

 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Sam 1 Aoû - 10:54

Goosh, j'ai adoré
Je te fais un commentaire dès que possible

... et j'ai un MP à envoyer je sais :')
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Sam 1 Aoû - 11:32

Ah, enfin un chapitre de Marie-Odile
J'ai adoré aussi

Ce qui est fabuleux, c'est que tu as réussi à nous intégrer, nous lecteurs, dans ce chapitre en nous montrant à quel point on avait de la chance d'assister à cette confidence d'Otto. Cette approche de la famille est super intéressante et c'est un truc de fou Smile

Le fils des voisins est Alexandre et je suis pratiquement sûre de moi.
Passenger, Let her go : pour une fois que je capte une de tes références Wink

Isku a écrit:
je ne savais si comment réagir

Je pense que le "si" est en trop, mais j'ai préféré te demander au cas où tu aurais oublié quelques mots pour une tournure différente Wink

La suite

 
Midnight

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 10 Aoû - 10:59

Je plussoie Rimi sur la chance d'assister aux confidences d'Otto, on a presque l'impression de devoir tendre l'oreille pour ne pas les perdre

J'aime de plus en plus le personnage d'Otto d'ailleurs *^* Tu en fais quelqu'un de vraiment complexe, un peu plus à chaque chapitre ~

Le personnage de Viviton éveille plus en moi un étonnement, il semble particulièrement effacé par rapport aux autres. Otto, on ne le comprend pas, mais on sait finalement pas mal de choses sur lui et sa manière d'être, de penser. Viviton m'intrigue, parce que je ne le cerne absolument pas.

J'ai hâte de lire la suite



La Mère Patrie vaincra ~

"Je croyais qu'on allait jouer à cache-cache..."
Le petit Arthur, sept ans


 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 16 Aoû - 14:32

Merci merci pour vos commentaires

Dedarimi : Le « si » est effectivement en trop, merci de me l'avoir fait remarquer (et merci, au passage, pour ta correction ). Let her go de Passenger est la bonne référence, bien joué
De plus, en effet, le fils des voisins s'appelle Alexandre, félicitations o/

Ça tombe bien, Gno, car le prochain chapitre est de Viviton

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CHAPITRE DIXIÈME
-
VIVITON




La disparition de Marie-Odile m'a profondément marqué. Je n'avais qu'à de rares occasions eu le plaisir de la rencontrer. Toutefois, si en tant qu'humain je fus attristé par principe, le fait qu'elle était la mère de Cookie accrut sensiblement ma tristesse. Je n'ai jamais souhaité que Cookie soit triste, et j'espère que je ne changerai pas d'avis à ce sujet jusqu'à ma mort. Il n'est pas dans ma nature de souhaiter le malheur d'autrui ; et il m'est encore moins habituel que de vouloir la dépression de celle que j'aime. Je ne pouvais me réjouir que de la rapidité de sa mort, de son acceptation personnelle de la chose et de la vivacité selon laquelle Cookie accepta la chose. Il est parfois des décès qui s'imprègnent tant dans l'esprit des proches du défunt que ceux-ci restent bloqués et ne démordent jamais de ce triste événement qui reste, malgré tout, un simple épisode dans une vie. S'il n'aurait pas dû apparaître si tôt, le décès de Marie-Odile était toutefois entièrement naturel, avait été prévu et ralenti par une médication efficace qui fit gagner plusieurs semaines – voire plusieurs mois – à cette femme de qualité. De nombreux articles et oraisons étaient apparus, tant dans les journaux locaux que dans la presse spécialisée et sur Internet. J'ai été heureux de les consulter et de découvrir dans ces lignes toute la valeur de cette femme qui n'avait pas que la conception de Cookie parmi ses actions d'éclat. Sachant sa fille en proie à une tristesse indicible, je ne voulais, quelques jours seulement après la cérémonie d'inhumation, intervenir trop brutalement et souvent dans son quotidien. Si son soutien me paraissait plus important que tout, je ne voulais pas paraître insistant ou trop présent. Il n'était pas de mon ressort de gérer sa vie. C'est pourquoi, afin de me relaxer et penser à autre chose que la famille de mon aimée, je me rendis, en ce frais après-midi, dans un parc. Alors que j'étais dans la rue, marchant tranquillement, je tentai de joindre Otto. Il m'aurait été agréable, en effet, de passer du temps avec lui. Parfois, contempler plus piteux que soi remonte le moral ; mais la meilleure solution, la plus durable, est de côtoyer un homme heureux. Hélas, son téléphone sonnait, mais nul ne décrochait. Refusant de laisser un message, je poursuivis mon itinéraire initial et me dirigeai donc, d'un pas tranquille, vers le parc. Mon regard fut attiré par un petit groupe de personnes qui, à ma gauche, chantaient autour de deux guitaristes des chants religieux de louange. Je me souviens que l'un d'eux ressemblait à mon père, et j'hésitai un instant à m'approcher d'eux ; mais le parc m'attira davantage, et j'y pénétrai sans plus tarder.

Après quelques pas effectués dans le but de trouver un banc pour m'asseoir, j'en trouvai un. Je ne pouvais m'y asseoir, mais toute mon envie de rester ici s'envola lorsque je le vis. Là, sous mes yeux ébahis, sur un banc entouré d'arbustes, Cookie et Otto s'embrassaient. Là, toute ma joie disparut. Là, je tentai de tuer Otto par mon regard. Comment a-t-il pu me faire cela ? Moi, son plus fidèle ami, son camarade, son bonhomme, son comparse de soirées ? Je me demandai s'il était conscient de ce qu'il était en train de faire. Puis je me remémorai la discussion que lui et moi avions eue, quelques semaines auparavant, alors que nous nous préparions pour partir en soirée et assouvir ses désirs de drogué quelque part dans la campagne profonde, en compagnie de temporaires et téméraires camarades. Là, je lui avais longuement parlé de mon amour pour A****, et il m'avait assuré de sa sollicitude et de sa volonté d'aider. J'avais refusé par politesse. Mais voilà qu'il profitait que j'aie le dos tourné pour embrasser celle qui occupait en permanence l'intégralité de mon organe interne de distribution du sang. Peut-être Otto avait-il été vexé par le fait que je refuse son aide et avait-il conclu qu'il serait plus divertissant que de prendre ma place auprès de Cookie. Peut-être avais-je fait une erreur en refusant son aide. Quoi qu'il en fût, je ne pouvais pas non plus accepter totalement son geste et ne remettre que ma propre personne en question. Bien que j'aie pu faire une erreur, Otto était responsable de la chose et devait payer en conséquence. Mais le plus triste était à venir. Après qu'ils se sont embrassés et que j'ai jeté un regard plus que noir à l'attention d'Otto, celui-ci s'engagea dans une discussion faussement personnelle afin que de le rapprocher encore davantage de Cookie. Voilà une technique bien lâche ! La proximité ne se fait pas par les mots mais par les actes ; voilà en tout cas ce que j'ai toujours considéré. Et voilà que ce malotru se permettait de s'attirer les faveurs de la belle en alignant quelques mots ! Son don pour la prise de parole lui était, une fois encore, un avantage considérable dans la gestion de sa vie ; mais il risquait de devenir un motif évident de représailles en règle de ma part. Je ne peux tolérer un tel rapprochement ; je ne pouvais accepter qu'Otto soit meilleur que moi et conquière Cookie avant que j'aie pu avancer un seul pion. Il avait été mauvais joueur et avait profité de la faiblesse de la demoiselle pour s'emparer de son cœur. Mon tour venait, et il ne serait pas aussi clément que celui de Cookie, pour Otto.

