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 Thérèse [TS]
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Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Thérèse [TS]   Ven 8 Avr - 20:46

Aujourd'hui, je voudrais vous parler de Thérèse. Je ne connais pas cette femme, je n'ai pas pris le temps d'aller à sa rencontre et je sais que quand je chercherai à le faire il sera trop tard : elle me sera définitivement étrangère. Pourtant, j'ai besoin de l'inventer là, tout de suite, de l'inventer avant de la rencontrer parce que je me sens, moi aussi, en mille morceaux.

Telle que je l'imagine, Thérèse est une femme qui reçoit des lettres. L'une en particulier la déboussole un jour, peut-être ce jour précis où je me décide à l'inventer. Elle reçoit cette lettre et son visage soudain exsangue est celui d'un spectre enchaîné à son mur depuis des milliers d'années, vingt-six ans exactement, puisqu'il s'agit de son âge.
Thérèse a le vertige. Les vertiges la prennent de plus en plus souvent, en dansant lors des fêtes, en s'asseyant dans le métro, en marchant dans la rue. Aujourd'hui, c'est cette lettre qui la fait siffler entre ses dents : « Est-ce que tu peux savoir ? ».

L'autre jour, Archibald a posé sa main sur son genou en racontant quelque chose d'absurde, elle a aussitôt pensé : « Enlève ta main », dans un cri qui venait tout droit de ses tripes. Archibald par hasard a enlevé sa main, pour malicieusement la replacer au même endroit juste après avoir laissé croire à Thérèse que oui, ces drôles de créatures lisaient dans ses pensées.
Peut-être, sans doute, est-ce le cas, mais elles refusent obstinément de lui obéir, préférant la torturer. « Est-ce que tu peux savoir ? », c'est cela, c'est la certitude que l'autre a choisi ses mots pour appuyer entre les fissures tout en se donnant à tout moment la liberté de feindre l'ignorance.

Thérèse est fatiguée lorsqu'elle pose la lettre sur son bureau, profondément fatiguée, d'une fatigue qui ne la quittera jamais, qui ressemble un peu à l’écœurement. La lassitude ? Pire que la lassitude, elle a derrière elle les milliers d'années d'ennui qu'elle a passé à dépérir enchaînée à son mur.
Ce qui la distingue de moi, c'est qu'elle a la certitude qu'il est possible à quelqu'un de la libérer, ce qui en un sens est encore pire, puisque cela signifie qu'elle est seule avec sa conscience de la non générosité du monde. Elle ne peut parler à personne de son trouble, des vertiges, parce que les réponses sont trop évasives et ne la satisfont pas, il s'agit d'attendre, ou plutôt de ne pas attendre, seulement de tenter de vivre.
Jamais personne ne pourra comprendre que la fatigue de Thérèse est une maladie, une terrible maladie qui remplit sa bouche de terre. Elle ne peut ni attendre ni tenter de vivre, son obsession la terrasse, elle a des hallucinations : elle voit partout des morceaux de peaux tendues, prêts à éclater, des gestes inconséquents dénués de tout caractère moral, des bruits aussi, surtout, de succion, de gémissements, de mort enfin, mais de cette mort lente qui ne vient jamais.
Les bruits deviennent une symphonie, comme un orchestre qui joue trop fort, ils l'étourdissent et la paniquent. Dégoûtée, elle se bouche les oreilles mais les entend encore. Il lui est impossible de surmonter sa répulsion.
Finalement, Thérèse s'endort à bout de forces, trouvant dans l'inconscience un prétexte pour échapper à la cruelle symphonie. Il n'est que dix-neuf heures deux.

Archibald lui a refusé une cigarette. Ce n'est pas grave, la réponse était polie et Thérèse voulait lui laisser le choix de ne pas accepter. Pourtant, elle se sent aussitôt investie par la mort, la grande, la vraie, aussi insidieuse que la fumée du tabac, monstrueuse, car n'offrant aucune délivrance, comme si son sang se transformait en pierre et la paralysait.
Son cœur n'est plus alimenté en oxygène, elle suffoque au beau milieu du vertige le plus vertigineux qu'elle ait jamais expérimenté, un trou énorme dans sa poitrine l'empêche de respirer. L'émotion est si vive que Thérèse s'évanouit, son corps étant incapable de soutenir les effets que lui-même a provoqué par ses tendances autodestructrices.

