Zéphyr Embrasé
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 En terrain neutre
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Eilift

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MessageSujet: En terrain neutre    Dim 6 Mar - 21:44

Citation :
La plage. C’était reposant, la plage. Quand Angelo en avait marre de se balader dans la rue, il venait sur la plage. Même si c’était plutôt loin de chez lui. Ouais, c’était à l’autre bout de la ville. Mais, quand il avait du temps à perdre, c’était bien.

Surtout qu’en hiver, il n’y avait personne sur la plage. La plage de Newfire était bondée l’été et au début du printemps. Mais en hiver, qui viendrait sur la plage au risque de se faire mouiller les pieds et d’avoir du sable dans ses bottes ? Eh bien, Angelo. Angelo aimait bien la plage et se fichait totalement d’avoir du sable dans ses chaussures. Et puis franchement, qui ça tuait d’avoir du sable dans les chaussures ? Certes, c’était peu agréable mais, pour lui, comparé au fait de se balader sur la plage, c’était peanuts.

Angelo se baladait donc depuis un bon quart d’heure sur cette plage. Il avait enlevé un de ses écouteurs pour pouvoir entendre le bruit des vagues et celui de sa musique en même temps et son skate se balançait dans ses mains. Un de ses skates. Puisque son favori lui avait été racketté, il avait dû faire un choix dans les autres qui étaient moins bien et surtout pas décorés. Du coup, au lieu de rouler sur un skate rouge et blanc avec une magnifique salamandre dessous (les couleurs de son club et équipe), il devait rouler sur un skate entièrement blanc et pas encore décoré. Et il n’avait pas le temps pour le faire !  

Quelle merde de se faire voler son skate favori. En plus, quand il était arrivé à l'entraînement avec ce skate simplement blanc, ça avait pratiquement déclenché un cataclysme dans l’équipe. “Mais ! Angelo, tu vas pas quitter l’équipe quand même ?”, “Mais alors, tu l’as cassé ? Malheur sur l’équipe pour des décennies”, “Aaah, on va perdre tous nos matchs de la saison !” et il en passait. Il s’était cru dans un drama pendant une vingtaine de minutes. Et pour que ça s’arrête, il avait dû promettre de faire une bannière pour l’équipe et de la terminer avant le début de la saison. Et donc, je n’ai pas pu décorer ce skate comme j’ai perdu du temps sur cette bannière. Connerie. Mais au moins, on a une bannière classe.

Et en s’asseyant dans le sable, en face du lac, il maudit quand même cette fille qui lui avait pris son skate. Tant d’heures passées à dessiner des logos, se demander quelle couleur pour ensuite en changer et puis, à peindre, à poncer, à vernir et à changer les roues pour qu’elles soient rouges et blanches pour finalement devoir tout recommencer. En plus, il ne voulait pas refaire le même parce que refaire le même, c’était d’un ennui. Donc il devait tout repenser. Peut-être faire une autre salamandre ? Et…

C’était dans ce cas là qu’il voyait au combien son hyperactivité était présente chez lui. Même quand il réfléchissait, c’était dire. Et puis merde, il ne pouvait même plus observer les vagues calmement sans penser à rien ? Au loin, il y avait les oiseaux qui semblaient rester sur White Island. Et puis il enfonça ses mains dans son blouson en laissant son skate sur le côté et enfonça son nez dans son écharpe. Elle était douce, son écharpe. Jaune moutarde, avec de grosses mailles. Il l’avait piquée sur le porte manteau de la chambre de son frère mais en même temps, il n’avait jamais vu Enio la porter. Sûrement un truc que leur mère lui avait acheté mais qu’il ne portait pas. Et en plus, Enio faisait la même chose avec ses fringues ! Alors il n’avait aucun remord. Et puis il aimait les écharpes alors qu’Enio n’en portait pas.

Stop.

Regarder les vagues. Juste regarder les vagues. Vider son esprit. Pas de problèmes, pas de prises de tête, juste les vagues, les nuages et le sable. Et le vent. Il n’y a rien d’autre.


Ah, et ce bruit à sa droite, c’était quoi ?

moins biens => bien (ici c'est un adverbe donc il est invariable)


Dernière édition par Eilift le Sam 23 Avr - 20:15, édité 1 fois
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Sam 12 Mar - 18:51

Citation :
Quand Juieta se sentait coupable, la plage était le meilleur endroit pour ruminer tous ses scrupules, après quoi elle repartait la tête pleine de nouveaux supplices et de nouveaux plans pour instrumentaliser toujours plus d'individus. En hiver il n'y avait personne, et c'était tant mieux parce que Julieta n'aurait pas supporté qu'on puisse la voir dans ces moments-là. Elle se souvenait d'avoir presque pleuré une fois.
Presque. L'honneur est sauf. L'honneur était tout sauf sauf. C'était commode de dire « J'ai perdu la foi en traversant le Río Grande », c'était un peu moins facile de croire qu'il n'y aurait personne pour la punir de tous ses crimes.
Comme ce skate, là. Je l'ai pris, je ne m'en sers même pas. Je n'ai jamais su comment on faisait. Mais je suis contente de l'avoir. J'aurais pu ne pas le prendre, il serait plus utile à son légitime propriétaire qu'à moi. Et cependant, je suis contente de l'avoir.
A force de tout intérioriser, Julieta avait presque perdu l'habitude de chercher les raisons qui la poussaient à agir. Elle faisait les choses, elle réfléchissait plus tard si elle avait le temps, et elle en avait peu. Il y avait des ordres à donner, de la drogue à dealer, un visage imperturbable à montrer.
Ce n'était pas grave. Julieta n'avait aucune envie de repenser à tout ce qu'elle avait fait et de découvrir avec stupeur qu'elle n'avait aucune raison de l'avoir fait.
Je crois qu'il faut que je retourne au Mexique. C'est la merde là-bas, il y a rien. Mais au moins je savais ce que je foutais là, joder. Je pourrais peut-être me dénoncer moi-même à la police. Les parents ne voudront jamais retourner là-bas, mais je saurais me débrouiller. Ce n'est pas comme si je leur devais quoi que ce soit ici.
Encore une fois, cette idée n'était pas celle qui lui convenait. Ses parents l'avaient quand même traînée ici alors qu'ils auraient pu l'abandonner de l'autre côté. Et puis ils travaillaient, ce n'était pas leur faute. Peut-être que si elle rentrait plus souvent chez elle elle découvrirait qu'il y avait toujours un couvert pour elle le soir, à attendre désespérément sa venue.
Est-ce qu'on peut reprocher à ses parents d'avoir eu l'idée de faire un enfant si c'était pour lui offrir un avenir aussi merdique ? Bof, sans doute plus une conjoncture qu'une idée. Mais ils avaient assez bien assumé finalement.
J'en conclus que les abandonner moi me rendrait malade de culpabilité. Je devrais peut-être suivre un peu en cours, il paraît que c'est comme ça qu'on s'en sort. Pourquoi j'ai l'impression qu'il est trop tard, toujours trop tard et que je ne saurai jamais faire de skate ni comprendre pourquoi les yankees sont si fiers de Thoreau et de Whitman ?
Julieta s'aperçut qu'elle ne saurait nommer aucun poète mexicain et cela l'agaça. On ne pourrait pas au moins nous apprendre ça en cours ? Bien-sûr que non, c'est le tiers-monde, ça ne compte pas. Et puis de toute façon, la poésie...
Elle avait vaguement l'écho de quelques vers que quelqu'un lui avait récité, là-bas, il y a longtemps. Elle n'avait jamais su qui en était l'auteur. Elle avait même oublié le récitant. C'était joli pourtant, ça commençait :
Adentro de la piel que me protege (A l'intérieur de la peau qui me protège)
Y de la carne a la que estoy nutriendo, (Et de la chair par laquelle je suis nourrie)
Hay... (Il y a...)
Qu'est-ce qu'il y avait déjà ? Beaucoup de remords sûrement. Julieta avait bien envie de crier un coup. Elle avait à peine eu cette pensée que le cri était déjà expulsé de son ventre. Il venait de là, de ses tripes. Elle n'avait pas pu le retenir. De toute façon personne n'avait pu l'entendre.
Je me souviens maintenant de ce qu'il y a...
Hay una voz interna que me nombra ; (Il y a une voix intérieure qui me nomme ; )
Polvo tenso. (Poudre tendue.)
Soudain, Julieta eut un pressentiment. Elle se retourna et remarqua avec horreur qu'il y avait quelqu'un quelques centaines de mètres plus loin, un garçon apparemment. Il n'avait pas pu ne pas l'entendre crier. ¡ Joder !
Julieta eut envie de s'enfuir en courant. Puis elle réalisa que même de cela elle était incapable. Ses jambes ne la portaient plus, comme si sa chair avait finalement choisi de cesser de la nourrir. Elle attendit debout, sans bouger, les yeux rivés sur la silhouette encore assez lointaine, se demandant si celle-ci allait venir vers elle ou non.