Totalement déboussolé, ayant perdu tous mes repères si ardûment établis, je me détournai de la scène et m'éloignai lentement des deux êtres discutant à présent de choses et d'autres. Je sais qu'Otto, s'il parle de cet événement dans son carnet, déformera la réalité. Son amour du lyrisme et de la précision dans le langage le conduit parfois à placer la véracité au second plan. Si l'énonciation d'une vérité ne lui est pas agréable à l'oreille, il la modifiera quelque peu – toujours de manière infime, car les meilleurs mensonges sont les plus proches de la réalité, sauf quand il s'agit de mentir à tout un peuple, comme le disait Hitler –, juste assez pour que l'enchaînement des événements, des paroles ou des pensées soit harmonieux et corresponde à son désir. Peut-être Otto modifiera-t-il mon arrivée et contera la chose en ne me faisant paraître qu'au dernier moment, pour instaurer un moment tragique digne d'un film romantique américain. Peut-être préférera-t-il ne pas parler de ma présence et énoncera seulement une silhouette proche. Peut-être amplifiera-t-il mon rôle. Si Otto n'aime pas foncièrement mentir, je pense qu'il est tout de même parfois proche de l'état d'un mythomane. Plus d'une fois, nous avons ensemble convenu d'un mensonge nous excusant pour notre absence à telle ou telle occasion. À chaque fois, il parvint à suffisamment se persuader que le mensonge était en fait véridique. Certes, cela lui permit de mentir très convenablement. Mais cela le menait à un point où il ne savait plus différencier la réalité de la fiction. Il a plusieurs fois agi et pris des décisions en se basant sur des situations, des événements ou des paroles qui n'étaient que de purs mensonges ou des spéculations sans doute affabulatrices énoncées par des personnes plus ou moins proches. Ainsi, Otto ment parfois sans le vouloir et est traversé d'une vérité qui n'existe pas. Cela me semble s'approcher grandement du concept de mythomanie. Il peut être nécessaire de le sauver de cette maladie, de ce vice ; mais je dois avouer que je n'avais pas la force de l'aider, et ce encore moins lorsque je le trouve occupé à charmer celle que j'aime ouvertement.

Assis sur un autre banc, le visage entre les mains, à l'ombre d'un saule pleureur, je tentai de réfléchir. Je ne pouvais laisser passer un tel affront. L'image de l'enlèvement des Sabines me revint en tête. D'un geste de la main, je la chassai : lors des cours de latin, c'est avec Otto que nous avions ri à gorge déployée en traduisant un texte d'un quelconque historien romain explicitant l'épisode. C'était un bon souvenir, et je ne voulais pas qu'il soit vicié par une unique action irrespectueuse et, peut-être, irréfléchie de la part d'Otto. Le connaissant, il n'était sûrement pas conscient de ce qu'il faisait et s'en repentirait très vite. Mais ne pas le punir était prendre un risque ; s'il s'entendait bien avec Cookie et qu'il développait un certain sentiment à son égard, il m'aurait été très difficile de le dissuader de poursuivre sur cette voie ; il me fallait agir prestement et organiser l'équivalent d'une expédition punitive pour lui faire comprendre que la chasse était gardée à cet endroit ; ce qui ne le gênera sûrement pas pour continuer mais au moins lui expliquera quelles conséquences peuvent entraîner ses actes. Cela serait sûrement la seule chose qui le motiverait un tant soit peu à cesser. Punir Otto posait cependant un problème supplémentaire : et si Cookie s'était suffisamment attachée à lui pour refuser qu'un quelconque mal lui soit fait ? et si endommager la relation d'Otto avec A**** endommageait par la même occasion la mienne ? Si j'étais prêt à sacrifier une part de moi-même, je ne pouvais accepter un résultat comparé négatif.

Il m'était impossible de réfléchir objectivement et utilement, tant j'étais submergé par ce que j'avais vu, tant j'étais achevé après la douleur provoquée par le décès de Marie-Odile, tant j'avais perdu toute capacité à vivre normalement. Profitant de l'ombre du saule pleureur, je me levai du banc et m'étendis, une ride d'intense réflexion me barrant le front, sur l'herbe parfaitement coupée s'étendant de chaque côté des chemins du parc. Fouillant mes poches, je trouvai quelques babioles, sûrement des tickets de caisse et d'autres choses peu intéressantes. Mais je me souviens parfaitement que se trouvait, dans ma poche arrière, un petit papier replié sur lequel était écrit : « Ne renonce jamais », sûrement glissé par mon frère ou un de mes parents. En temps normal, j'aurais jeté le morceau de papier, comme je l'avais fait pour les quatre ou cinq de leur espèce ayant précédés celui-ci ; cependant il apparut, enfin, comme un véritable réconfort et un véritable conseil que je ne pouvais que remercier. Quelle qu'ait été la personne qui le glissa dans la poche de mon pantalon, elle fut bien avisée, et je l'en remerciai sincèrement.

Après quelques minutes de réflexion adjointe à une contemplation méthodique des badauds, je me levai et les imitai quelques temps. Puis, alors que je m'approchais d'une fontaine, je m'y assis et pris la décision de ne pas punir Otto, de ne pas prendre le risque d'amoindrir ma proximité avec Cookie et de seulement chercher à recueillir leurs impressions au sujet de l'événement. Cela convenu, j'eus l'impression de m'enorgueillir et de me sentir plus adulte, plus responsable que je l'étais auparavant. Alors que le même vent soufflait dans mes cheveux courts, je me sentais plus grand, plus apte à en capter toute la splendeur, plus proche de la vérité que précédemment. Passant la main sous l'eau au ralenti, j'eus l'impression d'agir comme dans un film américain dans lequel l'acteur principal, transi par un amour incertain, s'abandonne aux petits plaisirs de la vie et redécouvre la joie de sentir l'eau sur sa peau. Si mon amour pour Cookie n'était pas incertain, je ne pouvais qu'admettre et avouer que j'étais dans la même situation que ledit acteur. Tournant les yeux en retirant ma main, apercevant à mes dépens que l'eau n'était pas si tiède que, naïvement, je l'imaginais de prime abord, je me rendis compte que je n'étais pas seul et, submergé par une honte indicible, je m'éloignai de la fontaine, juste à temps pour voir Cookie arriver, seule, et prendre place là où, quelques instant avant, je m'étais assis. Je devais lui parler, profiter de l'absence d'Otto pour en savoir plus au sujet de ce baiser, au sujet des motivations et aboutissements émotionnels de l'un et l'autre protagonistes. Pourtant, j'avais été vu par Otto, et Cookie ne savait sûrement pas que j'avais assisté à la scène, puisque j'étais dans son dos lorsque je suis arrivé vers leur assise. Ne me sentant pas capable d'aborder le sujet à sa place, j'abandonnai rapidement et m'éloignai lentement, les pieds traînant, de la fontaine puis, chemin faisant, du parc. En passant la porte de ma chambre, je réalisai la rareté de la situation et l'idiotie de ma réaction ; et je m'en voulus.
Accrût => accrut (c'est un passé simple)
la discussion que lui et moi avions eu => eue
il pofitait => profitait
Quoi qu'il en fut => fût
en tous cas => en tout cas

 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Lun 17 Aoû - 13:51

Je n'ai jamais été autant remerciée et félicitée

Cool ce nouveau chapitre, je l'aime bien moi Viviton Smile
Il a une manière d'aimer très intéressante, j'ai hâte de voir s'il va effectivement recueillir les confidences des deux autres et comment il va réagir Very Happy

Isku a écrit:
afin que de le rapprocher

C'est bizarre, non ? Ou alors c'est moi, je sais pas, je suis crevée xD

Isku a écrit:
Otto ment parfois sans le vouloir

Je chipote, mais techniquement on ne peut pas mentir sans le vouloir puisque le mensonge relève de la sincérité, alors que l'adéquation entre la réalité et la parole relève de la vérité, donc si on dit quelque chose qu'on pense être faux alors que c'est vrai, on ment quand même, mais on dit la vérité. Le contraire de la vérité est la fausseté

