Zéphyr Embrasé
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 Obscurité [P]
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Iskupitel

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Sire de Picardie, Souverain des Isles de Coupe et de Pitel
Masculin Messages : 496
Date d'inscription : 26/07/2014
Age : 20
Localisation : Ouest de la France
MessageSujet: Obscurité [P]   Sam 16 Sep - 21:55

Avant-propos:
 

Recroquevillé sous mes draps, la tête enfouie dans l’oreiller, je ferme les yeux. Il y a du bruit, non loin, bien que je ne sois pas capable de dire s’il vient d’un appartement voisin ou de la rue, un étage plus bas. Mécaniquement, je saisis le téléphone posé au sol, à côté du lit, pour regarder l’heure. Il n’a plus de batterie, et je m’en satisfais. Je n’ai pas besoin de connaître l’heure pour vivre ; après tout, c’est une construction humaine. Ouvrir les yeux m’a enlevé l’envie de dormir ; j’étends les jambes, et mes pieds caressent le rebord métallique, froid, du sommier. J’aurais dû acheter un matelas plus grand.

Mon réveil sonne. Je sais qu’après quinze minutes, il s’éteindra tout seul, et le laisse donc vivre sa vie de réveil. Qui suis-je pour l’en empêcher ? Bercé par la régularité des bips, je m’étire. Je jette un œil en dehors des draps pour observer la pièce sombre. Le réveil s’est éteint, et il règne à présent un silence de plomb, seulement perturbé sporadiquement par les sons de la ville, étouffés par les épais volets intérieurs. Je pourrais bouger, brancher mon téléphone ou allumer une lumière ; mais tout est trop loin, et je sais qu’il fait trop froid. Mon ventre s’éveille finalement ; bruyamment, banalement, impatiemment. Il doit être temps de manger. En écartant les draps, je me rends compte qu’il ne fait pas si froid que cela, et mes pieds touchent rapidement le sol. Il est à présent bien trop tard pour me rendormir. Les quelques pas à faire me séparant de la cuisine me semblent être une épreuve insurmontable. J’abandonne rapidement, me repliant vers mon fauteuil, où je m’écroule, lamentablement.

Avoir quitté mon lit a réussi à calmer mon estomac pour le moment. Mes yeux, encore gonflés de sommeil, sont d’ores et déjà habitués à l’obscurité, ce qui ne m’empêche pas de les frotter et les plisser, comme pour me convaincre qu’ils pourraient l’être davantage. Muet, l’écran de mon ordinateur me surplombe avec une arrogance irritante, soutenu par la blancheur froide et la virginité condescendante du haut mur auquel il fait dos. Bien que tenté, je me résous à ne pas l’allumer, ni lui ni l’unité centrale, pour ne pas troubler le calme sans lumière de la petite pièce où je vis. Il me semble n’avoir jamais vraiment apprécié la beauté de l’obscurité. Dans un état de demi-sommeil encore prononcé, que je sens pourtant brouiller mes pensées, je me prends à débrancher le boîtier Internet dont un voyant, à intervalles réguliers, illumine discourtoisement la nudité de mon logement. Chose faite, je retourne lâchement m’affaler dans le réconfort de mon fauteuil, dont le cuir froid me fait frissonner de plaisir. Un instant, tourné vers les volets toujours hermétiquement barrés, j’hésite à mettre fin à cet instant de détente à l’écart de l’éclat du soleil et des occupations plus ou moins productives de mes congénères. Très vite, je me ravise.

Depuis que je vis seul, j’ai toujours été impressionné par les œuvres de fiction qui ont bercé mon enfance, diverti mon adolescence et occupé mon âge adulte – du moins ce que j’en ai vécu jusqu’à présent. Reflets de valeurs que je n’ai guère pu apprendre autrement, de l’accomplissement qui ne souffrirait aucune raillerie, sans doute y trouvé-je une figure sociale spéciale, une sorte de mentor, peut-être même de père. Hélas, cela ne m’a jamais vraiment permis de sortir de l’ombre ou d’accepter que la lumière se porte sur les autres, sur ceux qui se présentent sans complexe en place publique, qui marchent avec aplomb dans la rue et peuvent montrer au monde à quel point ils sont occupés, eux. Mon obscurité n’est pas une absence volontaire de lumière ; elle se refuse à moi.