Spoiler:
 



 
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Eilift

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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Sam 12 Mar - 21:25

Citation :
Angelo avait bien entendu, il y avait bien une fille un peu plus loin. Elle semblait comme baladée par le vent. En fait, elle avait l'air de tanguer. Il l'observa quelques minutes alors qu'elle avait les yeux dans le vague et puis retourna la tête vers le lac. Il avait l'impression de la connaître. Enfin, il ne savait pas. Après tout, New Fire était une petite ville et peut être qu'elle était elle aussi à Saint Lorin. Il ne faisait jamais trop attention aux personnes qui n'étaient pas de sa classe ou de son équipe. Les personnes en dehors de sa classe, il ne les voyait pas beaucoup en fait. Il n'allait presque jamais en soirée et ses activités en dehors de l'école se limitaient à : faire du sport, marcher et peindre. Du coup, il connaissait très bien les gens de son équipe, quelques personnes de sa classe et les gens qui faisaient du basket en AS. Les autres, non. Ou de vu. Et puis à une centaine de mètres, il ne voyait de cette personne qu'une silhouette floue. Et le vent qui faisait s'envoler le sable n'arrangeait pas vraiment la chose.

Et  il entendit un cri. Un cri impressionnant. C'était la fille ? C'était elle qui avait crié ? Et vu qu'elle s'était tournée vers lui, il comprit très vite que c'était bien elle et qu'elle n'avait pas dû se rendre compte de sa présence avant ça. Il avait un peu peur pour cette fille. Si elle avait crié, c'était bien pour quelque chose, n'est-ce pas ? Et on ne crie pas pour des choses bonnes habituellement. Donc, il s'inquiétait. Surtout que le cri semblait. Viscéral. Ce n'était pas un simple cri. C'était un hurlement. Un hurlement de quoi ? De colère ? De frustration ? De révolte ? Il ne savait pas, mais ça l'inquiétait.

Ça te ressemble bien de t'inquiéter pour quelqu'un que tu ne connais pas. T'es trop gentil, ça se retournera contre toi un jour. 

Il chassa cette idée de sa tête. On ne pouvait pas être trop gentil. C'était juste qu'il s'inquiétait. C'était normal, non ? Tout le monde s'inquiétait pour ça. Pour des choses comme ça. Il se leva, prit son skate sous son bras et commença à marcher vers elle. Il marchait vite et elle continuait à le regarder. 

Et au fur et à mesure qu'il se rapprochait, la silhouette se précisait. Petite. Brune. elle semblait apeurée. C'était lui qui l'effrayait ? Mais attends, je suis presque sûr de la connaitre. C'est impossible autrement.

Oui. Il était sûr de la connaitre. Mais où je l'ai déjà vue par il Diavolo ?  

Fa schifo.

Non, c'était pas possible. C'était cette fille ? Celle qui avait failli l'envoyer à l'hosto et qui lui avait volé son skate ? Cette fille à qui il devait le fait d'avoir perdu un temps dingue sur une bannière et qui avait bousculé sa vie tranquille ? Depuis ce soir là, à chaque fois que Danny le voyait, il passait un doigt sur son cou dans un message très significatif. Depuis ce soir là, il prenait un autre chemin pour rentrer chez lui après le hockey. Et ringraziando il cielo, Oliver n'a pas posé de questions. Enfin, il a dû s'apercevoir d'un truc comme il me ramène chez moi maintenant. Comment a-t-il fait ?

Ah. Arrête de te poser des question. Questions plus tard. Comment tu as pu ne pas le reconnaitre ? Bon, il faisait noir mais même.  Et puis c'est fini. Tu peux plus t'enfuir. Elle est en face de toi putain. Réagis.


Devait-il faire comme s'il ne l'avait pas reconnu ou devait-il lui faire remarquer qu'elle était la fille qui lui avait volé son skate et qui avait failli faire ordonner son passage à tabac ? Il ne se voyait pas lui dire "Oh. Tu me reconnais ? Je suis le mec que tu as failli envoyer à l'hôpital pour une raison dont j'ignore l'existence. Sinon tu vas bien ? Tu veux me raconter tes malheurs ?" Si je fais ça, elle va me tabasser. Enfin, si elle y arrive. Enfin, elle va essayer. Ses gorilles ne sont pas là.

"Tu vas bien ?"

Une question neutre, très bien. Un bon départ. Ou pas.

Ou de vu => vue
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Dim 13 Mar - 0:05

Citation :
"Tu vas bien ?"
Julieta ne réagit pas tout de suite, car aussi étrange que cela puisse paraître, c'était la première fois que quelqu'un lui posait cette question et elle avait du mal à savoir comment elle devait répondre si elle ne voulait pas passer pour une faible.
Elle allait prendre le parti d'envoyer promener celui qui l'avait interrogée lorsqu'elle réalisa qu'elle connaissait son visage. C'était l'Italien. Comment Dany l'avait-il appelé déjà ? Ah oui, Angelo... Le légitime propriétaire du skate, celui qu'elle avait failli envoyer à l'hosto.
Bon sang, je suis dans un moment de faiblesse absolue et il faut que je tombe sur la personne au monde qui a le plus de raisons de m'en vouloir. ¿ Qué he hecho yo para merecer esto ?
La coïncidence était trop forte pour en être une. C'était sûrement autre chose, ce devait être le destin ou quelque chose comme ça. Julieta n'avait personne pour la protéger, seulement ses ongles et ses dents, mais elle n'avait pas la force de s'en servir en cet instant. Elle était plus vulnérable que jamais et celui qui devait être son pire ennemi en était le témoin.
Il se permettait de lui demander si elle allait bien pour se moquer d'elle. Maintenant il allait lui cracher au visage, la frapper, la violer peut-être. Il serait même légitime qu'il essaie de la tuer après tout ce qu'elle lui avait fait.
Son sourire s'élargit. Elle déclara d'une voix sereine :
"Je savais bien qu'Il finirait par me punir".
Puis là dessus, elle s'évanouit.



 
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Eilift

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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Lun 14 Mar - 22:21

Citation :
"Je savais bien qu'Il finirait par me punir".

Cosa ?

Et la fille tomba en arrière.

Angelo lâcha son skate et la rattrapa in extremis. Merde. C’était du sable en dessous mais quand même. Ça faisait mal bordel. Ses pauvres genoux venaient d’en faire les frais. Mais il venait de se passer quoi là ? Elle l’avait vu, observé, lui avait sourit et puis s’était évanouie ? Sérieux ? Mais qu’avait-il encore fait ? Et puis de qui parlait-elle en disant “Il” ?

Il fallait dire que la religion chez Angelo, ce n’était pas un truc très important. Pourtant, on pensait souvent que les italiens étaient très croyants et caetera, et c’était vrai. Mais pas tout le monde. Il y avait quelques personnes comme sa famille qui depuis une génération avait décidé de laisser le choix. Surtout que son frère et lui étaient à moitié italiens et à moitié canadiens. Alors oui, ça embêtait beaucoup ses grands-parents du côté de sa mère mais c’était comme ça. Par contre, du côté canadien de la famille, on s’en fichait un peu.

Mais pour le moment, il ne pensait pas à ça.

Pour le moment, il y avait une fille dans ses bras, évanouie et qui avait déjà failli l’envoyer à l’hosto.

Alors il allongea Julieta sur le sable et commença à lui mettre des petites gifles. Toutes petites, vraiment. Il ne savait pas si ça fonctionnait vraiment mais il continua tout en disant n’importe quoi. Mais il fallait qu’il dise quelque chose parce qu’il s’inquiétait vraiment pour elle, que ça l’aidait pour garder pied et que si elle ne se réveillait pas dans les cinq minutes, il appelait le SAMU tout de suite.