La suiiiiite

 
Midnight

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mer 19 Aoû - 19:43

J'aime de plus en plus Marie-Odile, les personnages me semblent chaque fois plus intéressants ~

Je veux la suite



La Mère Patrie vaincra ~

"Je croyais qu'on allait jouer à cache-cache..."
Le petit Arthur, sept ans


 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mer 19 Aoû - 19:50

Merci pour vos commentaires

Dedarimi > Tu expliqueras ton point de vue sur le mensonge au Viviton submergé dans l'écriture de ce moment de sa vie par les émotions et la trahison de Cookie Razz

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CHAPITRE ONZIÈME
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ALEXANDRA





Il était une fois, dans une bourgade au bord de la Loire, une parcelle de terrain. Couverte d'herbe, convenablement bordée de grillage la séparant d'arbres, elle n'était pas cultivée. Elle avait entendu parler d'autres parcelles, peu éloignées, qui étaient chaque année retournées. Elles recevaient en leur sein des semences diverses et contribuaient à ce que les graines poussent et se transforment en légumes, en céréales ou en plantes diverses. Sur la première parcelle, les humains venaient rarement. Et lorsqu'ils venaient, ce n'était pas pour toucher à la terre mais pour s'occuper de chevaux qui paissaient là. Ils n'abîmaient pas la terre, et la parcelle les remerciait en leur prodiguant toujours suffisamment d'herbe pour qu'ils n'aient pas à abîmer la terre. Un jour, les humains accompagnèrent une femme qui ne s'intéressa pas, en premier lieu, des chevaux. Elle observa la parcelle, s'assura qu'elle était de bonne qualité, l'apprécia et demanda à l'acheter. Après ce jour, certains arbres furent abattus, et le grillage fut coupé à certains endroits ; des trouées furent faites pour qu'un château non loin soit relié par un chemin à la parcelle. D'autres chevaux furent introduits sur la parcelle, et la nourriture qu'elle pouvait fournir n'était plus suffisante ; en conséquence, les humains apportèrent et déposèrent sur la parcelle des abreuvoirs dans lesquels étaient mis des granulés semblant les nourrir suffisamment. Tous les jours, la femme venait voir les chevaux et leur susurrait des mots doux tout en les caressant. Elle les aimait visiblement, et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour que les chevaux soient heureux sur la parcelle de terrain. Lorsqu'un cheval mourut, quelques mois seulement après l'achat de la parcelle, elle vint et se recueillit sur sa dépouille de manière très respectueuse et aimante.

Un jour, la femme vint sur la parcelle accompagnée par une demoiselle plus jeune. Toute emplie de la fougue de la jeunesse, elle ressemblait à un agneau qu'on aurait soustrait aux griffes d'un loup, et courait partout pour dire bonjour à tous les chevaux, en effrayant la plupart dans le même temps. Au fil des jours, des mois et des années, la fillette devint jeune fille sous les yeux de la parcelle, qui la voyait chaque jour. Alors que la femme vieillissait, la jeune fille ne faisait que s'embellir au fil des années, si bien que parfois elle venait parler aux chevaux accompagnée d'un homme, qui changeait de temps en temps, et avec qui elle échangeait de langoureuses discussions contre le grillage. La jeune fille ne venait pas toujours en même temps que la femme, car elles semblaient avoir des horaires différents. Toutefois, toutes deux aimaient vraiment les chevaux. Un jour, alors que la jeune fille avait amené son amant, la femme amena le sien, et une vive discussion entre la fille et ses parents fit partir le premier homme. Le second, les cheveux grisonnants et le regard terne, ne semblait pas apprécier les chevaux, et la parcelle développa une aigreur envers lui. Une fois, il vint seul sur la parcelle et alla voir les chevaux. De ses yeux roulaient des larmes épaisses. Les chevaux le fuirent, et ses yeux se vidèrent encore davantage. Tombant à terre, il posa ses mains autour de son visage humide, et la parcelle eut pitié. « Peut-être est-ce un Philippe incompris », pensa-t-elle. Après quelques minutes, il se releva, rougit manuellement le pourtour de ses globes oculaires, et s'en fut d'une démarche lasse et triste. Ce jour, plus tard, la jeune fille vint seule. Elle aussi, elle pleura ; mais dans l'encolure d'une jument à la robe blanche parsemée de tâches grisâtres qu'elle couvrit de petits mots sûrement plus destinés à elle même qu'à l'animal chevalin.

La parcelle apprit que la femme était morte ; et le lendemain, on amena son corps inanimé pour qu'il côtoie une dernière fois les chevaux et que ceux-ci lui fassent leurs adieux. La parcelle, elle aussi, salua convenablement la femme et lui souhaita tout le bonheur possible dans sa seconde vie, celle qui existe après la mort. La parcelle la connaît bien, cette vie, et pourrait en parler des jours entiers. Elle-même, elle a souvent été retournée et utilisée jusqu'à ce qu'elle succombe. Puis elle fut réutilisée, de manière bienveillante, et elle reprit vie, mais d'une autre façon, de manière plus pure et plus apaisée. Le bonheur lui tendait les bras. À chaque mort et chaque résurrection, la parcelle accroissait son bonheur ; et le seul instant malheureux qu'elle ait vécu depuis était le décès de cette femme, de Marie-Odile. La parcelle pensait fermement à une vie après la mort pour les humains, se mêlant de croyances dont elle ne pouvait rien comprendre, tentant d'apporter une réponse selon les règles d'un monde qu'elle ne connaissait pas et où elle n'avait rien à faire.

Quelques jours plus tard, de jeunes gens ayant approximativement l'âge de la jeune fille vinrent et pénétrèrent dans la parcelle de terrain pour saluer les chevaux et prendre du bon temps. Ils semblaient amis. La jeune fille n'était pas parmi eux et ne les rejoint que plus tard. Un à un, ils exprimèrent tous, alors, leur tristesse suite à la disparition de la propriétaire des lieux. Un à un, ils caressèrent les quadrupèdes. Un à un, ensuite, ils partirent, laissant de nouveau la jeune fille seule. Elle arriva et repartit plus tard, et semblait tout à fait consciente de son décalage. Côtoyant seulement la parcelle et les chevaux, elle fit part à sa chère jument blanc-gris de son incapacité à vivre l'instant présent.

« Qarat… comme tu as de la chance ! Même si tu meurs, tu ne laisses personne derrière toi. Quand tu mourras, je t'aurai oublié depuis longtemps ; nous devrons bientôt te vendre pour subsister. Ainsi, je ne saurai pas que tu seras mort lorsque ton heure sera venue. Tu ne rendras personne triste. Vus ton âge et ton état actuel, aucun acheteur ne pourra se faire d'illusions, et nul n'aura le temps de s'attacher à toi. Comme je t'envie ! Comme j'envie ceux qui t'auront à leurs côtés dans le futur, Qarat ! Regarde, moi je suis triste, et nul ne peut me consoler. Mes amis ne peuvent rien ; mes chevaux sont impuissants ; mon père est dévasté. Les premiers sont venus pour me réconforter. Mais même cela, c'est moi qui ai dû le leur demander. Les seconds paissent, et je ne sais même pas s'ils ont conscience de la mort de Maman. Le troisième, lui, s'est enfermé dans sa chambre et ne semble pas décidé à en sortir. Peut-être ira-t-il acheter des aubergines plus tard dans la journée. C'était le légume préféré de Maman. Mais même cela, c'est moi qui devrai le lui demander. Je n'ai plus la force de tout faire, de tout demander. Je veux m'arrêter, cesser de penser à tout cela, penser à moi et ne plus parler à personne. Je veux me refermer un instant, m'ériger une carapace et vivre en paix, loin de l'agitation du monde environnant. J'aime mes amis, je suis heureuse qu'ils soient venus, j'ai bien ri. Mais je pense qu'il est à présent l'heure pour moi de fermer boutique quelques temps. Je ne suis pas retournée en cours depuis le décès de Maman, et je ne compte pas quitter la maison avant encore quelques jours. Je n'en peux plus, je suis submergé. J'ai souffert, je souffre. Je veux cicatriser la blessure et aller de l'avant en m'appuyant sur moi-même et non sur mes amis. Viviton est d'une gentillesse suprême, mais je ne veux pas en abuser. Darjeeling est d'une prévoyance et d'une présence zélée, mais je ne veux pas qu'elle se surmène par ma faute ; je m'en voudrais trop. Quant à Otto, je ne sais pourquoi il n'est pas venu, mais son absence m'est… réconfortante, je dois l'avouer. »