A son réveil, on rit, on dit : « Tu nous as fait peur ! », on la traite nerveusement de petite nature pour ne pas avoir à s'inquiéter et, quand elle a l'air de pouvoir marcher et tenir un discours, on ne s'en soucie plus, jugeant qu'elle s'est remise.
Seulement, Thérèse n'est pas guérie. Les vertiges continuent de l'assaillir avec toujours plus de férocité, la menaçant à toute heure de sombrer à nouveau dans l'inconscience. Elle tremble de fièvre et plus que jamais se sent survivante.

Juste comme elle croit que sa situation ne peut être pire, un éclair rouge l'aveugle, l'agresse. Cet éclair est envoyé par Archibald, elle le sait sans avoir encore compris d'où elle tenait cette information. Lui continue à sourire, et à parler de toute cette liberté ridicule dont il n'a pas besoin puisque lui n'a de dépendance que pour la cigarette.
Thérèse devient folle, elle veut demander au premier venu de la soigner, de lui apprendre enfin à vomir la terre de sa bouche et à exorciser ces obsessions qui l'empêchent même d'envisager la possibilité d'une tentative de vie.
Il allume une autre cigarette, c'est de là que venait l'éclair rouge, de la flamme du briquet, elle retient un haut-le-cœur. « Prends ton temps, Thérèse, moi je n'ai pas attendu, j'avais d'autres projets qui m'ont occupé et puis c'était fini ».
C'en est trop pour Thérèse. Elle voudrait arracher la peau d'Archibald pour s'en vêtir, quitter ce corps aux cellules cancéreuses qui la dévorent de l'intérieur. Thérèse est un cadavre qui marche, elle est mue par son désir de guérison, qui ne vient pas, ne vient jamais.
Sa vie est toujours plus rouge, toujours plus brûlante, cuisante, insoutenable. C'est de la folie furieuse, quelque chose que Dieu a placé en son sein et qui l'écartèle entre la violence de son corps et l'incapacité de sa raison à subordonner celui-ci.
Tout pourrait s'arranger, elle le crie parfois dans son sommeil : « Donnez-moi un remède ! », mais c'est sans compter sur la non générosité, sur des codes préétablis, sur une pseudo morale qui n'a aucune valeur pour une enveloppe de chair en perdition.
Elle envisage parfois de se donner elle-même la mort, mais elle échoue, couverte de sang elle n'en est pas moins toujours vivante, toujours consciente, plus consciente qu'à l'ordinaire même, elle ne ressent même plus le vertige qui pourrait l'étourdir au moins un temps et lui faire oublier sa douleur.

Thérèse est l'animal le plus dénaturé de cette planète, elle refuse le crime mais ne parvient plus à se contraindre. Un jour, elle commettra l'irréparable – un acte de révolte plus extrême que le suicide – et en subira les affreuses conséquences. Alors enfin, conspuée, méprisée, haïe, elle ne souffrira plus.

 
Daivou

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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Sam 9 Avr - 14:33

Pauvre Thérèse quand même :c , sinon j'adore ce texte. Le fait que Thérèse soit un cadavre et qu'elle n'arrive pas à mettre fin ses jours j'ai tout simplement trouvé cela exquis.
(Non je n'ai pas de goût morbide )
Au plaisir de lire tes autres créations :3



La réalité n'est que la façon d'être et d'agir de chacun, dans un monde où 7 milliards de personnes peuvent faire ce qu'ils veulent on peut aisément dire que la vie est un jeu de merde.
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Sam 9 Avr - 15:50

Merci beaucoup Daivou, j'ai également hâte de voir la réécriture de ton poème

 
Daivou

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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Dim 10 Avr - 11:45

Ahah ça arrive lentement mais sûrement



La réalité n'est que la façon d'être et d'agir de chacun, dans un monde où 7 milliards de personnes peuvent faire ce qu'ils veulent on peut aisément dire que la vie est un jeu de merde.
 