Pensif, presque rêveur, j’imagine le soleil frappant à l’extérieur. Nous sommes en été, si j’ai bonne mémoire, et la chaleur doit être insupportable, lourde et moite, comme à son habitude par ici. Mais j’imagine également l’homme d’affaires en costume d’été, veste légère couvrant une chemise à manches courtes, la cravate desserrée, l’attaché-case pendant nonchalamment au bout de son bras détendu. Il vient de son bureau, un haut bâtiment aux façades de verre que rien ne distingue vraiment de ceux l’entourant. Il retourne passer la nuit dans son chez-lui, dans le confort et la chaleur de son foyer. Sa vie est infiniment normale, en ce sens qu’elle est dans cette moyenne sûre et ordonnée qui agglomère le meilleur et le pire dans une norme que la société reconnaîtra comme acceptable. Mais bien que normale, je ne pense pas sa vie comme étant banale et inintéressante, bien au contraire. Toute vie est bonne à prendre. J’imagine aussi cette jeune fille aux joues rebondies qui passe ses fins d’après-midi au conservatoire à la sortie duquel l’attend sa grand-mère, cet homme aux yeux bridés qui sirote sa bière, accoudé au rebord de sa fenêtre de la canopée tokyoïte, en attendant que comme convenu, l’on sonne à sa porte, cette étudiante qui, un livre ouvert entre les mains, sourit de ce qu’elle lit, ces jumeaux, ces amoureux, ces familles. Je les vois baignés de lumière, toujours, tout le temps. Ils sont beaux ; ils m’éblouissent.

Qu’il s’en passe des choses, dehors ! Les émotions, les statuts, la réussite, la volonté, le choix s’agglutinent là où la lumière est. Qu’il en arrive peu, dans mon bunker isolé ! Jamais de crise, d’argument, de vitesse, de chaleur ou de pluriel. C’est peut-être là la principale différence entre eux et moi : ici, rien n’évolue ; là-bas, ils progressent. Aucun doute, la lumière inonde puissamment ces gens, au-dehors, tandis que je reste, languissamment, à l’ombre.

L’ennui me travaillant plus que jamais au corps et mon estomac recommençant à se faire entendre, je me hisse sur des jambes encore frêles de repos pour faire deux pas et attraper un sachet de chips dont j’aperçois un coin, au sol, dépassant de derrière un carton vide. Mes mains et mon ventre maintenant sortis de leur oisiveté, je pioche, mâche et avale machinalement, en silence, pendant ce qui me parut de longues et nombreuses années. Mes yeux sont fixés, comme si j’étais hypnotisé, sur la barrière à la lumière que sont mes volets. Le sachet semble s’être vidé. Vide ou non, il a peu de chances de se remplir tout seul, et ne me satisfait plus, de toute façon. Poussé par un curieux je-ne-sais-quoi, je tends la main vers le loquet retenant solidement les panneaux de bois me faisant face. Au toucher, il est d’un froid et d’un gris rebutants. Je le soulève néanmoins, du bout des doigts, délicatement, sans que cela désolidarise les battants pour autant. Je les observe un instant, contemplant leur opacité à cette lumière que j’admire et redoute. Qu’ils paraissent sombres, de ce côté-ci de la vitre, et qu’ils doivent être clairs, de dehors ! Un bâillement intempestif m’arrache une larme. Pour couvrir ma bouche ouverte, mes doigts quittent le loquet de métal avant de venir se reposer sur le moelleux accoudoir de mon fauteuil. Mes pensées s’embrouillent à nouveau, et je sens la fatigue m’appeler à retourner dans le creux de mon lit. Assez de clarté pour aujourd’hui.
j'aurais du => dû
maintenant sorties => sortis

 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
Féminin Messages : 1333
Date d'inscription : 29/07/2014
Age : 20
Localisation : Between the peanuts and the cage
MessageSujet: Re: Obscurité [P]   Dim 17 Sep - 18:42

Jolie aventure stoïcienne

Quel dommage que tu n'aies pas pu participer au concours ! Ton texte aurait été un redoutable concurrent dans la compétition ! (d'ailleurs, puisque tu as retrouvé Internet, au sujet du RP médiéval... )

Je trouve que pour un texte sans prétention, celui-ci nous fait quand même sentir à quel point tu as progressé depuis la dernière fois que tu as posté un texte sur ce forum, et aussi à quel point ce moment semble loin.

Il y a vraiment quelque chose de différent de l'ambiance habituelle de tes textes, c'est intéressant comme contraste, moins... flamboyant.
Le style aussi me semble plus mature. J'ai souri en lisant : "Mes mains et mon ventre maintenant sortis de leur oisiveté".

Du coup, je me demande ce qu'un Iskupitel avec de grandes ambitions est capable d'écrire en 2017, j'espère qu'on aura l'occasion de le découvrir !

 
Midnight

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Maîtresse incontestée des vices infantiles
Féminin Messages : 354
Date d'inscription : 29/07/2014
Age : 17
MessageSujet: Re: Obscurité [P]   Dim 8 Oct - 15:41

Eh bien eh bien, ça fait plaisir de te lire à nouveau

Je suis tout à fait d'accord avec Rimi, on sent que ton style a évolué et gagné en maturité, je crois qu'il s’embarrasse moins de fioritures. C'est très différent, mais pas désagréable.

J'espère te relire bientôt Wink



La Mère Patrie vaincra ~

"Je croyais qu'on allait jouer à cache-cache..."
Le petit Arthur, sept ans


 
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MessageSujet: Re: Obscurité [P]   

 
 

Obscurité [P]

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