En prononçant la dernière phrase, un sourire s'inscrit discrètement sur son visage. Puis elle le réprima, et des larmes coulèrent le long de ses joues jusqu'à rejoindre ses lèvres et s'y perdre, ou bien glisser le long de son menton et s'évanouir dans la croupe de Qarat. Elle goûta ses larmes, les trouva trop salées, pesta et tenta d'assécher un fleuve avec une unique feuille de papier absorbant. Contre toute attente, celui-ci tint bon, et petit à petit l'embouchure du Nil se transforma en celle du Colorado, puis, finalement, de l'Okavango. Au bout d'un moment, la jeune fille embrassa le cheval et s'éloigna lentement, les pieds traînant, et rejoint ses amis qui ne firent aucune remarque concernant son retard, contrairement à ce qu'elle espérait si fort.

La parcelle de terrain, elle, était toute bouleversée, et espérait en son for intérieur que tout se passerait bien pour la fille de Marie-Odile, mais aussi pour ses amis et son père. Toute triste, elle songea qu'il était amusant de voir à quel point les chevaux, qui pourtant ne devaient pas tout comprendre, ni du décès de leur maîtresse, ni de la tristesse de leurs visiteurs, étaient d'efficaces catalyseurs des confessions humaines. Et elle avait aimé profiter de sa proximité et de sa discrétion pour écouter les pleureurs et leurs tristesses. Remerciant son créateur pour la chance qui lui avait été donnée, la parcelle de terrain regarda les chevaux paître sans discontinuer, puis le soleil se coucher, et sombra dans un sommeil profond et satisfait. En s'éteignant, elle adressa une pensée à la jeune fille : « Comme dirait Rimi, “Ne te pose pas des questions tristes comme ‘Pourquoi ?’, compris ?” »

 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Sam 22 Aoû - 10:40

Ah ah, comment tu trouves des excuses xD
Bon, lisons ce nouveau chapitre...

Oooooh !
Finalement, tu as donné une voix à cette pauvre cinquième roue du carrosse, et c'est heureux parce que ce chapitre est vraiment super super super intéressant

Déjà, on voit immédiatement l'immense décalage de cette fille avec les autres : a priori, elle est la seule qui n'a pas de surnom, et même si ce chapitre lui est dédié, elle y est complètement absente. Le moment où on attend vraiment une allusion à la narratrice est celui où Cookie fait le listing de ses amis et de leurs réactions... et l'oublie. Elle pense même à Otto qui n'est pas venu, mais oublie complètement Alexandra.
J'adore la forme conte de fée, ça m'a un peu fait penser au "Petit coin de vallée" de Dada au niveau du style, la personnification de la parcelle sans doute, c'est très beau Smile

Puis, alors que j'étais complètement conquise par ce merveilleux chapitre, ô surprise des surprises, j'y trouve mon nom à moi
Je ne me souviens plus quand est-ce que j'ai dit ça, à qui et dans quelles circonstances, mais je trouve que j'ai géré Cool
Merci Isku, ça m'a fait très plaisir que tu me fasses une petite place dans ce roman Wink

Petites questions :

Isku a écrit:
Peut-être est-ce un Philippe incompris

Pour être sûre, c'est une phrase à comprendre étymologiquement, c'est à dire Philippe > qui aime les chevaux ? Si oui, c'est une jolie formulation

Isku a écrit:
Ainsi, je ne saurai pas que tu seras mort

Si on parle de la jument, ne faudrait-il pas préférer "morte" ? Smile

Voilà, Marie-Odile a l'air en plein essor pour mon plus grand bonheur, continue

 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Sam 22 Aoû - 13:02

Merci pour ton commentaire :3
Tu as bien compris Philippe, bien joué ~
Morte, effectivement, pardon x)
Par contre, désolé, mais RimiRimi'est pas toi :S Si j'avais parlé de toi, j'aurais dit Dedarimi ~
En l'occurrence, c'est tiré de l'anime Chaos;Head, parce que je veux que ce soit compréhensible (en théorie) par des gens extérieurs au forum Razz
Merci encore pour ton commentaire, en tout cas

 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Jeu 1 Oct - 12:16

CHAPITRE DOUZIÈME
-
OTTO









Je me souviens du jour où nos surnoms ont été trouvés. Nous étions en sixième, et la pause du midi s'allongeait en raison de l'absence d'occupation. A*****, Alexandra et moi étions rassemblés sur un banc, non loin de notre salle de cours, afin de rester à proximité de notre objectif. A****, qui était partie voir une connaissance à elle – sûrement N*****, son petit ami de l'époque, bien qu'elle refusât de l'avouer –, revint subitement et surgit de derrière un buisson en s'écriant, d'une voix toute emplie de cette fierté condescendante qui fait son charme :


    « J'en ai marre de vos prénoms, alors j'ai eu une idée ! Vous êtes maintenant Otto et Viviton !— Et moi ? Demanda, de sa petite voix faible et chevrotante, Alexandra.— Alexandra… non, ton prénom je l'aime, alors je ne veux pas qu'il change, affirma Cookie avec un large sourire affectueux.— Et toi, A**** ? Si nous avons des surnoms, pourquoi pas toi ? Hésita le tout jeune Viviton. »


En effet, bien que le consensus ait été fait autour de la personne d'Alexandra, qui disposait d'un beau prénom et qui n'aurait de toute façon sûrement pas survécu à l'idée de perdre son identité de la sorte, Viviton voyait mal être séparé de Cookie de la sorte ; déjà à l'époque, il l'aimait.


    « Moi ? Je ne sais pas ! C'est à vous de choisir mon nouveau nom. Franchement, si je choisissais mon nom, ce serait pas drôle, vous trouvez pas ? » Elle emploie encore ce ton si particulier, si candide et si enfantin qui avait fondé tout un pan de son charme.


Après un vif hochement de tête, Viviton tourna la tête vers moi. Ce souvenir est encore clair dans mon esprit, et c'est bien l'un des seuls à bénéficier de cet état ; autour de lui, les autres souvenirs sont flous et bien souvent incomplets ou déformés par le temps. Dans les yeux de Viviton brillait une lueur d'assurance que je n'avais jamais vue auparavant. Viviton a toujours été le plus actif – après Cookie, c'est entendu – de la bande, mais il n'était pas toujours sûr de lui, et finalement il ne faisait que suivre notre leader autoproclamé mais plébiscite. Et là, dans ces yeux marron clair qui étaient d'habitude si mornes, un froncement de sourcils avait fait apparaître un petit trésor de génie, une idée que seul Viviton pouvait avoir, un éclair dont il restait à extraire l'énergie. D'un signe de tête, je lui fis comprendre que je serais d'accord avec lui et l'enjoignis à faire sa proposition.


    « Tu seras Cookie. »


Elle le regarda avec un air un peu ébahi, un peu perplexe, mais également un peu heureux. Avec ce sourire inégal aux dents blanc cassé lui montant jusqu'aux oreilles, elle répondit :


    « Cookie, toujours prêt ! »


Et nous rîmes.