Quand on y pensait, pourquoi faisait-il ça pour cette fille ? Il aurait très bien pu rester à la même place, assis, les mains au chaud dans ses poches. Pourquoi était-il venu la voir ? Pourquoi lui avait-il demandé si elle allait bien ? Pourquoi l’avait-il rattrapé avant qu’elle ne tombe par terre aux risques et périls de ses genoux qui devaient être opérationnels pour les prochains matchs ? Pourquoi restait-il avec elle à lui dire n’importe quoi pour qu’elle se réveille ? N’avait-elle pas essayé de l’envoyer à l’hosto ? Ne lui avait-elle pas volé son skate ?

Oui mais la principale question était pourquoi s’inquiétait-il pour elle après ce qu’elle lui avait fait ?

Il avait peur quand il croisait Danny, il avait peur en sortant du hockey, il avait peur quand quelqu’un lui tapotait l’épaule dans la rue. Depuis qu’elle était apparue, il avait peur, bordel.

Mais là, il n’avait pas peur. Enfin si, mais pour elle.

Tout simplement parce qu’Angelo était Angelo. Tout simplement parce qu’il n’était pas rancunier. A quoi servait la rancune ? A rien pour lui. Bon, parfois ça lui manquait un peu mais dans des cas comme ceux-là, il était bien content de ne pas l’être. Au moins, s’il pouvait aider cette fille, il le ferait. Et il n’était pas sûr que s’il avait été rancunier il l’aurait fait. Alors pour une fois, tant mieux.

Trois minutes avant que j’appelle l’hosto.

Angelo essayait toujours de lui parler, et même s’il ne savait pas si ça servait à quelque chose, il le faisait. Il répétait à peu près toujours la même chose mais il ne s’en rendait pas compte. Il enleva son blouson et le mit en couverture sur la fille en espérant que ça servait à quelque chose.

Deux minutes.

C'était dans ces cas-là que le temps semblait passer très lentement et très rapidement à la fois.

Finalement, l’hosto, elle va peut-être l’inaugurer avant moi.

Et c’était la deuxième fois qu’elle s'insérait dans sa routine.
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Mar 15 Mar - 22:55

Citation :
Julieta se sentait un peu bizarre, elle n'était pas sûre de se rappeler où elle était. Elle imaginait bien les limbes comme ça, un endroit où l'on ne souffre pas, où l'on ne se sent pas particulièrement bien non plus, où l'on ne se sent tout simplement plus être.
Puis elle eut un peu mal. Une toute petite douleur mais qui lui semblait un supplice dans cette douce torpeur dans laquelle elle était plongée. Cette douleur bouleversait son absence de sensations, elle la ramenait vers un état de conscience qu'elle n'était pas sûre de vouloir retrouver.
De conscience ? Mais si j'ai une conscience c'est que je vis et que je peux penser et... Qu'est-ce qui se passe, où suis-je, et pourquoi est-on en train de...

Soudain, Julieta réalisa qu'on était en train de la gifler. Sa réaction fut immédiate : elle ouvrit les yeux et griffa de toutes ses forces la joue de son agresseur tel un chat sauvage. Elle revit le visage d'Angelo, mis quelques seconde avant de comprendre la situation, puis lorsque ce fut fait, porta la main à sa bouche et bredouilla :
"Oh, lo siento... Désolée, vraiment désolée..."
Julieta n'avait pas l'habitude de s'excuser. A vrai dire, elle n'avait pas non plus l'habitude de tomber dans les pommes. C'était une erreur impardonnable, elle craignait de ne plus jamais pouvoir s'en remettre si cette histoire venait à s'ébruiter.
Elle hésita un instant à dévoiler son plus cruel sourire et à menacer Angelo de mort en espérant que cela suffirait à lui faire peur et à taire la scène à laquelle il venait d'assister. Puis elle réalisa qu'elle avait déjà perdu toute dignité et que le jeune homme ne serait pas dupe.
En plus, elle venait de s'excuser. Spontanément. Sans y penser. C'était très dur à assumer, mais il le fallait. Pour l'heure, il restait encore pire à faire : remercier son ennemi de l'avoir surveillée dans le pire moment de faiblesse de toute sa vie.



 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Ven 18 Mar - 21:59

Citation :
Angelo porta la main à sa joue, un peu choqué. Bon, elle ne l’avait pas frappé. Non, elle m’a juste griffé. Jusqu’au sang ? Sérieux ? Sur ses doigts, il voyait un peu de rouge et ça lui piquait un peu au niveau des griffures. Mais bon. Bah, c’était des griffures et puis il la comprenait. Se réveiller dans les bras d’un inconnu à coup de baffes après s’être évanouie, il pouvait comprendre que ça avait pu la faire paniquer. Surtout qu’elle était… Quoi ? Patronne d’une bande ? D’un gang de rue ? Ça devait pas être reposant. c'était sûrement pour ça qu’elle était autant sur ses gardes.

"Oh, lo siento... Désolée, vraiment désolée..."

Elle s’excuse ? Vraiment ?

Elle semblait vraiment différente de la dernière fois. Elle semblait beaucoup moins sûre d’elle, beaucoup moins sûre de ce qu’elle faisait aussi parce qu’il l’a vit se rétracter sur elle même après s’être excusée. Elle lui faisait… Moins peur. Maintenant, elle semblait plus humaine contrairement… Comme si elle n’était plus vraiment Il Diavolo. Mais bon, elle l’avait quand même blessé. Ce n’était que des griffures en même temps. Il avait eu pire rien qu’en apprenant le skate ou en faisant du sport. Aha. Bien pire.

Il ne savait pas trop ce qu’il devait faire. Il était à genoux, dans le sable, sa veste était sur la fille, il avait du sang qui coulait de sa joue. Alors il chercha un mouchoir dans une poche de sa veste tout en la laissant à la même place et tamponna un peu sa joue.

C’est pas grave, ça va pas me tuer.

C’était vrai, il n’y avait presque pas de sang, ça partirait en un jour. Après, il allait devoir toujours une raison plausible pour expliquer d’où venait ces griffures à ses parents. Au pire, il pouvait utiliser sa maladresse. Sa maladresse pouvait toujours tout expliquer. Une fois, il s’était pris une branche d’arbre dans la tête, il pouvait peut-être réutiliser l’excuse ? Mais sa maladresse ne voulut pas le laisser tranquille. D’ailleurs en parlant de celle-ci, il ouvrit la bouche sans réfléchir.

Et puis, c’est moins grave que la dernière fois.

Et après il se rendit compte de ce qu’il avait dit.

Merde. Merde merde merde, pourquoi j’ai dit ça ?
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Lun 21 Mar - 18:49

Citation :
"C’est pas grave, ça va pas me tuer."

Julieta regretta soudain qu'Angelo ne fasse pas partie de la bande. Les garçons jouaient les durs, mais la limite supportable de la douleur qu'ils pouvaient endurer était à peu près la même que celle d'une partie de chatouilles. Au moins, lui savait ce qu'était souffrir : on le griffait jusqu'au sang et il n'émettait pas une plainte.
Et puis il avait été très attentif. Il l'avait surveillée, lui avait prêté sa veste et ne s'était pas moquée d'elle. S'il avait été un Feu Follet, Julieta l'aurait qualifié de soldat modèle et aurait inventé pour lui une sorte de médaille du mérite au sein de la bande.

Allons, ne sois pas ridicule, on ne remet pas de médaille à un bavard pareil.
Comment avait-il pu prendre autant soin d'elle après la violence de leur première rencontre ? Il ne se souvenait peut-être de rien ? Julieta l'espérait, elle s'était déjà excusée une fois et c'était suffisant pour aujourd'hui. Elle allait se lever, remercier et partir lorsqu'Angelo ajouta :
"Et puis, c’est moins grave que la dernière fois."

Ainsi, il se souvenait... Julieta n'aurait pas dû être surprise, il est généralement assez facile de se rappeler le visage d'un agresseur aussi charismatique. Tout de même, si elle était confortée dans son ego, elle devait admettre que ça ne l'arrangeait pas.

"On oublie la dernière fois, d'accord ? Tu n'en es pas mort, tu n'es pas blessé. Je te rendrai ton skate et on sera quitte."
Elle aurait voulu ajouter "A condition que tu intègres la bande", mais elle savait que ce ne serait pas une bonne idée. Tant pis, si ce beau bavard n'avait pas compris que quatre potes baraqués protégeaient mieux de la peur qu'un long discours, ce n'était pas son problème.