Ouranos

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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Dim 10 Avr - 12:42

Très beau texte, bien que très perturbant je dois dire ^^'
J'ai eu un peu de mal à cerner Thérèse au début, puis au fur et à mesure j'ai réussi à y voir plus clair. Je trouve ce texte très triste, néanmoins il y a de belles métaphores notamment celle du cadavre voulant être guéri, c'est aussi une antithèse non? (ben oui quelque chose de mort peut pas être guéri)
En tout cas c'est toujours un plaisir de lire tes textes Meredith ^^
(bon ok je galère pour comprendre parce que j'ai pas le même niveau de langue que toi mais j'y arrive ^^)
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Mar 12 Avr - 20:45

Génial Daivou Wink

Ah ah, merci Ouranos Smile
Ce texte n'avait pas pour vocation d'être compris mais tant mieux s'il t'a apporté quelque chose, ce n'est pas vraiment une question de niveau de langue mais plus de pudeur ^^

 
Maze

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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Ven 15 Avr - 13:53

Ça fait tellement de bien de te lire de nouveau Smile C'est un texte très puissant, comme toujours très réussi Very Happy
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Ven 15 Avr - 19:17

Ah ah, merci, moi aussi ça m'avait manqué de ne plus écrire et surtout de ne plus te lire Wink

 
DSpiricate

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Green Father
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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Sam 18 Juin - 12:19

Un texte que j'ai eu de prime abord assez de mal à comprendre, par la complexité que tu as apportée au personnage de Thérèse, et le double jeu du narrateur que tu as introduit dans le texte.

Et j'adore ça.

Ça rend confus, on essaie désespérément de comprendre ce qu'il arrive au personnage, dans une ambiance complètement fantastique, divisé entre la folie et la réalité. Mais en même temps, le fait que tu as introduit le personnage comme une pure invention du narrateur me fait simplement penser que Thérèse est un exutoire, voire une alerte qu'il fait passer au public concernant son propre état.

Et c'est là que je viens à me demander si le personnage principal n'est pas Thérèse, mais bien le narrateur, qui torture Thérèse sous les yeux du lecteur afin de l'alarmer sur une situation le concernant lui



 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Lun 20 Juin - 18:30

Une analyse très intéressante et pertinente, un grand merci à toi Ore, c'est super gentil d'avoir commenté

 
Eilift

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Localisation : Cloud of Unknowing
MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Dim 7 Mai - 14:44

Alors.
Ouah, déjà ça fait longtemps alors bon, c'est pas de ma faute si je trouve pas mes mots.
Donc, tes textes sont toujours aussi puissants Rimi, voire encore plus qu'avant mais en même temps je sais plus trop, ça fait longtemps. J'ai l'impression que le texte nous renvoie une douleur à la gueule comme un cri tu vois ? Qu'il fait exprès de nous traîner dans la confusion parce qu'on ne peut pas comprendre ce que Thérèse vit, tu vois ? Et que de toute façon, on arrivera jamais à comprendre parce qu'elle arrive pas à être comme nous, c'est un être à part. Et, comme on ne peut pas comprendre, même si on essaye, on ne peut qu'essayer de l'aider mais on ne pourra pas.
C'est un peu un sentiment d'impuissance qui domine à la fin de la lecture.
Voilà voilà, j'aime toujours autant ce que tu écris, je m'en vais de ce pas lire tout ce que tu as fait cette année !
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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MessageSujet: Re: Thérèse [TS]   Dim 7 Mai - 17:34

Tu es adorable, je ne pensais pas que tu t'y mettrais vraiment, et surtout si promptement :3

C'est drôle de relire ce texte, ça fait tout de même un an maintenant et les choses ont tellement changé... J'aime bien ton analyse, ça me plait ~

Merci d'avoir pris le temps de commenter Very Happy

 
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