En repensant à ces souvenirs presque antiques, je ne peux aujourd'hui retenir un sourire. Qu'ils aient été bons ou mauvais, ces instants ont forgé non seulement la personne que je suis, que ce soit en bien ou en mal, mais ils ont aussi sensiblement modifié notre environnement à tous et, par là, le monde lui-même. Pour aider ces instants à me transformer et accélérer mon changement, j'ai reçu la compagnie d'Otto. Parfois désagréable, elle reste indéniable et rassurante dans certains moments. Bien des actes honteux ont été redressés par mon geôlier. Je me souviens, notamment, que lorsque j'étais plus jeune, j'étais peu avisé des relations sociales à adopter. Dans une période que je suppose de transition entre son prédécesseur et Otto, j'avais pour habitude de saluer mes camarades en arrivant, le matin, dans la cour du collège. N'ayant aucune retenue, j'avais pour coutume d'annoncer ma présence d'un « Salut, les connards ! » tout à fait disgracieux et, par ailleurs, irrespectueux au possible. En y repensant, je ne peux empêcher mes joues de s'empourprer. Je ne peux comprendre, malgré que les années aient passé, la raison pour laquelle je n'ai pas, alors, été ostracisé. Dans une société traditionnelle bien gérée, n'importe qui manquant à ce point de respect envers ses camarades – ses aînés, qui plus est – ne ferait pas long feu ; bien vite, tel un serpent qui se débarrasse de son ancienne peau par la mue, les sociétaires auraient mis en place un ban plus que symbolique. Pourtant, nul n'a remis en question ma présence au sein de cette naissante bande d'amis. Certes, je doute qu'à cet âge quiconque aurait connaissance des techniques traditionnelles d'ostracisme ; mais c'est une réaction naturelle, un réflexe de survie, une règle de l'évolution. Les faibles et les pisse-froids n'ont pas le droit d'avoir la même civilisation que leurs confrères sociaux. Et finalement, je pense que même si rien n'a été décidé ou prononcé officiellement, j'ai discrètement subi les effets d'un exil. Bien sûr, en apparence, rien ne changeait, et mes camarades répondaient en chœur « Salut, enculé ! ». Nos relations quotidiennes n'en étaient pas réellement affectées. Néanmoins, après une certaine quantité de temps passé, Otto ayant fait son apparition, je changeai et m'adaptai davantage à ces règles qui imposent un respect à montrer ostensiblement aux autres. N'est-ce pas là l'objectif de l'ostracisme, après tout ? Même s'ils ne m'ont jamais rien dit, je suis sûr que les autres ont remarqué, un matin, que je n'étais pas aussi grossier qu'à l'accoutumée.

Toutefois, l'intervention d'Otto n'a pas toujours été salvatrice, et certaines infamies ont été longtemps conservées. Peut-être Otto a-t-il lui aussi besoin de certaines choses allant plus que loin que la reconnaissance des autres et mon bien personnel. Parmi ces « connards » qui ont largement occupé ma vie de collégien, l'un, S*******, était d'une gentillesse sans pareil. Une grande qualité, qui fut également pour lui une erreur pour le moins funeste. Ledit camarade, avec ses yeux un brin bovins et son air campagnard, semblait une victime parfaite pour Otto et ses volontés d'assujettissement d'autrui. Au début, la chose était raisonnable : Otto le faisait se déplacer à un endroit, prétextant une idiotie quelconque, et il se mouvait, revenant peu de temps après, les bras ballants, déçu non pas d'avoir bougé en vain, mais bien davantage de ne pas avoir trouvé ce que cherchait Otto, empli qu'il était de cette simplicité d'esprit qui le caractérisait et confirmait à son insu les clichés que l'on entend çà et là à propos de ces agriculteurs qui ne seraient pas capables de penser de manière entière. Invariablement, il s'excusait, et allait chercher la balle lorsque cela lui était de nouveau demandé. Depuis les tréfonds du beau donjon enchanté où j'étais, je ne pouvais m'empêcher d'être attristé par cette situation, de chercher à comprendre pourquoi il se laissait ainsi faire, avant de conclure qu'il était sûrement trop seul psychologiquement parlant pour être complètement conscient de ce qu'il acceptait de faire, de ce qu'il subissait réellement. Otto se sentait comme un petit chef, ayant sous ses ordres un être humain comparable dans ses réactions à un esclave volontaire : s'il était possible de tout faire, il pouvait également, de temps en temps, lorsque la conjoncture astrale était bonne, sûrement, refuser certaines choses qu'il considérait comme trop dégradantes pour le peu de gentillesse qu'il recevait en échange. Bien rapidement, évidemment, Otto comprit la marche à suivre, et bientôt plus rien chez son jouet ne lui résistait. Avec du recul, je me dis qu'il aurait pu être plus cruel et exiger des choses bien moins amusantes que ce qu'il extirpa de la bonne volonté et du désir de s'intégrer de son compagnon, qui d'ailleurs bien souvent était à quatre pattes.

Un jour, S******* se rebella ; la gestion de la crise fut tout à fait divertissante, et dans ma période de confiance je n'avais absolument aucune peur quant aux conséquences que pourrait avoir Otto sur mon enveloppe physique et sur ce capital de réputation, si faible mais tant chéri par mes soins, qu'Otto décidait de temps en temps de glisser sous les yeux du croupier avec un sourire tantôt mesquin, tantôt trop vif pour être compris. Le ciel était dégagé, et mes yeux étaient donc plus clairs, plus vifs, moins embrumés que la veille, où une tempête avait fait rage sans aucune espèce de pitié. Le camarade s'inclut au petit cercle qui s'était formé entre Viviton, Cookie, Alexandra et moi, puisque Darjeeling n'était pas encore entrée dans nos vies. De son air un peu triste, il discuta un moment dans l'oreille de Cookie, avant de s'avancer vers Otto et de le prendre à parti.


    « Otto… il faut que je te dise quelque chose d'important », commença-t-il avec un soupçon de tristesse dans sa voix. La chaleur du jour indiquait avec douceur la proximité des vacances estivales attendues par tous les élèves. Mais, dans ses yeux, le fils de vigneron portait de manière ostentatoire une certaine pointe d'anxiété. « Comment dire… je vais aller à l'hôpital, cet été. Tu sais, mon asthme, tout ça. Je dois faire une opération, et j'ai une chance sur deux d'y rester. »


Qu'attendait-il comme réaction ? Souhaitait-il vérifier la sincérité de l'attachement d'Otto à ce bout d'homme qui tressautait lorsqu'il parlait et liait les mots de manière horripilante ? Mon apparence extérieure, elle, semblait hésiter entre un désintérêt fondamental et un pincement au cœur causée par la chance non négligeable qu'il perde un serviteur de premier ordre. Otto hocha de la tête, montrant, de son point de vue, son assentiment à ce qu'il subisse l'opération, et du point de vue de n'importe qui d'autre sa simple bonne compréhension de la présente situation. Pour sûr, il avait compris les tenants et aboutissants de l'annonce de son interlocuteur ; mais il restait à éclaircir le fait que personne n'en semble attristé. À quelques pas de là, les trois autres conversaient gaiement, ne semblant pas le moins du monde affectés. Qu'avait bien pu dire l'asthmatique riverain de Joachim à Cookie ? Otto avait tenté de bien regarder leurs expressions faciales respectives, mais aucun des deux n'avait émis de signe montrant une mauvaise blague, rien qui apporte un quelconque indice quant à la situation. Peut-être l'informa-t-il d'un sujet tout à fait différent ; en ce cas pourquoi ne l'avait-il pas fait à un moment différent ? Et pourquoi avait-il tenu à informer son maître en privé, alors que les autres étaient tout autant légitimes à l'accès à la connaissance présente ? Peut-être les avait-il contactés auparavant, laissant celui qui l'intégrait le plus dans l'ignorance plus longtemps que nécessaire ; Otto se trouvait soudainement submergé de questions et devait donc soutenir le regard interrogateur de S******** tout en analysant lentement les informations dont il disposait pour ne risquer d'oublier quelque chose et de s'inscrire à la va-vite dans un cercle qu'il n'était pas préférable de rejoindre. Finalement, après quelques minutes de réflexion, il articula quelques mots souhaitant bon courage à un interlocuteur qui ne semblait pas, remarqua-t-il par la suite, si triste que cela, alors que la moitié potentielle de sa vie était d'ores et déjà engloutie par la faucheuse. Mais, en bon tacticien, Otto refusa de modifier sa position pour le moment ; il était sans doute trop tôt pour montrer qu'il s'en contrefichait. Le stratège oriental préconisait de n'abattre ses cartes que lorsque l'ennemi était entièrement sous son emprise, et Otto comptait bien ne pas déroger à ce principe. Ainsi, il ne répondit nullement, faisant seulement transparaître dans ses yeux une lueur de tristesse vaguement teintée de pitié et de dédain. Lentement, il ouvrit la bouche et répondit.