 
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Dernière édition par Meredith Epiolari le Dim 18 Juin - 18:48, édité 1 fois
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Lun 21 Mar - 21:44

Citation :
Elle semblait surprise. Elle s’attendait à ce qu’il ne se souvienne pas ? Okay, il faisait nuit et la rue était mal éclairée. Mais il se souvenait quand même de celle qui lui avait parlé. Il n’était pas amnésique tout de même. Pour le charisme de l'agresseur, il ne savait pas, mais il avait quand même essayé de retenir sa tête pour éviter de la croiser un jour. Enfin, à part Danny, les autres, il ne s’en souvenait pas vraiment. Juste elle.

"On oublie la dernière fois, d'accord ? Tu n'en es pas mort, tu n'es pas blessé. Je te rendrai ton skate et on sera quitte."

J'hallucine ?

Non, vraiment. Elle a l’air sérieuse.


On oublie ? Tu as envie d’oublier. Moi j’y arrive pas. Toi, tu étais entourée. Tu étais pas ceinturée par des mecs que tu connais pas et qui avaient juste envie de t’en mettre une dans la gueule alors que tu les avais jamais vu. Tu as pas dû te dire que tu allais finir à l’hosto en te demandant quand ton frère allait te trouver gisant dans la rue. Et pour quoi ? Pour garder une neutralité ? Tu as pas pensé que ce mec, il avait jamais rien demandé à personne, qu’il a pas besoin de voir un mec tous les jours lui faire des signes de mort à chaque fois qu’il le croise ? Tu as pas pensé que ce mec, il flippait à chaque fois qu’il sortait d’un entraînement ? Je flippe pas que pour moi, je flippe aussi pour les autres. Ouais, je ne suis pas mort. Mais je flippe, j’ai peur d’être immobilisé dans un fauteuil parce qu’un gang m’a massacré la jambe. Je sais pas si tu sais ce que c'est d’être hyperactif et de pas pouvoir bouger. T’as l’impression de mourir. Et oui, je connais. Et je sais que je parle trop.

Angelo n’était pas souvent énervé. Vraiment pas. Mais là, pour une fois, il l’était. Parce que c’était la goutte de trop.

Et oui. Je veux bien que tu me rendes mon skate. J’ai passé trop d’heure à le peindre et en faire mon skate pour me le faire voler.

Et maintenant, Angelo n’avait plus qu’une envie. Ne plus parler à cette fille.
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Mar 22 Mar - 19:27

Citation :
"Et je sais que je parle trop."

Ces derniers mots restèrent comme suspendus dans l'air un moment, comme Julieta ne trouvait rien à répondre. C'était vrai, il parlait beaucoup trop, elle n'arrivait plus à mettre de l'ordre dans ce qu'on lui reprochait tellement il y avait de contenu.
J'ai vraiment pensé qu'il pourrait faire partie de la bande ? J'avais tort, il ne sait pas ce que c'est souffrir, il ne sait rien du tout.

Julieta se sentit alors elle aussi en colère. De quel droit se permettait-il de soutenir qu'elle ignorait la peur ? Est-ce qu'il croyait vraiment qu'on devenait chef de gang parce qu'on avait décidé un jour que ce serait marrant de risquer sa vie et sa liberté ? Est-ce qu'il croyait qu'elle avait bâti son empire en jouant au base-ball ou au hockey ? Non, on n'apprenait pas à une exilée ce qu'était la peur, on n'apprenait pas à une gamine livrée à elle-même ce qu'était l'injustice.
Elle aurait aimé pouvoir lui apprendre que la neutralité n'existait pas, parce que fermer les yeux c'était déjà être complice. Se taire, c'est choisir. Si Angelo les dénonçait à la police, il pourrait espérer être tranquille, pas avant. Angelo n'avait rien à lui apprendre et elle commençait à en avoir assez de devoir continuer à lui parler. Après tout, il l'avait juste sauvée.

Elle allait donc se lever, lancer un "Bon, au-revoir" et s'en aller, s'en aller loin de cette maudite plage où elle avait l'impression d'avoir laissé son âme elle-même. Seulement, à peine eut-elle cette pensée qu'Angelo ajouta :

"Et oui. Je veux bien que tu me rendes mon skate. J’ai passé trop d’heure à le peindre et en faire mon skate pour me le faire voler."

Lui rendre son skate ? Mais quel culot ! Il osait encore lui demander quelque chose après l'avoir engueulée ? Elle lui avait proposé gentiment, il n'avait qu'à accepter, maintenant c'était trop tard. Julieta avait peut-être été surprise dans un moment de faiblesse, mais elle ne renoncerait jamais à sa fierté.

"Ton skate est au quartier général des Feux Follets, viens le chercher si tu l'oses."



 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Mar 22 Mar - 21:42

Citation :
"Ton skate est au quartier général des Feux Follets, viens le chercher si tu l'oses."

Angelo en rirait presque. Alors comme ça elle était énervée ? Mais il était aussi énervé.

Oh. Je t’aurais donc blessée dans ton ego ? Quoi ? Tu n’as pas l’habitude qu’on ne t’obéisse pas ? Tu es la chef c’est ça ? Tu as plus l’habitude d’avoir des gens contre toi c’est ça ? Que des petits toutous, c’est ça ? Tu as des petits toutous bien éduqués à tes pieds.

Je ne suis pas un toutou. Je n’obéis à personne contre ma volonté.


Mais attends ? Au quartier général des Feux Follets ? Tu es pas en train de fuir les problèmes là ? Tu es pas en train de te réfugier derrière tes toutous ? C’est à ça que ça sert, non ? Tabasser les gens qui sont pas dans ton optique de vie. C’est parce que je veux pas faire partie de ton gang et que je rentre pas dans le moule que tu es si virulente ? Je te fais peur à dire ce que j’ai envie de te dire ?

Ça la dérange que moi, Angelo Hammer lui tienne tête, décide de ne pas mourir de trouille devant elle, de poser un genou devant elle et de prêter allégeance ? Obéir à quelqu’un ? Jamais de la vie. Pour faire quoi en plus ? Des choses qui me répugnent ? Frapper des mecs, dealer et je ne sais quoi d’autre. Mais qu’est-ce qu’elle s’imagine ?

Angelo en avait marre. Pourquoi était-il venu voir cette fille ? Elle ne faisait que lui apporter des problèmes. Pourquoi continuait-il de lui parler ? Il ne s’énervait jamais comme ça d’habitude. Elle avait un effet bizarre sur lui. Un effet presque venimeux. Il se sentait presque honteux de se laisser aller comme un gamin. Il ne se disputait presque jamais avec quelqu’un. Il était quelqu’un qui n’avait pas de problèmes. Et il ne savait pas pourquoi, mais rencontrer cette fille allait lui apporter des problèmes. Beaucoup trop de problèmes.

Mais Angelo était toujours en colère. Et même si une partie de son esprit essayait de le calmer, l’autre avait juste envie de dire ses quatre vérités à cette fille.

Et si tu crois que je n’oserais pas venir à ton quartier général, tu te trompes. Je viendrai s’il le faut. Même si je sais que tu essayeras de finir ce que tu as pas pu faire la dernière fois. Mais okay. Ça me va. Si ça me permet de voir pourquoi tu le fais.

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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Mer 23 Mar - 18:43

Citation :
Julieta serra les dents en entendant Angelo la provoquer et la considérer comme une manipulatrice narcissique qui n'était rien sans ses gardes du corps. L'accuser de fuir les problèmes, c'était l'accuser de lâcheté, et ça Julieta ne pouvait l'accepter.
Il est vrai que la pensée l'avait effleurée qu'en proposant de se rendre au quartier général Angelo ne la suivrait pas, ou alors qu'il serait facile de lui en mettre une pour le dissuader de tenir à nouveau des propos de ce genre. Seulement, Julieta avait sa fierté et sa parole était - la plupart du temps - fiable.

"Je n'ai pas peur de toi. Pourquoi j'aurais peur de toi ? Tu ne sais que parler et les mots ne tuent pas."

Pourtant, effectivement, il y avait quelque chose dans ces mots-là qui ne plaisait pas à Julieta. C'est pourtant pas comme si on ne m'avait jamais traitée de puta ou de perra... Les paroles d'Angelo lui faisaient bizarre, elle était presque... blessée.
N'importe quoi, il m'a donné sa veste et il ne m'a pas frappée, il ne peut pas me faire de mal.