    « Tu m'en vois désolé. Assure-toi de revenir, alors. Ce serait triste si tu y restais. »


La réponse d'Otto ne correspondait pas du tout à ce qu'il souhaitait. Je le savais, il s'en voulait intérieurement, et tentait d'identifier, tel le commandant d'un navire de combat, d'où pouvait bien provenir la fuite qui l'avait empêché de mener son projet à bien. L'espace d'une seconde, S******** sourit doucement. « Cette fois, il est plutôt bon acteur », pensai-je. Il regarda un instant le ciel, puis tourna la tête pour voir Cookie et les autres en train de rire, insouciants de ce qu'il se passait de l'autre côté du peuplier. L'asthmatique reprit la parole, mais cette fois ses yeux étaient fixés vers une clôture, loin derrière Otto.


    « Et... en quelque sorte, je déménage juste après l'opération. En Haute-Savoie.— Pas de souci, on communiquera par Internet », répliquâmes, en chœur et du fond de son homonyme, Otto et moi.— Tu sais, en Haute-Savoie, là où je vais, il n'y a vraiment rien. Pas de réseau, internet comme téléphonique.— Qu'à cela ne tienne, nous correspondrons.— La maison n'a pas d'adresse.— Eh bien soit, mais parfois tu reviendras en ville, non ? Tu pourras donc communiquer d'une façon ou d'une autre.— Je ne pense pas. »


La discussion avait très rapidement tourné à une forme de pugilat verbal, où Otto et moi tentions de trouver une solution à l'insoluble problème de notre interlocuteur - un interlocuteur plutôt refermé sur lui-même d'ailleurs. En effet, il évitait le regard, et répondait toujours très vite, parfois de manière confuse, avant de se reprendre. De temps en temps, lorsque ses yeux croisaient les miens, et qu'il entr'apercevait tout ce qu'ils contenaient de reproche, de tristesse, de dégoût mais aussi de joie, de délivrance, de repos, il les détournait bien vite, et reprenait son observation assidue de la grille de métal souple. Otto, lui, était pertinemment conscient de ce qu'il se passait, à présent. Il avait, en quelque sorte et d'un point de vue mécanique, surchauffé. Il avait été trop ambitieux, trop enclin à la réflexion intense, et cela lui avait fait commettre une erreur. Lui-même, en son for intérieur, ne souhaitait pas que S******** parte, même s'il avait tenté de se persuader du contraire. En faiblissant, s'attachant à lui, il avait peut-être modifié totalement l'avenir de toute cette bande d'amis. Je pense aujourd'hui qu'il a, en effet, changé beaucoup de choses. Mais je ne pense pas que ce soit une erreur. J'aurais été triste que S******** s'en aille, disparaisse, meure, et j'en aurais sûrement voulu à Otto ; peut-être ai-je influé sur la déclaration de mon apparence extérieure. En y repensant, cela me rend heureux.

Toujours est-il qu'Otto, pendant tout ce temps, n'était pas non plus devenu aveugle et dénué de tout sens. S'il n'avait pu totalement contrôler, ayant été, de dos, submergé par une vague plus haute que prévu qui surpassa la digue, ses réactions, il restait persuadé de lire dans le jeu de son adversaire. La situation était trop peu soluble pour qu'Otto s'avoue vaincu et se contente des réponses vagues et précipitées de S********. Il savait qu'il existait, même en France, des lieux hors de tout réseau mobile, et une ligne téléphonique n'était pas obligatoire selon certaines restrictions ; mais chaque parcelle de terrain était dénommée et prise en compte par l'État. Impossible, donc, qu'il n'ait pas d'adresse postale. Tout cela paraissait fortement suspicieux aux yeux d'Otto, mais il était sûrement préférable qu'il n'en fasse pas état pour le moment. De mon côté, je ne pouvais m'empêcher de penser que peut-être il ne disait que la pure et stricte vérité , et je m'en voulais de douter de lui. Si Otto le méprisait et le traitait comme un animal de compagnie, je m'étais pour ma part attaché à lui, ainsi je l'appréciais comme j'apprécie foncièrement l'entièreté des êtres vivants. Cet gentillesse qui s'approchait davantage de la candeur, cette motivation à l'épreuve de tous les quolibets... en quelque sorte, j'admirais la volonté mentale de S********, qui semblait réellement être à toute épreuve. En y réfléchissant, aujourd'hui, son histoire incongrue et entièrement inventée était peut-être un cri du cœur un peu trop subtil faisant office de demande d'émancipation.

À l'époque, Otto m'avait alors révélé, à moi seul, sa véritable nature. Il avait perdu, envers S********, toute forme d'amitié et de gentillesse, et utilisait seulement le plus possible de ses capacités pour servir ses propres intérêts et ne rendre heureux que lui-même. Sûrement faisait-il cela pour se rassurer, comme on utiliserait une salle de violence. Toutefois, sa réaction était peut-être un peu trop supérieure à ce qui était nécessaire. Sûrement cette surréaction était-elle le signe d'un grand mécontentement intérieur, d'une fureur, d'une haine, d'une rage, qu'il ne parvenait pas à exprimer. Le lendemain de la discussion, nous ne vînmes pas à l'école, prétextant un quelconque malaise. Le surlendemain, S******** fut renvoyé par l'administration, et ce à titre définitif. Otto avait réussi à convaincre l'administration, prétendues preuves à l'appui, qu'il était un mauvais élément, qu'il trichait en cours, qu'il était vindicatif et violent envers ses camarades. Sitôt le lui demandait-on, Otto faisait savoir autant que possible qu'il n'avait rien à voir avec cela. Jamais il n'aurait pu faire accuser un autre élève ; son ami, qui plus est ! Mais, tous les soirs pendant quelques semaines, Otto se ressassait, silencieusement, sous mon regard ébahi, combien il avait été intelligent et judicieux d'agir ainsi, comme pour se persuader qu'il avait fait le bon choix, alors qu'il ruina la vie d'un candide enfant qui voulait vivre heureux.

Elle emploi => emploie
une lueur d'assurance que je n'avais jamais vu => vue
dans certains moment => moments
n'en étaient pas réellement affectée => affectées
pointre => pointe

 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Dim 11 Oct - 20:37

J'ai bien aimé le passage sur les surnoms (ça ne s'est pas vraiment passé comme ça quand j'ai décrété que Dys serait un Cookie mais bon xD) Mais Otto commence à me faire un peu peur, c'est peut-être ça que tu essayes de faire passer mais je sais pas, il me met mal à l'aise. Et je pense que si c'est fait exprès, c'est vraiment bien joué /o/
Sinon, j'aime beaucoup mais vraiment beaucoup le chapitre d'Alexandra, j'aime cette façon de raconter comme si c'était une histoire qui donne l'impression que ça aurait pu se passer il y a fort fort longtemps comme la semaine dernière et j'aime beaucoup le passage sur les aubergines (je sais même pas pourquoi, juste que c'est anodin comme ça mais ça semble vraiment important).
Wala, je sais, c'était nul, mais je veux juste te dire que j'adore, que je continue à lire avec plaisir. Et que surtout, je veux la suite Very Happy
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Mar 13 Oct - 18:58

J'ai été envoûtée par cette petite histoire dans la grande histoire. C'est vraiment très émouvant, je ne sais pas pourquoi, j'ai senti que beaucoup d'enjeux avaient été déterminés à partir de là et ne pas avoir la réponse, c'est encore mieux. Vraiment, cette petite histoire aurait pu faire l'objet d'une courte nouvelle et je l'ai trouvée passionnante, bien que cruelle.

Défauts que je souligne :
"perdre son identité de la sorte, Viviton voyait mal être séparé de Cookie de la sorte" => répétition "de la sorte"
"malgré que les années aient passé" => Je sais que de grands auteurs, dont François Mauriac par exemple, utilisent "malgré que", mais j'ai personnellement du mal ^^
"Tout cela paraissait fortement suspicieux" => Pour moi suspicieux veut dire soupçonneux et Larousse est d'accord là-dessus. Suspect ?

En tout cas je suis contente d'avoir enfin pu te lire, continue ~

 
Iskupitel

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Ven 8 Jan - 0:50

CHAPITRE TREIZIÈME
-
DARJEELING










Otto, Otto et toujours Otto, cet Otto vil et malsain qui n'a que de mauvaises idées derrière la tête et qui marche sur celles-ci lorsqu'il s'agit d'avoir une réflexion théorique un tant soit peu cohérente. Nom d'un chien, n'y en a-t-il donc que pour lui ? J'ai bâti ma vie avec Cookie ; je n'ai jamais imaginé en être un jour séparée. Et pourtant, les années allant, et ce malgré cette fastidieuse période de collège où j'en fus éloignée, jamais je ne me suis sentie aussi étrangère à ses yeux. Le matin, j'arrive relativement tôt au lycée ; tel est le résultat de la gestion chaotique des transports scolaires par ici. Cookie, elle, arrive juste avant la première cloche. Ainsi dois-je attendre, me languir, et partager quelques mots et quelques rires de circonstance avec les sous-fifres. Otto ne prend pas même la peine de venir en avance afin de discuter, préférant arriver légèrement en retard pour que l'attention de la classe et des enseignants reste fixée sur lui. Quand je pense qu'il m'est arrivé, une unique fois, de manquer mon bus et, donc, d'arriver en retard en cours... j'en ai eu honte toute la journée, et seul mon entraînement du soir a pu, finalement, m'apaiser. Au vu de la situation à présent exposée, tout devient clair : je fais des efforts pour parler à d'autres gens, alors qu'Otto continue à se sentir supérieur, à embrasser son ego et à attirer - voire attiser - l'attention des foules. Selon ce visa simple et indiscutable, Otto vaut moins que moi. Attention, je ne dis pas qu'il ne vaut rien : il est certaines situations où la présence et l'action d'Otto sont utiles à tous en plus de lui être bénéfiques, et même certaines où elles sont plus bénéfiques au groupe qu'à lui, ce dont il est conscient et dont il se satisfait miséricordieusement. Que la foudre me frappe si je m'abuse ! Otto n'est rien de plus qu'un enfant gâté qui va, trépidant, sur un chemin de la vie qu'il bafoue continuellement. Pour preuve soient prises ses paroles injurieuses et inhumaines, prononcées lors d'une discussion de plus en plus lointaine :

« On peut rire de tout, tant qu'il y a de quoi rire », disais-je pour calmer les envolées faussement lyriques de mon interlocuteur dégénéré. « Tu ne peux humainement rire des Juifs : ils ont été persécutés. »
« Persécutés ? La bonne affaire ! Persécutés ou non, ils sont encore là, et ont donc le droit d'être traités comme tout le monde, » ajouta-t-il, d'abord dédaigneux puis pris d'un rire sardonique dont je frissonne encore.
« Allons, Otto, comment peux-tu dire des choses pareilles ? Vas-turire d'un orphelin handicapé ? » poursuivis-je, cherchant une once d'humanité chez cet être bestial et barbare.
« S'il me fait rire, pour sûr. »

Comment Otto peut-il accumuler un tel nombre de défauts et, dans le même temps, être tant aimé ? Comment se fait-il que Cookie préfère sa présence à la mienne ? Qu'ai-je donc fait pour mériter ça ?

Et pourtant, parfois j'ai l'impression qu'il est différent. Parfois, avant que j'entre dans son champ de vision, il est agréable, je dois le reconnaître. Enfin… j'entends par là qu'il peut potentiellement être agréable avec les gens et ne pas toujours être un décérébré débilisant. Peut-être change-t-il en fonction des gens qu'il a devant lui. Mais peut-être se construit-il une seconde personnalité et que je suis la seule à la voir, pour je ne sais quelle raison. Peut-être parce que je suis convaincue du fait qu'il est néfaste tant par son existence que par son influence, pour Cookie. Il restera apathique à mes yeux.

Maintenant que j'y pense, il n'est pas le seul à être dans ce cas. Viviton non plus n'est pas très sympathique, finalement. Tout d'abord, il a tenté de draguer Cookie au collège, d'après ce qu'on m'a dit. Heureusement, Cookie a compris son stratagème et a coupé les ponts quelques temps, ce qui fut assurément une très bonne décision de sa part, comme elle en a toujours. Ensuite, il est le meilleur ami d'Otto, ce qui confirme que les deux sont étranges et peu fréquentables. Enfin, et c'est là le pire, il est persuadé qu'il est celui qui a donné son surnom à Cookie. J'aimerais, juste pour cela, qu'il lise ces quelques lignes. Non, A*****, tu n'as pas inventé Cookie. C'est moi qui l'ai fait. C'est moi qui l'ai trouvée à manger des cookies de manière totalement ridicule, et c'est moi qui l'ai nommée ainsi. C'est pour me faire plaisir et pour me remercier de mon éclair de génie qu'elle a accepté ce surnom et qu'elle l'a aimé. Je suis celle qui la connais le mieux, et suis donc la seule légitime pour lui donner des surnoms. Je l'appelais déjà Cookie à l'école primaire, il n'est pas juste que des jeunes gens sans imagination s'accaparent ma création. Toutefois, je ne sais pas vraiment comment ils en sont arrivés à la surnommer ainsi. Je devrais appeler Cookie.