Julieta allait prouver à Angelo qu'il avait tort et qu'elle était parfaitement capable de se débrouiller seule. Elle allait demander aux Feux Follets d'accueillir Angelo comme un invité et lui permettrait de rentrer chez lui sans autre égratignure que sa griffure à la joue.
Non mais, il croit m'impressionner avec ses phrases à rallonge ? Je n'ai pas peur de lui, ni de personne, j'ai traversé une frontière infranchissable et survécu toute seule sans aucune aide, ce n'est pas un bavard qui va me dicter ma conduite !

"Après ça tu comprendras. Maintenant, viens."



 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Jeu 24 Mar - 21:28

Citation :
"Je n'ai pas peur de toi. Pourquoi j'aurais peur de toi ? Tu ne sais que parler et les mots ne tuent pas."

Angelo avait bien vu Julieta vaciller. Il l’avait vue serrer les dents. Il savait qu’il avait fait mouche. Il le savait. C’était comme un instinct qui lui soufflait que Julieta n’était pas si forte qu’elle voulait le paraître. En même temps, le “paraître” devait être très important quand on était chef de bande. Déjà, il l’admirait pour se faire respecter par des garçons plus vieux qu’elle. Quand il l’avait rencontrée, la dernière fois, c’est vrai qu’elle dégageait une espèce d’aura. Et maintenant, elle émanait d’elle encore une fois.

C’était le genre de personne qui, quand Angelo les rencontrait, lui donnaient l’impression de n’avoir jamais vécu. De ne pas savoir. Comme si son esprit se moquait de lui “Aha, tu crois que tu as fait quelque chose dans ta vie ? Regarde cette fille là-bas. Elle est plus jeune que toi mais elle a déjà vécu plus que toi. Surprise.” Ce genre de personnes qu’Angelo regardait avec un respect alors que d’autres regardent avec pitié. Il ne savait pas ce qu’avait vécu cette fille, mais en tout cas, elle faisait partie de ces personnes.

Et malgré qu’il soit en colère contre elle, il ne pouvait s’empêcher d’être curieux.

Et Angelo, malgré son instinct qui lui criait de s’éloigner d’elle, qu’elle ne lui apporterait que des problèmes et qu’il n’avait pas besoin ça, se demandait ce que ça ferait, pour la première fois de sa vie, de sortir de sa routine. Angelo qui avait toujours trouvé que la vie sans problèmes était une forme de bonheur absolue avait envie de sortir de cette ataraxie.

"Après ça tu comprendras. Maintenant, viens."

Alors il commença à suivre cette fille qui avait toujours son manteau en enfonçant ses mains dans les poches de son jean. Il avait un peu froid avec son pull et sa chemise mais ce n’était pas grave.

Mais Angelo était toujours en colère. Surtout sur ce que cette fille avait dit avant.

Les coups font mal. Les mots blessent. Le silence tue.

Et Angelo arrêta de parler.

devait être très important quand on est chef de bande => était (concordance des temps)
il émanait d’elle => elle émanait d'elle (le mot aura est féminin)
elle faisait parti => partie
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Lun 28 Mar - 11:34

Citation :
"Les coups font mal. Les mots blessent. Le silence tue."

Eh bien ce mec ne risque pas de mourir de sitôt. Seulement, après cette déclaration, Angelo cessa de parler et il s'instaura alors qu'ils marchaient un silence gênant, pesant, que Julieta ne savait comment briser.
Le quartier général des Feux Follets n'était qu'à dix minutes de la plage à pied, mais chacune d'elle parut durer une éternité. Julieta se surprit à penser que le débit intarissable de la voix d'Angelo lui manquait. Au moins, tant qu'il acceptait de parler elle pouvait se détourner de ses réflexions.
Or, il avait cessé de parler et elle ne savait plus très bien ce qu'elle faisait ni pourquoi elle le faisait. Emmener Angelo au quartier général des Feux Follets était très certainement une mauvaise idée, mais elle ne pouvait plus revenir en arrière.
Comme il ne parlait pas, elle ne pouvait pas savoir s'il avait peur. C'était dommage, elle aurait été rassurée de sentir sa voix trembler. C'était terriblement gênant de marcher en silence avec quelqu'un qui n'avait rien en commun avec elle et qui la détestait.

Enfin, lorsque Julieta vit la rue de leur destination, elle se sentit soulagée. Le quartier général des Feux Follets était la cave du bar de Big Jim, un type qui aimait la coke et acceptait de les cacher en échange de quelques pots de vin. Julieta entra dans le bar et salua le patron d'un signe de tête, toujours suivie d'Angelo. Big Jim lui rendit son signe depuis le comptoir, mais elle sentit qu'il désapprouvait le fait qu'elle soit suivie.
Elle ne s'attarda pas et alla droit au petit escalier de service qui menait à la cave, au quartier général. Il se présentait comme une sorte de labyrinthe souterrain immense, et n'importe qui se serait perdu s'il ne connaissait pas les lieux. Les couloirs de pierre étaient bondés de jeunes hommes d'aspect peu recommandable qui serraient la main de Julieta ou lui adressaient des clins d’œil.

"Salut, Tim. Salut, Doug."
Julieta se sentait plus à l'aise maintenant qu'elle était chez elle. Elle en était un peu triste, car cela donnait raison à Angelo qui prétendait qu'elle ne faisait que déplacer le problème. Tant pis, je suis forte et je n'ai pas à me laisser démonter par un rital.

Après quelques poignées de main et quelques tournants, ils parvinrent enfin à la chambre de Julieta. Elle y passait plus de temps que chez ses parents, mais elle ne voyait pas là quelque chose de choquant : c'était ici chez elle, elle avait travaillé dur pour y vivre.
Julieta décrocha le skate du mur. Elle eut un peu honte qu'il se trouve là, comme un trophée. Angelo allait sans doute tiquer. Elle tâcha de ne pas le regarder en lui rendant l'objet :

"Bon, maintenant on n'a plus qu'à sortir et à se sépa..."

"Eh Julieta, il paraît que t'as ramené le rital ici pour qu'on finisse ce qu'on a commencé !"

Merde, Danny ! Julieta se tourna vers la porte de sa chambre et vit effectivement le gros garçon. Elle sentit qu'Angelo se tendait, comme si cette intervention lui donnait raison. Il devait penser qu'il avait été attiré dans un piège.

"Danny, Angelo est un invité ici. Mais il allait partir. Il ne nous posera plus de problèmes."

Danny eut un sourire cynique :

"Ah ouais, moi j'ai pas le droit de ramener de fille au quartier général, mais quand la Señorita Julieta invite son petit copain dans sa chambre, on n'a pas le droit d'y toucher. Je veux bien croire que j'ai séché beaucoup de cours qui concernaient la démocratie cette année, mais ça me semble pas hyper juste tout ça..."

Julieta avait appris à ne jamais montrer ses émotions et heureusement, sinon son visage aurait été couleur écrevisse. Danny remettait en cause son autorité devant un étranger et il osait sous-entendre qu'il y avait quelque chose entre eux ! Jamais elle ne s'était trouvée dans une situation plus embarrassante.

"Ce n'est pas mon petit copain."

Puis, comme c'était un peu faible comme remarque pour reconquérir son autorité :

"On s'en va. Fais gaffe Danny, je serais toi je ne jouerais pas au plus con avec moi. Je te rappelle que sans moi tu n'as plus de job."

Et elle s'empara brutalement du bras d'Angelo pour le traîner hors du quartier général.



 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Mar 29 Mar - 21:40

Citation :
Pendant que Julieta se tortillait les méninges, Angelo se retenait de siffler la chanson qu’il avait dans la tête. Mais après tout, il voulait qu’elle se sente un peu seule, même accompagnée. Angelo parlait beaucoup, mais quand il avait quelque chose à dire. Là, il n’avait plus rien à dire à cette fille. En tout cas, pas maintenant. Le silence était pesant mais puisque c’était lui qui le rendait pesant, ça ne le dérangeait pas plus que ça.

Mais la chanson continuait de tourner dans sa tête et c’était impressionnant mais ça ne pouvait pas s’appliquer à cette fille. Non. Cette fille… Ou peut-être que si.

'Cause on the outside, I’m sure you're faking
The first time, the first impression ain't right
And on the inside, you're pretty vacant
Your eyes are open but your mouth ain't making a sound


Oui, Angelo se demandait si cette fille était vraiment comme elle essayait de le faire croire. Forte, intimidante, ayant un gang derrière elle, la figure du chef par excellente. Il essayait de se cacher ces pensées. Non, il y avait aussi le fait qu’elle laissait et était actrice d’une violence dont Angelo ne voulait pas entendre parler. La violence dans le sport ne lui faisait rien mais le fait qu’on puisse tabasser quelqu’un juste comme ça dépassait son entendement.

Puis il se réveilla quand Julieta passa une porte. La porte d’un bar. Quand ils étaient arrivés dans cette ville, son père lui avait fait jurer de ne pas venir dans le coin. Il avait vraiment mal réputation. Bien sûr, il avait juré, mais ça ne l’avait pas empêché de venir de temps en temps, juste par curiosité. Il ne lui était jamais rien arrivé alors ça allait. Scusi Papà. Mais là, il savait qu’il allait dans un endroit potentiellement très dangereux pour lui. Il y avait un haut risque qu’il se retrouve à l’hosto après ça. Mais merde. Alors il entra.

Il suivit la jeune fille vers la cave avec un regard curieux. Il savait qu’on le suivait des yeux. Et les attentions n’étaient pas bonnes. Mais la curiosité commença à prendre le dessus. Il rejoignit Julieta alors qu’elle serrait la main de deux mecs. Bon, okay, elle était vraiment chez elle ici. Et ce n’était pas de la crainte qu’elle inspirait aux garçons. Il avait plutôt l’impression que c’était du respect.

Il continua à la suivre, se demandant s’il allait survivre aux menaces non-dites. Mais en même temps elle lui avait dit qu’il ne lui arriverait rien. Mais depuis quand j’accorde ne serait-ce qu’un peu de confiance à cette fille. Et puis ils arrivèrent dans… La chambre de la fille. Elle vivait ici ? Oh. Ah oui d’accord. C’était donc ça, faire partie d’une bande. Il avisa son skate accroché au mur. Il avait l’air… En bon état. Mais que faisait-il accroché au mur ? Il récupéra le bout de bois peint et vérifia les roulettes avant que…

"Bon, maintenant on n'a plus qu'à sortir et à se sépa..."

"Eh Julieta, il paraît que t'as ramené le rital ici pour qu'on finisse ce qu'on a commencé !"

Angelo sursauta. Non. Putain de merde. Alors il aurait dû se méfier ? Bien sûr que tu aurais dû te méfier, idiota !

Mais Julieta ne semblait pas l’entendre comme ça.

S’en suivit un dialogue assez venimeux qu’Angelo ne suivit pas vraiment. Si elle disait qu’il allait sortir d’ici très vite, il lui faisait confiance. C’était elle la chef après tout. Et puis, les mecs comme Danny ça ne désobéissaient pas souvent. Bien dressé, ça ne faisait que japper de temps en temps mais ça suivait les ordres.

Et puis il sentit qu’on lui tirait le bras. Il avait entendu le mot “Petit copain” dans la discussion et il fronça des sourcils.

"On s'en va. Fais gaffe Danny, je serais toi je ne jouerais pas au plus con avec moi. Je te rappelle que sans moi tu n'as plus de job."

Et ils s’en allèrent. Cette fois-ci, Angelo avait son skate sous le bras et Julieta lui tirait l’autre. Comme si c’était devenu dangereux de rester ici. Peut-être pas que pour lui. Bien sûr que Julieta avait prit des risques en l’emmenant ici. Il était censé être quelqu’un du dehors que la bande avait failli massacrer. Normalement, sa place était par terre avec des os cassés, pas avec la chef dans la base du gang.

Ils étaient un peu plus loin du bar maintenant. Il se décida enfin à parler.

Tu vas pas avoir de problèmes ?
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Sam 2 Avr - 18:42

Citation :
Tu vas pas avoir de problèmes ?

Julieta décocha son plus joli sourire à Angelo, dévoilant ses dents régulières. Elle était sincèrement amusée.

"Des problèmes j'en avais déjà un montón, mais celui-là ne serait pas très dur à régler."

Puis elle sentit qu'il fallait dire quelque chose peut-être pour nuancer, pour qu'il n'ait pas l'impression qu'elle recherchait sa pitié. Jamais elle n'accepterait qu'il ait pitié d'elle.
Elle ne trouva pas. Elle voulut lancer autre chose pour prendre congé parce qu'elle sentait bien qu'il n'y avait plus rien à dire mais elle ne trouvait pas.
Finalement, elle se contenta de :

"Bon, on ne se reverra probablement pas et tant mieux alors... adieu. Profite de ton skate et économise tes paroles, ça t'évitera des problèmes."

Elle ne voulut pas entendre sa réponse et tourna les talons pour retourner au quartier général. Elle ne regarda pas en arrière pour voir ce qu'il faisait. Elle n'en avait pas envie et préférait oublier ce qu'elle considérait comme une très mauvaise rencontre.
Pourtant Angelo ne lui avait rien fait de particulièrement méchant. Bien au contraire. Il l'avait surveillée alors qu'il aurait pu lui arriver n'importe quoi, l'avait aidée et...
Oui, mais il me déteste et en plus il m'énerve et parle beaucoup trop. C'était mieux de ne pas regarder en arrière et d'aller de l'avant, c'était beaucoup trop bizarre de s'attarder sur un garçon aussi inconscient.
Elle ne s'aperçut pas en poussant la porte du bar qu'elle portait toujours la veste du jeune homme.



 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Sam 16 Avr - 20:37

Citation :
"Des problèmes j'en avais déjà un montón, mais celui-là ne serait pas très dur à régler.

Elle semblait amusée de cette question. Comme si avoir un problème en plus ou en moins, ça ne changeait pas grand chose. Comme si ce n’était pas un vrai problème. Qu’il y avait d’autres choses plus importantes et que ça ne la ferait pas plier.

Elle lui semblait bien plus forte que lui. Ouaip, lui, Angelo. Lui, il se cachait parce qu’il avait peur d’un nombre incalculable de choses. Il avait peur de décevoir, d’abandonner, de se faire lyncher. Il se prenait la tête pour un nombre incalculable de choses aussi. Sa famille, son équipe, sa scolarité, son art, le temps qu’il perdait chaque jour. Mais elle, elle semblait faire abstraction de tout ça et ne se concentrer que sur son gang.

"Bon, on ne se reverra probablement pas et tant mieux alors... adieu. Profite de ton skate et économise tes paroles, ça t'évitera des problèmes."

Il fut réveillé par ces paroles et regarda cette fille s’éloigner de lui. C’était une mauvaise rencontre. Mais pourtant, il essayait de se convaincre de ça. Il ne comprenait pas pourquoi, mais il ne pensait pas vraiment que ça l’était, une mauvaise rencontre. Alors avant de réfléchir, quand la main de la fille toucha la porte, il ne put s’empêcher d’ouvrir la bouche.

Hey...

Mince, je ne connais même pas son prénom.

Tu sais… Je ne comprends toujours pas pourquoi tu fais ça.

Oui. Pourquoi elle plaçait son gang sur un tel piédestal ? Pourquoi vivait-elle là dessous ? Elle n’avait pas de parents ? Ou bien, elle considérait son gang comme sa véritable famille. Peut-être se sentait-elle plus à sa place dans ce bar qu’avec ses parents. C’était sûrement ça. Elle semblait si à l’aise là-bas. Plus à l’aise que nulle part ailleurs. Mais il ne comprenait pas pourquoi elle avait trouvé sa place là-bas et pas quelque part d’autre. Et il voulait qu’on lui explique.
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Dim 17 Avr - 11:28

Citation :
La main de Julieta avait juste touché la porte du bar lorsqu'elle entendit :

"Hey..."

C'était un appel maladroit, hésitant. Elle crut même un instant qu'elle l'avait rêvé.
Malgré tout, elle se retourna et comprit que ce faisant elle ne contrôlait plus rien. L'attitude raisonnable à adopter aurait été de faire semblant de n'avoir rien entendu et de fermer la porte à ce grand bavard, quitte à le laisser se faire massacrer s'il avait la mauvaise idée de la suivre dans le quartier général. Pourtant, elle s'était retournée, ce qui signifiait qu'elle acceptait de lui accorder quelques minutes de plus de son intérêt.
Il n'est pourtant pas très intéressant ce garçon, il a peur de tout. Tant pis. Il ne réalisait sûrement pas les enjeux qu'il y avait derrière cette attitude attentive. Il croyait qu'elle faisait preuve de politesse. Comme si Julieta avait quelque chose à faire de la politesse...

"Tu sais… Je ne comprends toujours pas pourquoi tu fais ça."