« C'est bien Viviton qui m'a surnommée Cookie. C'était plutôt amusant, je dois dire. Tu sais, parfois il est drôle, et ce jour-là il l'était. Otto aussi était dans un bon jour. Alexandra était silencieuse, il me semble. Oui, cela ne m'étonnerait pas. (Elle rit un peu, légèrement, puis reprit :) Tu sais Dada, je sais bien que ce surnom te tient à cœur, et je sais bien que tu es la première à m'avoir appelée ainsi. D'ailleurs je ne me souviens pas vraiment qu'on m'ait jamais appelée autrement. De manière persistante, en tous cas. On me donne quelques surnoms çà et là, mais ce n'est jamais rien de très important, et ils ne durent jamais plus de quelques jours. Mais la coïncidence était amusante, alors j'ai décidé de ne pas leur dire que tu avais déjà eu l'idée. Je ne leur ai jamais parlé de tout ce que j'ai vécu avec toi avant le collège. Du moins pas exhaustivement et pas à tous, je dirais. Je ne pense pas qu'ils aient forcément besoin d'en savoir beaucoup. Je ne parle pas en permanence de ce que j'ai vécu par le passé, et ce surnom, si je le portais avec affection en mon for intérieur, je ne pouvais te l'attribuer ouvertement. C'est comme ça que Viviton en est venu à croire qu'il en était le père originel. Mais, tu sais, quand tu m'appelles Cookie ce n'est pas la même chose que quand Viviton m'appelle Cookie. Vous êtes différents, et j'ai vécu des choses différentes avec vous, donc ce mot... ce mot n'est pas qu'un mot, c'est toute une signification, et en ce sens le Cookie des autres n'est pas le tien. Ce surnom représente énormément pour moi, et je n'exagère pas. Tu me l'as donné, Viviton aussi, et d'autres ont également apporté leur grain de sel pour bâtir cette montagne. Mais tout ça ce sont des choses que j'aime garder pour moi-même, souvent. D'ailleurs je ne sais toujours pas pourquoi on a gardé ces surnoms aussi longtemps ! (De nouveau j'entendis son rire doux dans le combiné, qui dura un peu plus longtemps cette fois, peut-être qu'elle cherchait à formuler sa phrase et gagnait du temps.) Ce jour-là est un peu brumeux dans ma tête, c'est déjà si loin... Mais je me souviens que j'ai décrété des surnoms sans rien prendre en compte, que j'ai cherché les explications après avoir le résultat, et que la pauvre Alexandra a été mise à l'écart. Sur le coup, je me suis dit que son prénom n'avait pas besoin d'être changé parce qu'il était beau comme il était, mais je crois que j'ai été un peu maladroite en agissant ainsi. La pauvre, j'aurais dû lui trouver un surnom et lui montrer qu'elle est comme les autres... Désolée, je m'égare ! Quelle était ta question, déjà ? »
« Je voulais juste savoir comment ça c'était passé quand ils t'avaient donné le surnom que je t'avais déjà attribué. »
« Ah oui, c'est vrai. Eh bien c'est simple, et je l'ai peut-être dit avant, je ne sais plus. En gros, on ne faisait rien, on s'ennuyait un peu, et j'ai décidé de donner un surnom à Otto et Viviton. Sans trop de raison, d'ailleurs. Et comme Otto était mécontent que je sois celle qui donne les surnoms sans qu'ils puissent discuter, il a voulu que j'en ai un aussi. Ou alors c'était juste parce qu'il voulait me donner un surnom en retour, je ne sais pas trop. Enfin bref, il n'avait pas d'idée, et du coup c'est Viviton qui a eu une illumination. Voilà voilà, c'est comme ça que ça s'est fait. Rien de très palpitant, n'est-ce pas. »
« Moui, on peut dire ça. Je te remercie Cookie, bisous. »

Je pense avoir bien retranscrit la discussion que je viens d'avoir. Je ne sais même pas pourquoi j'ai commencé à écrire dans ce cahier, d'ailleurs. Écrire sur un cahier, ça fait tellement scolaire que je n'arrive pas à être moi-même parfois. C'est peut-être aussi le cas des autres. Je me demande si Cookie était en train d'écrire, elle aussi. Je crois bien avoir entendu qu'elle posait un stylo et refermait un cahier, au début de l'appel. En tous cas, je fais de mon mieux, et j'espère que cela m'aidera vraiment à penser à autre chose et à tourner la page. Je suis un peu triste que ce soit Otto qui ait eu cette idée, d'ailleurs. Ce n'est pas à lui d'avoir des idées, c'est à Cookie. C'est elle la première concernée. Il n'est même pas venu à l'enterrement, c'est honteux. Quoi qu'il en soit, si Cookie a dit vrai au téléphone, alors ce n'est qu'une coïncidence et je ne peux en vouloir à Viviton. Je sais au fond de moi que c'est vrai, que Cookie m'a dit la vérité et que ce n'est que le fruit d'un amusant hasard. Et pourtant, je ne veux pas y croire, peut-être parce que cela me donne l'impression d'être comme eux, d'avoir eu la même idée, et ce bien que cela se soit fait plusieurs années auparavant. Nikola Tesla a découvert bien plus de choses en termes d'électricité que Thomas Edison. C'est pourtant Edison que l'on a retenu jusqu'ici et que l'on continuera à retenir dans les livres officiels, même si certains savent que le croate ne devrait pas être oublié. Je ne veux pas que ce soit la même chose ici. Même si c'est une coïncidence, et qu'elle est effectivement plutôt étonnante et amusante, je ne peux me résoudre à l'idée que je devrais être reconnue pour mon propre éclair de génie. Et, finalement, mon surnom a plus de sens que le sien, j'en suis sûre. Ah, j'aurais dû demander cela à Cookie. J'aurais dû lui demander si elle savait pourquoi Viviton l'a surnommée ainsi.

Aujourd'hui, j'ai demandé à Viviton. Il ne sait pas. Pathétique ingrat.
qui marche sur celle-ci => celles-ci (les idées ?)
j'en suis sûr => sûre

 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Ven 8 Jan - 20:38

NOUVEAU CHAPITRE DE MARIE-ODILE = LA VIE C'EST COOL

Je sais pas par où commencer parce-que de un, il est super cool, de deux y'a Dada à un moment et ça m'a perturbée et de trois, on en sait enfin un peu plus sur le fait que le surnom de Cookie ait deux origines différentes

Je l'ai trouvé particulièrement touchant venant de Darjeeling (peut-être un peu creepy parce-qu'elle est quand même sacrément possessive, mais elle l'est depuis le début, alors on s'y fait). Je suis d'ailleurs contente de voir que tu ne l'as pas abandonnée, je trouve qu'elle apporte beaucoup par rapport à Otto. Et elle a quelque chose de spécial, pas aussi fascinante qu'Otto mais quand même, un truc pas commun, elle m'intrigue.
Le passage sur Otto, fidèle à la description que tu nous donnes depuis le début, un type bien chelou et torturé mais super intéressant. D'ailleurs sans ça, lui et tout Marie-Odile n'auraient pas le même charme
L'explication de la coïncidence ajoute à l'ambiance étrange qui plane sur tous les personnages : c'est pas clair et pourtant, on est obligé de se dire que c'est parce-que quelque part, il est impossible que Cookie ait un autre nom que Cookie. Il est taillé pour elle. Ça rapproche Otto et Darjeeling et ça enrichit leur relation, qu'elle soit haineuse ou affectueuse.

La conversation téléphonique entre Cookie et Darjeeling est géniale, Cookie parle de choses profondes si légèrement que c'est perturbant, quand on sait la valeur qu'elle a aux yeux de Darjeeling. Ça prouve aussi qu'elle apprécie réellement Darjeeling et c'est cool de voir ce qu'elle ressent de son côté. Ça allège un peu la description d'Otto qui est assez lourde au niveau psychologique, surtout le passage sur l'humour. On dirait que Cookie cache quelque chose, qu'elle a peur de faire des préférences, qu'elle a même peur de toute cette admiration qu'elle reçoit. J'aime

Et la fin, bah, je sais pas comment l'exprimer. C'est la fin qu'il faut, ça tombe au bon moment, c'est la bonne longueur, c'est nickel. Je t'avoue que c'est une réaction à chaud, il faut encore que j'y réfléchisse, mais j'étais tellement contente qu'il fallait que je t'exprime tout ce à quoi j'ai pensé en te lisant. C'était super
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   Sam 9 Jan - 15:46

Moi j'adore la dévotion quasi religieuse de Darjeeling pour Cookie, c'est effrayant et ça prête à sourire en même temps, le tout mettant bien mal à l'aise comme il faut Smile
Oui, parce que franchement, on dirait que Darjeeling est prête à tuer quelqu'un juste parce qu'il a trouvé par hasard le même surnom qu'elle à une de ses amies (¡ Qué pena para tí, chica !). Du coup on la trouverait bien ridicule, mais elle est flippante, vraiment flippante, encore plus flippante qu'Otto.

Bref, j'ai beaucoup aimé ce chapitre, j'ai hâte de voir ce qu'il donnera une fois massacré par le format TPCF

 
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MessageSujet: Re: Marie-Odile [P/S]   

 
 

Marie-Odile [P/S]

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