Julieta regarda derrière elle comme si elle pouvait voir à travers la porte du bar les regards désapprobateurs de Big Jim, de Danny et des autres, puis elle soupira et lâcha :

"Viens sur la plage, on sera plus tranquille pour bavarder puisque c'est ce que tu veux."

Elle devait être fatiguée, parce qu'elle avait en tête la ferme intention de parler plus qu'elle n'avait jamais parlé auparavant. Elle allait raconter à ce garçon son histoire et elle ne comprenait même pas pourquoi elle en avait envie.



 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Dim 17 Avr - 20:21

Citation :
Viens sur la plage, on sera plus tranquille pour bavarder puisque c'est ce que tu veux.

Angelo ne put s’empêcher un petit sourire qu’il effaça bien vite de son visage. Si vite qu’on aurait pu croire à une illusion. Il n’avait pas envie de montrer une tête d’ange à cette fille. Sinon, il savait que ça allait l'agacer. Il le savait très bien et là il pourrait dire adieu à toutes les réponses qu’il voulait avoir. Mais pourquoi est-ce que tu veux des réponses bordel. Tout ce qu’il faudrait que tu fasses c’est t’éloigner. Cette fille est un aimant à problème. Et tu n’aimes PAS les problèmes, Angelo. Tu veux laisser ta vie tranquille se barrer ? Arrête de suivre cette fille. Tu as un skate, elle ne te suivra pas.

Mais non, au lieu de suivre sa raison, Angelo préféra marcher à côté de cette fille dont il ne connaissait pas le nom et qui portait sa veste. Enfin, marcher était un bien grand mot puisqu’en fait il roulait lentement sur son skate nouvellement retrouvé, pour aller à la même vitesse qu’elle. Son skate de remplacement était sous son bras et ça pouvait sembler étrange qu’il en possède deux mais il ne s’en formalisa pas. Bien sûr, il se taisait. Parce que cette fille n’aimait pas quand il parlait et il avait l’impression qu’elle allait lui dire un truc important. Alors il attendait qu’elle commence, pour ne pas la brusquer.

Ils arrivèrent enfin à la plage et Angelo continua à la suivre, un skate sous chaque bras, souriant à l’idée que ça devait faire une drôle d’image. Sur une plage, sans personne, deux ados qui se taisent, une petite avec le visage dur et l’autre, un peu plus grand et ses skates sous les bras. Plutôt amusant.
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Lun 18 Avr - 22:34

Citation :
Sur le chemin qui menait à la plage, Julieta se dit qu'ils devaient avoir une drôle d'allure tous les deux aux yeux d'un étranger. Angelo roulait sur son skate, l'autre sous le bras. Je suis sûre que les gens qui passent sont persuadés que nous sommes amis et que ce deuxième skate m'appartient mais que je ne peux pas l'utiliser pour une raison ou pour une autre. Ces gens auraient tout faux, puisque Julieta n'était pas l'amie d'Angelo et qu'elle ne savait pas faire de skate, ce qui réduisait fortement son envie de monter sur l'un de ses engins. J'aime les skates quand ils sont accrochés aux murs de ma chambre ou sous les pieds de ce drôle de garçon, mais c'est tout.

Ils arrivèrent enfin sur la plage. Il commençait à faire un peu plus sombre et Julieta distinguait mal le visage d'Angelo. Tant mieux, ce serait moins gênant. Elle crut un instant qu'elle n'arriverait jamais à commencer, ou pire, que les mots resteraient coincés dans sa gorge sans jamais en sortir. Pourtant, à peine se fut-elle remémorée les épisodes qui avaient marqué sa vie que sa bouche laissa surgir un flot de paroles ininterrompues :

"Je suis née au Mexique. Là-bas c'est... enfin peu importe ce que tu imagines, ce sera toujours cent fois pire. Les parents travaillaient toute la journée, mais ça ne suffisait pas, il manquait toujours de l'argent, de l'argent pour tout.
Mon frère José en avait marre de cette vie. Il disait qu'il voulait lui aussi écouter de la musique et porter les vêtements qui lui plaisaient, être libre. Petit à petit, il a lâché l'école et il a traîné avec les gens d'un gang, la Amargura. Il a beaucoup changé après. Il n'était presque plus à la maison. Mais il avait une copine, il fumait et il portait des chaussures de sport neuves.
Quand j'ai eu dix ans, il m'a dit : "Julieta, t'es une grande maintenant, tu mérites mieux que ça. Viens avec moi". Et je l'ai suivi, parce que moi aussi je voulais de l'argent pour faire ce que je voulais et ne plus aller à l'école.
Le rite d’initiation était... difficile. C'était très éprouvant physiquement. J'étais très fière, je me souviens. C'est un miracle que je n'ai perdu aucune dent. Mais je ne me plains pas, parce que généralement quand une fille veut entrer dans ce genre de bande, elle doit souffrir quelque chose de bien pire qu'un passage à tabac. Le chef, el Tiburón, aimait bien José, il a accepté que j'entre comme ça. Sinon ces hijos de puta m'auraient défoncé le chocho chacun leur tour, et ça, je ne m'en serais pas remise.
Je me suis vite intégrée parce que j'étais douée pour voler des trucs et que comme j'étais petite je passais facilement par les petites ouvertures des maisons des riches. Par contre, les rapports entre José et el Tiburón ont commencé à se dégrader, une histoire de filles il me semble.
El Tiburón a dit qu'il ne savait pas si José lui était vraiment dévoué et qu'il voulait le mettre à l'épreuve. Alors il lui a donné un pistolet, un vrai, il l'a mis dans ses mains et il l'a pointé sur moi. "Tire !", il a dit. José ne voulait pas tirer, alors el Tiburón a insisté : "Tire, c'est un ordre !". José tremblait, il pleurait, il approché son doigt de la gâchette mais il n'arrivait pas à tirer. Moi je ne sais plus ce que je ressentais, je n'arrivais pas à voir autre chose que ce canon pointé sur moi et je ne réalisais pas ce qui se passait. "Tire ou on te coupe les cojones !".
José avait beaucoup trop peur, il a pleuré encore un peu et il a tiré parce qu'il ne pouvait plus supporter la pression. Là, el Tiburón a bien rigolé parce que le pistolet n'était pas chargé. "Tu vois un peu ce que tu es prêt à faire pour sauver tes huevos, cabrón ?". Puis il s'est adressé à moi : "José a de bonnes cojones, mais c'est vraiment un très mauvais frère. Je me méfierais à ta place."
Alors José est parti en courant, il est sorti du repaire, sorti du quartier, sorti de la ville sûrement, du pays peut-être, et on ne l'a plus jamais revu. Les parents ne se sont pas trop inquiétés au début, il découchait tout le temps. Et puis quand on a compris qu'il ne reviendrait pas, Maman a beaucoup pleuré. Papa, lui, disait que ça ne pouvait que finir comme ça.
J'ai continué à vivre avec le gang, parce que c'était le seul moyen d'avoir une vie à peu près décente. El Tiburón commençait à me faire des avances. J'avais peur, mais je ne devais pas le montrer, parce que c'est comme ça que ça marche. Si tu parles trop là-bas, on te coupe la langue. Tant que j'avais son respect il ne me toucherait pas.
Et puis il y a deux ans, quand ma mère a fait son deuil de José, on a traversé la frontière. On a marché beaucoup et pris le bus pendant des heures. On est arrivés au Canada, à New Fire. Et rien n'a changé.
Les parents travaillent toujours tout le temps. Ils envoient de l'argent à la famille, on n'en a pas beaucoup plus qu'avant. C'est encore à moi de me débrouiller.
Il y a des gangs jusqu'ici. Il y en a même qui connaissent el Tiburón et qui m'ont proposé de les rejoindre. Mais je ne voulais plus qu'on m'oblige à faire des choses horribles, je ne voulais plus vivre dans la peur. Alors j'ai réussi à embobiner un groupe de quelques garçons et depuis ce sont eux, les Feux-Follets.
J'ai gagné du terrain et j'ai construit un empire dans lequel l'ombre del Tiburón ne me fait plus peur. Mais le prix à payer, c'est d'accepter la violence, parce que ces gars-là, ils ne vivent que pour ça et si tu ne les laisses pas assouvir leurs pulsions sur les autres, c'est sur toi qu'ils se défoulent.
Voilà pourquoi je fais tout ça. Satisfait ?
"

Julieta osa enfin relever la tête pour guetter la réaction d'Angelo. Elle ne s'était pas aperçue qu'elle avait évité son regard pendant tout le temps qu'avait duré son récit. Elle hésita un peu et ajouta :

"Je n'ai jamais autant parlé de toute ma vie".

Et elle regretta de l'avoir fait, parce qu'elle venait de placer entre les mains d'Angelo le pouvoir de la détruire complètement.



 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Mer 20 Avr - 21:16

Citation :
Voilà pourquoi je fais tout ça. Satisfait ?

Ce… Flot de paroles… Il ne pensait pas que Julieta en serait capable. Et en même temps, il voulait se gifler. Quoi ? Il l’avait fait chier avec ses histoires ? Alors qu’elle avait vécu… ça ? Oui, son cerveau avait bien raison, elle avait bien vécu beaucoup plus de choses que lui. Beaucoup beaucoup plus. Et même, c’était un euphémisme. Jamais il ne pourrait vivre autant que Julieta avait déjà vécu. Ils n’étaient pas vraiment pareils. Est-ce qu’il serait toujours aussi fier s’il avait vécu tout ça ? Il en doutait.

Pourtant, elle, elle était là, devant lui.

Il ne savait pas pourquoi mais il était vraiment en colère. Contre quoi ? Contre qui ? Il n’en savait rien. Contre la vie peut-être. La vie était vraiment une chienne. Comment quelqu’un de plus jeune que lui avait dû affronter des choses comme cela alors que certaines personnes comme lui avait toujours vécu dans un cocon confortable ? Il était en colère contre lui-même aussi. Parce que c’était de sa faute si elle avait dû tout lui raconter.

Je suis un énorme connard.

Je n'ai jamais autant parlé de toute ma vie.

Elle avait l’air légèrement hésitante sur cette dernière phrase, légèrement surprise. Sauf qu’Angelo, lui, avait été figé par ces paroles. Il ne pensait pas Julieta voudrait de sa pitié. Et puis, il n’aimait pas la pitié. Et si elle avait décidé de lui raconter ça et que c’était la première fois qu’elle parlait autant, cela voulait dire qu’il était le seul à savoir ça ? Pourquoi lui avait-elle raconté ça à lui ? Ils venaient de se rencontrer. Enfin presque. Et Angelo ne savait pas quoi dire. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’avait pas le droit de parler. Comment pouvait-il le faire ? Seul quelqu’un qui avait vécu autant qu’elle pourrait mettre des mots là dessus. Lui, il n’en avait tout simplement pas le droit.

Alors Angelo lâcha ses skates. Et il prit Julieta dans ses bras.

C’était un simple câlin mais c’était plus qu’il ne pourrait jamais dire après cette histoire.
 
Meredith Epiolari

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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Jeu 21 Avr - 19:52

Citation :
Julieta, encore un peu perdue, avait à peine commencé à regretter d'avoir parlé qu'Angelo la prit dans ses bras. Elle fut immédiatement saisie de dégoût et le repoussa :

"Non mais ça va pas ? Sous prétexte que tu m'as trouvée dans un moment de faiblesse tu crois avoir le droit de câliner une pauvre gamine de quatorze ans qui ne t'a rien demandé ? Tu penses que j'ai besoin d'affection ? C'est quoi la prochaine étape, une demande en mariage ? A moins que tu ne préfères m'offrir un ours en peluche pour me consoler ?"

Julieta était essoufflée. Elle avait encore trop parlé. Elle aurait mieux fait de lui en mettre une directement, elle aurait perdu moins de temps. Je ne sais pas quels garçons sont les pires entre ceux qui essayent de te serrer dans un coin de rue et ceux qui vous prennent dans leurs bras quand vous êtes au bout de votre vie. Au moins on sait exactement ce que veulent les premiers.

Elle s'éloigna de quelques pas, furieuse contre lui et contre elle-même. Comment avait-elle pu avoir la bêtise de se confier à cette espèce de bavard ? A tous les coups il n'attendait que ça, un bon mélodrame et puis un câlin magique qui résout tout. Jamais Julieta n'avait laissé personne la serrer dans ses bras, et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait commencer.

Et en même temps, tu voulais qu'il réagisse comment ? "Ok, c'était cool, merci pour l'histoire, tout est plus clair à présent !" ou bien encore "Ah merde, c'est con..." Eh bien oui, ça aurait presque été mieux. Parce que rien n'était plus écœurant qu'une telle démonstration d'affection.

Imagine si cet imbécile de Danny avait pu voir la scène ! Sa chef dans les bras d'un... enfin de cet abruti qui ne comprend rien à rien. C'est vrai, Julieta avait déjà un montón de problèmes, mais celui que représentait Angelo commençait à devenir pesant.



 
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Dernière édition par Meredith Epiolari le Dim 18 Juin - 19:07, édité 1 fois
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Sam 23 Avr - 20:28

Citation :
A moins que tu ne préfères m'offrir un ours en peluche pour me consoler ?

En même temps, c’est pas une mauvaise idée. Les peluches sont toujours très cool.

Angelo était un peu choqué à la base de se faire rembarrer comme ça mais la dernière phrase l’avait fait exploser de rire. Intérieurement. Maintenant il souriait. Bien sûr, cette fille allait pas se laisser faire. Déjà, il ne comprenait même pas pourquoi elle lui avait raconté son histoire. Il ne voyait même pas comment dans la tête de Julieta, il y avait pu y avoir une combinaison de pensés qui lui assurait que c’était une bonne idée. Sérieux ? Lui, savoir son histoire ? Il devait y avoir eu un court-circuit dans son cerveau.

Il ramassa les deux skates et vérifia pour chacun des deux s’il n’y avait pas eu de dégâts. Surtout pour celui qu’il venait de retrouver en fait parce que l’autre… Il était toujours aussi blanc. Presque neuf en fait. Il l’avait pris blanc au départ pour pouvoir peindre dessus tranquillement. Comme l’autre. L’autre qui était tellement beau (?) qu’il avait été accroché au mur d’une chambre d’une gamine qui ne savait sûrement pas comment faire pour rouler sur un skate.

Attends…

Vous vous appelez bien les feux-follets ?

Il se rappelait avoir dessiné des feux follets quand il était en Italie un ou deux étés avant parce qu’un voisin lui avait raconté une histoire de cimetière et d’esprits malins. Angelo n’avait pas vraiment cru à l’histoire mais l’idée de ces petits esprits humanoïdes et brûlants lui avait bien plu. Alors il posa une question qui lui brûlait les lèvres. Elle va me prendre pour un taré. Y’a deux minutes, elle me refuse un câlin et là je lui parle d’un truc qui n’a absolument rien à voir.

Vous avez un symbole ?
 
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MessageSujet: Re: En terrain neutre    Dim 24 Avr - 20:44

Citation :
"Vous avez un symbole ?"

Julieta manqua de s'étrangler. Ce garçon devait vraiment être inconscient. Elle poussa un soupir. Autant donner ce qu'il voulait à ce maudit curieux pour qu'il ne s'avise plus de reparaître dans sa vie. D'autant que maintenant qu'il en savait autant sur elle, ce n'était plus la peine de faire comme si elle pouvait revenir en arrière. C'était triste à dire, mais il avait de tels moyens de pression sur la jeune fille qu'elle ne pourrait plus rien lui refuser. Ça fait un peu peur.
Julieta hésita une dizaine de secondes entre répondre à la question et lui mettre une tarte, puis elle se décida et enleva la veste d'Angelo d'abord, puis son Tee-shirt. A force de vivre avec des garçons tous les jours, elle avait depuis longtemps perdu toute pudeur. Elle ne se demanda pas si l'autre imbécile était gêné. Il n'avait qu'à être moins curieux.

Cette fois, si Danny se ramène, je suis complètement morte. Il fallait espérer qu'il était en train de se bourrer la gueule, ou bien avec sa nouvelle copine, celle que Julieta avait refusée dans la bande.

Elle montra à Angelo un tatouage sur son omoplate droite.

"La grosse flamme au centre, c'est le symbole des Feux-Follets. On le porte tous."

C'était une flamme dessinée à l'encre bleue dans le style minimaliste. Autour d'elle, trois larmes noires. Est-ce que je dois... Elle sentit que sa bouche devenait plus sèche lorsqu'elle souffla :

"Et chaque fois qu'un membre d'un gang tue quelqu'un, on lui tatoue une larme sur le corps."



 
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En terrain neutre

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